Yoy. l'appendice, n
racines que semblait avoir prises dans la péninsule la nouvelle religion. La dissolution qui était à craindre n’eut pa lieu ; elle fut empêchée par les hommes éminents qui avaien soutenu Mahomet dans sa longue et difficile mission, e qui s’en proclamèrent hautement les continuateurs. Il montrèrent à tous le Coran qui était entre leurs mains; et en se choisissant un chef chargé de faire respecter la loi, il créèrent un pouvoir suprême auquel les Arabes se plièreni sans discussion. Ce n’était pas toutefois le despotisme d’ui seul qu’ils acceptaient ainsi; un code d’institution divin< servait de base à un gouvernement populaire, administré pa un monarque électif et limité dans son autorité ; la préroga tive du prince se réduisait à des ordonnances concernant 1 police, les charges, les emplois de l’État et à des règlement > pour la milice ; il n’avait pas de lois à dicter ; le Coran, met tant l’ordre social dans un rapport intime avec la religion imposait un joug salutaire aux souverains musulmans; lors que plus tard ils voulurent se soustraire à la rigueur de formes établies par l’islamisme, ils ne purent le faire impu nément. Ils se trouvèrent toujours arrêtés par le corps de'i jurisconsultes qui constitua peu à peu une sorte de clergé! dans les premiers temps ce furent les compagnons du prc phète qui exercèrent ce droit de censure sur celui qu’il! avaient proclamé khalife.
Successeurs de Mahomet.
Àbou-Bekre (632-634), Omar (634-644), Othman ((5441 655), Ali (655-660), qui occupèrent tour à iour le premie I rang , loin de s’enivrer de leur puissance et de recherche le luxe et les richesses , restèrent opiniâtrément fidèles jtj la vie austère et frugale dont Mahomet leur avait donn l’exemple. Comme lui, ils allaient prêcher et prier à 1 mosquée; comme lui, ils accueillaient dans leurs maisor i le pauvre et l’opprimé. Omar, allant prendre possession de Jérusalem, fit le voyage de Médine en Palestine, sah suite et sans escorte. Abou-Bekre, en mourant, laissai pour tout bien à ses héritiers un habit , un esclave et u chameau. Ali distribuait tous les vendredis aux malheui
mx l’argent qui lui restait. Rappellerons -nous les cinq rachmes par jour qu’Abou-Bekre s’était alloué sur le trésor ublic ; Omar dormant sur les degrés du temple parmi les idigents, et la poignée de dattes d’Ali; ces traits, et bien autres semblables sont assez connus. Le khalife était resmsable de ses actes; Othman est obligé de rendre compte 3S deniers de l’État ; on pouvait l’appeler en justice ; Ali ne îdaigne pas de comparaître devant les tribunaux comme acisateur contre un chrétien soupçonné de lui avoir volé son •mure. Les décisions des juges étaient souveraines ; sous îs quatre premiers khalifes appelés khalifes Rachedis, aum d’eux n’osa faire grâce à ceux qui avaient été condam- 3S. Le droit était le même pour le pauvre et pour le riche, )ur l’homme en place et pour le simple particulier ; lorsae Djabalah, roi chrétien des Ghassanides, vient trouver mar après sa conversion à l’islamisme, frappe un Arabe qui heurte par mégarde , le khalife exige qu’il se fasse parrnner l’outrage dont il s’est rendu coupable, ou qu’il se >umette à la peine du talion. « Je suis roi, dit Djabalah, et ;t Arabe n’est qu’un homme du peuple. — Cela ne fait ; en à la question, reprend Omar, vous êtes l’un et l’autre I usulmans, et comme tels, vous êtes égaux devant la loi. » jabalah s’enfuit auprès de l’empereur grec ; mais le khalife l 'donne que le récit de ce qui vient de se passer soit lu îvant toute l’armée. Personne à la ville ni dans les camps i î reste ainsi étranger aux affaires publiques 1.
Ab©îa-Bekise 5 Ornai1 et Othman.
Mahomet n’avait point réglé l’ordre de sa succession* utes les ambitions , en l’absence de la volonté expresse i législateur, s’étaient donné libre carrière. Chacun avait I terprété en sa faveur le silence du prophète; plusieurs, mrtant, s’étaient accordés à dire qu’en ne mentionnant is d’une manière spéciale la transmission du pouvoir, il ait implicitement déclaré qu’Ali, son cousin, et époux de fille Fathime, serait héritier de sa puissance. Si ce principe
i, Ockley’s the History ofthe Saracens, p. ni. Mentelle, Ânecdotei arabes , etc.
eût été admis, il eût empêché de naître les prétentions fu nestes qui ensanglantèrent le premier siècle de l’islamisme mais Ali, craignant peut-être qu’on ne lui opposât sa jeu nesse, ne se montra point, et les compagnons de Mahomet apprenant que les principaux des ansars se disposaient élire le Khazradjite Sad fils d’Obada, se hâtèrent de re connaître Abou-Bekre, que Mahomet avait chargé de dire 1 prière à sa place ; Omar, en lui jurant solennellement obéis sance et fidélité, entraîna à sa suite tous les musulmans.
Abou-Bekre, après avoir reçu les serments, s’exprima ei ces termes : « Me voici chargé du soin de vous gouverner si je fais bien, aidez-moi; si je fais mal, redressez-moi ; dir la vérité au dépositaire du pouvoir est un acte de zèle et d dévouement; la lui cacher est une trahison; devant me l’homme faible et l'homme puissant sont égaux; je veu rendre à tous impartiale justice; si jamais je m’écarte de lois de Dieu et de son prophète , je cesserai d’avoir droit 1 votre obéissance. »
Lorsqu’il mourut, deux ans plus tard, il désigna Omar pou son successeur, et ce choix, dicté par l’intérêt public, fi unanimement accepté. Omar ne suivit pas l’exemple d’Abou Bekre ; il chargea une commission, composée des six princ paux personnages de l’islamisme, du soin de nommer celi qui devait le remplacer. Une intrigue écarta encore Ali d khalifat, et on ne choisit pas le plus méritant (644). Othmam quoique vertueux et honnête, n’avait pas assez de fermeté pas assez d’initiative personnelle pour diriger l’empire dont les conquêtes augmentaient chaque jour l’importanc(;j Son élection était l’ouvrage des Ommïades, ces chefs d( Coréischites qui s’étaient opposés, pendant vingt ans, à mission de Mahomet, et qui ne s’étaient attachés à la nouvel ! religion que par intérêt. Unis étroitement entre eux, les Ce réischites s’étaient introduits dans tous les emplois; Aboi! Sophian avait fait de son fils , Moawiah , le secrétaire cl Mahomet; contenus par le gouvernement sage et fera d’Omar, les Coréischites avaient espéré exercer un enti-j ascendant sur l’esprit d’Othman ; mécontents de ce khalif ils lui suscitèrent des ennemis; à Koufah, à Bassorah, t!?
gypte, des orateurs prêchaient la révolte contre un prince idulgent et faible ; Othman ne sut pas employer la puisince dont il était investi, et ses propres fautes précipitèmt la catastrophe qui termina son règne et sa vie , en 655. Les Arabes, à cette époque, n’étaient pas encore formés à obéissance passive et suivaient avec attention les moindres étions de ceux qui les dirigeaient. Les prodigalités d’Othian pour ses parents, ses préventions en faveur de gens ai n’étaient doués d’aucun mérite, le peu d’égards qu’il téloignait aux héros de l’islamisme, avaient d’ailleurs mécon- ;nté les esprits; Médine devint le théâtre de l’anarchie; aassé de la chaire du prophète, le malheureux khalife, mal éfendu par le Coran , dont il avait fait un rempart pour sa oitrine, reçut le coup mortel. Les suites de cet événeænt ne répondirent pas au vœu des ambitieux qui l’avaient rovoqué; la guerre civile éclata de tous côtés. Ali, qui 'avait pris aucune part à cette sédition , fut proclamé sans pposition; il avait toujours conservé une noble indépenance de caractère, assistant aux conseils de Médine, mais vré surtout aux paisibles occupations de la vie domestique; /ec sa simplicité ordinaire, appuyé sur son grand arc, il içut le serment des chefs de tribus, en déclarant qu’il était rêt à résigner le pouvoir à un plus digne.
Ali: sa rivalité avec Mtoawiali; avènement des Ommïades (050-4*61 ).
L’époux de Fathime réunissait en sa personne les droits de hérédité et ceux de l’élection ; on devait croire que tous inclineraient devant cette gloire si pure et si grande ; mais n’en fut point ainsi. Le refus que fit le khalife de donner Telha et Zobéir, amis de la maison de Moawiah, les gouernements de Koufah et de Bassorah , suffit pour changer amitié incertaine de ces chefs en haine implacable ; Ayescha, ille d’Abou-Bekre et veuve de Mahomet, devint l’âme de outes ces intrigues. — On court aux armes ; un lieutenant l’Ali est surpris et accablé; celui-ci se porte aussitôt vers la iésopotamie, où s’étaient retirés les meurtriers d’Othman: elha et Zobéir sont vaincus à Khoraiba et périssent dans le
combat, appelé la journée du chameau (656). — Àyescha tombi entre les mains d’Ali , qui la traita avec respect et la fit ac compagner à Médine par ses deux fils , Hassan et Hossein Pour lui, il établit sa résidence à Koufah, où il reçut la sou mission de l’Irak, de l’Arabie , de la Perse et du Khorasan | On y reconnut la supériorité de ses droits sur ceux des troi: ; khalifes qui l’avaient précédé et qui furent regardés commi , des usurpateurs. Encore aujourd’hui les Persans le inetten ( dans leurs prières au même niveau que Mahomet. Les ma ( sulmans leur donnent le nom d tfschiites (schismatiques j séparatistes), prenant pour eux-mêmes celui de sonnites <, par lequel ils veulent indiquer leur estime pour Abou-Bekre Omar et Othman, et leur respect pour la tradition ou sonna Ali espérait avoir brisé l’épée de la rébellion, mais en Sy rie veillait l’ennemi de la famille des Haschémites , le fil ^ d’Abou-Sophian, Moawiah, qui, réuni à un homme juste ment célèbre dans les annales de l’islamisme, Amrou, con quérant de l’Égypte , disputa le souverain pouvoir au gen dre de Mahomet à la tête de quatre-vingt mille hommes e lui opposa une résistance invincible ; dans l’espace de cen dix jours il y eut quatre-vingt-dix combats ou escarmouches quarante-cinq mille des amis de Moawiah et vingt-cinq mil des soldats d’Ali succombèrent dans cette guerre civile; f khalife, avec cette générosité chevaleresque qui l’avait tou jours distingué, commandait à ses troupes d’attendre fat taque, d’épargner les fuyards, de respecter les captives; il offrit vainement à son rival de vider leur querelle dans un combat singulier. Après une bataille indécise livrée dans lej plaines de Seffeïn, les deux compétiteurs furent forcés, paj leurs armées, de soumettre leur différend à des arbitres quj se prononcèrent contre l’époux de Fathime, et proclamèren Moawiah khalife. Cet arrêt ne décida rien. Ali ne potij vait accepter un tel jugement; il se plaignit avec raison d la trahison de son mandataire et reprit les hostilités. C’ësp alors que trois fanatiques, de la secte des kharégites, réso lurent de mettre fin à cette lutte impie en frappant à la foi! Ali, Amrou et Moawiah ; celui-ci ne fut que blessé ; le secréi i taire d’Amrou reçut le coup réservé à son maître. Ali seu
s icomba. Hassan , son fils , fut salué khalife par les habit ts de Koufah; mais Moawiah restait maître de la Syrie, ê l’Égypte et de l’Arabie, et avec lui s’assit sur le trône la d îastie des Ommïades. Dès lors, dit OElsner, « le régime po- §2 aire, qui n’avait d’autre base que la simplicité patriarcale, s /anouit pour ne plus reparaître chez aucun peuple musjman; la jurisprudence et les usages qui dépendent du Clran survécurent à la chute du gouvernement électif. { elque chose de ces passions républicaines qui donnent d la grandeur aux petits États et aux grands un excès de f ce, se conserva cependant dans la nation ainsi que dans l armées jusque sous l’empire des usurpateurs. »