‹ Histoire des ArabesChapitre 28 sur 88 · EMPIRE DES TURKS SELDJ0UR1DES · texte numérisé non relu

EMPIRE DES TURKS SELDJ0UR1DES

u’Omar-Keïam entreprit la réforme du calendrier persan , onnu sous le nom d’ère djélaléenne, supérieure en exactiide au calendrier grégorien1. Pendant que Nedham-ellulk s’occupait des utiles travaux de l’administration, son îaître ne cessait de parcourir dans tous les sens ses États et n reculait les frontières. Son nom retentissait dans les rières, à la Mecque, à Médine, à Jérusalem, à Bagdad, à ipahan, à Reï, à Samarcande, à Bokhara et à Kaschgar; il Ofermit sa domination dans le Djezireh, la Syrie, la Pastine même, et se rendit maître de l’Asie Mineure. Par s ordres, un de ses parents, Soliman, entra sur le terriare des Grecs et s’avança jusqu’au Bosphore après avoir mquis tous les pays situés entre la Grande Arménie, la éorgie, la mer Noire, la Méditerranée, l’Albanie et la pete Arménie (1081). Ce fut là l’origine de la Sultanie d’Icoium ou de Rourn, plus tard Turquie d’Asie, qui joua, dans s croisades, un rôle si important. Les Grecs, furent chasde l’Asie par les victoires de Soliman. Antioche et les lies de la Mésopotamie, malgré leur population toute irétienne, durent se soumettre au joug des nouveaux conlérants. Malek-Schah, dans une de ces expéditions, fut it prisonnier; la simplicité de ses vêtements le fit confon- ’e au milieu des captifs, et son ministre , Nedham-el-Mulk, sura sa délivrance par une conduite aussi prudente qu’hale; plus tard, le sultan, trompé par de faux rapports, disàcia cet homme éminent qui avait été la colonne de l’emre et que le glaive des Ismaéliens frappa à l’àge de 93 ans. alek-Schah , à l’imitation d’Alp-Arslan , avait pénétré ns le Turkestan et imposé sa souveraineté à plusieurs efs de cette contrée; ses frontières s’étendaient du Bosiore à l’Indus. A sa mort (1092), l’empire des Seldjoukis perdit son unité et forma plusieurs principautés indéndantes. Ce fut en vain que le sultan de Perse prétendit ercer une sorte de suprématie sur les autres princes de sa nille; les quatre fils de Malek-Schah , Mahmoud, Barkia-

k, Sandgiar etMohammed se partagèrent ses Etats à la suite

Voy. nos prolégomènes d’Oloug-Beg, le Bulletin de la Société de Géographie,

l, IVe série, l. 1er, p. 163, et notre lettre à M. de Humboldt, 1853, p. 28.

de longues guerres, qui épuisèrent les forces des Seldjoi kides sans aucun résultat, ni pour la race turque, ni poij l’islamisme (1092-1154). Les sultanies de Perse, de Kerma d’Alep ou de Syrie, de Roum ou de l’Asie Mineure restère isolées; les gouverneurs particuliers des villes ou des pr vinces, les ataheks, les émirs, méconnurent l’autorité d fils de Seldjouk; Atziz le Kharizmien, lieutenant de Male Schah, avait porté les armes de son maître jusque sur U bords du Nil; rejeté en Syrie par les habitants du Caii ralliés autour du khalife Mostanser, il pilla Jérusalem; di l’année 1096, l’émir Qrtok s’établissait dans cette ville cherchait à rendre sa puissance héréditaire. Quelques a nées plus tard, l’atabek Zenghi, maître de Mossoul, prép rait la grandeur de son fils Noureddin. Plus loin, un go verneur du Khowaresm, profitant des dissensions intestin des Seldjoukides, devenait indépendant, malgré les ett'ori du sultan de Perse Sandgiar, le dernier héros de sa rac (1127); et ses successeurs commençant une série de con quêtes qui devaient comprendre le Mawarannahar, le Kho ? rasan, l’Irak persique etleKerman, renouvelèrent l’empir ij

des Ghaznévides. Des princesde cette famille avaient conserv les provinces contiguës aux deux rives de l’indus jusqu’à moment où les Ghourides établirent à Lahor (1183-1205) puis à Delhi, le siège de la puissance mahornétane danj l’Inde, saccagèrent Benarès, soumirent le Bengale et don! $ nèrent naissance à la dynastie patane ou des Afghans, dan| l’ancien Paropamisus.

Puissance «le Mohammed, sultan du HLlmrixmc ou Üliowaj rcsm; l'influence arabe se fait encore sentir; les khalife de Bagdad recouvrent «iiiclque autorité.

Il y avait déjà vingt-cinq ans que les Ghourides avaien fondé leur domination sur les ruines des derniers Ghazné vides, lorsque Mohammed, sultan du Khowaresm, leur en

Mût

leva leurs provinces occidentales et se trouva (1208) près ; que aussi puissant que l’avait été Malek-Schah ; leTurkestai reconnaissait sa souveraineté; mais, au moment de sa plu: grande splendeur , il devait succomber devant l’invasioi

mongole (1208-1218).*

Nous avons vu se développer l’antagonisme de la race turque et de la race arabe et les progrès incessants des tribus du nord en lutte avec celles du midi ; c’est la matière aux prises avec l’intelligence. La barbarie menace de s’étendre sur tous les États musulmans, comme en Europe, quelques siècles auparavant, elle se mêlait aux flots des conquérants germains ; cependant, par un juste retour, les Turcs, 3n faisant prévaloir autour d’eux l’autorité du sabre, subissent l’influence de la civilisation des Arabes ; ils adoptent leur religion, leur langage; ils respectent les savants, protègent les lettres et puisent leurs inspirations auprès de ceux-là même qu’ils ont vaincus. Le tableau de la décadence de l’empire arabe et de l’empire romain offre les plus curieux rapprochements ; les sultans renouvellent en Orient les règnes brillants de Théodoric, de Charlemagne, et l’école de Bagdad continuera de rayonner sur toute l’Asie jusqu’à la lin du xve siècle1.

Les khalifes abbassides qui avaient recouvré l’indépendance par suite de l’affaiblissement des Seldjoukides, restèrent sans influence. Ils ne sortirent jamais de leur capitale , leur autorité ne s’étendait point au delà. Kaiem, qui avait appelé Thogrul-Beg, s’était aperçu bientôt qu’il n’avait fait que changer de maître (1055-1074). Après lui, ses successeurs, Moctadi (1075-1094) etMostadher (1094-1 11 8), s’étaient contentés d’envoyer aux maîtres d’Ispahan un diadème, un collier, des bracelets et une veste d’honneur, en signe d’investiture. Il n’en fut pas de même de Mostarched (1118- 1135) et de Rasched (1135-1136). Ces deux princes cherchèrent à relever le khalifat. Le premier repoussa un Seldjoukide qui voulait le contraindre à lui donner le titre de sultan ; le second périt en défendant Bagdad contre le sultan Massoud, dont il avait refusé obstinément de reconnaître la supériorité. Massoud, petit-fils de Malek-Schah par Mohammed, son père, était encore assez fort pour se faire respecter des khalifes; aussi, jusqu’à sa mort, Moctafi II (1136- 1160), successeur de Rasched, n’osa faire aucun acte de

1. Voy. nos Matériaux pour servir à l’histoire des sciences mathématique: chez ‘es Grecs et les Orientaux. 1845-1849.

résistance ; mais , la succession de Massoud ayant provoqué des troubles parmi les Seldjoukides, le khalife se posa ouvertement comme prince souverain , triompha des attaques dirigées contre Bagdad , et se fit reconnaître dans l’Irak- Arabi ; seulement, il permit que le nom du sultan fût prononcé après le sien dans les prières publiques. Les choses se passèrent ainsi pendant tout un siècle (1152-1258), et Mostandged (1160-1170), Mosthadi (1170-1179) Naser Ledinillah (1180-1225), Dhaher (1225-1226), Mostanser (1226-1243), Mostasem (1243-1258) n’eurent pas la honte de laisser à d’autres le soin du gouvernement; ils purent, par euxmêmes et selon leur caractère , protéger le commerce et l’industrie, les lettres et les sciences, sans que nul entreprît de censurer leur conduite. Naser fit élever de nouveaux collèges, des hôpitaux, des mosquées, et son règne trop court ne fut pas sans éclat. Bagdad, au milieu des bouleversements qui éclataient de tous les côtés en Asie, semblait une forteresse inaccessible ; à peine quelques luttes sanglantes entre les Sonnites exaltés et les intraitables Schiites, ou les prétentions armées de quelques parents des khalifes régnants vinrent-elles troubler le repos de la cité.

La puissance des Seldjoukides, si considérable à la fin du xie siècle, s’était donc au xne beaucoup amoindrie dans les provinces orientales de l’empire arabe. Au commencement du xme siècle, les Atabeks de l’Aderbidjan, du Laristan et du Farsistan étaient pour ainsi dire indépendants, et partageaient avec les sultans du Khowaresm et les khalifes de Bagdad l’autorité suprême.

1 Ci

t:tat de l'Asie occidentale à la lin du xie siècle ; première croisade.

Que s’était-il donc passé dans les provinces occciden taies? Malek-Shah avait soumis à sa domination le Djezireh, l’Asie Mineure et la Syrie. A sa mort (1092) trois sultanies s’étaient formées , celles d’Iconion , d’Alep et de Damas, tout à fait distinctes l’une de l’autre, et sans aucun rapport avec les sultanies de la Perse et du Kerman. La première s’étendait sur l’Asie Mineure, pays que les Arabes n’avaient point

occupé; les deux autres se disputaient avec acharnement Iles grandes villes du Djezireh et de la Syrie. C’était une bccasion favorable pour les khalifes fathimites du Caire *ie reconquérir leur prépondérance dans ces contrées ; mais 1s étaient bien déchus de leur ancienne puissance; ils ivaient laissé , sans aucune opposition , les habitants de ’Hedjaz prononcer dans la prière publique le nom des sulans seldjoukides. Loin de chercher à rallier les Arabes conre les Turcs, Mostali, successeur de Mostanser (1094-1101), l’avait eu d’autre pensée que d’intervenir dans les querelles les princes seldjoukides, pour obtenir d’eux, par l’intrigue, [uelques concessions stériles. Il est vrai qu’un incident im- »révu avait détourné les esprits des luttes intérieures et des •réoccupations de nationalité. L’arrivée de plusieurs armées hrétiennes venant en Palestine délivrer la ville sainte avait éveillé chez les musulmans le fanatisme religieux. Nul, en •résence de la gacie[Ghaza , guerre contre les infidèles), n’auait songé à prendre les armes pour une autre cause. Les Ara- >es et les Turcs allaient suspendre leurs rivalités et s’unir ontre l’ennemi commun ; mais une fois le premier danger isparu, les divisions devaient renaître et favoriser les progrès es chrétiens. Les croisades ont été quelquefois regardées omrne une sorte de réaction contre l’Asie, et comme une evanche des invasions arabes sur notre continent. Mais la ause qui les a produites fut ce merveilleux enthousiasme ue les pontifes de Rome surent allumer dans les âmes, d’un out à l’autre du monde catholique. La perspective de sauver onstantinople menacée par les Turcs seldjoukides, n’était our les premiers croisés qu’une question secondaire; on ur avait parlé du tombeau du Rédempteur souillé par 3s barbares, on leur avait dit qu’il fallait préserver de la rofanation le berceau de leur religion ; et des milliers de )ix avaient aussitôt répondu à un appel fait au nom du ieu des chrétiens. Avant l’arrivée de Godefroy de Rouiln (1097 ), les armées de Pierre l’Ermite et de Gautier sans mir, déjà décimées en Hongrie et en Rulgarie, avaient péri ut entières dans les États du sultan d’Iconion ; les musulans crurent alors n’avoir rien à craindre des ennemis du

dehors et recommencèrent leurs guerres intestines ; auss lorsque les troupes disciplinées des chefs de la premièr croisade eurent passé le Bosphore , elles n’eurent à com battre que les Turcs seldjoukides divisés entre eux, et triom phèrent de leurs efforts partiels. Les croisés, après avoir tra versé les montagnes de la Cilicie, pris Antioche et négoci avec les émirs de la Syrie, entrèrent dans la Palestine. Ils trouvèrent pour adversaire le khalife fathimite qui venai de reprendre Jérusalem sur les Turcs ortokides (1099) et lj vainquirent. Une fois établis dans la ville sainte et ses en virons, les chrétiens firent peu de progrès; Baudouin seul qui s’était emparé de la ville d’Édesse dans le Djézireh, es saya d’avancer du côté de Bagdad.

Derniers khalifes fathimites . Zenghi, Koureddin et Saladii

Les musulmans restaient fractionnés et sans chef; lej khalifes fathimites, Mostali (1094-1101), Amer (1101-1130 Haphed (1130-1149), Dhaher (1149-1154), Jaieh-ben Nasrillah (1154-1160), Adhed-Ledinillah (1160-1171), o plutôt leurs grands vizirs, ne songèrent jamais à s’unir au princes indépendants de la Syrie, pour rejeter dans la Méfia diterranée les ennemis de leur commune religion. Il seir blait , au contraire, que leurs démêlés avec les émirs turc1 fussent le principal objet de leur politique, et que la guerr contre les Francs ne dût venir qu’en seconde ligne; mais après la mort de Barkiaroc, et au milieu des déchirement de l’empire seldjoukide, il s’éleva tout à coup un nouveai défenseur de l’islamisme *.

Emadeddin-Zenghi (appelé Sanguin par nos chroniqueur;! s’était distingué à la cour des Seldjoukides de Mossoul d’Alep. Sous le nom d’Atabek, il se forma d’abord, entn le Djezireh et l’Irak-Arabi , un petit État indépendar (1122), et se rendit tellement redoutable aux émirs voisins! que nul n’osa lui refuser obéissance. Il fit de Mossoul sj L capitale, attaqua le sultan seldjoukide d’Alep, et se rendil

1. Michaud, Histoire des croisades, les Extraits des écrivains arabes de M. Re naud, et le Becueil des historiens des croisades publié par l'Académie deainscrijj tiens et belles-lettres.

maître de cette ville (1127). Réveillant ensuite chez les musulmans la haine du nom chrétien , il commença contre les Francs une guerre d’escarmouches, qui se termina par la i prise d’Édesse, et il força les rois de Jérusalem de faire appel ni à l’Europe. Alors eut lieu la croisade de Louis YII et de ^ l’empereur Conrad III , si désastreuse par ses résultats. Zenhi étant mort avait eu pour successeurs ses fils , Seifêddin et Noureddin. Ce dernier se montra le digne continuateur de son père; il fatigua les Francs par des attaques multipliées, et vit les deux rois s’épuiser en vains efforts contre Damas , soumise encore aux Seldjoukides. Lorsque Louis et Conrad se furent retirés , il assaillit lui-même le sultan de Damas affaibli par une longue et héroïque résistance, lui enleva sa capitale et entra en Palestine qu’il ravagea dans tous les sens. Bientôt une heureuse circonstance lui permit de s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Égypte; il fournit des troupes à un vizir pour opprimer le khalife Adhed, et, n’ayant pas obtenu l’exécution des promesses échan- ;, il ouvrit les hostilités, sans se laisser intimider par l’alliance des Francs et des Égyptiens. Les chances de la guerre tournèrent en sa faveur ; il défit plusieurs fois le roi de Jérusalem, notamment dans un grand combat près d’Artésie, tandis que son lieutenant Schirkouk devenait maître de l’Égypte et se faisait donner par le khalife la V charge de grand vizir : c’était l’arrêt de mort des Fathimites. Le neveu de Schirkouk , Saladin , héritier des secrets desseins de son oncle, n’hésita pas à consommer la révolution. En moins d’un mois la prière fut dite dans toutes les mosquées au nom du khalife de Bagdad Mosthadi, et Adhed, le dernier de sa race , fut déposé sans qu’une voix s’élevât en sa faveur (1171). L’Égypte, de schiite qu’elle était, devint sonnite. Saladin suivait la doctrine de Schaffeï ; il ne laissa professer dans les écoles que ceux qui se déclarèrent partisans de cette secte, et la génération qui succéda à celle qu’il avait vaincue se trouva imbue des idées religieuses qu’il désirait voir se propager autour de lui.

A peine eut-il entre ses mains les ressources de l’Égypte , qu’il commença contre les Francs cette série de combats

qui ont rendu son nom si célèbre. Lieutenant de Noureddin, il oubliait déjà l’obéissance qu’il devait à son maître, lorsqu’un événement inattendu l’éleva au rang suprême. Noureddin expira en 1174; son fils fut sacrifié. Les musulmans se rangèrent du côté de Saladin , et le chef de la guerre sainte ne résida plus à Alep, mais au Caire.

Saladin est un personnage très-intéressant dans l’histoire des croisades ; et son règne représente pour nous le plus haut point de la civilisation des Arabes. Kurde de naissance, il n’appartient pas précisément à la race turque ; mais il en a l’instinct guerrier et il y joint une intelligence supérieure. On a personnifié dans Godefroy de Bouillon et Richard Cœur de Lion, la foi, la générosité, la bravoure des chevaliers chrétiens ; Saladin est au même titre, le héros des musulmans. En lui viennent se résumer leurs plus belles qualités. Courage à toute épreuve , grandeur dame , fidélité inébranlable aux traités , piété sincère , esprit de justice , modération dans la victoire, simplicité de mœurs, s’unissant quelquefois à toute la magnificence orientale , tels sont les traits principaux de son caractère. Passant sa vie au milieu des combats, il ne nous apparaît pas comme le protecteur des lettres, des arts et des sciences, mais il ne leur est pas étranger; il possède toutes les connaissances arabes , et il ne néglige aucun moyen de s’élever dans l’estime des peuples1. Saladin fut le premier qui réunit entre ses mains les forces de l’Égypte et de la Syrie ; là est le secret des revers qu’il fit éprouver aux croisés. A peine eut-il appris la mort de Noureddin, qui le laissait seul maître de l’Égypte, qu’il envahit la Syrie et s’empara de Damas, d’Hems et d’Alep (1174-1182). Ce ne fut qu’après ces conquêtes qu’il songea à réaliser son projet favori, l’expulsion des Francs de la Palestine. Le royaume de Jérusalem était livré à des discordes funestes; au lieu de songer uniquement à se maintenir dans les saints lieux dont la chrétienté leur avait confié la garde, les chefs des croisés se disputaient sans cesse le gouvernement des villes et des places fortes. Une expédition mal conçue avait

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