‹ Histoire des ArabesChapitre 30 sur 88 · de J. C.). — 123-399 (de l’hégire · texte numérisé non relu

de J. C.). — 123-399 (de l’hégire

ÉTAT DE L’ESPAGNE; ARRIVÉE D’ABDERRAHMAN OU ABDÉRAME; IL FONDE KHAL1FAT DE CORDOÜE. — L’aFRIQDE EST TROUBLÉE PAR LA RIVALITÉ DI ARABES ET DES BERBÈRES ; LES AGLABITES. — LES ÉDRISSITES S’EMPARE? DE TLEMCEN ET FONDENT LA VILLE DE FEZ; LES AGLABITES CONTRIBUES AUX PROGRÈS DE LA CIVILISATION. — EXPÉDITIONS MARITIMES DES AGLAI TES ; ILS S’EMPARENT DE LA SICILE QUI DEVIENT FLORISSANTE SOUS LEUR D< MINATION. — LES AGLABITES PÉNÈTRENT EN ITALIE ET FONDENT DES COU NIES SUR LES CÔTES DE LA MÉDITERRANÉE. — DÉCADENCE DES AGLAB1TE: ILS SONT RENVERSÉS PAR LES FATHIM1TES ; INTERVENTION DES KHALIFES CORDOUE. — LES FATHIMITES ABANDONNENT LE MAGREB AUX ZEÏRITES D0> LA PUISSANCE NE FAIT QUE DÉCROÎTRE ; LES HAMADITES S’ÉTABLISSENT A 1 GIE. — PROSPÉRITÉ DE L’ESPAGNE SOUS LES KHALIFES OMMÏADES ; RÈGÎ D’ABDERRAHMAN 1er. — LES SUCCESSEURS D’ABDERRAHMAN MARCHENT Sd SES TRACES ; MAGNIFICENCE D’ABDERRAHMAN III. — ALHAKEM II ET HESCHAM l| GOUVERNEMENT D’ALMANZOR. — POLITIQUE DES OMMÏADES; TROUBLES TÉRIEURS. — GUERRES CONTRE LES CHRÉTIENS. — LES ARABES d’ESPAGN FORMENT, A L’EXEMPLE DES AGLABITES, DES ÉTABLISSEMENTS DANS LES ÎLI

de la Méditerranée; ils attaquent la Provence et fondent la colo

NIE DE FRAXINET ; INCURSION DES NORMANDS. — DÉVELOPPEMENT MORAL Ij INTELLECTUEL DES ARABES D’ESPAGNE. — INDUSTRIE, COMMERCE, AGRICCj TIRE ; MONUMENTS ET TRAVAUX PUBLICS.

La lutte des Ommïades et des Àbbassides avait eu poil 1 résultat la séparation des Arabes en deux grandes fracj l

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)ns, d’un côté les Arabes d’Orient, de l’autre les Arabes Occident. Nous avons exposé les révolutions accomplies ins l’Asie musulmane et dans l’Égypte ; nous allons aintenant faire connaître les événements dont l’Espagne le Magreb avaient été le théâtre pendant la même pé- )de; nous pourrons ensuite apprécier d'une manière inérale le rôle de la race arabe dans l’histoire du monde , son influence sur la civilisation.

fat de l’Espagne ; arrivée d’ Abtlcrraliman ou Abdcramc j il fonde le kbalifat de Cordoue.

Des deux contrées occidentales conquises par les succesurs de Mahomet , l’Espagne , plus encore que le Magreb , uffrait de son éloignement de la métropole. Les walis des ovinces , et même les moindres scheiks se considéraient imme des chefs indépendants , sachant bien que le pou- >ir central ne pourrait contrôler leurs actes et sanctionneit toujours les décisions de la force. D’autres causes anarchie existaient dans la péninsule. Les tribus hémyaris, irakiennes , syriennes n’avaient pas cessé leurs rivalités regardaient d’un œil jaloux les tribus africaines; l'ardeur îerrière, l’amour du butin, qui ne pouvaient plus se satisire au dehors depuis les victoires de Charles-Martel, cherlaient des aliments à l’intérieur, et le désordre était denu tel , que l’autorité des émirs n’était plus respectée ; les jœurs et les habitudes des Espagnols ne pouvaient d’ailurs se plier aux exigences rigoureuses d’une multitude de îspotes. Au milieu de tous ces tiraillements, un parti ►nsidérable résolut de constituer un gouvernement qu’on î pouvait attendre de l’impuissance des khalifes d’Orient. A nouvelle qu’un descendant de la famille d’Ommïah avait ‘happé au massacre commandé par Aboul-Abbas-al-Saffah, s’était réfugié en Afrique, trois députés vinrent lui offrir ie armée et un trône. Abderrahman, qui était petit-fils du îalife Hescham, n’hésita point un instant. Il se trouvait alors i milieu de la tribu berbère des Zenètes , qui lui avait mné une généreuse hospitalité ; il obtint du chef de cette ibu, la plus importante de toute l’Afrique, une troupe de

sept cent cinquante cavaliers, et suivi des trois envoyi qui s’étaient présentés au nom d’un peuple opprimé, s’embarqua immédiatement pour l’Espagne. Son arrivée Almunecar, petit port à quinze lieues de Grenade, fut cueillie dans toute l’Andalousie avec enthousiasme. L Arabes, comme les Maures, se rangèrent autour de so drapeau ; il entra à Séville au milieu d’acclamations univer selles. Chacun admirait sa bonne mine, sa jeunesse, et rap pelait les malheurs qui l’avaient déjà frappé. Les témoi gnages de sympathie ne suffisaient point pour lui assure! l’autorité suprême. Il fallait vaincre Yousouf et Samail, le deux chefs qui, avant son arrivée, se disputaient le commar dement et qui s’étaient unis contre l’ennemi commun Cordoue était en leur pouvoir ; ils furent contraints d céder au vœu des habitants et de livrer cetté ville à Ab , derrahman; ils ne devaient pas être plus heureux en ras campagne. La victoire deMusara décida non-seulement qu le gouvernement de l’Espagne passerait entre les mains dp l’Ommïade, mais encore que cette province n’appartiendrai f plus aux Abbassides, car Yousouf avait été reconnu par Àboui Abbas comme son délégué. Abderrahman triompha de sej adversaires dans une seconde rencontre et se montra généj reux à leur égard en leur laissant la vie sauve et la possessio de leurs biens ; il obtint que toutes les places de la pénin suie seraient remises entre ses mains. Le traité fut signé e 756, et, dès cette époque, l’unité du khalifat fut rompue1.

I/Afrique est troublée par la rivalité des Arabes et des Berbères; les Aglabites.

En Afrique, la situation n’était pas la même; d’un côt les Arabes venus d’Asie s’appuyaient de l’autorité des khal fes pour maintenir leur prépondérance sur les population éparses de la contrée ; de l’autre , les Maures ou Berbères tout en restant fidèles à leur nouvelle religion, cherchaier à s’assurer la liberté politique ; pendant la lutte des Ommïa des et des Abbassides (746-752), le gouverneur Abderrahman ben-IIabib sut, par une habile administration , s’attirer l’es

i. Aschbacb, Geschichte Ommaijaden in Spanien. Francfort-sur-Mein, 1829.

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! ime générale ; il se fit des partisans dans les deux camps, et, iomme aucune instruction ne venait de l’Orient, en butte lux dissentions intestines, il avait l’initiative aussi bien que | honneur de toutes les bonnes mesures, et pouvait se consi- | érer comme chef suprême. Après le triomphe des Abbasides, il reconnut la suzeraineté d’Aboul-Abbas (753); mais, eux ans plus tard, les exigences d’Almanzor l’irritèrent, et il 3 déclara indépendant, en proclamant, dans la mosquée de airowan , que la prière ne serait plus faite qu’en son propre om (755). Sa conduite ne trouva d’abord aucun opposant, tl’on pouvait croire sa domination solidement établie, lorsue l’ambition de son frère Elyas arma les Arabes contre 3S Berbères, et réveilla les deux partis qui semblaient avoir bjuré tout sentiment de haine et de rivalité ; la lutte fut Dngue et sanglante, marquée par des assassinats et de teribles représailles; elle se termina, en 770, à l’avantage des rabes. Leur chef, El-Aglab, fit partout reconnaître l’autoité du khalife Almanzor. Sous les règnes d’Almahadi ,et même ous celui d’Haroun-al-Raschid,ily eut, de la part des Berères, de continuelles révoltes qui imposèrent aux khalifes e Bagdad de grands sacrifices; Haroun prit enfin le parti e renoncer à son pouvoir temporel en faveur d’ibrahim , ls d’El-Aglab (800). A la suite d’un acte solennel, qui réserait aux Abbassides une souveraineté purement spirituelle , Afrique , comme l’Espagne, eut un gouvernement indépenant; seulement, la dynastie des Aglabites ne donna pas i î funeste exemple d’une nouvelle scission dans le khalifat. Un des résultats le plus heureux de l’administration des glabites, qui dura plus d’un siècle (800-911), fut la fusion éfinitive des Arabes et des Berbères. L’identité de mœurs t de religion détruisit la force des souvenirs et fit dispafitre les dernières traces de la conquête ; les grandes tribus enètes, Marmuda, Zanhaga, Ketama, Hohara ne renouvelant plus leurs confédérations, se dispersèrent dans tout 1 Magreb, et payèrent volontiers la faible redevance qui leur ait imposée par le Coran, depuis qu’elles étaient confies à l’islamisme. L’autorité d’Ibrahim-ben-Aglab, était connue de l’Atlantique aux frontières d’Égypte, et son

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nom prononcé dans les mosquées avec celui du khalife ab- I basside *.

Ees Edrissites s'emparent de Tlemcen et fondent la ville de Fez; les Aglabites contribuent aux progrès de la civilisation. ;

Des divisions partielles ne tardèrent pas à éclater dans les provinces occidentales de l’Afrique. Un personnage de la fa-w mille des Alides, Édris, réveilla avec adresse les querellesj religieuses, et se fit un parti puissant parmi les tribus de la contrée. Bientôt levant le masque, il parvint à s’emparer de Tlemcen, et fixant sa résidence à Yalili resta maître du! Magreb-el-Acsa (803). Les prétentions des Alides blessaient' autant les khalifes de Bagdad que les Aglabites eux-mêmes ;i ceux-ci y voyaient une atteinte à leur autorité temporelle, ceux-là à leur autorité spirituelle. Aussi chercha- t-on des deux côtés à détruire leur domination; ce fut en vain. Lee Édrissites se maintinrent dans leurs possessions, et subsistè-i rent même plus longtemps que la dynastie aglabite(803-949)J Du reste le pays qui reconnut leurs lois leur dut beaucoup pour les immenses travaux qu’ils y firent exécuter. Us fondèrent Fez , et cette ville acquit en peu de temps une haute! célébrité. Sa mosquée devint un objet de vénération pouil tous les habitants. Des écoles et des bibliothèques favorisé ! rent le mouvement scientifique dont les Abbassides étaien' les promoteurs en Orient. Enfin la nouvelle capitale fu! ; l’entrepôt d’un vaste commerce entre les Arabes d’Espagnj k et ceux d’Afrique1 2.

La dynastie des Aglabites réduite au Magreb-el-Aousthl et à l’Afrikia n’en brilla pas moins du plus vif éclat. A l’in térieur elle protégea, d’une manière remarquable, toute * les branches de l’administration publique; au dehors, ell i

1. Voy. sur les rois aglabites, Casiri, t. II, p. i9i, d’après Ebn Alkhatibi.— Desvc gers, Arabie, p. 387 et suiv.

2. Moura, Historia dos Soberanos mahometanos que reinarao na Mauritani

— Almakkari, t. II, appendix, p. 27, sur les Édrissites d’Espagne. Histoire d »: rois de Mauritanie, composée par l’historien arabe Ebul-Hassan-Aly-ben-Abdallal ben-Ebi-Zeraa, trad. de l’arabe avec des remarques par Fr. de Dorabay. Agrafj 1794, en ail. C’est l’histoire des dynasties arabes d’Afrique depuis le milieu a vm® siècle jusqu’au commencement du xive. L’ouvrage arabe est connu sous le non de Petit Kartas.

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ntreprit d’heureuses expéditions contre les États chrétiens ar les rivages de la Méditerranée.

Contemporain des Haroun-al-Raschid et des Almamoun, îs Aglabites marchèrent sur leurs traces et introduisirent n Afrique tous les éléments de la civilisation qui existaient ans la Syrie et dans l’Irak. Par eux, de nouvelles villes , lasr-El-Cadim et Resada furent fondées; Tunis, Cairowan, ’ripoli, où ils fixèrent successivement leur résidence, se ouvrirent de monuments magnifiques dont les vestiges xistent encore aujourd’hui et frappent d’admiration les oyageurs qui tout près des débris de l’art romain voient architecture mauresque étaler ses arcs aigus et ses riches olonnettes. Des ingénieurs éminents jetèrent des ponts sur es torrents rapides et creusèrent de nouveaux ports. On ommença à étudier les sciences auxquelles les Arabes de agdad se livraient avec ardeur. Tout ce qui peut aider le ommerce , l’industrie , l’agriculture dans un pays riche et îrtile fut également tenté par les Aglabites ; ils facilitèrent îs relations entre les habitants du désert et ceux de la côte ar la création de nombreux entrepôts ; on construisit des outes, on veilla à la sûreté des communications. Une surin- 3ndance générale des postes, dont on confia la direction ux principaux personnages du pays , avait pour mission le maintenir un système complet de courriers et de relais lepuis les frontières du Magreb jusqu’à l’Égypte. Enfin des hantiers s’élevèrent dans les principaux ports, et les Aglaites eurent à leur disposition une puissante marine qui 3s rendit les maîtres de la mer 4.

Expéditions maritimes des Aglabites , ils s’emparent de la Sicile qui devient florissante sous leur domination.

Leurs entreprises maritimes commencèrent par des dépréations et finirent par des conquêtes. Déjà avant eux les ouverneurs de l’Afrique avaient organisé contre les chréens un terrible système de razzias; de temps en temps ils lisaient partir de leurs ports de petites flottilles qui, dirigées

1. histoire de l’Afrique sous la dynastie des Aglabites et de la Sicile sous la îmmetfîon musulmane , trad. d’Ebn Khaldoun par M. N. Deayergers. 1841.

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par des hommes hardis, allaient ravager les côtes de l’Ita lie, de la France, de la Corse , de la Sardaigne et de la Si 3 .cile ; ces expéditions se renouvelèrent surtout au vme siècli et semèrent la terreur dans les provinces du littoral de 1; j Méditerranée. Les chroniques italiennes et françaises son pleines de récits effrayants, mais souvent exagérés, au sujel : des incursions des Sarrasins qui descendaient sur le rivage au milieu d’une population paisible, entraient dans les vil lages ouverts , saccageaient l’église, massacraient ceux qu tentaient de faire résistance , et emmenaient les habitants ei| esclavage. Du reste, les historiens du temps sont peu au fai des événements , et avec leurs seuls écrits, le travail le plu consciencieux ne peut que donner une idée très -imparfait; j des incursions arabes sur les côtes de la Méditerranée Ils fixent la première apparition des musulmans avant l’épc que même où Mahomet répandit sa doctrine, et ne s’accor dent point pour la date des invasions. C’est aux écrivain! arabes qu’il faut s’adresser pour connaître exactement le faits généraux1.

Jusqu’à l’avénement des Aglabites on compte de nom breuses expéditions en Corse vers, 710, 713, 772; en Sardai gne, vers 724 , 739 ; en Sicile, vers 720, 724 , 728, 743, 747 773; dans les îles de Lerins, de Malte et de Gozzo, et su les côtes de la Pouille et de la Calabre dans le même temps mais elles ne furent suivies d’aucun établissement durable Il s’agit uniquement d’actes de piraterie. Peut-être mêm ceux qui montaient les flottilles n’étaient-ils déjà qu’u! ramassis de juifs et de chrétiens, de renégats de toutes h nations , vivant du trafic des esclaves, ayant des intelligent dans les places qu’ils allaient attaquer, vendant fort che leurs services aux musulmans, et frappant toujours à cou sûr. Quoi qu’il en soit, ces razzias continuèrent pendar tout le vme siècle dans la Méditerranée. Les Grecs (fui, seul' tenaient la mer, furent forcés d’abandonner à leur destiné les Baléares, la Corse et la Sardaigne, et le pape voyant ce îles sans secours , demanda aux rois francs de les prendr

l. Voy. Almakkari, 1. 1, appendix , p. 35.

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us leur protection. Charlemagne équipa une flotte consiirablè, qui , sous les ordres de Pépin , roi d’Italie , et du nnétable Burchard, préserva quelque temps les places aritimes de nouvelles agressions; mais à sa mort (814) et milieu des luttes intérieures qui éclatèrent sous Louis le ibonnaire, les Sarrasins reprirent leurs courses aventuuses avec le plus grand succès.

Les Arabes d’Espagne inquiétèrent plus spécialement les tes de France et la Corse; ceux d’Afrique, l’Italie, la Sar- ' igné et la Sicile. L’idée vint même aux Aglabites de connérir à l’islamisme cette dernière île, et une occasion : urable s’étant présentée, ils s’empressèrent de la saisir. Un officier grec, Euphémios, ayant reçu une injure grave

< gouverneur, arbora le drapeau de la révolte et se fit proumerchef souverain par les habitants. Bientôt un de ses «mpagnons d’armes, jaloux de son élévation, parvint à lui « poser un parti redoutable et à lui enlever Palerme et Synuse. Euphémios se rendit en Afrique et implora le se- «iirs de Ziadet-Allah , successeur d’ibrahim. L’Aglabite <$anisa aussitôt une expédition dont il confia le comman-

< ment à un homme connu par ses talents militaires et par M habileté dans l’administration, le cadi Açad-ben-el-Jirat, Ueur de l’ouvrage intitulé : El-Açadieh. La flotte, partie nSousa (port considérable à quarante lieues sud de Tunis), 1 1 terre à Mazzara (827). Le cadi et Euphémios commencent immédiatement les hostilités et furent victorieux en

* e campagne; mais les villes refusèrent d’ouvrir leurs portes

* esinfidèles; Syracuse, Palerme, Casr-Jani, aujourd’hui Cas- 1 Giovanni, l’ancienne Enna, repoussèrent toutes les attatss; Euphémios jugeant la partie perdue, engagea ses alliés t e retirer. Les Arabes, privés de leur général qui venait de s icomber à une maladie épidémique, écoutèrent d’abord 1 conseils de la prudence. Au moment de mettre à la 'le, ils aperçoivent une flotte grecque prête à leur barr le passage. Aussitôt, comme les soldats de Tarik et les 1 ites de Candie, ils brûlent leurs vaisseaux et font ser- 1 ni de mourir sur le sol sicilien ou de le soumettre à

lamibvne (828). Leurs premiers efforts les rendent maî-

très de Girgenti et de Mazzara, où ils se fortifient et maintiennent pendant deux ans. Euphémios avait péri e combattant au milieu d’eux, et ils étaient réduits à la deij nière extrémité, lorsqu’une flotte de trois cents voiles vi ranimer leur courage. Le nouveau chef qu’on leur envoyi avec le titre de wali, Mohammed - ben -Aglab, assiège] Palerme , s’en empara malgré une héroïque défense (831 et accorda aux habitants la vie sauve avec la faculté d’en; porter leurs richesses en Italie. La prise de cette place i portante avait décidé du sort de la Sicile; dès ce jour conquête fût assurée. Les Arabes n’eurent plus que d luttes partielles à supporter. Une armée, envoyée en 8 par l’empereur de Constantinople, fut vaincue sous les mu de Casr-Jani. Les villes, situées dans l’intérieur du pay: résistèrent mieux : Casr-Jani mérita le titre d’imprenab et ne se rendit qu’en 859. Noto, Taormine, Catane, imj tèrent ce noble exemple ; Syracuse ne succomba qu’en 87 Ce n’étaient point les Grecs de Constantinople qui moi traient cette opiniâtreté ; les habitants du pays seuls p sèrent dans la haine de la domination musulmane l’éneri du désespoir. La flotte grecque ne leur prêta aucun cours. L’amiral fut mis à mort pour avoir laissé prendre Sj racuse sans avoir combattu , et la cour de Byzance ne sr quiéta plus de la Sicile.

Des dissensions intestines avaient retardé le triomp des Arabes; de 871 à 873, sept walis différents s’étaie] succédé dans le gouvernement, les uns nommés par Aglabites, les autres élus par l’armée. Un nouveau cl venu d’Afrique, Abou-Melek, rendit enfin aux armes mj sulmanes l’unité d’action nécessaire , et jusqu’en 899 faire respecter son autorité. Ce n’était point chose aisée p les musulmans vainqueurs que de s’établir fortement milieu d’une population toute chrétienne ; i ls étaient tr; peu nombreux pour se répandre sur toute la surface pays : aussi durent-ils se contenter d’occuper les points tifiés et les villes principales. Sans doute ils cherchèren faire des prosélytes, détruisirent des églises, et s’enipai* rent des trésors des différentes abbayes, mais ils ne pc* ^

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vaient songer à faire périr dans les tourments ceux qui refusaient d’apostasier ; c’eût été contraire à la loi de Mahomet et aux habitudes des Arabes, qui cherchaient à (faire accepter leur domination. Les Siciliens furent soumis à des contributions moins pesantes qu’auparavant et surtout plus régulières ; l’impôt une fois déterminé, ne subit plus ces variations continuelles dont les ministres des empereurs grecs profitaient seuls. L’administration fut plus équitable et plus sage. On laissa aux habitants le droit de choisir les stratèges qui devaient connaître de leurs intérêts et s’entendre avec les caïds et les walis arabes. Le pays , partagé depuis les Carthaginois en deux grandes provinces, la Syracusaine et la Panormitane, reçut une nouvelle division plus appropriée à sa situation. Il y eut trois wâls (vais de Mazzara, de Noto et de Mona). Chacun de ces wâls eut un gouverneur placé au-dessus des caïds, auxquels était confiée la direction des districts inférieurs.

Outre les bienfaits d’une bonne organisation, les Siciliens durent encore aux Arabes l’importation de nombreux perfectionnements dans l’agriculture, les arts et l’industrie. Il y eut par le fait de la conquête un remarquable élan donné à l’activité nationale ; de nouvelles plantes furent introduites dans l’île; l’arbre à coton de Syrie, la canne à sucre de Tripoli, le frêne, le pistachier s’élevèrent à côté des orangers et des citronniers. Les procédés de culture reçurent de grandes améliorations. Les Arabes firent connaître aux Siciliens ce système si renommé d’aqueducs en siphon, dont ils font usage encore aujourd’hui. L’industrie et le commerce prirent aussi un accroissement considérable. C’est de Sicile, selon les récits les plus probables, que se répandit au xne siècle , en Europe, l’art de tisser les étoffes de soie; les richesses naturelles du pays furent mises en œuvre ; l’argent, le fer, le cuivre, le soufre, le sel gemme furent exploités ; les marbres, le porphyre, le granit, le jaspe, servirent à la décoration des monuments. La plupart des édifices de l’architecture arabe ont disparu ; cependant il en reste assez pour que nous puissions encore admirer l’élégance du style, et surtout la finesse des détails. On trouve dans les environs de

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Palerme, dont les Arabes firent leur capitale, un certain ! nombre de petits châteaux qui donnent une très-haute idée du mérite de leurs architectes. Tels étaient ces barbares j dont nos chroniqueurs tracent un si affreux portrait; tandis qu’on les accusait de se nourrir de chair humaine, ils apportaient avec eux la richesse et la civilisation1.

lies Aglabites pénètrent en Italie et fondent des colonies sur les côtes de la Méditerranée.

Au reste, ces travaux intérieurs n’empêchaient point les Arabes de s’avancer de plus en plus en Italie, qu’ils nom- j . maient la Grande Terre. Ils avaient déjà ravagé les îles de Ponza et d’ischia, et pillé les côtes de la Calabre ; ils s’étaient même montrés à l’embouchure du Tibre. Maîtres de Palerme (836), ils profitèrent des démêlés du successeur de Charlemagne avec ses fils, et des Grecs de l’Apulie avec j les ducs lombards de Bénévent , pour s’emparer de Brindes, et quelques années après de Bari (839).

En possession d’un port sur l’Adriatique, ils pouvaient dévaster impunément les côtes de la Dalmatie et celles de l’Italie orientale, menacer le Péloponnèse et les îles laissées i sans secours par les empereurs de Constantinople. ai

L’esprit d’indépendance locale commençait à agiter les Ljj principales villes de l’Italie; déjà Naples, en 817, avait ^ chassé les Grecs de ses murs et s’était placée sous l’autorité d’un duc électif; plusieurs places se montraient disposées à ^ suivre son exemple, et ces divisions favorisaient les progrès ! ^ des Arabes. Ils enlevèrent Tarente en 844, pénétrèrent dans le duché de Bénévent et ruinèrent même la riche ab- j ( baye du mont Cassin. Gaëte, Amalfi, abandonnées à leurs i ^ propres ressources, n’échappèrent à une perte presque cer- | taine que par l’héroïque défense de leurs habitants; Salerne j et Naples furent en péril; les musulmans bâtirent une for- % teresse a 1 embouchure du Garighano et cherchèrent bien- | tôt à remonter le Tibre. Le pape fit relever les murailles j d’Ostie, sans pouvoir arrêter les Musulmans ; les faubourgs |

l. Voy. l’appendice, nu ti.

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de Rome furent envahis, les deux églises Saint-Pierre et Saint-Paul saccagées. En se retirant chargés de dépouilles, es vainqueurs détruisirent les fortifications de Civita-Vec- |;hia (846).

Deux ans après, ils renouvelèrent la même tentative; 1s trouvèrent l’entrée du Tibre barrée par des chaînes de èr, et une population tout entière sous les armes, comnandée par le pape Léon IV, dont la présence excitait le dus grand enthousiasme; forcés de céder au nombre, ils egagnèrent le Garigliano (848).

Les dangers qu’avait courus la Ville sainte émurent enfin ; s roi d’Italie , Louis II , qui prit en mains la cause de la hrétienté. Il descendit dans la Pouille avec une armée, défit 3S Arabes à Lucera (867) et leur enleva Bari, qui résista trois ns (871) ; avec l’appui d’une flotte grecque, il fit échouer mrs attaques sur Salerne, en 873, et ne leur laissa que la ille de Tarente. Après sa retraite (875), les infidèles s’alèrent aux habitants de Naples , d’Amalfi et de Salerne , t tournèrent leurs efforts contre les États de l’Église ; ean VIII, incapable de leur résister, se voyant menacé isque dans Rome et dans Ravenne, les éloigna en leur prolettant un tribut de vingt-cinq mille marcs d’argent, et î rendit en France, puis en Allemagne, pour chercher des icours (880); mais les Arabes ne reparurent plus, et le pilge de Capoue fut leur dernier exploit jusqu’à la fin du :e siècle.

C’est pourtant à cette époque que commençait cette Ionie anarchie, au milieu de laquelle les noms de Théodora ■ de Marozie dominent les événements; les Arabes euxêmes étaient divisés; des luttes intestines déchiraient Afrique, centre de leur puissance. Bérenger Ier, roi d’Ita- 3, réussit, en 916, à détruire la colonie musulmane du arigliano. Ce n’est pas seulement au point de vue poliîue que les établissements des Arabes sur les rives de la éditerranée doivent attirer l’attention; ils avaient aussi le très-grande importance commerciale. A côté de la forresse se trouvait le comptoir ; on y faisait de nombreux hanges avec les marchands lombards dont l’active indus-

trie portait déjà ses fruits; la république d’Àmalfi avait obtenu, par un traité spécial, un faubourg de Palerme, et ce privilège lui donnait un avantage marqué sur ses rivales.

Venise avait longtemps soutfert de l’inimitié des Arabes; dès 870, sa flotte, unie à celle des Grecs , avait perdu, non loin de Crotone, une bataille mémorable à la suite de laquelle les musulmans s’étaient présentés devant Grado. Aussi, pendant la dernière moitié du ixe siècle, elle leur avait abandonné l’empire de la mer. Outre la Sicile, les Arabes possédaient les îles de Malte, Gozzo, Camino, Pantellaria; quelque temps après la prise de Palerme, ils avaient envoyé une flotte en Sardaigne et y avaient fait reconnaître leur domination. Candie avait été conquise par des pirates .andalous; d’autres expéditions, parties des ports d’Espagne, avaient soumis , outre la Corse et les îles Baléares, le poste important de Fraxinet, près Saint-Tropez, qui assurait aux Arabes le libre passage des Alpes. Ainsi , l’islamisme obtenait dans la Méditerranée des triomphes qui rehaussaient la gloire des Arabes d’Afrique et d’Espagne.

Décadence des Aglabites ; ils sont renversés par les Fathi-j mites; intervention des khalifes de Cordoue.

Grâce à la popularité dont ils avaient su s’entourer, Iec Aglabites avaient maintenu leur autorité intacte ; ils avaieni repoussé les invasions des Thoulonides , qui , après s’êtrt déclarés indépendants en Égypte, avaient voulu s’agrandii) du côté de l’Occident. Mais un de leurs derniers princes ! Abou-Ishac (877-902), sembla prendre à tâche de faire dé tester, par ses atroces cruautés, le nom de sa famille, et er même temps il rendit méprisable le chef spirituel qui étai impuissant à réprimer de tels excès. Le parti des Alides soutenu par lesEdrissites, avait profité du mécontentemen général et fait secrètement de grands progrès. Des dais (non qu’on donne généralement aux Arabes missionnaires), com mencèrent à se répandre et annoncèrent que le pouvoi allait passer aux mains d’un véritable iman, que Mahome avait prédit pour l’an 300 de l’hégire un nouveau Mahadi et que le peuple devait se hâter de lui jurer obéissance. C

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prétendu descendant de Fathime et d’Ali, Abou-Obeidollah, vivait depuis quelque temps dans les environs de Sedjelmesse , au milieu de la tribu des Ketama qui se déclara en sa faveur et lui assura de nombreux partisans.

L’Aglabite régnant Abou-Nasr-Ziadet- Allah , ne se doutait point de la révolution qui s’était effectuée dans les esprits. Aussi, les mesures qu’il crut devoir prendre ne suffirent point pour comprimer la révolte; vaincu par les rebelles, chassé de Cairowan par son propre frère qui choisit, pour usurper la couronne, le moment où la dynastie aglabite expirait, il se hâta de fuir en Égypte et de là en Mésopotamie. Abou- Obeidollah, qui s’était jusque-là contenté du titre de mahadi, prit le titre solennel d’émir al-moumenin (commandeur des croyants), d’où l’on a fait par corruption le nom de Miramolin ; à l’exemple des Abbassides, qui avaient fondé Bagdad, lesFathimites résolurent d’abandonner Cairowan et de créer une ville qui fut le siège de leur dynastie ; ils en choisirent remplacement à cinquante-cinq lieues de Tunis, à quinze du port de Sous, et l’appelèrent Mahadia. Cette capitale fut à peine bâtie , qu’ils entreprirent de nouvelles conquêtes. Obeidollah fit reconnaître son autorité des Arabes de Sicile et de Sardaigne et s’avança du côté de l’Égypte ; il ne put dépasser les déserts de Lybie, et son expédition n’eut d’autre résultat que de le rendre maître de Barcah. Du côté de l’Occident, il rendit tributaires, et le prince Edrissite qui régnait dans le Magreb-el-Acsa , et plusieurs autres familles qui s’étaient constituées d’une manière indépendante, telles que les Mequinez1 de Miknasa, les Medrarites2 de Seldjelmesse, les Rostamites de Tahart et les Abdoulouates3 de Tlemcen (931). Mais la présence de son armée victorieuse pouvait seule les maintenir dans l’obéissance. Dès qu’il se fut Soigné , les divisions recommencèrent. L’émir de Miknasa f avança contre Fez et en chassable descendant d’Edris. Les

1. Sur Miknasa, Hartmann, Africa , p. 174; voy. aussi notre Manuel de chrono ogie universelle, t. 1er, p. 123.

2. Gramaye, Africa illustrata, lib. X, 1622; YAfrique de Marmol , Léon l'Africain; M. Quatremère, Notice sur Becri , i83i, p. 168.

3. Walckenaer, Recherches géographiques sur l’intérieur de l’ Afrique septen-

rionale. 1821.

Zenètes , dévoués à ce prince , réclamèrent le secours du khalife Ommïade d’Espagne qui s’empressa de répondre à leur appel. Des troupes, parties de l’Andalousie, occupèrent d’abord les villes de Tanger et de Ceuta, dont elles réparèrent promptement les fortifications pour s’assurer un point d’appui; elles marchèrent ensuite contre Fez, où les Fathimites s’étaient retranchés, après en avoir chassé l’émir de Miknasa (933). Fez fut emportée d’assaut, et la suzeraineté des Ommïades reconnue dans tout le Magreb-el-Acsa. Un prince édrissite devait exercer l’autorité sous la tutelle d’un wali institué par le khalife.

Les Fathimites, pendant vingt ans (934-954), ne parurent pas se préoccuper des progrès des Ommïades1, qui s’étaient avancés jusqu’à Tlemcen, tandis qu’un de leurs généraux, pour venger l’inj ure que lui avaient fait éprouver des vaisseaux africains en pillant une galère où se trouvaient des esclaves destinées au khalife de Cordoue, pénétrait dans Tunis et imposait une forte contribution aux habitants de cette ville ; Moëz-Ledinillah se décide enfin à réprimer ces courses audacieuses. A la tête des vaillantes tribus Ketama et Zanhaga, auxquelles il promet un riche butin, il attaque le wali espagnol dans les environs de Tahart et taille son armée en pièces (960). Fez et Seldjelmesse ouvrent leurs portes ; toutes les villes suivent leur exemple, à l’exception de Ceuta, Tanger et Tlemcen, où s’étaient retirés les débris de l’armée vaincue ; mais Moez-Ledinillah , satisfait de l’humiliation de ses ennemis, abandonne bientôt le pays, et le nom du khalife de Cordoue est de nouveau proclamé dans les mosquées.

les Fathimites abandonnent le Magreb aux Zeïritcs dont la puissance ne fait que décroître 5 les Hamadites s’établissent k Bougie.

L’ambi tion des Fathimites les entraînait du côté de l’Orient ; ils voulaient détruire la puissance spirituelle des Abbassides ; Obeidollah avait laissé entrevoir que c’était le but principal de sa politique , et ses successeurs avaient poursuivi

1 . Voy. sur les Obaïdites ou Fathimites, Casiri, t. II, p. 193; Carette, Éludes sur la Kabylie, t. II.

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il but avec ardeur. Plusieurs expéditions avaient été dirij hs contre l’Égypte, mais sans succès jusqu’au moment où jmher, général de Moëz, parvint à se rendre maître de i te province tant désirée (969).

Dès lors les Fathimites fondent un troisième khalifat, celui i Caire, et ils appartiennent à l’histoire d’Orient; ils mont nt pour leurs possessions dans le Magreb une complète i lifférence. Ils proposent au chef de la tribu des Zanhaga t xercer toute l’autorité, à la seule condition de reconnaître 1 r souveraineté (971). Ce chef, Yousouf-Balkin-ben-Zeïri , î ;epte avec empressement ces propositions et devient le f (dateur d’une dynastie nouvelle , qui se met en possesâ a de l’héritage des Aglabites , et qui dure plus d’un siècle ïdemi *.

^Afrique tout entière aurait pü se trouver réunie entre 1 mains des Fathimites ; l’avénement des Zeïrites détruisit 1 lité qu’on avait pu croire un instant près de se réaliser. I Egypte fut à jamais séparée des provinces occidentales. I Magreb continua, malgré les efforts de Balkin, de se gou- \ ner sous la protection des Ommïades. Balkin, au lieu de 1 taquer de vive force comme Moëz , négocia secrètement & ic les Edrissites et les Zenètes dont il réveilla l’esprit d’int >endance, et parvint à les soulever contre les khalifes de t fdoue ; cette rébellion amena la chute totale des Edrissit (976-985), qui se brisèrent contre la puissance des Ommdes. Balkin tenta lui-même la fortune des armes; elle

1 fut contraire, aussi bien qu’à son fils Mansour, et les

2 rites durent renoncer à leurs projets d’agrandissement (l05). Ils ne furent pas plus heureux dans leurs rapports a c les chrétiens et ne purent conserver les conquêtes C Aglabites dans la Méditerranée. Les rois de Germanie ^ ient devenus maîtres de la plus grande partie de l’Italie. I;ir leur résister, les Arabes eurent l’habileté de s’unir a : Grecs ; leurs armées combinées repoussèrent Othon le ( md (972), et gagnèrent sur Othon II la bataille de Basltello (982). Mais Othon III (1000) ne leur laissa que la

Voy. Appendice, n° îo.

ville de Tarente. D’un autre côté, les Walis de Sardaigi voyaient avec effroi s’élever les républiques de Gènes et < Pise, dont la marine faisait de rapides progrès. Ils essay rent plusieurs fois de saccager ces deux villes, et d’arrêt leur prospérité dans son principe. Gènes avait eu, en 93» à supporter de leur part un terrible assaut, et depuis moment les habitants, toujours sur leurs gardes, avaient se préserver d’une nouvelle surprise. Pise, que l’expérien n’avait pas éclairée , faillit , en 1005 , être entièrement d truite ; toute la jeunesse pisane était absente, et les Arab| allaient franchir les murs et emporter la citadelle , lors qi le courage d’une femme sauva la ville. Les musulma n’avaient plus cette supériorité maritime qui avait assu le succès de leurs expéditions; ils devaient bientôt être a: saillis sur leur propre territoire.

A l’intérieur, les Zeïrites étaient loin d’avoir la puissan et l’éclat des Aglabites ; leur domination ne s’étendait ré lement que sur la province de Tunis et le littoral, à Alg< à Bougie, etc. Au delà les liens de l’obéissance s’étaient p; tout relâchés. La tribu des Ketama, qui avait le plus conti bué à la fortune des Fathimites, s’était refusée à reconnaî l’autorité du chef des Zanhaga; elle s’était établie non T de Seldjelmesse et de Tahart , et prenait souvent part à lutte des Walis d’Espagne contre les tribus Zenètes. A qu que distance de la tribu de Ketama, près de Massali au sud des plaines de Bougie , un prince de la famille dj Zeïrites, nommé Hamad, avait proclamé son indépe dance. Il commandait la ville d’Aschir, que Zeïri avait fo dée dans les premiers temps de son élévation. D’autres ch' s’étaient établis dans différentes villes ou gouvernaient tribus des déserts. Les Zeïrites se trouvaient donc confir en quelque sorte dans leur capitale. Ayant un riche tréso leur disposition , ils s’abandonnaient au luxe du sérail, sacrifiaient tout à leurs passions brutales. Il y avait p d’espoir qu’avec de tels princes la civilisation se maintînt Afrique au point où elle avait été portée sous les Aglabite mais le contact de l’Égypte et du Magreb où, sousl’impision des Fathimites et des Ommïades, les sciences et

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; ts continuaient de fleurir, corrigea indirectement ces fu- : stes tendances.

Telle était la situation des Arabes d’Afrique au commenment du xie siècle ; ils allaient se fractionner de plus en

as, et touchaient au temps de la décadence. Le même fait produisait d’une manière aussi tranchée chez les Arabes Espagne, après une période admirable de gloire et de , andeur.

Prospérité de l’Espagne sous les khalifes Ommïadcs; règne d’Abderrahman Ier.

L’histoire de la péninsule nous offre pendant trois cents s le tableau d’une civilisation qui fait contraste avecl’ignonce et la barbarie des peuples de l’occident. Tandis que bus de la force règne sans partage sur l’Europe chré- )nne, les Arabes d’Espagne, tout en conservant l’énergie de ractère que donne l’habitude des combats, comprennent * travaux de la paix et respectent les œuvres de l’intellince. S’ils cultivent les sciences et les arts , ce n’est point mme les Francs qui obéissent à l’esprit dominateur de îarlemagne ; ils y sont portés par leur nature même ; les ia)ifes ne font que s’associer au mouvement général de pinion; les encouragements qu’ils donnent aux lettres, commerce et à l’industrie , sont accueillis avec reconissance par un peuple qui en sent déjà tout le prix.

De 711 à 755, les premiers germes de la civilisation abe s’étaient manifestés sous l’influence des institutions le la conquête avait apportées ou maintenues. Si la guerre die avait un instant suspendu l’organisation politique i pays , l’avénement d’Àbderrahman Ier et la proclama- >n du khalifat d’occident, en mettant un terme à ces tristes ttes, substitua les règles du droit aux caprices de des- ►tes ambitieux, et sous un gouvernement sage et bienveil-

at, toutes les sources de la prospérité publique se déveppèrent avec rapidité.

La stabilité du pouvoir, qui ne sortit plus de la famille Ommïah, contribua surtout à cet heureux état de choses, n’y eut pas en Espagne, comme en Afrique, de ces riva-

250 LIVRE V, CHAPITRE Ier.

lités sanglantes, substituant tout à coup une dynastie nou velle à celle qui tenait les rênes de l’administration; 1? péninsule ne connut pas non plus les dissensions théolo i giques. A peine installé sur le trône, Abderrahman voui lut faire oublier aux Musulmans le pèlerinage de la Mec ! que. Pour cela, il fit bâtir à Cordoue, dont il avait fait s:| capitale, une mosquée magnifique que la curiosité d’abord, e! ensuite la vénération, portèrent les fidèles à venir visiter uné fois par an. Observateur exact des règles et des cérémonie;! imposées par Mahomet, et que ses ancêtres avaient prati-l quées eux-mêmes à Damas, Abderrahman associa dans l’es; prit de ses sujets le respect de sa race à l’adoration reli-i gieuse. Aussi les Abbassides et les Alides ne purent excitei; aucune de ces insurrections que le fanatisme entretenait et qui, en Asie, étaient toujours suivies d’une grande effusion de sang ; de ce côté, les Ommïades n’eurent jamais d’in i quiétude. Les sectes qui apparurent, restèrent toujours er.j ï. dehors de la politique, et se renfermèrent dans la morale et la philosophie. Là comme ailleurs il se trouva des hommes pour énoncer des idées nouvelles et hardies, mais le;: discussions ne sortirent point des limites d’une réserve pru-' *** dente. Lesmaîtrés de l’Espagne étaient Sonnites; les querelles se réduisaient à quelques difficultés d’interprétations { les alfaquis ou docteurs de la loi étaient partagés en deux écoles rivales, l’école de Malek et celle de Baqui, qui eurent parfois des différends assez vifs, notamment vers 852, sans! provoquer du reste aucun schisme. 5 ’lfi

Une autre cause contribua à l’affermissement de la domination musulmane : la famille d’Ommïah eut le bonheuii de produire plusieurs hommes d’un mérite éminent. Abderrahman Ier (755-787), à un coup d’œil juste en politique joignait une grande aménité de caractère. Actif, brave, ilj fut surnommé le juste par un peuple pour qui l’équité était la première des vertus 4. Recherchant le luxe et la magni-. ficence, il aimait moins encore les ornements surchargés} d’or et de pierreries que les œuvres d’art parlant au senti-i

l. Sur les Ommïades d’Espagne, Casiri, t. II, p. 197 ; de Gayangos dans son édition d’Al-Makkari , et l'ouvrage si incomplet de Cardonne.

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fjluty et les créations de l’intelligence susceptibles d’élever T prit. On raconte de lui un trait simple et touchant, q| prouva que sur le trône il avait conservé fidèlement les «ivenirs de son enfance, et un tendre amour pour sa terre nj île. Il avait fait planter dans ses jardins de Cordoue un p nier originaire du désert ; souvent, assis sous son feuilla !, il répétait ces vers bien connus : « Beau palmier, tu es ei ime moi étranger en ces lieux, mais les vents de l’ouest ci issent mollement tes rameaux, tes racines trouvent un sol fé nd, et ta tête s’étale au milieu d’un air pur. Ah ! comme m , tu verserais des larmes, si tu pouvais ressentir les souci pii me dévorent. Tu n’as rien à craindre de la mauvi e fortune, et moi je suis toujours exposé à ses atteintes. Q nd le sort cruel et la fureur d’Al-Abbas me bannirent d«na chère patrie, mes pleurs arrosèrent souvent les palan rs qui croissent sur les bords de l’Euphrate; ni les pi niers , ni le fleuve n’ont conservé la mémoire de mes d< leurs. Toi, beau palmier, tu ne regrettes point la pair »

successeurs d’Abderrahmau Ier marchent sur ses traces ; magnificence d’Abderrahman III.

i escham Ier, fils et successeur d’Abderrahman (787-795), t pour qualités principales la douceur et la charité; elles le rent chérir de ses sujets. Nul prince ne s’inquiéta plus df surer le bonheur matériel du peuple. Outre les aumône qu’il distribuait à profusion, il veillait à la constructif de nombreux édifices où les malheureux trouvaient del moyens de travail et une subsistance assurée. Les dernijes paroles qu’il adressait en mourant à son fils Alliais sont empreintes d’une haute sagesse : « Mon fils, lui di 1, les royaumes appartiennent à Dieu, il les donne ou les *te à son gré. Puisqu’il nous a placés sur le trône d’Es-

fo:

ie, rendons-lui d’éternelles grâces, et, pour nous conter à sa volonté sainte, faisons du bien aux hommes. Ce n'j; que pour cela qu’il a mis en nous la suprême puissaie. Que ta justice, toujours égale, protège le riche et le P^re sans distinction. Traite tes soldats avec bonté; qu’ils

soient les défenseurs, non les tyrans du pays. Protège le laboureurs dont les travaux nous nourrissent, veille leurs champs et leurs récoltes. Que le peuple soit heureu à l’ombre du trône , et qu’il jouisse avec sécurité des hier et des plaisirs de la vie.

Alhakem Ier (795-821) ternit par une arrogance présomf tueuse et une sévérité cruelle l’instruction et la bravoui qui le recommandaient à l’estime publique. Il était né pou la vie indépendante; son caractère sauvage, mêlé quelque fois d’une sombre mélancolie, s’irrita avec l’âge, et lui commettre des actes d’une vengeance aveugle ; aussi les rt mords assiégèrent-ils ses derniers moments. Abderrahman (821-852), contemporain d’Almamoun , fit oublier pendai son long règne les torts de son prédécesseur ; plus rapprd ché par ses penchants des sentiments de son aïeul Heschanj il avait de plus que lui un ardent amour des lettres et d<{ m arts; toujours entouré de poètes et de musiciens, il contrlld bua plus que personne à introduire dans les mœurs arabij cette délicatesse et cette élégance qui, plus tard, fureij l’apanage de la chevalerie. Tout le monde connaît l’histoiil Lux de cette esclave favorite dont il fit murer la porte en pièc ;r d’argent pour la punir d’un caprice, en lui laissant le so de démolir elle-même cette barrière de nouvelle espèce.

Les trois princes qui succédèrent immédiatement à Al b derrahmanll, Muhamad Ier (852-886), Almondhir (886-88É fci; Abdallah (888-912), occupèrent dignement le trône, sai Itio abuser jamais de l’autorité qui leur était dévolue ; mais d » luttes intérieures ne leur permirent pas d’élever de noi| pim veaux monuments à la gloire du kbalifat. Il n’en fut pas < même d’Abderrahman III (912-961). Son règne, qui du |fyj(

près d’un demi-siècle, est l’époque la plus brillante de domination des Arabes en Espagne. Tandis qu’un de s parents, le prince Almudaffar, apaisait les discordes civile Hi| et défendait contre les chrétiens l’intégrité du territoirj peS0] tandis qu’un autre général soumettait en Afrique le Magrei El-Acsa, lui-même renouvelait à Cordoue les efforts <| ses ancêtres, embellissait sa capitale et les principales vill de l’Andalousie, introduisait en Espagne les sciences *1

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îcole de Bagdad, et donnait aux lettres et aux arts une us vive impulsion. C’est lui qui fit bâtir, non loin de Corme, pour une de ses favorites, le fameux palais de Zehra, mt la description dépasse tout ce que l’imagination peut mcevoir de plus merveilleux. Ainsi gloire militaire, conlissances supérieures, richesses, luxe, magnificence, ce ince posséda tous les genres d’illustration, et cependant fut personnellement malheureux. Il lui fallut punir de la âne capitale un de ses fils, qui, poqr arriver au trône, mblait la paix publique par de continuelles conspirations ; contrainte qu’il s’imposa en cette occasion brisa dans son îe tous les éléments de bonheur que la fortune lui avait odigués. On trouva à sa mort, dans ses papiers, les parosuivantes : « Cinquante ans se sont écoulés depuis que suis khalife. Trésors, honneurs, plaisirs, j’ai joui de tout, i tout épuisé. Les rois mes rivaux m’estiment, me redou- It et m’envient. Tout ce que les hommes désirent m’a accordé par le ciel. Dans ce long espace d’apparente icité, j’ai calculé le nombre de jours où je me suis trouvé ureux : ce nombre se monte à quatorze. Mortels, appréz la grandeur, le monde et la vie *. »

illiakein II et Meseliam SB; gouvernement d’Almanzor.

\lhakem II (961-976) était bien digne de succéder à Abrrahman ; moins désireux de gloire, il n’eut d’autre pensée e le bonheur de ses peuples. Satisfait d’une représentan modeste, il trouvait dans une sage économie les moyens diminuer les impôts et de multiplier les travaux d’utilité blique. Son équité peut être caractérisée par le fait suiit qui devait se reproduire, sous une autre forme, dans istoire d’un des plus grands héros des temps modernes, e pauvre femme possédait un champ contigu aux jardins

< khalife. Alhakem voulant bâtir un pavillon en cet endroit, $<irge son intendant de l’acheter, en lui indiquant ce qu’il

< sire faire. L’intendant court chez cette femme; surson refus 2* vendre, il l’exproprie et construit le pavillon. La pauvre

Conde, Histoire de la domination des Arabes et des Maures en Espagne, ; Almakkari, trad. de M. de Gayangos, etc.

femme s’adresse au cadi de Cordoue et lui expose sa plainte : le cadi Bechir, après l’avoir entendue lui promet justice. Un jour le khalife se reposant dans son nouveau pavillon voit arriver Bechir monté sur un âne et portant un sac vide; Bechir le prie de lui permettre de remplir son sac de la terre qu’il foule en ce moment à ses pieds, et quand le sac est plein, il lui demande comme une dernière grâce de vouloir! bien l’aider à le charger sur son âne. Alhakem y consent dans] l’espoir de comprendre enfin le but de cette action ; il cher- 1 che à soulever le sac, mais ses efforts sont inutiles : « Prince! des croyants, lui dit alors Bechir avec gravité, ce sac que tu trouves si lourd ne contient qu’une petite parcelle du champi j que tu as usurpé sur une de tes sujettes ; si tu ne peux la y iü soulever aujourd’hui , comment supporteras- tu le poids de| üéi ce champ tout entier au jour du jugement. » Alhakem, frappé de ce discours se fait expliquer l’affaire : il reconnaît sa faute, rend immédiatement le champ à la pauvre femme ipu et lui fait don en même temps du pavillon qu’on avait j à élevé. [lift

Ce prince si recommandable par ses vertus mourut après bu quinze ans de règne. Son fils Hescham II, destiné à le rem- k placer était encore enfant, et l’Espagne musulmane allait! devenir le théâtre de la guerre civile , lorsque , près duj pi trône, se révéla un homme de génie , le célèbre Almanzori ièi qui, revêtu de la dignité d 'hadjeb, prit en main les rênes del jj| l’administration, et fut khalife de fait jusqu’en 1001 (voy.i fe p. 264). A sa mort, son fils Abdelmalec régna sous le même! L, titre et avec la même autorité jusqu’en 1008. Hescham II pps réduit alors à gouverner lui- même, ne sut pas résister à ses ennemis, et la dynastie des Ommïades si puissante jusquelà, trouva la principale cause de sa décadence et de sa chute dans l’incapacité et la faiblesse de ce prince.

Politique des Omniïadcs; trouble» Intérieur»*

Si nous considérons maintenant, d’une manière géné-j ^ raie, la politique des khalifes de Cordoue pendant les troisj*^ siècles qui viennent de s’écouler, nous rencontrerons dans 1^ cette étude de précieux enseignements. Ils eurent la sagesse ^

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le ne pas dépenser dans des expéditions lointaines les retenus de l’Espagne, ils étouffèrent au fond de leurs cœurs (sur haine contre les Abbassides bourreaux de leur famille. Lprès avoir vaincu l’émir Yousouf, qui avait voulu régner au om des khalifes de l’Irak, ils se contentèrent de repousser on allié le wali de Cairowan Ali-ben-Mogueith , vers 761, t ne prirent point l’offensive. Plus d’une fois, en 823, 841, 49, les empereurs grecs de Constantinople cherchèrent à s entraîner dans une alliance étroite contre les Arabes Orient. Les khalifes de Cordoue accueillirent ces avances oidement et firent des promesses de secours qu’ils ne mimt jamais à exécution,

L’Afrique fut le seul pays où ils songèrent à fonder quelnes établissements ; encore se bornèrent-ils au Magreb-elcsa où ils pouvaient facilement envoyer des troupes. Cette mquête (931 ) en montrant les forces dont ils disposaient, ît pour effet d’arrêter lesFathimites, qui auraient pu sonîr dans leur ardeur belliqueuse à envahir l’Espagne , et à isser de côté leurs projets sur l’Égypte ; mais la nécessité î soumettre les Zénètes toujours rebelles, la rendit onéiuse en exigeant de continuels sacrifices d’hommes et d’arînt.

A l’intérieur, les Ommïades firent respecter leur autorité et primèrent avec succès toutes les tentatives de révolte ; une inquillité absolue eût été néanmoins incompatible avec le ractère des Arabes ; aussi ne faut-il pas se préoccuper outre esure des rébellions qui eurent lieu dans ce long espace temps. Le pouvoir resta constamment concentré dans ie seule main ; et Cordoue, centre du gouvernement, ne Ht point un instant menacée de perdre sa suprématie; au- 1 ne ville arabe ne lui disputa le rang de capitale.

Il y eut cependant, dès le vme siècle, une guerre de sucssion qui menaça de compromettre l’avenir de la nouvelle 1 nastie, et de créer dans le pays une source inépuisable de 1 tensions. Abderrahman 1er, en mourant, avait désigné pour 1 ritier du trône, le troisième de ses fils, Hescham Ier, dont 1 vertus justifiaient un pareil choix. Les deux aînés Suleii met Abdallah, supportèrent avec peine cette exclusion blés-

santé, et bien qu’ils eussent contre eux le droit national des Arabes et la coutume de leur propre famille, ils prirent les i armes pour déposséder leur frère ou du moins s’assurer une indépendance absolue dans les provinces de Merida et de Tolède (789). Après deux ans d’efforts infructueux, battus à Bulche par le khalife lui-même, à Lorca par son fils Alhakem, ils se soumirent et obtinrent un généreux pardon.

A la mort d’Hesçham, en 796, ils renouvelèrent leurs prétentions, demandant ouvertement le partage de l’Espagne musulmane ; un grand nombre de walis et de caïds arborèrent avec eux l’étendard de la révolte. Alhakem fut vainqueur dans les plaines de Murcie ; Suleiman périt en combattant, et Abdallah obtint une seconde fois sa grâce (800).

Ce prince incorrigible ayant appris la mort d’Alhakem (821), à Tanger où il s’était retiré, se précipita en Espagne à la tête d’un grand nombre d’Africains qu’il avait soudoyés et réussit à se fortifier dans Valence. Le nouveau khalife Abderrahman II ne lui laissa pas le temps d’étendre ses relations ; il accourut sous les murs de la ville rebelle et offrit la bataille à son grand-oncle, s’il ne voulait pas recon- ho naître ses droits. Abdallah qui, avant d’engager l’action, avait Ma prié Allah de lui exprimer sa volonté par un signe, et qu’un ir accident avait persuadé du mauvais succès de sa cause, se > remit entre les mains d’ Abderrahman, qui, plein de respecfj p pour son grand âge, l’accueillit honorablement et lui laissa la libre disposition de ses biens (821 ). Cette guerre de suc-j cession fut la seule qui troubla jusqu’au xie siècle la dynastie des Ommïades. Abdallah (895) et Abderrahman III (949 j eurent, il est vrai, à conjurer deux séditions occasionnées pai! leurs propres fils ; mais ces levées de boucliers n’avaien rien de sérieux.

Les walis tirent une opposition plus inquiétante au gouvernement des khalifes ; en exécutant les ordres qu’ils recevaient de Cordoue, la plupart étaient moins guidés par le senti ment du devoir que par la crainte de se voir enlever l’autorité dont ils disposaient. Dès qu’ils se croyaient assez forts pour jeter le masque, ils aspiraient à l’indépendance

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AGLABITES, FATHIMITES, OMMÏADES, ETC.

Jne prompte répression était nécessaire, car au moindre •eversdu khalife, dix gouverneurs étaient prêts à lui refuser eur concours et à se déclarer souverains dans leurs domaines, tprès la dispersion des partisans d’Yousouf, les walis qui ausèrent à l’islamisme les plus grands embarras, furent ceux ! le Garmona et de Baeza, qui favorisèrent l’expédition d’Ali- - >en-Mogueith (761), celui de Tortose qui prit part aux dierses insurrections de Suleiman et d’Abdallah , et enfin eux de Saragosse, Merida, Tolède et Huesca qui pendant i [uarante ans mirent en feu le nord et le centre de l’Espa- ;ne, sous la pression de deux personnages dont l’origine et ■ 3 caractère sont peu connus.

Omar-ben-Hassan et Caleb son fils, c’étaient leurs noms, nt joué pendant près d’un demi-siècle un rôle important ans l’histoire de la péninsule. Placés entre les chrétiens

• t les musulmans, sans se déclarer complètement ni pour un ni pour l’autre parti, ils ont paru vouloir créer entre

I 3S deux peuples une sorte de terrain neutre, où les deux |3ligions se seraient trouvées sur un pied d’égalité parfaite. |. outenu par un grand nombre de walis et de caïds, Omar-

• en-Hassan , après une vie de brigandages, était parvenu à l tablir sa domination dans la plus grande partie de l’Ara- *• on (863-866); battu par Muhamad, il se retira dans les l yrénées pour organiser une troupe plus brave et mieux ■ isciplinée. Puis, avec le secours du roi de Navarre , il re- | onquit l’Aragon depuis les Pyrénées jusqu’à l’Èbre. Vaincu à t tué à la bataille d’Aybar, il eut pour vengeur son fils i aleb, qui se maintint contre les attaques d’Almondhir

t acquit même par suite de circonstances favorables une uissance très-étendue. Une révolte lui ouvrit les porîs de Tolède, une autre celles de Cuença (886). Il s’aprocha de la Guadiana et du Guadalquivir , suscitant parait des ennemis aux khalifes (888-890). Abdallah, forcé de Dmbattre son propre fils, ne put diriger contre Caleb des ’oupes suffisantes; il le laissa maître de tout le bassin u Tage depuis Talavera jusqu’à la source même du fleuve, e l’Aragon, d’une partie de la Catalogne et du littoral e Tortose à Murcie. N’étant plus inquiété par les musul-

mans , Caleb cessa de ménager les chrétiens , comme il l’avait fait précédemment, et n’hésita pas à les attaquer. Mais il avait trop présumé de ses forces et il éprouva une terrible déroute dans la journée de Zamora (901). Ce désastre fut le signal de sa ruine; les rois de Léon et les khalifes s’unirent contre lui. Abderrahman III (913) remporta à Cuença une victoire décisive qui lui rendit toute la partie orientale de l’Espagne ; en un mois, deux cents villes ou villages fortifiés se soumirent sans résistance. Il ne resta bientôt plus à Caleb que Tolède et quelques places en Aragon; mais telle était la terreur de son nom, qu’il se maintint dix ans encore dans ces différentes positions. Sa mort seule causée par un accident, détruisit son parti (922). Tolède résista encore quelque temps et ne reconnut l’autorité du khalife , qu’après avoir souffert toutes les horreurs de la famine en 927.

Cette ville, il faut le dire, se distingua entre toutes les cités de l’Espagne par une opposition constante a la domination musulmane. Sa population nombreuse était tout entière composée de juifs et de chrétiens, ennemis secrets du gouvernement; c’était avec peine que cette ancienne capitale des Goths s’était vu préférer Cordoue. Les habitants qui, dans l’origine, s’étaient pliés sans regret au joug étranger et qui avaient même reçu dans le pays le nom de mozarabes, irrités maintenant d’avoir perdu toute influence politique, tâchaient d’en acquérir une nouvelle en se faisant le centre de l’ancien parti vaincu. Déjà avant le commencement de la guerre de Caleb, Alhakem (800), Abderrahman II (828-838) , et Muhamad Ier (853-859) avaient été forcés de les réduire par la force, et d’entreprendre contre eux des sièges en règle. Ces khalifes auraient pu détruire leurs fortifications ; ils ne le voulurent point pour ne pas affaiblir leur ligne de défense, sans songer qu’entre les mains d’une population ennemie , elles ne pouvaient leur être d’aucune utilité.

Le grave caractère des révoltes de Tolède ne se retrouve point dans les autres soulèvements que les khalifes eurent à apaiser , comme en 827 celui de Merida, et en 926 celui

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es montagnards d’Elvira ; ils furent causés uniquement par i rigueur excessive qu’on apportait dans le recouvrement e l’impôt ; et bien qu’ils aient occasionné de longues luttes ans les Alpuxarras et sur les bords duTage, ils n’eurent jaîais une portée bien redoutable. 11 en fut de même de l’inirrection de Cordoue sous Alhakem (817). Ce prince voumt subvenir aux dépenses d’une nombreuse garde qu’il vait instituée auprès de sa personne, établit un droit d’en- ’ée sur les marchandises importées. 11 en résulta une ferîentation générale dans les esprits, on refusa d’obéir; Alhaem voulut punir les récalcitrants; alors la population se récipita sur les gardes, en massacra un grand nombre et mtraignit le reste à se retirer dans le palais. Outré de core, le khalife se met à la tête de ses cavaliers, et marche rntre l’émeute. Les Cordouans fuient devant lui ou essayent linement de se défendre; leurs maisons dans les faubourgs, )nt pillées; eux-mêmes sont réduits à s’expatrier avec urs familles. Une partie de ces exilés alla peupler un fau- Durg de Fez où ils furent accueillis par Edris ben-Edris ; s autres se firent pirates et en 820, après avoir saccagé lexandrie, conquirent l’île de Crète où iis fondèrent Canie (843).

Les khalifes eurent toujours le soin de s’entourer d’une lilice étrangère ; les premiers successeurs d’Abderrahman Ier i eurent une zenète, les autres depuis Abdallah (900), firent înir de Constantinople des esclaves de Slavonie qu’ils élément au maniement des armes et dont ils se firent des salûtes dévoués. Grâce à ces soldats, ils surent prévenir ute collision entre les Arabes et les Alabdaris ( Africains , aures ou Berbères), et, de 755 à 1008, ces deux partis n’en nrent point aux mains , quoiqu’ils eussent conservé l’un >ntre l’autre les sentiments les plus hostiles. Il faut reconlître cependant qu’il y avait dans l’armée de Caleb plus î soixante mille Berbères. Quant à la garde slavonne, la rce du pouvoir l’empêcha d’avoir, comme en Orient, une fluence nuisible, et son rôle politique n’apparaîtra qu’à irtir du xie siècle , quand la dynastie des Ommïades s’éoulera.

Guerres contre les chrétiens.

Outre ces embarras intérieurs, les Arabes d’Espagne l avaient un sujet de préoccupation bien autrement grave j c’était la lutte contre les chrétiens des Asturies et de Ici} Gaule. D’une part, il leur fallait résister aux Francs qui souf- fraient vivement de les voir établis dans la Septimanie ai delà des Pyrénées ; de l’autre, ils trouvaient dans ces mon tagnes comme dans celles du royaume d’Oviédo une popula ■ lion belliqueuse contre laquelle venaient se briser tous leur, efforts. Déjà les émirs qui avaient précédé Abderrahman 1e avaient été contraints par le Goth Pélage de laisser se forme sur les confins de la Galice une petite principauté chrétienne les successeurs de Pélage avaient profité de tous les trouble t survenus dans la péninsule pour attirer autour d’eux le chrétiens impatients du joug de l’islamisme. Quand Abderl j rahman fut définitivement promu aukhalifat, il trouva cepe » tit royaume solidement établi au nord du Minho. Bien plus les montagnards des Pyrénées , sans posséder aucune orga nisation politique , refusaient obstinément à tous les corp de troupes le passage de la Catalogne en Septimanie, tan dis que les Francs et Pépin le Bref assiégeaient Narbonn privée de tout secours (756). Abderrahman s’adressa d’aborffr1 aux rois d’Oviédo, qu’il effraya par ses immenses préparatif®^ et qui se soumirent à un tribut de dix mille onces d’or, di t mille livres d’argent, dix mille chevaux et autant de mulet»^ mille cuirasses, lances et épées (759). Mais à peine avait-* obtenu cet avantage , qu’il apprit la reddition de Narbonn et la perte de la Septimanie tout entière (760). La crainte de n 1^ pouvoir s’ouvrir le passage des Pyrénées lui fit souscrire a®*8 triomphe des Francs. Quelques années plus tard (778), ChaiB^ lemagne prenant en main la cause du christianisme et cher chant aussi à opérer la fusion des anciens sujets romain; avec les races germaniques, en les conduisant contre les inj pt fidèles , se jetait sur la Catalogne et l’Aragon. Dans une pre mière expédition, les Francs s’avancèrent jusqu’aux bordjB ~c de l’Ëbre et ravagèrent tout le pays; mais la trahison dej chefs navarrois et vascons unis aux Arabes leur fit éprouil ^

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ver un échec sanglant au moment où ils repassaient les Pyrénées ; cette défaite où périt Roland , restée célèbre dans les romans de chevalerie sous le nom de combat de Roncevaux, leur fit perdre leur butin. Abderrahman reprit toutes les villes de la Catalogne et de l’Aragon, à l’exception de Girone, que son fils Hescham ne réduisit qu’en 793. Hescham voulait reconquérir la Septimanie; il envoya dans cette province une armée qui s’empara de Narbonne ; ce ne fut qu’un succès passager. Charlemagne , en apprenant cette incursion, chargea spécialement son fils Louis, roi d’Aquitaine , d’en arrêter les progrès ; pendant seize années, de 796 à à 812, il y eut sur les frontières des Pyrénées une longue guerre à la suite de laquelle la Navarre et la partie de la Catalogne qui s’étend depuis la Sègre jusqu’à la mer devinrent des marches françaises gouvernées par des comtes relevant de l’Aquitaine.

Les Francs avaient combiné la plupart de leurs expéditions avec les chrétiens des Asturies qui , sûrs de leur protection , avaient refusé le tribut et pris courageusement les armes. Les musulmans , obligés de diviser leurs forces , affaiblis par l’insubordination des walis et des caïds, étaient réduits à la défensive. Aussi Alphonse II le Chaste, qui régna à Oviédo, de 793 à 842, parvint-il à accroître considérablement le territoire de ses ancêtres ; du Minho , en deçà duquel il se trouvait jusqu’alors resserré , il s’avança jusqu’aux rives du Duero, et concentra la lutte autour de la forte ville de Zamora.

La mort de Charlemagne et le démembrement de son empire ne devaient point relever la cause musulmane. Les comtes des marches espagnoles, en se rendant indépendants, devinrent chers aux habitants du pays qui, sous leur conduite, entreprirent bravement de combattre les ennemis de leur religion. Le comte de Navarre, en 835 , prit le titre de roi et commença à entamer la Castille et l’Aragon , que le comte de Barcelone attaquait d’un autre côté.

Dès ce moment commença cette croisade acharnée dans laquelle les deux peuples n’abandonnèrent pas un pouce de terrain qui ne fût couvert de leur sang. Malgré les sus-

pensioûs d'armes signées par les khalifes et les princes chrétiens, il n’y eut jamais de trêve pour les habitants des frontières. Les meilleurs guerriers des deux nations se donnaient rendez-vous sur ces limites , qui variaient selon les chances des combats. En 872 et 878, il se livra deux batailles sanglantes; l’une sur les bords du Sahagon, affluent du Duero; l’autre, dans les plaines de Zamora : la première, où les rois de Navarre et de Léon furent réunis sous les memes étendards , resta indécise ; la seconde , gagnée par Alphonse III , dit le Grand , lui assura la possession de Zamora et lui ouvrit le bassin du Tage. Alors s'organisèrent les courses des Galiciens sur Lamego, Yiseu, Coimbre, Salamanque et même Talavera; alors apparurent pour la première fois les comtes de Castille qui , profitant habilement des révoltes d’Omar-ben-Hassan et de Caleb, accrurent promptement leur puissance (882-900).

Distraits par des querelles intestines, les khalifes ne pouvaient arrêter ces progrès; mais ils frirent heureusement servis par les divisions des chrétiens eux-mêmes : les comtes de Castille, les rois de Navarre et de Léon se disputèrent quelques parcelles de territoire , et ne surent point s’unir contre l’ennemi commun quand l’occasion était favorable.

Dès qu’Abderrahman III eut réduit à l’obéissance les musulmans rebelles , il songea à relever l’honneur de ses armes. Ramire II, excité par les fils de Caleb, s’était avancé dans l’intérieur du pays jusqu’à Talavera, qu’il avait mise à feu et à sang; pour se venger de ce désastre, le khalife envoya un corps de troupes considérable dans la Galice et le royaume de Léon, et commanda à ses généraux de ravager les villes ouvertes sans assiéger aucun château fort. Ses ordres furent exécutés ponctuellement ; et bien plus, le roi de Léon, ayant voulu s’opposer au retour de cette armée, éprouva une grande défaite sur les bords du Duero (929). Bientôt après les chrétiens, s’étant portés en Lusitanie jusqu’à Badajoz et Lisbonne, furent contraints de rétrograder devant des forces supérieures (934). Enfin, en 938, Abderrahman proclama l’algehed ou guerre sainte, et passa lui-même le Duero à la tête d’une nombreuse armée. Il mit d abord le

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iége devant Zamora, que l’ennemi avait fortifiée et entourée le sept enceintes de murailles , défendues elles-mêmes par in double fossé rempli d’eau. Ramire II, comptant sur le iourage de ses soldats, crut pouvoir surprendre les musulnans et osa les attaquer en rase campagne; il éprouva , à iimancas, une défaite plus sanglante encore que celle du )uero, malgré les exploits du comte de Castille, Ferdinand ionzalez , et les secours que lui avaient fourni des auxiiaires arabes traîtres envers leurs frères et leur patrie. Zanora, abandonnée à elle-même à la suite de cette défaite, ’ut prise d’assaut. Après avoir renversé un pan de muraille, es musulmans s’étaient précipités par la brèche, persualés qu’aucun obstacle ne les séparait plus de l’ennemi. Tout à coup un large fossé s’offre à eux ; dans leur ardeur, Is cherchent à‘ le franchir et tombent par milliers sous les :oups des Espagnols. A la fin, ceux qui survivent, se seront comme d’un pont des cadavres de leurs frères, parviennent sur l’autre bord et pénètrent enfin dans la ville.

Les hostilités continuèrent deux ans encore, et les musulmans conservèrent l’avantage. Ce fut Ramire II qui lemanda le premier une trêve de cinq ans (941) ; cette trêve e prolongea jusqu’à la mort d’Alhakem II en 976; les chrétiens, affaiblis par des troubles civils que fomentaient lans le royaume de Léon le comte de Castille et le roi de Navarre, n’étaient point en état de reprendre les hostilités ; ;t Abderrahman, bien que disposé à combattre vaillamment ous les ennemis qui se présenteraient, aimait mieux jouir les bienfaits de la paix ; plus tard une étroite amitié l’unit iu roi de Castille, Sanche ; et celui-çi ne voulut point de on vivant combattre les musulmans.

La lutte recommença à l’avénement d’Hescham ; le noueau khalife, âgé de onze ans, se trouvait sous la tutelle d’une emme, et les musulmans auraient pu craindre des revers i les rênes de l’État n’avaient pas été confiées à Muhamad- >en-Abdallah-ben-Ali , émir dont le courage et les talents taient déjà appréciés dans toute l’Andalousie. La nation ccueillit avec joie cette élévation, que le mérite seul sem- >lait avoir dictée, et quand l’hadjeb annonça l’algehed, elle

accourut en foule sous ses drapeaux. Muhamad manifestai hautement l’intention de conquérir l’Espagne tout entière, e jura, comme Annibal, haine éternelle aux ennemis de sa religion. S’il ne réussit point dans son projet, du moins il tint son serment. Chaque année, à la tête de ses troupes, il enva hissait le Léon, la Galice, la Castille, ou même encore la Na varre et la Catalogne; et, après avoir porté au loin ses dépré dations, il ramenait son armée dans ses cantonnements jouir de son triomphe et partager un riche butin. En 978, aprè: avoir ravagé la Galice et conquis sur les champs de bataill le nom d’Almanzor (le Victorieux), sous lequel il est plue connu, il se porta en Catalogne et répandit la terreur jusqu sous les murs de Barcelone. Les chrétiens étaient obligés dej se retirer dans les places fortes ou dans les montagnes ; ils) n’osaient plus habiter les villes ouvertes ni tenir la campagne. De 978 à 983, ils n’éprouvèrent que des échecs. Ils per dirent successivement les villes de Léon et d’ Astorga dont le; murailles furent détruites. En 984, Almanzor se dirigea sur h Catalogne, où le comte de Barcelone, Borel, relevant des rois de France avait établi sa suzeraineté sur les comtes d’Ampu rias, de Girone, d’Urgel et de Roussillon. Borel essaya vaine ment de résister à l’invasion des Maures : après avoir subi un< première déroute, il chercha à se défendre derrière les mu railles de Barcelone et fut forcé de fuir; les habitants, poui se racheter du pillage, durent se soumettre à l’impôt di sang. De 986 à 994 Almanzor pénétra encore plusieurs foi; en Galice ; dans une de ces expéditions il s’avança jusqu’i Compostelle, où il brûla la fameuse église de Saint-Jacques objet d’une si grande vénération parmi les chrétiens ; il ei réserva avec soin les cloches, qui furent placées dans h grande cour de la mosquée de Cordoue. En 995, il batti dans la Castille le comte Garcie Fernandez. Peut-être, aprè tous ces exploits, aurait-il songé à étendre encore ses con quêtes s’il n’avait eu à réduire les Zenètes d’Afrique. I peine se fut-il retiré que les chrétiens reprirent l’offensive Borel , chassé de Barcelone, recouvra ses Éluts avec l’appuj des chrétiens de France. Lorsque Almanzor reparut, il fu vainqueur à la journée de Cervera (1000), mais les prince

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i hrétiens, irrités de tant de désastres, résolurent d’opposer » )utes leurs forces à cet indomptable ennemi. Sanche le a*and, le comte de Castille et le jeune roi de Léon, Alhonse Y, ligués ensemble , livrèrent à l’hadjeb une acon décisive aux environs de Calat-Annosor. La lutte dura ne journée entière sans aucun résultat; enfin les cavaliers îirétiens, bardés de fer, donnant la mort sans la recevoir, il ercèrent les ‘bataillons arabes ; il s’ensuivit un affreux à lassacre des musulmans, qui ne voulaient point abandon- I er le champ de bataille. Ce ne fut que le lendemain, à approche du jour , qu’Almanzor donna le signal de la îtraite , et les chrétiens épuisés ne purent les poursuite (1001).

ï C’était la première bataille que perdait Almanzor ; aussi , i: Dattu, humilié de cette défaite, il ne voulut point y .surv ivre. Il refusa de soigner les blessures qu’il avait rei lies dans le combat, et expira de désespoir, pleurant ses

Iiomphes inutiles et son nom déshonoré. L’armée, â la auvelle de sa mort , manifesta les plus vifs sentiments de igret ; il semblait qu’avec lui la cause des Arabes fût îéantie. Cependant , sous la conduite d’Abdelmalek, fils Almanzor, ils vengèrent ce désastre, et pendant sept ans 001-1008) les plaines de la Catalogne et de Léon furent de )uveau le théâtre d’actions sanglantes. Ce fut le dernier nsode de ces longues hostilités ; la guerre civile allait ' ivorer les plus braves des musulmans et donner aux chréins un avantage décisif. Ceux-ci avaient une supériorité ilitaire incontestable; les triomphes d’Almanzor n’étaient is qu’au seul mérite de ce général et à l’ardeur qu’il savait ■ spirer à ses troupes. Sa force principale résidait dans sa valerie, dont l’impétuosité était irrésistible; en adoptant 3 armures et les cuirasses de fer, les Espagnols s’étaient ssi donné à eux-mêmes une arme spéciale plus terrible, urs chefs passaient leur jeunesse entière à manier la lance l’épée, dont plus tard ils devaient faire usage contre les fidèles, tandis que ceux-ci n’entendaient point sacrifier O x nabitudes guerrières les travaux de l’agriculture ou les , aissances d’une civilisation avancée.

Dans les États chrétiens, chacun devait le service militaire; les seigneurs étaient forcés de suivre leur souverain dam; ses expéditions, et entraînaient avec eux leurs vassaux. Ches les Arabes, au contraire, on restait libre de ne point partir Les khalifes, avec leurs ressources, levaient les troupes don ils avaient besoin ; les habitants en masse ne venaient soûl les drapeaux que quand on proclamait l’algehed ; encor*; ne pouvait-on les retenir que pendant ua temps limité] Les institutions des Espagnols étaient donc toutes mili-; taires , et ils devaient acquérir dans les combats une su] périorité plus marquée. Sur mer, à la vérité, ils étaienj loin de pouvoir entrer en parallèle avec les Arabes, qi disposaient de forces redoutables ; les khalifes comptaier de nombreux vaisseaux dans les ports de Cadix, Algézirasj ; Almunecar, Alméria, Tortose, Tarragone. Ces trois derj u, nières villes possédaient, en outre , des arsenaux très-biei approvisionnés, et chaque année de nouveaux navires étaien mis à flot dans les chantiers de construction de Carthagij et de Séville. Beaucoup de particuliers équipaient des bà timents de commerce et rapportaient en Espagne les marj chandises du Levant. D’autres, véritables corsaires , allaier faire des incursions en pays ennemi, et non-seulement k chrétiens répandus sur le littoral de la péninsule, mai! encore les Francs et les Italiens étaient sans cesse in] quiétés.

les Arabes d'Kspagnc forment, A l’exemple des Aglaliitej

des établissements dans les îles de la Méditerranée :

toquent la Provence et foudent la colonie de Fraxinet; »•» iipj corsions des Mortlimaus.

Les Arabes s’étaient établis dans les îles Baléares (820 Ils s’emparèrent également de la Corse, qui resta indéper* dante de 840 à 850; les environs d’Arles et de Marseille fi rent plus d’une fois ravagés. A la fin du ixe siècle, en 88t| les musulmans, trouvant dans les environs de Saint-Trope un emplacement des plus favorables d’où ils pouvaient s’* lancer sur tous les points de la Provence, se fixèrent dan le poste de Fraxinet. Ils s’y maintinrent durant tout 1 Xe siècle ; et tandis qu’une partie d’entre eux, s’unissant au

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mmes du pays, s’adonnait à l’agriculture, les autres cheraientà étendre l’islamisme par des courses aventureuses ns l’intérieur du continent. C’est ainsi qu’en 935 , après |oir intercepté quelque temps le passage de France en Ita- , ils pénétrèrent dans la Tarentaise, le Valais et la Suisse, i i était déjà pillée par les Hongrois, et, en 942, ils forcè- ; tit à s’expatrier les populations de Fréjus et de Toulon l. L’Espagne était assaillie de son côté par les barbares scan- • laves. En 843, cinquante-quatre vaisseaux avaient dé- Irqué en Lusitanie une armée de Northmans qui avaient i ulu surprendre Lisbonne. Le wali, pour les chasser, avait du i plorer le secours de ses voisins ; et les pirates, obligés de i prendre la mer, avaient été attaquer dans l’Algarbe la ville « Sidonia. L’année suivante (844) , ils avaient remonté le i ladalquivir jusqu’à Séville, dont ils ruinèrent les faubourgs;

« jà même ils songeaient à s’y établir, quand les scheiks des ( virons vinrent les déloger à la tête de leurs tribus. Enfin, 1 860, ils avaient abordé non loin de Malaga et de Carthaine, et ne s’étaient retirés qu’en pillant la fameuse mos- ' iée d’Algéziras. Tant de ravages avaient excité la vigilance 1 s khalifes ; ils avaient ordonné que des navires stationneient sur tous les points de la côte pour les défendre de Mte surprise; et une flotte, chargée de donner la chasse i x Northmans, s’avança si loin que, suivant les chroniques si étonnés, on vit un gros vaisseau sarrasin à l’embouchure 'I la Loire.

1 veloppement moral et intellectuel des Arabes d'Espagne.

Sous le point de vue moral, scientifique , industriel , les J abes étaient bien supérieurs aux chrétiens ; leur caractère, I trs mœurs avaient quelque chose de généreux, de dévoué, fl charitable , qu’on eût vainement cherché ailleurs. On Cuvait chez eux ce sentiment de la dignité humaine qui 1 avait toujours distingués, et dont l’abus devait produire 1 funeste manie des duels. Un jour le khalife Abdallah se

Voy.M. Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, et Desmichels, i7isfoire 9\rale du moyen âye, t. II.

Permit de railler la longue barbe d'un de ses capitaine!1 celui-ci jura de ne plus reparaître devant son souverain J tint parole.

Les rois de Castille et de Navarre avaient tellement coi fiance dans la loyauté et l’hospitalité arabes, que plusieu d’entre eux n’hésitèrent pas à se rendre à Cordoue poil S consulter les médecins si renommés de cette ville. Le pli pauvre des musulmans tenait autant à conserver intaj j l’honneur de sa famille que le scheik le plus orgueilleu L’obscurité de l’origine n’empêchait point d’arriver ai; premières dignités; la noblesse de race ne donnait poil seule la considération ; il fallait y joindre le mérite persor nel. La religion du Coran s’était épurée : on appréciait 1 vertus et les bonnes œuvres ; la liberté de l’homme n’éh plus écrasée, comme au temps de la conquête, sous la 1| religieuse ; le travail était encouragé, la propriété respectéj l’obéissance au père de famille, la vénération pour la vie1* lesse, un vif sentiment de la justice se faisaient part remarquer; les cadis se considéraient plutôt comme < arbitres que comme des juges, et n’abusaient que bien rement de leur autorité.

Ce qui contribua surtout à la grandeur des Arabes d’J pagne, ce fut le haut développement qu’atteignirent, s( leur domination, les lettres, les sciences et les arts, au bien que l’agriculture et l’industrie. Le goût des jouissant intellectuelles était descendu dans toutes les classes de société ; la poésie élevait les âmes. Les magistrats devait avoir une instruction profonde pour conserver l’estii publique dans l’exercice de leurs fonctions. Une nol émulation inspirait les esprits; sur tous les monumei on permettait d’inscrire le nom des architectes aussi bi que le nom de ceux qui en avaient ordonné l’érection, et peuple accordait ses louanges non-seulement au protecte éclairé, mais encore au véritable artiste.

Les Arabes portèrent à un haut degré de perfection la chitecture, la musique et la danse. On étudie encore aujou

d’hui le style particulier qu’ils donnaient à leurs édifice on admire les ornements dont ils les décoraient. Quant à

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msique, Ali-Zénab fonda à Cordoue une école célèbre. Il vait fait une sérieuse étude de la nature des sons et des , sssources de la voix humaine; le luth jusqu’alors ne se omposait que de quatre cordes, Zénab en ajouta une cinuième.

En fait de poésie, les Arabes cultivaient surtout la romance ulanouvelle ; un grand nombre d’auteurs, plusieurs femmes îême, se distinguèrent et s’acquirent une grande renomîée. Nous les trouvons recherchés dans leurs images et ;urs sentiments; mais ils s’adressaient à des imaginations rdentes, à des caractères naturellement exaltés.

Les sciences attirèrent aussi l’attention des Arabes. On aprenait dans les écoles l’astronomie, la géographie, la dia- } ;ctique, la médecine, la grammaire, ainsi que des éléments j e physique, de chimie et d’histoire naturelle ; les biblio- ; lèques étaient pleines de copies des anciens auteurs grecs t des philosophes alexandrins ; les sciences mathématiques algèbre et la géométrie étaient cultivées avec succès. Lefa- > leux Gerbert, qui depuis fut pape à la fin du xe siècle sous | î nom de Sylvestre II, avait puisé en Espagne des conaissances qui étonnaient ses contemporains et le firent : ccuser de magie.

ilniliistric, commerce, agriculture 5 monunicnts et travaux publics.

L’ardeur que les Arabes déployèrent dans les travaux e l’industrie fut plus grande encore : ayant retrouvé les îines dont les Romains et les Phéniciens tiraient leurs méiux, ils s’empressèrent de les exploiter; ils en ouvrirent e nouvelles, et l’on ajustement vanté leurs mines de merure près d’Almaden, de rubis près de Malaga et de Beja es Camérès. Du corail fut pêché sur les côtes de l’Anda- )usie, et des perles sur celles de Tarragone. On perfeconna la manière de tanner et de préparer le cuir, de tisser } coton, le lin et le chanvre. La fabrication des étoffes de Me et de laine fut portée à sa dernière perfection. Bien- )t l’on ne parla, dan s le Levant et sur la côte d’Afrique, ue des lames de Tolède,, des soies de Grenade, des har-

nais, des selles et des maroquins de Cordoue. L’Europ: tout entière recherchait les draps bleus et verts de Cuença; les épiceries et le sucre de Valence. Ces produits n’étaieri > pas les seuls objets du commerce ; les Maures et les juifs! I qui s’occupaient plus spécialement du trafic, envoyaien] encore en différents pays des huiles, du sucre, dé la co chenille, de l’ambre gris, du cristal de roche, du soufre! du safran, du gingembre ; déjà peut-être ils se servaient de lettres de change dont l’invention a été attribuée aux Lom bards ; et si ce moyen leur manquait, du moins ils y sup< pléaient déjà par un procédé analogue. Ils avaient dan le Levant des correspondants nombreux et recevaient! en échange de leurs envois , de l’aloès , du camphre! des fourrures de martres du Khorasan et des tapis d Perse.

Quant à l’agriculture, les services que les Arabes rendirem à l’Espagne sont incontestables; ils sont inscrits encor dans la Huesta de Valence et la Véga de Grenade que le travaux d’arrosement portèrent au plus haut degré de ferj « tilité. Rien n’est plus ingénieux que le système d’irrigatio; qui fut établi dans la huesta. Cette plaine, admirable di reste par sa fécondité naturelle, est partagée dans son miliei par le Tuna dont les eaux vont se jeter dans la mer un peil au-dessous de Valence. Les Arabes arrêtèrent d’abord cej n eaux par une digue , à deux lieues environ de leur emboul chure, puis ils pratiquèrent sept coupures principales, doni trois sur une rive et quatre sur l’autre. La Huesta se trouv ainsi enveloppée par les branches du fleuve qui se déj ployaient en éventail. Ce n’est pas tout : chaque artère prini ; cipale fut découpée en sept veines secondaires, de manièri que l’eau pénétrait jusqu’au plus petit carré de terre. Poui cela, il fallait que le terrain offrît une gradation de descent géométrique, et, comme la plaine ne se présentait pas tou| à fait dans ces conditions, on organisa un système de petit) canaux (acequias) et de ponts en acqueducs, qui facilita lj distribution des eaux du fleuve. Chacune des sept branche! 4 était ouverte un jour de la semaine, de façon que les eaUj pussent s’élever au niveau nécessaire, et les veines seconj

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aires avaient ensuite leur heure fixe. La Huesta avait mété le nom de jardin de l'Espagne ; ailleurs où le terrain ï prêtait mal à une disposition semblable, les Arabes vaient creusé des puits* nombreux ou norias , dont l’eau tait tirée par des bêtes de somme et conservée dans des assins ou des rigoles, pour être utilisée en temps oportun.

Avec de tels procédés, sous le climat fertile de l’Andausie, on obtenait trois récoltes par an ; il suffisait d’enselencer immédiatement après la moisson. C’était d’Asie, 38 plaines de la Chaldée et des vallées de la Syrie que les rabes avaient importé en Espagne leur savante culture ; ne se borna point leur bienfaisante influence dans pays. Us y introduisirent le riz, le coton, le mûrier, la tnne à sucre , le palmier, le pistachier , le bananier , et , ître ces produits précieux , des fleurs et des légumes ii de là se répandirent plus tard dans toute l’Europe tfidentale* la rose du Japon, le camélia rouge et blanc, asperge, etc.

11 ne faut point juger, par l’état actuel de l’Andalousie, i son état sous la domination Arabe. La population était ors bien plus considérable. Il y avait dans toute la partie Espagne possédée par les musulmans, six villes capiles, quatre-vingts cités, trois cents villes du troisième dre, et un nombre infini de bourgades, de villages et de uneaux. A Cordoue seulement, on comptait deux cent ille maisons, six cents mosquées, cinquante hospices, îatre-vingts écoles publiques, neuf cents bains publics. La lie contenait un million d’habitants. Dès lors il n’y a plus îu de s’étonner de l’opulence et du luxe dont les histo- 3ns arabes nous apprennent que les khalifes faisaient étage. Par l’azaque ou dîme sur les produits de la terre, le îaradj ou droit d’entrée et de sortie sur toutes les denrées, le taadil ou imposition sur les marchands en détail , i atteignaient toutes les richesses du pays; on conçoit ns peine que les revenus aient monté jusqu’à la somme î douze millions quarante-cinq mille dinars d’or. Nous vons déjà que l’État se réservait la cinquième partie du

butin , et que les chrétiens et les juifs payaient une capiR tion à part.

Néanmoins l’esprit reste toujours étonné des richesses qi les Arabes ont prodiguées et dans leurs monuments, et dai leurs fêtes publiques. La mosquée de Cordoue qui subsisil encore aujourd’hui, égale en magnificence à celle de Dama| aussi vénérée que l’alaksa de Jérusalem, a six cents pieds long sur deux cent cinquante de large. En ce dernier sens

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