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CHAPITRE IV

PLUSIEURS DES ÉTATS MUSULMANS TOMBENT AU POUVOIR DES PRINCES CHRÉ TIENS. — MOHAMMED-ALHAMAR RÉSISTE GLORIEUSEMENT ; SPLENDEUR Dl! i ROYAUME DE GRENADE. — TROUBLES EN CASTILLE; INVASION DES MÉRI NIDES; BATAILLE DE RIO SALADO. — DESTRUCTION DU ROYAUME DE GRE I NADE. — POLITIQUE DES ROIS D’ESPAGNE A L’ÉGARD DES ARABES QU SONT EXPULSÉS DÉFINITIVEMENT DE LA PÉNINSULE EN 1609.

Plusieurs des Etats musulmans tombent) au pouvoir des princes chrétiens.

Nous reprenons maintenant l’histoire des Arabes d’Espagne qui avaient porté à l’empire des Almohades le pre mier et le plus terrible coup. La population, en se soûle vant de toutes parts contre les garnisons africaines, avai secoué, il est vrai , un joug détesté ; mais ce n’était poin là le seul ennemi qu’elle eût à combattre. Il lui fallait en core repousser les chrétiens, et, pour arriver à ce résultat organiser une vigoureuse résistance par le sacrifice de tou les intérêts privés à la grande cause nationale. Il n’en fu point ainsi, comme on l’a vu; au lieu d’un gouvernemen central et fortement constitué, il y eut une infinité de petit États indépendants , parmi lesquels les royaumes de l’Al garve et de Valence, aussi bien que ceux de Ben-Hud e de Mohammed- Alhamar acquirent seuls quelque puissance et les princes catholiques profitèrent de leur morcellemen pour les accabler séparément.

Jacques Ier, que la conquête des Baléares n’avait point satisfait, entreprit de conquérir Valence. Tout entier à ce projet, il refusa, en 1234, de faire valoir contre Thibaut de Champagne les droits que lui donnait sa naissance à la couronne de Navarre, et par sa noble conduite il se fit un alli fidèle d’un prince qui devait lui fournir d’utiles secours Le roi de Valence fit les plus grands efforts pour conserve les places qui dépendaient de son royaume ; la désunior des musulmans et le mauvais vouloir des walis, qui, abjurant tout patriotisme, cherchaient, en présence des chré-

tiens, à se rendre indépendants et vendaient pour quelques fiefs le pays qu’ils étaient chargés de défendre, livrèrent aux Aragonais, dans l’espace de quelques années (1232-1238), les villes situées aux alentours de la capitale. Réduite à ses seules forces, Valence elle-même fut investie par terre et par mer. Le roi musulman , trop faible pour résister, implora le secours de Ben-Hud , de Mohammed-Alhamar et des souverains d’Afrique. Aucun d’eux ne répondit à son appel ; ils étaient trop occupés dans leurs propres États. Cependant Jacques pressait le blocus avec vigueur ; les habitants capitulèrent. Il fut convenu qu’ils jouiraient d’une sûreté complète pour leurs biens et leurs personnes ; ils étaient libres d’abandonner la ville avec leur famille , leurs esclaves et leurs richesses ; ceux qui préféraient y demeurer, protégés dans leur culte et leurs propriétés , étaient assujettis aux mêmes impôts que les autres sujets du roi d’Aragon (1238).

Maître de Valence, Jacques s’occupait de soumettre à sa domination Villena, Dénia , Xativa , pour se porter ensuite sur le royaume de Murcie; il fut devancé par le roi de Castille (1241), qui, se plaçant entre les Aragonais et les musulmans, lui enleva désormais tout espoir d’agrandissement. Le royaume de Murcie n’était pas aussi puissant que celui de Valence. Divisé entre les walis de Murcie , d’Alicante, d’Orihuela, de Chinchilla, d’Alhama, il n’opposa aucune résistance à Ferdinand III. Ces divers chefs, jaloux de leur autorité, ennemis les uns des autres, s’empressèrent de se soumettre, ne songeant qu’à obtenir les conditions les plus avantageuses. Le seul wali de Lorca , qui commandait à Mula et à Carthagène, maintint ses prétentions les armes à la main; deux ans après (1243), les villes qu’il possédait furent emportées d’assaut , et le royaume de Murcie fut réuni tout entier à la couronne de Castille.

Cette couronne avait fait depuis 1232 une acquisition bien plus importante. De la Guadiana, sur les bords de laquelle un général castillan, Alvar Perez, avait, en 1233,

I montré dans un combat acharné une bravoure héroïque et une grandeur d’àme admirable , elle avait d’abord

étendu ses possessions jusqu’au Guadalquivir. Ben-Hud que pressaient d’un côté Mohammed-Alhamar, et de i’au tre, le roi de l’Algarve, entouré d’une troupe nombreus d’Almohades, avait assez d’énergie pour lutter contre Fer dinand III; mais il manquait totalement des ressource^ nécessaires; il ne put l’empêcher de prendre Ubeda, Andujar, ni même de mettre le siège devant Cordoue. Peut-être espérait-il que cette ville avec son immense population, ses hautes murailles , ses approvisionnements , tiendrait contrd l’ennemi et lui permettrait de harceler longtemps l’armét castillane. C’était le moment où Valence était aussi pressé* par les Aragonais (1238). L’attaque simultanée de ces deu villes importantes aurait dû exciter le courage et l’ardeu des musulmans. Il n’en fut rien. Ben-Hud fut assassiné par 1 wali d’Almeria, au milieu de ses préparatifs, et les Cordouan furent réduits à capituler. On leur accorda la vie, et le roi d Castille prit possession de leur ville. C’en était fait de lam< tropole de l’islamisme en Occident, la cité des arts, du luxe de la magnificence musulmane. Ferdinand III arborait 1 croix sur les minarets de la grande mosquée, et renvoyait Compostelle les cloches de Saint-Jacques conquises par Al

manzor. C’était pour les Arabes le signe avant-coureur d<j ju

leur prochain asservissement. Il fallait dire adieu à tous les souvenirs de la gloire passée , à tout ce qui rappelait leui! ancienne domination, leurs triomphes, leurs exploits guer-j 13 f riers. Ils voyaient profaner les sanctuaires de leur religion c et ne songeaient même pas à tenter un suprême effort] Ferdinand ne marcha plus que de succès en succès ; il prii Baeza, Estepa, Ecija et Almodovar, et vint assiéger Jaei (1245). Mohammed-Alhamar s’était fait reconnaître dans le*. États de Ben-Hud qui avaient échappé aux chrétiens; i rassembla des troupes , livra bataille aux Castillans , et fui vaincu devant Alcala. Les musulmans avaient fait preuve dans l’action du plus grand courage, et Ferdinand III s* montra généreux et habile politique. 11 accepta l’hommag* que Mohammed-Alhamar lui fit spontanément de ses vastes possessions qui s’étendaient d’Algeziras à Alméria, le long

et lluesca , et s’engagea à

des montagnes , entre Gibraltar

le laisser en paix, sous la stipulation expresse qu’il payerait une redevance annuelle, fournirait un secours de cavaliers en cas de guerre, et se rendrait en personne aux assemblées ou cortès de Castille. Le roi chrétien se réservait d’agir contre les Arabes de l’Algarve et du Guadalquivir, toujours divisés en petits États. Séville, l’ancienne capitale des Almoravides et des Almohades, dont la prise empêchait à jamais la réunion des musulmans de l’Algarve et ceux de la Sierra Nevada, fut tout à coup investie et elle voyait dans le camp ennemi Mohammed-Alhamar et ses cinq cents cavaliers. Elle résista longtemps, recevant par le Guadalquivir des secours de toute espèce , communiquant librement par un pont de bateaux jeté sur le fleuve avec la petite ville de Triana, que les musulmans de l’Algarve avaient soin de tenir bien approvisionnée. Séville pouvait braver Ferdinand III. Ce prince fit équiper dans la Biscaye et dans les ports de la Galice une petite flotte , qui s’empara de l’embouchure du Guadalquivir, et de lourds vaisseaux, lancés, voiles déployées, contre le pont de bateaux, le rompirent par le milieu. Les habitants, menacés de la famine, demandèrent à capituler. Ils obtinrent des conditions aussi favorables que les Arabes de Valence, et même un délai plus long pour réaliser leurs biens (1248).

La prise de Séville entraîna rapidement la soumission de tous les pays situés sur la rive droite du Guadalquivir. Tandis que les Portugais, déjà maîtres de l’Alentejo, s’avançaient dans l’Algarve et s’emparaient de Loulé et d’Ayamonte (1249), les Castillans, sûrs de ne pas être inquiétés de ce côté, parcoururent en vainqueurs le littoral de la mer entre le Guadalquivir et la Guadiana, où les musulmans possédaient encore quelques villes fortes et florissantes l.

ifloluinimcil-Alhamiir résiste glorieusement; splendeur du royaume de Grenade.

Le jour de la ruine complète des Arabes ne semblait pas

l. Conde, déjà cité ; Coronica de los Moros de Espana, etc., par J. Bleda, Valence, 1618. — A concise History of the Moors in Spain , etc., par Th. Bourke, Londres, 1811. —Histoire des rois de Grenade, par Ebn-al-Khatibi , dans Casiri, t. II, p. 246 et suiv.

éloigné. Elle fut retardée par Mohammed-Àlhamar , don le mérite et les vertus rappelaient aux Arabes le célèbre Almanzor ; il sut créer , avec une persévérance merveil leuse, un État puissant capable d'opposer aux chrétiens un barrière formidable. Il détruisit dans les walis,quelui même choisissait toujours avec discernement, cette soi] d’indépendance si funeste aux intérêts de l’islamisme; fit enfin comprendre à ses sujets la nécessité de l’unioJ la plus étroite et les rallia tous à sa politique par la sagess de son administration. Grenade, devenue sa capitale, offri] un nouveau centre aux musulmans dispersés, et la prospi rité du pays seconda merveilleusement les desseins de cl prince si remarquable. Les bienfaits de son gouverneme attirèrent dans ses États ceux qui ne voulaient point subi la domination des Espagnols. Les émigrés de Cordoue , Séville avaient trouvé auprès de lui une hospitalité géné reuse; leur nombre s’accrut encore lorsque le roi Jacqu entreprit, en 1249, de chasser des plaines de Valence tou la population musulmane.

On conçoit facilement quelle force immense apportèrerj au royaume de Grenade ces milliers d’habitants si actifs si industrieux ; ils lui rendirent les éléments de richesse que les Arabes avaient répandus sur la surface entière d la péninsule; l’islamisme se relevant tout à coup brilla d’u éclat inattendu aux yeux de l’Espagne étonnée, et se main tint encore au milieu des chrétiens pendant plus de deu siècles (1238-1492).

La galanterie des Grenadins est restée célèbre. On donnai dans la capitale, des tournois et des joutes. Il y avait des con bats de taureaux, des courses, des jeux de bague. Le peup était souvent convié par le souverain à des fêtes soler nelles et à de grands banquets, et ce luxe n’était point résultat de l’oppression ; l’aisance était répandue dans toute les classes par suite de l’habile direction imprimée aux trf vaux de l’agriculture et de l’industrie. La Veja, cette plain admirablement fertile au milieu de laquelle Grenade est si tuée, produisait alors le triple de ce qu’elle rapporte aujoui d’hui, et nourrissait une population considérable. La fabri

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flou

les sciences, l’astronomie, la médecine, la chimie, les mathématiques furent encouragées ; la poudre à canon date de cette époque. On enseignait, dans des universités qui furent astreintes à un mode unique d’enseignement , la grammaire, la géographie, la dialectique, auxquelles malheureusement se joignit une théologie fort obscure. Enfin les nouvelles et les romances, qui composent la partie

1. L’Albambra était à la fois un palais et une forteresse des rois maures. Le Generalif était un magnifique palais de plaisance, construit près de rAlhambra,sur le sommet d’une colline et: qui servait de résidence à la cour pendant l’été.

cation des soieries et des autres étoffes atteignit le plus haut degré de perfection. Les rois de Grenade, comme plus tard Louis XIV et Colbert , voulant exciter l’émulation et encourager l’esprit d’invention, instituèrent des prix et créèrent des exemptions de charges. Les beaux-arts furent cultivés avec le même succès qu’à Cordoue ; l’architecture éleva des coupoles et des colonnades d’un goût inimitable. Les noms de l’Alhambra et du Généralif réveillent à l’esprit l’idée la plus haute de la richesse et de l’élégance. Dans

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