‹ Histoire des ArabesChapitre 24 sur 88 · ère chrétienne). — 232-447 (ère musulmane · texte numérisé non relu

ère chrétienne). — 232-447 (ère musulmane

I TROUBLES CIVILS; MOTAWAKKEL ET SES SUCCESSEURS NE PEUVENT RÉPRIMER LES EXCÈS DE LA MILICE TURQUE. — DES DYNASTIES INDÉPENDANTES S’ÉLÈ- VENT DANS L’ASIE ORIENTALE; LES THAHÉRITES, LES SOFFAR1DES , LES SAMAN1DES, ETC. — NOUVEAUX SOULÈVEMENTS DANS L’ASIE OCCIDENTALE ET EN ÉGYPTE ; LES ZENGHIENS , LES THOULONIDES. — SUCCÈS ÉPHÉMÈRES DES KHALIFES A LA FIN DU IXe SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU Xe. — LES ABBASSIDES SONT RÉDUITS A LA SUPRÉMATIE SPIRITUELLE; CRÉATION DES ÉMIRS— AL-OMRAH ; PUISSANCE DES BOUIDES. — NOUVELLES SECTES RE- LIGIEUSES; LEURS DOCTRINES ANTI-SOCIALES; LES ZEND1ENS, ISMAÉLIENS, KARMATHES , ETC. — LES ALIDES RENOUVELLENT LEURS PRÉTENTIONS ; LES FATHIMITES FONDENT LE KHAL1FAT DU CAIRE ET ENCOURAGENT LES SCIEN- CES ; HAKEM ET LVS DRUZES. — LES BOUIDES PROTECTEURS DES LETTRES ; FORMATION DE L’EMPIRE DES GHAZNÉVIDES. — LES TURCS SELDJOUKIDES RENVERSENT LES GHAZNÉVIDES ET S’AVANCENT JUSQU’A BAGDAD; PROGRÈS DES GRECS EN SYRIE.

Troubles civils ; VSotawakkel et ses successeurs ne peuvent réprimer les excès de la milice turque.

A partir du règne de Watek (846) le khalifat est livré à l’anarchie. Bagdad ne fait à chaque instant que changer de maître, et tombe le plus souvent sous le joug de despotes cruels ou incapables.

Motawakkel , le Néron des Arabes, ouvre cette nouvelle période, ses vengeances et sa cruauté dépassèrent toute idée ; pour punir un vizir qui l’avait offensé, il le fit brûler vif dans un fourneau garni de pointes de fer ; il laissait circuler librement dans son palais des bêtes féroces et venimeuses , dont les courtisans ne devaient ni fuir ni repousser les atteintes. Craignant sans cesse qu’une conjuration ne l se tramât contre lui , il invita à un festin tous les officiers i de sa cour, les fit entourer par ses sicaires et ordonna un ' massacre général auquel il prit part lui-même. L’horreur qu’inspiraient ses forfaits arma la main parricide de son

fils Mostanser qui ne jouit pas longtemps de son crime : il mourut de douleur et de remords , l’aimée même de son avènement (861). On choisit pour lui succéder un petit-fils de Motassem nommé Mostain , au détriment de ses quatre frères dont deux , Motaz et Motamed parvinrent plus tard au khalifat. Mostain occupa le trône un peu plus de trois ans (862-866), et fut remplacé par Motaz qu’une faction proclama khalife (866). Une autre faction le déposa en 869, et ce fut un fils de Watek , Mothadi qui monta sur le trône (869-870). Ce prince conçut des projets de réforme qui devinrent son arrêt de mort : il fut massacré dans son propre palais. Après lui Motamed régna vingt-deux ans (870-892), grâce au dévouement et au mérite de Mowaffek, son frère, devant lequel se brisèrent toutes les tentatives de révolte. Ces bouleversements perpétuels étaient causés par la milice turque dont Motassem avait fait sa garde particulière. Ces esclaves enrégimentés et fixés à Bagdad auprès de la personne du souverain s’étaient dès l’origine portés à de tels excès que Motassem avait été obligé d’abandonner sa capitale et de se retirer dans la petite ville de Samara; leur nombre et leur influence n’avaient fait que croître sous le règne de Watek : à sa mort, ils étaient déjà une puissance dans l’État , et il leur avait suffi de demander Motawnkkel pour décider son élévation.

Ces Turcs pour la plupart avaient été faits prisonniers dans les guerres que les gouverneurs du Mawarannahar et du Khowaresm soutenaient sur les bords du Gihon. Pressées du côté de l’Orient par les Chinois, décimées par leurs dissensions intestines, les bordes turques venaient se précipiter sur les frontières de l’empire arabe, et toujours vaincues jusqu’alors, laissaient entre les mains de leurs ennemis un grand nombre d’esclaves que les généraux pour plaire aux khalifes envoyaient à Bagdad.

On sait combien sont dangereuses ces milices organisées dont le monarque veut faire l’instrument de sa toute-puissance, et dont il devient lui-même la première victime. Les Turcs commandés par des chefs pris dans leurs rangs, ne recevaient d’ordre que des khalifes. Séparant leurs inté-

rôts de ceux des Arabes, ils firent résider leurs droits dans la force brutale; pour se venger de quelques largesses que Molawakkel leur avait refusées ils furent les complices du crime de Mostanser : ils forcèrent ensuite ce prince d’exclure ses frères du trône et de désigner Mostain comme son successeur. Ils se partagèrent plus tard entre Mostain et Motaz, qui avait pour lui les Arabes , et qui ne sut pas détruire cette redoutable milice quand l’occasion lui en était offerte. Un retard dans le payement de la solde suffit pour exciter une émeute, et réduire le khalife à signer son abdication. Mothadi eut un plus triste sort, pour avoir voulu soumettre les Turcs à une discipline sévère; et Movvaffec ne réussit à détourner leurs esprits des intrigues de palais qu’en appliquant leur activité à des entreprises lointaines.

I)cs dynasties indépendantes s'élèvent dans F .Asie orientale; les Tlialiérites, les SofTarides, les Samanides, etc.

Les troubles qui avaient tenu, pendant un demi-siècle, le khalifat chancelant, eurent, en dehors de Bagdad et dans ;out l’empire, les plus graves conséquences. D’une part, les gouverneurs, restant seuls dépositaires du pouvoir durant es interrègnes, aspiraient à l’indépendance, et marchandaient ensuite leur soumission au nouveau souverain. De 'autre, les provinces cessaient de respecter l’autorité cenrale; elles regrettaient les richesses que les impôts leur anlevaient et qui allaient alimenter les désordres de la capitale. Elles tendaient à recouvrer leur ancienne nationalité it encourageaient les prétentions ambitieuses de leurs gouverneurs qui , se transformant en grands feudataires des khalifes réduisirent désormais ceux-ci à une suprématie Purement nominale.

L’histoire des dynasties qui apparurent dans l’empire irabe, de 814 à 1055, ressemble à celle des familles puisantes qui, en France, ont occupé les duchés de Nornandie, de Bourgogne ou de Guyenne; seulement le régime éodal, en Orient, s’arrête au sommet, et loin de s’atta- ‘her les populations, en les enlaçant fortement, les opprime, les irrite, et bientôt les poussera au-devant des

conquérants étrangers qu’elles considéreront comme des libérateurs.

Le démembrement de l’Espagne et de l’Afrique avait porté un premier coup à l’unité des États musulmans; les khalifes abbassides, pour ne point perdre entièrement le Magreb, en avaient donné l’investiture aux Aglabites, sans comprendre que c’était de leur part une abdication définitive; en Asie, ce travail de décomposition avait été plus lent. Almamoun avait commis la faute, dans un moment de reconnaissance, de donner à son général Thaher le Khorasan en toute souveraineté (814). Thaher sut si bien disposer 1 les esprits en sa faveur, que son nom seul fut bientôt prononcé dans les prières publiques1. Ses fils lui succédèrent sans aucune difficulté; ils se firent donner l’investiture par les khalifes et conservèrent toujours avec eux d’excellentes relations ; ils furent même quelquefois chargés de commander leurs armées (814-873); le quatrième prince de celte j dynastie, Thaher-ben-Abdallah , se montra le protecteur éclairé de l’astronomie ; on a conservé une observation de l’équinoxe d’automne de 851 , faite en sa présence à Nischabour, capitale du Khorasan, avec une grande armille qui marquait les minutes. Il eut en S62, pour successeur, Mohammed qui tomba dans la mollesse et ne sut pas se défendre contre les attaques des Soffarides.

Les Thahérites trouvèrent, en effet, des imitateurs , et Bagdad restant en proie à l’anarchie, toute l’Asie orientale échappa aux Abbassides.

En 864, dans le Tabarestan (province voisine de la mer Caspienne), une branche de la famille des Alides se rendit indépendante du reste de l’empire; le chef de cette famille, Hassan-ben-Zéid, fut un instant en possession du Dilem et du Djordjan , mais il succomba presque en même temps que les Thahérites devant une puissance plus redoutable, celle des Soffarides, qui s’éleva dans le Sedjestan , en 870. Yacoub, dont le père Leitz avait été ouvrier en cuivre {soffar, chaudronnier), après avoir exercé quelque temps le métier!

i. Voy. Mirchondt historia Taheridarum histpricis notis hucusque incognito- 1 i ru tn Pftrsiæ principuvi persire et Intinè edidit,Y. Mitscherlich Goit;. I8i4. in -8» '

e son père, s’était lancé avec succès dans la carrière des rmes; il entra dans le Khorasan à la tête d’un corps de roupes considérable, conquit le Sedjestan, mit fin à la ynastie des Thahérites (873), enleva aux Alides le Tabaestan et se trouva ainsi maître d’une vaste contrée. Il établit sa résidence tantôt à Mérou, tantôt à Nischabour, dans 3 Khorasan; ses succès enflèrent son orgueil, et il voulut ttaquer la ville même de Bagdad (874). Mowaffec, qui ommandait cette place, alla lui présenter la bataille, le ainquit près de Wascth , et ne se sentit pas la force de le loursuivre. Yacoub se retira dans ses États ; dès l’année uivante il avait réparé ses pertes; il menaçait déjà le khaife d’une ruine complète, lorsque la mort vint le surprenne à Djondisabour, 879 , son frère et son successeur Amrou ît la paix avec Motamed, et obtint, par lettres patentes, la ibre possession des pays qu’il occupait (877). L’établissement de la dynastie des Sotfarides dansleKhoasan, le Sedjestan et le Tabarestan coupait toutes lescomnunications du centre de l’empire avec le Khowaresm et e Mawarannahar ; le gouverneur de ces provinces, sûr de 'impunité, se déclara indépendant. C’était Ismaël, arrièreoetit-fils d’un conducteur de chameaux, nommé Saman. En 119, les fils d’Asad-ben-Saman avaient obtenu d’Almamoun les commandements à Samarcande, Ferghanah etBalkh; m d’eux , Ahmed , transmit sa puissance à son fils aîné , %ser, qui s’empara de Bokhara et devint par le fait souve- ’ain de la Transoxiane ; Naser avait pour mission de défendre jette province contre les irruptions des Turcs et les empiétements des Sofi'arides. Soupçonnant son frère Ismael d’ami r des intelligences secrètes avec ses ennemis, il le poursuivit en 888 les armes à la main , se laissa surprendre et ut fait prisonnier. Ismael révéla dans cette occasion tonte la grandeur de son caractère ; au lieu de profiter de ses avantages, il rendit à Naser les honneurs dus à son rang, d jusqu'à sa mort, arrivée en 892, fit respecter son autorité. Libre alors d’agir en souverain , il ne négligea rien pour consolider son pouvoir, rejeta les Turcs au delà de Iaxarte et fonda la dynastie des Samanides sur des bases

solides1. À la même époque, d’autres principautés pre- i liaient aussi naissance dans l’Asie occidentale.

Soliveaux soulèvements dans l'Asie occidentale et en Egypte: les Zenghiens, les Thoulonides.

Un aventurier osa se rendre maître de la ville de Bassorah, j aux portes mêmes de Bagdad; il appela près de lui des noirs du Zanguebar et résista à toutes les attaques durant les règnes de Motaz et de Mothaded. Presque tout l’Irak- Arabi reconnut la domination des Zenghiens ; ils s’étaient même avancés dans la province d’Ahwaz et dans le Khousistan. Ce fut Mowaffec, le vainqueur d’Yacoub , qui eut encore la gloire de les repousser et d’anéantir leur autorité; il reprit l’Irak-Arabi, les provinces persiques, et même la ville de Bassorah (882).

Mowaffec ne fut pas aussi heureux à l’égard des Thoulonides , qui détachaient de l’empire arabe l’Égypte et la Syrie. Ahmed-Ben-Thouloun était un de ces Turcs affranchis que les khalifes élevaient à leur cour; il s’était distingué par son mérite et par son courage, et avait été jugé digne de gouverner l’Égypte et la Syrie. Une fois établi dans ces provinces, il sut s’y maintenir avec l’appui des chefs de la milice turque, et résolut, enfin, de se rendre indépendant; il fit j si bien, que tous les émirs placés sous ses ordres n’hésitè- ] rent pas à seconder son entreprise. Quand tout fut prêt, il j s’attribua la perception des impôts (877). C’était rompre ouvertement avec les khalifes, qui, sentant leur faiblesse, cher- i chèrent seulement à susciter des embarras aux Thoulonides, ] en leur opposant des émirs de Syrie , qui tentèrent des i révoltes partielles. Ahmed sortit vainqueur de ces difficultés, j et Mowaffec, occupé contre les Zenghiens, le laissa consolider son pouvoir. A la mort d’Ahmed (884), son fils Khomarouiah se fit reconnaître à Damas, où il fixa sa résidence, I et réprima avec succès l’opposition de quelques partis hos- | tiles (889).

1. Voy. Mohammedi filii Chavenchahi vulgà Mirchondi hisloria Sammanida - j rum, etc., illustr ., Fr. Wilken G<»tt. 1808. ; et l’édition française de M. Uelrtmery. !

Loin d’être funeste à l’Égypte et à la Syrie, le gouverneent des Thoulonides leur fut, au contraire, avantageux, hmed aimait les sciences : il était généreux, libéral, charible surtout. Ces diverses qualités le tirent chérir de ses ijets. Fostat, la capitale de l’Égypte, lui dut de grands acoissements : il y fit bâtir une superbe mosquée qui existe icore aujourd’hui sous le nom de mosquée de Thouloun1. n construisit aussi, par ses ordres, des palais et des mar-

MOSQUÉE DE TBOULOl'N.

lés destinés aux commerçants des différentes nations qui Huaient en Égypte. Pour Khomarouiah il brilla par son ixe et sa magnificence; il fit, dit-on , bâtir à Mesrah une nmense ménagerie, où l’on entretint des animaux de toute ppèce; chacun d’eux avait sa loge et un bassin de marbre à l’eau était apportée par des canaux de bronze. Ce prince

i. Abul Abbasi Alimedis Tulonidafum primi vita et res gestæ, ed. Roorda, u<?d. Batav , 1825. — Dissertatio academica sistens historiam primi in Ægypto Utani Ahmed ben Tulon , ed. Jones Olsson, Lond. Goth, 1 785 et 1787. — Sur le send des Thoulonides , dont la magnificence égalait celle des Abbassides , voy. Tarde Khomarouiah de la Biographie universelle , et notre mémoire sur les instruents astronomiques des Arabes, 1845, in-4, inséré dans le tome 1er des Mémoires •s savants étrangers publiés par l’Académie des Inscriptions et belles lettres, où ms donnons la description du cadran de la mosquée de Thouloun.

étalait le même faste dans ses équipages de chasse, dans ses fêtes, dans l’ornement de ses châteaux ; un petit lac de vif argent soutenait et berçait mollement le lit sur lequel il reposait; il périt assassiné et avec lui s’anéantit la splendeur des Thoulonides.

Succès éphémères des khalifes à la fin du ixe siècle et an commencement du xe.

Ainsi , dès 892 , trois grands États s’étaient constitués! en Orient; c’étaient ceux des Soffarides, des Samanidesetf des Thoulonides. ïl restait aux khalifes de Bagdad, l’Arabie le Djezireh , l’Irak- Adjemi . l'Aderbidjan , l’Arménie, les provinces de la mer Caspienne, celles de la mer des Indes, et enfin l'Irak-Arabi. C’était encore un assez bel empire, s’ils avaient su le conserver.

On put croire un instant qu’ils y parviendraient, car sous les règnes de Mothaded, fils de Mowaffec (892-902), de Moctafî (902-908) et dans les commencements de celui de Moctader (908-913), il n’y eut pas de nouveau démembrement. Au contraire, des événements favorables contribuèrent à affermir la puissance de ces princes qui réunirent à leurs possessions quelques-unes des provinces déjà détachées. A peine monté sur le trône, Mothaded reçut la soumission de Khomarouiah, qui demandait l’investiture et s’engageait à payer, comme redevance, un million de pièces d’or; il repoussa ensuite du Djezireh, des Arabes et des Curdes, qui, sortant des déserts de la Syrie, avaient voului s’emparer de Mossoul. Dans la même province il réprima la tentative de l’émir Hamadan, qui s’était déclaré indépendant. A la mort de Khomarouiah une guerre de succession ayant éclaté entre ses fils, Geish et Haroun , Mothaded força le vainqueur d’augmenter son tribut de quatre cent quatrevingt mille pièces d’or (899). Moctafi fut plus heureux encore:* il fit attaquer Haroun par terre et par mer, et sans livrer batadle, reçut la soumission de tous les émirs; les descendants de Thouloun furent abandonnés par ceux qu’ils avaient comblés de richesses (903). — Les Soffarides s’etfaçèrentj à la même époque. La politique des khalifes avait réussi à

s mettre aux prises avec les Samanides, et le souverain du awarannahar, bientôt maître du Khorasan , avait envoyé Bagdad le dernier représentant d’une dynastie abattue ' )ur jamais. Cet événement, préparé de longue main , ne 3vait toutefois profiter qu’au vainqueur. A leurs États déjà insidérables , les Samanides ajoutèrent, après le Khoran , le Tabarestan dont ils reçurent l'investiture dans des tires patentes. Plus tard, ils conquirent le Sedjestan, où était retiré un descendant de la famille des Solïàrides. octafi leur en donna également l’investiture , et les reiercia, comme s’ils lui avaient rendu un service éminent, joique en réalité il y eût peu gagné. Au lieu de voir à ses 3rtes deux princes rivaux, il eut pour voisin un seul chef jnt l’autorité s’étendait sur six grandes provinces, et qui irait pu devenir redoutable si les Turcs ne l’avaient pas nu dans de continuelles alarmes. Jusqu’à la fin de son ;gne, Moctafi continua de conserver sa domination incte 1 ; il n’en fut pas de même de son successeur Mocta- ?r (908-932), que des factions insolentes firent plus d’une âs trembler sur son trône; impuissant dans sa capitale, ne fut point respecté en dehors de l’Irak-Arabi. De toutes arts recommencèrent les déchirements que ses prédécesmrs avaient un instant suspendus. Dès lors rien n’arrêta rapide décadence et la chute du khalifat. Caher(931- 54), Rhadi (934-941), Motadi (941-944), Mosrafi (944- 15), perdirent leurs dernières provinces, et l’autorité temarelle que les khalifes exerçaient dans la ville de Bagdad isparut entièrement.

Les iblcissides sont réduits à la suprématie spirituelle; création des éuiii-s>al-omrali ; puissance des BSouides.

Le signal fut donné dans le Djezireh : en 930, un desmdant de l’émir Hamadan, qui, sous Mothaded, avait ’boré déjà le drapeau de l’indépendance , parvint à s’emarer de plusieurs places fortes de cette province, pénétra isque dans le nord-est de la Syrie ( 937 ) , et se forma une

1. Marigny, Histoire des Arabes: G. Weil , Geschichte der chdMfen, Manheim,

principauté assez importante, dont Mossoul fut la capitale Ses deux successeurs, Nasser-Eddaulah et Seif-Eddaulah 1 ont laissé dans l’histoire arabe un certain renom. Le premier intervint plus d’une fois dans les luttes intestines de Bagdad ;| le second soutint contre les Grecs une guerre héroïque L’établissement des Hamadanites dans le Djezireh facilite la rébellion de l’Égypte. Depuis la chute des Thoulonides les khalifes avaient eu le tort de laisser réunies l'Égypte ei la Syrie, croyant qu’il suffisait de changer fréquemment leur:! délégués. Le Turc Ischkid , prévoyant une prochaine disgrâce, se hâta, pendant le court intervalle de son administration, de se faire un grand nombre de partisans, et quant on voulut le remplacer, il refusa d’obéir. Comme on n’avai1 aucune force à lui opposer, il fallut bien subir son usurpation2; alors l’Égypte et la Syrie furent définitivement perdue, pour les Abbassides (936). Ce qu’ils n’avaient pu faire, le Hamadanites le tentèrent ; on les vit disputer à Ischkid e à ses successeurs les plaines de la Syrie avec des succès ba! lancés ; ils occupèrent plus d’une fois la ville de Damas e restèrent en possession d’Alep.

Les environs de Bagdad virent aussi s’élever des princi pautés indépendantes. Les Baikites et les Baridiens (940-941 se disputèrent les villes de Bassorah , de Waseth , et la prof vince d’Ahwaz en même temps qu’ils cherchèrent à joue un rôle politique dans la capitale 3.

Les seigneurs d’Arménie et de Géorgie cessèrent de paye, aux khalifes des tributs qu’on ne venait plus réclamer; il s’unirent ensemble pour résister à leurs voisins, et cesdeu provinces commencèrent dès cette époque à former de royaumes séparés.

Sur les bords de la mer Caspienne, dans le Mafcandéran! le Ghilan , le Schirwan , le Djordjan , le même mouvemen eut lieu. Sous Moctader, un chef de la province du Ghilan nommé Mardawige, avait pris les armes, conquis ces pro!

l. Vuy. noire Manuel de chronologie universelle, t. 1, p. 160.

‘2. Id. pour la succession des premiers Isclikidites .- Abou-Bekro Mohamrne[ i Ishkid; Ahoul-Casem Ahou-Lour Mahmoud; Aboul-Hassan Ali ; Càfour, et Aboli Fnuaris Ahmed.

:i. D’Herbelot, artic'e Biridah, p. 199. et Uadhi, p. 7or».

inces, et après avoir enlevé le Tabarestan aux Samanides, 1 était descendu dans l’Aderbidjan dont il avait soumis la >lus grande partie. Il n’eut pas cependant la gloire de fonler une nouvelle dynastie; cette gloire lui fut ravie par rois frères qui se trouvaient dans son armée et qui prétendaient descendre des anciens rois sassanides, bien que leur ière Buieh (d’où leur vient le nom de Bouides) n’eût été (u’un pauvre pêcheur. Les populations dont ils frappèrent n même temps les regards par leur courage et leur mérite, e rangèrent avec joie sous leurs étendards. Bientôt ils joinirent aux États de Mardawige le Kerman, le Alekran, Irak-Adjemi, le Laristan, le Susistan et même le Kousisan (933-940) L

Dès ce moment, Bagdad fut environnée de tous côtés de principautés indépendantes. Le territoire des khalifes se réuisit à la ville même où ils résidaient; encore leur autorité était-elle purement nominale. Les révolutions de palais [ui avaient commencé sous Motawakkel n’avaient pas cessé e se renouveler à des intervalles très-rapprochés, et deaient se prolonger jusqu’à la tin du khalifat. L’histoire des Lbassides n’est plus que le tableau mouvant d’exécutions ontinuelles de généraux , de vizirs , de prétendants et de ouverains. Sur cinquante-neuf commandeurs des croyants, rente-huit subiront une mort violente ou des catastrophes ires que la mort. Dans la crainte de verser le sang sacré e la famille du prophète, on fait périr les uns du supplice e la faim, les autres sont murés ou jetés dans des glaières; Caher sort de prison les yeux crevés pour aller, ouvert de haillons , demander l’aumône aux portes des aosquées. Rhadi , son successeur, pour échapper à la donnation des officiers turcs qui se sont dégoûtés d’un rôle ubalterne et disposent de toutes les branches du gouverement , profite d’un instant de liberté pour créer la charge ’Érnir-Al-Omrah (émir des émirs); le nouveau ministre.

l. Mirchond, Gcschichte der Sultane aus Geschlechte Bujeh... , par Fr. Wilken, 2|>lin, 1835. — Erlauterung und Erganzung einiger Stellen aus der ron Mirlawend verfassten Geschichte des stammes Buwieh, par. F. Erdmann, Casan, 136.— Voy. aussi Umbreit, sur les émirs Al-Oinrab. ftottingue, 1816.

véritable maire du palais, a le commandement général des troupes et l’administration des finances. Son nom est prononcé dans la mosquée avec celui des khalifes; il parle au peuple lorsque les circonstances l’exigent; il est le véritable souverain. Rhadi ne se réserve rien, pas meme la gestion des revenus nécessaires à son entretien. Retiré au fond de son palais, il ne veut prendre aucune part au gouvernement, et il détourne sur Y Émir- Al- Omr ah les vues; ambitieuses qui ne craignaient pas de s’élever jusqu’au vicaire de Mahomet. Mais en croyant donner un maître à la milice turque, Rhadi ne fait qu’augmenter la puissance de ses chefs. Un d’eux, Yakem, irrité de voir l’autorité entre les mains d’Ibn-Raiek, vient assiéger avec ses soldats la ville de Bagdad , s’empare de Rhadi et le force de le reconnaître pour Émir-Al-Omrah (940). Il gouverne sans opposition jusqu’à sa mort, arrivée la seconde année du règne de Motaki (943); c’est le signal de nouveaux troubles. Les Turcs ont à combattre les prétentions des Raikites, des Baridiens de Waseth, et même des Hamadanites de Mossoul ; on se dispute la charge d’Émir-Àl-Omrah comme autrefois le khalifat lui-même. Motaki qui ne peut que sanctionner le triomphe du plus fort, songe un instant à se mettre entre les main? des Ischkidites; le chef de la milice turque, Tozun, vainqueur de ses rivaux, lui fait payer cher son hésitation; i ordonne sa mort et proclame à sa place Mostacfi. Les habitants de Bagdad irrités de ces déplorables excès appellen à leur secours les frères Bouides , qui viennent de s’établir dans les provinces de l’ancien empire des Perses. On leui ouvre les portes de la ville et les Turcs sont chassés (945) Moez-Eddaulah se saisit de la charge d’Émir-al-Omrah, crée un nouveau khalife entièrement dévoué à ses intérêts, e commence la série des Émirs Bouides, qui doit se continuer pendant plus d’un siècle.

Par un singulier contraste , tandis que les avenues di pouvoir étaient ensanglantées et que la garde prétorienn de Bagdad dictait la loi aux successeurs du prophète, le; Arabes fatigués de la guerre et des discordes civiles se li vraient à l’étude des sciences et des lettres. L’œuvre d’Al

namoun, loin de périr avec lui, s’était développée de plus ;n plus ; les Abbassides retirés au fond de leur palais s’entouraient de savants, c’est-à-dire de ceux qui, suivant Vboulfaradje , s’éloignent des choses que convoitent les )rute$ , les Turcs et les Chinois , et se consolaient de leur sort infortuné dans l’entretien de gens éclairés. Après la nort de Rhadi, le dernier des khalifes qui firent des let- ;rés leur société intime, on vit les princes Bouides imiter 'exemple d’Almamoun et donner un nouvel essor à l’asiroîomie et aux mathématiques. Puisant en dehors de Baglad, dans les provinces soumises à leur domination, des brces suffisantes pour imposer silence aux factions, ils ^attribuèrent sans difficulté le pouvoir suprême. Les khaifesMothi (9-45-973), Taï(973-991), Cader (991-1031), Caiem 1031-1055), sans autorité, privés de leurs revenus, réduits i n’avoir auprès d’eux qu’un simple kateb ou secrétaire , ouèrent tout à fait le rôle des rois fainéants de la race mérovingienne placés sous la tutelle des maires du palais. La 3lupart des familles qui dominaient en Asie tenaient pour- ;ant encore à recevoir d’eux des lettres d’investiture. Pour es musulmans sincères les Abbassides étaient toujours leurs légitimes souverains. On avait détruit leur pouvoir temporel; il leur restait l’autorité spirituelle que les Sonnites respectaient encore.

Nouvelles sectes religieuses; leurs doctrines antisociales ; les Zendiens, les Ismaéliens, les Itarmatlics, etc.

Des sectes dans tous les temps avaient troublé l’empire musulman. Les Ommïades avaient eu à combattre les Kharegites , les Gadariens, les Azarakites et les Safriens. Sous les Abbassides, celle des Motazélites protégée par Almamoun s’était proposé un plus noble but, et si elle ne sut pas triompher, elle exerça du moins une heureuse influence sur les âmes élevées. D’autres se contentèrent de protester contre la dépravation des mœurs et l’oubli de la morale du Coran, ou demandèrent des réformes sociales. Quelquesunes semblent n’avoir servi que les projets d’ambitieux subalternes ; on voit cependant dans certaines occasions des

fanatiques de bonne foi ; c’est ainsi que les Ravendiens prétendaient que les khalifes devaient être adorés comme des divinités, et qu’il fallait considérer leur palais comme une nouvelle Kaaba. Pour se soustraire à leur zèle importun , Almanzor fut obligé de les faire attaquer par ses troupes et tailler en pièces; ils combattirent avec le plus grand courage pour adorer le khalife malgré lui. — 11 y eut des sectes plus sérieuses et plus redoutables; celle des Zendiens soutenait hardiment que la propriété est un crime, qu’on ne doit posséder aucun bien en propre, et qu’il est défendu à l’homme de manger la chair des animaux; elle fut poursuivie avec acharnement et exterminée. Parmi les imposteurs et les faux prophètes, certains hommes jouèrent un rôle assez important : ainsi Moçanna , en 781, excita une révolte dans le Khorasan. Plus tard (834), Babek fonda dans l’Aderbidjan là secte des Ismaéliens, qui professait, si nous en croyons les historiens arabes, le matérialisme le plus complet et qui résista quatre ans à toutes les forces du khalife Motassem. Aucune ne se répandit avec plus de rapidité et de succès que celle des Karmathes, qui dans le xe siècle infesta l’Arabie et enleva toute la partie orientale de la péninsule à l’autorité spirituelle et temporelle des khalifes Karmath conservait la plupart des pratiques du Coran : il disait appartenir à la secte des Schiites et reconnaissait en effet Ali et les sept Imams pour héritiers directs de Mahomet. En admettant toutefois les principaux dogmes, l’unité de Dieu, les récompenses à venir, F utilité de la prière, il niait la révélation et propageait des doctrines anti-sociales. Il avait imaginé plusieurs degrés d’initiation pour ceux qui se vouaient à sa fortune. Le dernier échelon de cette initiation était, selon Nowairi et Makrizi, l’athéisme. 11 serait difficile de croire qu’une semblable doctrine eût trouvé un grand nombre d’adhérents, si Karmath n’eût prêché en même temps l’abolition de l’esclavage1. Ses partisans, combattant au nom de la liberté, renversèrent tous les obstacles; lorsqu’ils se furent enrichis par le pillage, ils se livrèrent

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