‹ Histoire des ArabesChapitre 16 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AT POLITIQUE DE L’ARABIE A LA MORT DR ÆAHOMET ; RÉPRESSION DES FAUX PROPHÈTES 5 NVASION DE L’ASIE OCCIDENTALE (632-690).

LÈVEMENTS PARTIELS; EXPLOITS DE KHALED , D’iCRIMA, ETC. ; PREMIÈRE OPIE DU CORAN. — DE L’ESPRIT DE PROSÉLYTISME ET DU GÉNIE MILITAIRE ES ARABES. — INVASION DE L’iRAK (633-634). — CONQUÊTE DE LA SYRIE >33-638). — PRISE DE BOSRA ; SIÈGE DE DAMAS ; BATAILLE d’aIZNADIN (633). — ISGRACE DE KHALED ; BATAILLE DE l’YERMOUK; SOUMISSION DES GHASSADINES 336). — PRISE DE JÉRUSALEM, D’ALEP, D’.ANTIOCHE ET DES VILLES MARI- IMES ; CONQUÊTE DE LA MÉSOPOTAMIE. — L’ARMÉNIE ET L’ASIE MINEURE MONT MENACÉES; GUERRE MARITIME ; SIÈGE DE CONSTANTINOPLE ; FAUSSE J OLITIQUE DES EMPEREURS GRECS A L’ÉGARD DES MARDAÏTES.

amlèvements partiels; exploits de IAhaïed, d'Scrima . etc.; première copie du Coran.

Pendant cette période de vingt-huit ans (632-660), l’is- 1 nisme avait fait de grands progrès ; le vrai croyant i i îtait plus dans l’Hedjaz ou dans les déserts du Nedjed; il (npait sur les bords du Nil, du Tigre et du Jourdain. < ntinuateurs de la politique de Mahomet, ses successeurs î dent compris que le meilleur moyen d’assurer la gloire < leur religion et la puissance de la nation arabe, était de

la lancer contre les peuples voisins et d’exciter en elle l’ardeur du prosélytisme et de la conquête; le premier soin d’Abou-Bekre , à peine promu au khalifat, avait été d’appe-; i 1er aux armes tous les musulmans ; mais l’Arabie était loin d’être soumise.

Toulayba dans le Nedjed, Mosseïlamah dans lTémamah ;| Cays, meurtrier d’El-Aswad , dans l’Yémen, formaient des; partis redoutables. A peine le prophète eut-il fermé les1 yeux que la révolte s’étendit rapidement, même parmi les : tribus de l’Oman, du Bahreïn, du Mahrah et de l’Hadra^ maut. Des mouvements éclatèrent dans l’Hedjaz , à la! ‘Mecque et à Taïef; ils furent aisément comprimés. Abou-M Bekre avait envoyé un corps de troupes en Syrie sous le i commandement d’Ouçama, fils de Zéid, pour se conformer! r aux dernières volontés de Mahomet ; il n’avait pas près de lui une armée suffisante pour commencer l’exécution du projet qu’il avait formé de réduire les rebelles; les Ghatafan, à la tête des tribus du Nedjed, profitèrent de ces circonstances pour tenter un coup de main sur Médine ; re I poussés deux fois par le khalife , ils se retirèrent auprès! de Toulayba, après avoir égorgé ceux de leurs frères qu avaient embrassé l’islamisme.

Sur ces entrefaites , la division se mit dans les rangs des! ennemis du successeur de Mahomet. Aux chefs redoutés i Toulayha et Mosseïlamah, se joignait la prophétesse Thejiah .j qui, partie de la Mésopotamie avec les Taghlibites, enchaînai! î à sa cause les Benou-Temim, et se dirigeait vers lTémamah j ! dont elle se promettait de faire la conquête. Mosseïlamah vil- ! avec inquiétude l’orage prêta fondre sur lui ; dans une entre! : vue avec Thejiah, il lui persuada de l’épouser, et obtint en« f suite sa retraite moyennant une somme d’argent considérable# J

Le moment était venu où Khaled, placé à la tête des mu|n sulmans, allait enfin réduire les faux prophètes. OuçamjJ f était revenu de son expédition chargé de butin, mais sanl i avoir réduit la ville de Daumat-Djandal , refuge des mé 1 I contents. En ordonnant à Khaled d’attaquer d’abord lejl ja tribus du Nedjed, Abou-Bekre lui donna les mêmes instruc 1 tions qu’au fils de Zeid ; il devait exiger trois choses de ? !

mnemis de l’islam : la profession de foi musulmane , la Drière et la zécat ou impôt. « Combattez bravement et loyaement , ajoutait le khalife ; ne mutilez pas les vaincus ; ne uez ni les vieillards, ni les»enfants, ni les femmes ; ne déruisez pas les palmiers, ne brûlez pas les moissons, ne courez pas les arbres fruitiers, respectez les champs en culture ; ,i vous trouvez sur votre route des hommes vivant en soliude et adorant le Seigneur, ne leur faites point de mal. »

I A peine Khaled paraît-il dans le Nedjed que les Tay se oignent à lui. Toulayha, défait à Bouzakha , fuit vers les iéserts de Syrie. Les Benou-Asad, les Ghatafan, les Hawazin, es Soulaym , se soumettent et livrent aux vainqueurs ceux hui ont pris part au massacre des musulmans à la suite de eur tentative malheureuse sur Médine; les uns sont lapidés ou précipités du haut des rochers; les autres brûlés pu noyés dans des puits, et ces cruelles représailles frappent les esprits de terreur.

Khaled marche ensuite contre lesHanzhala, l’une des pranches des Benou-Temim, qui avaient embrassé avec ardeur le parti de la prophétesse Thejiah. Tous se dispersent pu font des démonstrations d’obéissance ; leur chef, Malik, ils de Nowaïra, est mis en pièces sur un ordre de Khaled , lui épouse sa veuve; cet acte de barbarie soulève les prais croyants contre lui; le poète Moutemmem, frère de plalik, vient demander justice au khalife, et Omar appuie sa réclamation. Abou-Bekre reçoit la justification de Khaled et paye lui-même le prix du sang répandu.

Cependant Mosseïlamah était toujours maître de l’Iémanah. Il avait battu deux corps de musulmans commandés par Icrima, fils d’Abou-Djahl, et par Chourahbil, et inspirait iux Hanifa une confiance sans bornes; Khaled s’avance contre Hedjer, et rien ne résiste à ses armes; Mosseïlamah perd la bataille et la vie à la journée d’Acrabâ; Hedjer ca- )itule, et les Hanifa rentrent dans le devoir.

Jusque-là le Coran était resté dans la mémoire des comrngnons de Mahomet ou de personnages revêtus du titre I e courra, lecteurs, ou d ehamalat-at-Coran , porteurs du uoran, qui conservaient précieusement, par tradition, la

manière dont chaque passage devait être lu. On ne possédait que des fragments du livre, écrits sur des peaux ou sur des branches de palmier. Plusieurs des courra , les plus instruits, ayant perdu la vie au cofnbat d’Acrabâ, Abou-Bekre jugea prudent de former un corps d’ouvrage des divers chapitres de la loi musulmane ; une commission s’acquitta de ce soin sans retard, et la première copie du Coran ainsi complétée, fut confiée à la garde de Hafsa, fille d’Omar, et l’une des veuves de Mahomet.

Les soulèvements qui avaient éclaté dans le Bahrein , l’Oman et les autres parties de l’Arabie furent rapidement | comprimés; El-Ala traversa le désert de Dahnâ, défit de- j vantDjowatha les Bacrites qui, à la voix de leur chef Hotam, avaient proclamé roi un prince de la famille Almoundhir, de Hira , et par la prise de l’île de Davayne , éteignit les ! dernières lueurs de la rébellion.

Icrima, qui cherchait à faire oublier son échec dans riémamah , s’empare de Daba , capitale de l’Oman , et disperse les partisans du faux prophète Lakit-Dzou-Hadj ; il soumet ensuite le Mahrah et pénètre jusqu’à Aden ; puis, réuni à un chef, El-Mohadjir, qui venait de détruire les derniers débris du parti d’Aswad dans l’Yémen, il fait ren-j trer dans l’obéissance les Kinda de l’Hadramaut; l’Arabie 4; proprement dite reconnaissait les lois d’ Abou-Bekre ; le khalife entreprit aussitôt la guerre sainte.

6)e l’esprit «le prosélytisme et du génie militaire «les Arabes, x

Mahomet s’était appliqué à développer le génie militaire des Arabes *, en leur inspirant l’esprit de prosélytisme. La persuasion intime que Dieu avait donné aux fidèles le monde en partage, doublait leurs forces ; une sorte d’exaltation religieuse s’était emparée de toutes les âmes ; avec ces mots : le paradis est devant vous, l’enfer derrière, les chefs entraînaient leurs soldats au milieu d’une mêlée furieuse, et ce délire superstitieux, cette véhémence de sentiment et d’action renversaient les plus grands obstacles. En toute occasion les généraux payaient de leur personne; avant d’engager la bataille, ils provoquaient au combat le plus

aillant de leurs ennemis , et presque toujours vainqueurs lans ces luttes homériques , ils étaient constamment les derniers dans le chemin de l'honneur.

Étrangers à toute idée de tactique savante , les Arabes l’avaient pour eux que la foi , le courage et l’audace; mais 1s étudiaient avec soin les dispositions de leurs adversaires !t les imitaient; c’est ainsi qu’ils donnèrent peu à peu à eurs troupes une organisation régulière, et surent tirer iarti de leur cavalerie en la plaçant sur les ailes. A l’exem- )le de Mahomet, qui combattait vers le soir pour se couvrir le la nuit, en cas d’un échec, ils évitaient l’engagement ivant les prières de midi , ou maintenaient l’équilibre de la lataille jusqu’au soir, pour renouveler l’action avec des roupes fraîches tenues en réserve , profitant ainsi de la atigue de l’ennemi qui ne s’attendait pas à une nouvelle ittaque ; mais inhabiles dans l’art des sièges , ils auraient :choué dans leurs entreprises contre les Grecs et les erses, si ces peuples n’avaient pas épuisé dans leurs guerres continuelles ce qui leur restait de sève et de vie ; fïaiblis par leurs succès comme par leurs revers, ils ofraient, à qui saurait la prendre, une proie aussi riche que acile. Les Grecs, divisés en factions ennemies par des seces inconciliables, accoutumés à confier le soin de leur déense à des mercenaires, ne comprirent pas à quels adveraires ils avaient affaire ; ils crurent que c’était une de ces ;uerres ordinaires où l’on finit par s’entendre et s’accorder, t perdirent un temps précieux à négocier avec des hommes [ui, vainqueurs ou vaincus, répétaient sans se déconcerter : devenez musulmans ou soijez tributaires. D’un autre côté , es populations acceptaient sans murmurer la domination le leurs nouveaux maîtres, qui montraient de la loyauté 'ans leurs engagements et n’étaient point oppresseurs ; une impie profession de foi les assimilait à ceux-là mêmes qui enaient de conquérir leur territoire, et la fusion devenait «lus complète par la liberté laissée à l’Arabe de contracter es alliances dans plusieurs familles *.

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t. Consultez OElsner et Caussin de Perceyal.

Invasion de l’Irak (033-634).

La vigueur avec laquelle Abou-Bekre avait détruit autour de lui les rebelles et les faux prophètes n’avait pas permis à | l’ardeur guerrière des musulmans de se refroidir; il reprit l’exécution des plans de Mahomet, qui, on se le rappelle, j avait marché vers la Syrie , puis à la nouvelle des troubles j survenus dans l’intérieur, avait bientôt commandé la re- | traite. L’expédition d’Ouçama n’avait été qu’une simple reconnaissance; cette fois l’entreprise devint plus sérieuse. Munis des instructions du khalife , instructions où respirait l’âme d’un peuple pasteur, Iyadh et Khaled furent dirigés vers l’Irak occidental; le premier devait y entrer par Moucaïak, après la réduction de Daumat-Djandal; le second,! parti de î’Iémamah , se porter sur Oboilah, ville voisine du ! golfe Persique, et se réunir à son collègue sous les murs de Hira. i ||

On pouvait croire que les tribus arabes de la Mésopotamie s’empresseraient de secouer le joug des Perses; elles , n’en firent rien; les musulmans ne trouvèrent que des ennemis dans ces régions ; trois victoires conduisirent Khaled sous les murs d’Amghichia, qu’il détruisit de fond en j comble. Les exécutions sanglantes qu’il ordonnait contre; tous ceux qui lui opposaient de la résistance répandaient , au loin la terreur de son nom; Hira, Anbar et Aïn-Tamrj| , capitulèrent; la cour de Ctésiphon restait indécise; les dis- j* sensions qui avaient suivi la mort du parricide Siroës pre- ; naient de nouveaux développements, et préparaient la chute de l’empire.

Khaled se détourne un instant de la route qui lui estl tracée; il marche au secours d’Iyadh qui se trouve arrêté g'1» devant Daumat-Djandal, et se rend maître de cette ville; m } de retour à Hira, il reprend l’otfensive, défait près de Fi- r ( radh, sur la rive orientale de l’Euphrate, les Grecs qui se , sont joints aux Perses et aux Arabes taghlibites ; et, après 4 , avoir accompli, à l’insu de son armée, en 634, le pèleri- j # nage de la Mecque , il se dispose à franchir les frontières ; ^ persanes, lorsqu’un ordre d’Abou-Bekre l’appelle en Syrie. Il(

Conquête de la Syrie (68S-63§).

C’était de ce côté que le khalife avait dirigé ses plus grands efforts ; plusieurs corps d’armée s’étaient avancés jusque lans l’Ordounn (Tyr, Ptolémaïs et le cours supérieur du |fourdain), et dans la Palestine proprement dite. Un premier ;uccès avait ouvert heureusement la campagne ; mais un tombât livré à une journée de Damas fut fatal aux Arabes, it Abou-Obeïda vint avec des renforts prendre le commanlement des troupes avec Yézid , fils d’Abou-Sophian et ]hourahbil.

La Syrie à laquelle les Arabes donnent le nom de Barrîl-Scham (pays de la gauche), ne comprend pas seulement xmr eux le territoire qui s’étend au sud du Taurus et à ’ouest de l’Euphrate jusqu’aux sources du Jourdain ; elle ■enferme tout l’espace qui s’étend entre les déserts de ’Arabie et de l’isthme de Suez au sud, la Méditerranée à ’ouest, le Taurus au nord, et l’Euphrate à l’est en suivant ;e fleuve depuis sa source jusqu’au lieu où, après avoir ■oulé du nord au sud dans la plaine de Sennaar, il tourne )rusquement vers le golfe Persique.

Abou-Obeïda menaçait à la fois Bosra , Damas et Tibé- ’iade; en divisant ses troupes, il s’ôtait les moyens de vaincre; Khaled, à la voix du khalife, quitte Hira à la tête le neuf mille hommes. Il occupe presque sans coup férir es deux points de Tadrnor et d’Hauran, qui lui donnent tccès jusqu’aux rives du Jourdain et de l’Oronte. Ce prenier pas fait, il s’arrête pour attendre de nouveaux renorts, et paraît enfin sous les murs de Bosra.

| Prise de Rosra; siège de Damas; bataille d'Aizuadin (©33).

Après un combat où le courage des assiégés ne put tenir éontre l’ardeur fanatique des Arabes, la ville, trahie par |;on gouverneur Romanus, qui se convertit au mahoméisme, tomba entre les mains de Khaled. Le droit de la kuerre autorisait le pillage; le vainqueur le fit cesser dès lue les habitants eurent demandé quartier, et il se conenta de les soumettre au tribut , en leur laissant le libre

exercice de leur religion. Bosra prise, les Arabes se portèrent aussitôt sur Damas ; cinq mille hommes y avaient été envoyés par Héraclius, alors établi à Antioche. L’empereur ne pouvait comprendre le danger dont il était menacé. Quel avantage ne devait-il pas conserver sur ces tribus misérables, avides de butin, « par la tenue des troupes, l’expérience des officiers, la qualité des armes, la richesse des arsenaux, la force des places, par la facilité des communications et des approvisionnements ; » les Grecs connaissaient le pays, tenaient la mer et avaient à leur disposition des provinces peuplées et fertiles ; les Arabes étaient ignorants, pauvres, dénués de tout, ne sachant faire la guerre qu’en Bédouins et en fuyant; leur armée offrait au premier coup d’œil des groupes de gens rassemblés pêle-mêle, les cavaliers au milieu des fantassins, les uns mal couverts, les autres nus , armés chacun à sa fantaisie d’un arc, d’une pique ou d’une massue, tirant le sabre ou brandissant la lance; leur expédition ne pouvait être qu’une incursion passagère. Héraclius changea de sentiment quand il reçut de Damas une lettre portant que la ville était bloquée de tous côtés par l’ennemi. Passant alors d’un excès à un autre , il leva une de ces grandes armées à la tête desquelles il avait com- 1 battu les Perses victorieux , et se priva maladroitement des 9 ressources que la Syrie lui offrait pour une guerre défen- I sive ; si du moins il voulait en agir avec les Arabes comme I avec les Perses , il aurait dû se mettre lui-même à la tête des j troupes ; la vieillesse glaça son courage, et il se fit remplacer par un de ses généraux nommé Werdan ou Bahan. Celui-ci, plein de confiance dans les forces dont il disposait, ne crut 1 pas nécessaire d’entrer en communication avec les habitant^ > de Damas ; il était persuadé qu’à la nouvelle de son approche > les Arabes abandonneraient le siège. Ils le firent, en effet, i mais ce fut pour venir au-devant des Grecs. Khaled avait détruit les dernières espérances des assiégés repoussés dans une funeste sortie, et le sort de Damas ne dépendait plus j que du résultat de la bataille qui allait s’engager.

A ne considérer que le nombre et la discipline, ce résultat ne semblait pas douteux : Khaled avait tout au plus i

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vingt mille hommes à opposer à l’armée d’Héraclius, forte de soixante mille, et malgré tous ses efforts, il n’avait pu plier les Arabes à une complète obéissance. Tous ceux qui dans ses troupes s’étaient signalés par quelque acte de courage , i croyaient le droit d’agir à leur guise , et de combattre part. Mais l’enthousiasme était général; excités par l’héroïsme d’une troupe d’Amazones qui avaient reçu l’ordre d’atteindre de leurs flèches tout musulman qu’elles verraient fuir, et par l’exemple de leurs chefs, dont les hauts faits se trouvent exactement retracés dans les descriptions de t’Arioste, ils ne songèrent qu’à s’illustrer par leurs exploits. Au cri de : Allah- Akbar (Dieu est grand) , ils se jetaient ians la mêlée et leur choc était irrésistible. Aussi la lutte ne ut pas longtemps indécise : les Grecs plièrent , et si l’on en roit les récits des Arabes, cinquante mille hommes périrent ians la bataille d’Aiznadin ; le reste se sauva avec peine sous es murs de Damas ou d’Émèse. Quelques-uns ne s’arrê* èrent dans leur fuite qu’à Antioche (633).

L’armée arabe après le premier élan de la victoire se eforma avec rapidité et reprit le chemin de Damas dont ihaled voulait s’emparer à tout prix. Les habitants com- )rirent que cette fois c’en était fait d’eux. Vainement esiayèrent-ils, sous la conduite de Thomas, gendre de l’empereur, d’échapper à leur redoutable ennemi. Vaincus dans outes les sorties qu’ils tentèrent, ils reconnurent bientôt lu’il leur faudrait succomber avant qu’Héraclius pût leur nvoyer du secours , et ouvrirent des négociations avec Ü)ou-Obeïdah dont ils avaient entendu vanter la douceur t la bienveillance à l’égard des chrétiens , et dont le caracre élevé aurait fait honneur au siècle le plus policé, à la nalon la plus éclairée du globe. Abou-Obeïdah leur accorde i vie sauve; il permet à ceux qui préféreront s’expatrier, emporter une partie de leurs richesses, avec l’engagement u’ils ne seront point poursuivis avant trois jours et trois uits écoulés; à ces conditions les portes de la ville lui sont uvertes; mais lorsqu’il arrive sur la place publique, il ren- Dntre les soldats de Khaled qui viennent de prendre d’astut une des portes opposées et massacrent tout sur leur

passage; la fermeté d’Abou-Obeïdah fait prévaloir les conseils de la clémence et de la justice; et son collègue se contente, après les délais convenus, de se mettre à la poursuite des habitants fugitifs. Rapide comme l’éclair, il les atteint,, les disperse, les dépouille et revient victorieux à Damas.

Disgràee de Khaled; bataille de FYermouk; soumission ji des Gliassanides (636;.

Là Khaled apprend la mort d’Abou-Bekre, l’avénement • d’Omar, qui a toujours été son ennemi, et sa destitution du titre d 'émir. Il se soumet sans murmurer à cette disgrâce, i qu’il ne croit pas avoir méritée , et continue de servir sous, les ordres d’Abou-Obeïdah , qui apprécie sa vaillance , es-; [ time ses services, le consulte en toute occasion, et ne cesse]» de le considérer comme son égal.

Cette abnégation, ce respect de la discipline s’alliant à la grandeur des sentiments étonnent de la part des Arabes, sm mal à propos traités de barbares. Omar ne peut pardonner è.'i Khaled les actes de cruauté dont il a souvent terni ses vic-j toires ; il montre contre ce général une animosité que ses]j compagnons lui reprochent; mais ce même Omar n’hésit» j pas à veiller la nuit pour que le repos de riches étranger.1, arrivés à Médine ne soit point troublé, et recevant les récla-; mations d’un juif contre un gouverneur de province, i adresse à celui-ci ces mots tracés sur une simple brique j faites cesser les plaintes qu'on me fait de vous ou quitte votre gouvernement.

Khaled ne répond au coup qui l’a frappé que par de nou : veaux exploits. Une troupe de cinq cents cavaliers s’étail imprudemment aventurée à la foire d’Abyla qui leur pro ; mettait un riche butin ; il assure leur retraite. Bientôt aprè, ii contribue à la prise de Hems (Émèse), et tandis qu’Abouj S Obeïdah soumet par sa modération Arethuse sur l’Oronte| î Hamah ou Epiphania, Antartous, etc., Khaled après avoij défait dans une nouvelle rencontre les Romains et le Arabes ghassanides, emporte d’assaut Kinnesrin. Les Arabeil prennent Baalbek ou Iléliopolis , et sur l’ordre d’Omar sti * dirigent vers Antioche en suivant le cours de l’Oronte. Sui ces entrefaites, ils apprennent les nouveaux préparatiil ,

l’Iléraclius, qui vient de lever deux armées pour chasser ;nfin les Sarrasins (nom que les Grecs donnaient aux trabes) des belles provinces qu’ils occupent. L’une de ces rmées devait partir d’Antioche et arrêter l’ennemi dans sa narche ; l’autre venant de Palestine le prendre à revers (635).

Ce plan était bien conçu : il échoua par la mésintelligence des généraux grecs et par la prudence des Arabes, qui levinant le danger dont ils étaient menacés reculèrent vers le ourdain pour s’opposer au passage de l’armée de Palestine; Constantin, fds d’Héraclius, qui la commandait, se retira lans Césarée et se contenta de disséminer ses troupes dans es villes de la côte, de Gaza à Tripoli. Khaled et Abou- )beïdah s’établirent alors sur les bords de l’Yermouk, qui e jette dans le Jourdain, au-dessous du lac de Tibériade, :t ce fut là que les Grecs virent se décider le sort de la iyrie. Cent quarante mille hommes composaient, selon les apports les moins exagérés , l’armée d’Héraclius ; en tête narchaient les Arabes de Ghassan, dont le chef, Djabalah, onverti d’abord au mahométisme , avait apostasié pour se 'enger, comme on l’a vu plus haut, du khalife. Héraclius omptait beaucoup sur leur secours : « Le diamant, diait-il, ne se coupe qu’avec le diamant. » Khaled, auquel ibou-Übeïdah avait résigné le commandement en chef, inpirait aux musulmans une confiance sans bornes ; il la jusifia encore une fois. La lutte dura plusieurs jours ; les Arabes urent trois fois mis en fuite. Trois fois ils furent ramenés u combat par les femmes qui s’étaient placées à l’arrière- :arde. La victoire finit par se déclarer en leur faveur; lie eut pour principal résultat la soumission des Ghassalides qui se convertirent à l’islamisme. Djabalah persista lans son opposition, et regretta, plus tard, de s’être séparé le- ses frères ; il mourut à Constantinople et ses descenlants devaient, au xve siècle, se réfugier en Circassie pour chapper à la domination des Turcs ottomans.

»rise de Jérusalem, d’Alep, d’Antioche et des villes maritimes) conquête de la Mésopotamie.

Cependant le chemin d’Antioche et d’Aîep était ouvert

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aux Arabes ; Amrou était devant Jérusalem que le patriarche Sophronius défendait vigoureusement. La prise de cette ville que Mahomet révérait presqu’à l’égal de la Mecque et de Médine, importait beaucoup aux musulmans. Abou- Obeïdah l’investit avec toute son armée et la réduisit à la dernière extrémité. Sophronius consentit à capituler, à la condition qu’il traiterait avec le khalife en personne. Omar se rendit aux désirs du patriarche malgré les représentations d’Othman ; il affecta pendant ce voyage une extrême simplicité et se montra généreux. Les habitants de Jérusalem obtinrent liberté entière de conscience ; leurs églises furent respectées; un tribut seulement leur fut imposé. Le khalife rechercha l’emplacement du temple de Salomon et il y fit bâtir une mosquée superbe qui reçut le nom de mosquée d’Omar. Ces soins accomplis , il reprit la route de Médine, emmenant avec lui Amrou , qu’il destinait à la conquête de l’Égypte (637). Il avait reçu la soumission de Ramlah et rendu à Khaled le titre d’émir. L’armée traversa les plaines de Damas pour gagner Alep et Antioche; on laissa en Palestine les fils d’Abou-Sophian, Yézid et Moawiah, avec ordre de presser dans Césarée le prince Constantin et de réduire promptement les villes de la côte. Les défaites d’Aiznadin et de l’Yermouk avaient porté le découragement parmi les Grecs qui n’opposèrent nulle part de résistance sérieuse; Abou-Obeïdah et Khaled recouvrèrent les places que dans leur course rétrograde vers le lac de Tibériade, il leur avait fallu abandonner, et arrivèrent devant Alep. Là ils furent arrêtés quatre mois par un brave soldat , Youkinna , qui se maintint dans un château voisin de la ville jusqu’à ce qu’enfin un esclave sarrasin , se traçant un chemin au milieu de rochers jugés impraticables, leur en ouvrit les portes. La prise d’Alep donna aux Arabes un vaste territoire ; elle leu permit d’apercevoir les plaines de la Mésopotamie dont le cours de l’Euphrate allait seul maintenant les séparer. Il leur manquait Antioche pour tenir toutes les frontières de la province; seulement il était difficile de croire qu’Héraclius laisserait prendre cette ville qu’il venait à peine d quitter, sans tenter un dernier effort. Aussi Abou-Obeïdal)

trouva sous ses murs une armée organisée à la hâte et rangée en bataille. La défaite des Grecs et la surprise de la forteresse d’Avrar, défendue par Youkinna, qui embrassa la religion et la politique des musulmans, déterminèrent les habitants à capituler. Ils promirent de payer trois cent mille pièces d’or , et à ce prix les Arabes leur laissèrent la vie sauve et leur épargnèrent le pillage (638).

Maître d’Antioche, Abou-Obeïdah voulut s’emparer sans aucun retard des villes où les Grecs tenaient encore garnison. Khaled fut envoyé vers les bords de l’Euphrate pour occuper Riéropolis, tandis que d’autres généraux étaient chargés de soumettre les villes de la Phénicie. Le succès était facile; il accompagna partout les armes de l’islamisme. Hiéropolis accepta le tribut que lui imposait Khaled; Tyr et Tripoli furent surpris par Youkinna, l’ancien défenseur du château d’Alep. Césarée, abandonnée par Constantin, dont les troupes étaient décimées par les escarmouches, les maladies et les désertions, ouvrit elle-même ses portes à Yézid et à Moawiah. Ascalon, Gaza, Naplouse, Tibériade traitèrent avec l’ennemi dès qu’il fut en présence de leurs murs. Acre, Joppé, Béryle, Sidon suivirent leur exemple, bien que leur position maritime facilitât pour elles l’arrivée des secours de la métropole. La réduction de Gabalah et de Laodicée acheva enfin l’occupation entière de la Syrie.

Quelques auteurs placent en cette même année 638 une tentative d’Héraclius pour recouvrer cette riche province; une flotte débarque sur les rivages voisins d’Antioche une armée tirée d’Égypte, tandis que les Romains de la Mésopotamie, unis aux tribus arabes répandues entre l’Euphrate et le Tigre, paraissent tout à coup devant Émèse; Abou- Obeïdah se hâte de concentrer ses forces ; Antioche se soulève ; Kinnesrin , Alep et les deux Hadhirs de ces villes (c’était le nom qu’on donnait à des bourgades d’Arabes établis dans les environs) imitent son exemple. Césarée appartenait encore aux Grecs. Omar, à la nouvelle du danger qui menace sa conquête, ordonne que deux détachements soient dirigés sur la Mésopotamie, afin d’opérer une utile diversion ; lui-même se dispose à rejoindre Abou-Obeïdah ; mais

déjà les Arabes de la Mésopotamie et les tribus des Hadhirs avaient ouvert des négociations secrètes avec Khaled, et les Romains, hors d’état de tenir seuls la campagne, se reti-j rèrent en désordre; les musulmans reprirent sans peine Kinnesrin, Alep et Antioche; la conversion des Tonoukhi-j tes , des Djorhoms et des Kelb errants jusqu’aux environs! de Palmyre compléta la soumission des tribus arabes de la Syrie1.

Les musulmans avaient été séduits par la beauté du pays; la plupart des conquérants s’y fixèrent. A quelque temps de là (639) une peste cruelle se répandit sur toute la con-; trée; plus de vingt-cinq mille personnes succombèrent; Abou-Obeïdah, Chourachbil et Yézid furent du nombre des victimes; Khaled échappa au fléau; mais il avait subi, de la part du khalife, une nouvelle disgrâce ; accusé de s’être approprié une partie du trésor public , accablé d’outrages , il opposa aux attaques de ses ennemis une noble fermeté, et à sa mort, arrivée en 642, on trouva que son cheval, ses armes et une seule esclave composaient toute sa richesse.

Omar avait confié le gouvernement de Hems et de la Syrié septentrionale à Iyadh, fils de Ganem, et l’avait chargé de la conquête de la Mésopotamie; cette province ne fit aucune résistance. Les nombreuses villes qui la couvraient jadis avaient toutes été démantelées pendant les longues luttes entre les Perses et les Grecs, dont elle venait d’être le| théâtre ; une seule expédition suffit pour soumettre Racca, Seroudje, Ilarran, Édesse, Constantine, Dara-Rhesena, Nisibe, Mossoul et Amida (640). La Mésopotamie conquise reçut des Arabes le nom de Djezireh (l’île), et fut divisée par eux en quatre parties. La première, appelée Diar-al- Djezireh, eut pour capitale Mossoul, bâtie sur le Tigre, en|

1. La conquête de la Syrie est très-diversement racontée par les écrivains grecs ou arabes , et l’on aura encore bien des questions à résoudre avant d’arriver à des résultats positifs et satisfaisants sur l’ensemble des opérations militaires des musulmans. Mous avons suivi le récit d’ückley (p. 253 et suiv.), qui est généralemeni adopté; M. Caussin de Perceval a lait ressortir (t. III, p. 42i-5i8)les contradictions desj auteurs , sans toutefois éclaircir suffisamment le sujet qu’il avait à traiter. Ce n’esl que par une comparaison attentive des historiens arabes entre eux et des chroniqueurs grecs, qu’on peut jeter quelque jour sur cette période encore fort obscure, et, à cet égard, il faudrait faire un appel à l’érudition et au zèle des jeunes orientalistes.

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