‹ Histoire des ArabesChapitre 5 sur 88 · I.es Wabatéens · texte numérisé non relu

I.es Wabatéens

Les Nabatéens, que l’on ne rencontre pas durant les guerres des Hébreux contre les Arabes, paraissent pour la première fois sur la scène après l’expédition d’Alexandre, On croit cependant qu’ils s’étaient établis à Pétra, du temps de Nabuchodonosor II. M. Quatremère, dans le mémoire que nous avons cité, leur attribue une origine araméenne ou syrienne, et les fait venir des rives de l’Euphrate et du Tigre. Diodore de Sicile nous donne une haute idée de leur .caractère en citant quelques-unes des lois qui les régissaient, et de leur intelligence en racontant la manière de combattre de leurs guerriers. Ils avaient défendu sous peine de mort de semer du blé, de planter des arbres à fruit, de construire des maisons , disant que pour garder de tels biens , on sacrifiait trop aisément sa liberté. Ils n’avaient point d’autre demeure que le désert, point d’autre occupation que le commerce. Recevant sur la mer Rouge la myrrhe, l’encens et d’autres aromates, ils les portaient dans les ports de la Méditerranée. Étaient-ils menacés par un ennemi supérieur en nombre , ils l’attiraient adroitement dans leurs solitudes, se retiraient sur un rocher inaccessible, et forçaient à la paix le général téméraire qui avait mal pris ses précautions contre la faim et la soif. Ce rocher est célèbre; c’est là que devait s’élever la ville de Pétra. Les Nabatéens, par leur habile tactique, résistèrent à tous leurs ennemis. Lorsque Ælius Gallus entreprit par ordre d’Auguste (vers 24 ans av. J. C.) son expédition contre l’Yémen, il prit un guide nabatéen ; égaré au milieu des déserts, il fut obligé de renoncer à ses projets, après quelques succès militaires tristement compensés par les fatigues de la route ; sur son avis, les Romains abandonnèrent toute idée decon-

quête sur la péninsule, et c’est à peine si nous devons mentionner l’expédition de Cassius en 170 sous Marc-Àurèle , la défaite des troupes de Commode, la tentative de Sévère sur l’Arabie Heureuse en 195 ou 199; la victoire de Macrin si chèrement achetée en 217, etc. Un résultat important avait été, toutefois, obtenu ; l’Arabie Pétrée avait été incorporée dans l’empire romain et Cornélius Palma , lieutenant de Trajan, en avait fait la troisième Palestine. La ville de Pétra, ornée d’édifices magnifiques, théâtres, cirques, temples, aqueducs, devint l’entrepôt d’un grand commerce; vers la même époque, les Nabatéens tombèrent peu à peu dans l’obscurité, et leur nom finit même par disparaître de l’histoire.

I-a lutte des Romains et des Fai llies ou S»erses est favorable aux Arabes.

Les empereurs, maîtres de la navigation de la mer Rouge, loin de porter atteinte à l’indépendance de l’Arabie, la protégèrent d’une manière indirecte, en engageant une guerre acharnée contre les Parthes ; tandis que les deux peuples s’épuisaient dans des expéditions sans résultat , les Arabes surent profiter des circonstances pour fonder sur leurs frontières septentrionales deux États puissants, les royaumes de Hira ou d’Anbar (vers 195), et de Ghassan (vers 292). Mais afin de bien faire comprendre la situation de la péninsule avant Mahomet, nous allons considérer séparément les principales révolutions survenues dans l’Arabie septentrionale, méridionale et centrale.

De l’Arabie septentrionale du 111e siècle av. J. €. au vue siècle apr. «9. C.; royaume de Mira et d’Anbar; Cibassanides.

Depuis la mort d’Alexandre jusqu’à leur soumission par les Romains et les Parthes, les pays voisins de l’Arabie manquèrent d’un gouvernement fort. Travaillé par des discordes intérieures, l’empire des Séleucides, sous une apparence brillante, cachait une excessive faiblesse. Il ne put s’opposer ni à la formation des royaumes indépendants de l’Asie Mineure, ni au triomphe des Maccabées, ni aux ravages des tribus arabes. Celles-ci s’étaient habituées à ne point respecter les frontières des grands rois. Retenues du côté

LES ARABES AVANT MAHOMET

de l’Euphrate par la proximité de Séleucie, elles se vengeaient du côté de la Syrie par des incursions périodiques ; chaque année, profitant à propos des moments où les troupes ennemies étaient occupées dans des courses lointaines, elles allaient recueillir, le fer à la main, un butin considérable, et rentraient impunément dans le désert. Ces brigandages, qui ne méritent pas le nom d’invasions, durèrent jusqu’à la destruction de l’empire des Séleucides. La politique et les armes des Romains et des Parthes les firent cesser. Ces deux peuples commencèrent par élever des forteresses sur les frontières ; puis ils établirent des corps de troupes pour surveiller le mouvement des peuplades voisines, qu’ils cherchèrent à diviser. Attirés par les offres des Romains, plusieurs chefs s’engagèrent à contenir les tribus errantes, et sous le nom de phylarques garantirent leurs nouveaux alliés des attaques continuelles qui menaçaient leur territoire; d’autres se déclarèrent pour les Parthes. On les vit souvent intervenir au milieu de la lutte des deux nations. C’est ainsi que le principal auteur du désastre de Crassus fut un chef arabe nommé Ariamnes, qui, feignant le plus grand attachement pour la cause romaine, parvint à détourner le général des pays montueux dans lesquels il voulait se renfermer, et attira les légions au milieu de plaines immenses où l’on ne trouvait, dit Plutarque, ni arbres, ni eau, et où l’œil n’apercevait aucune borne qui fît espérer quelque repos. Les Parthes, qui étaient d’intelligence avec lui, et dont toute la force consistait en cavalerie, purent alors assaillir les Romains avec tous leurs avantages, et, grâce à cette trahison, triomphèrent facilement d’un ennemi qui, déjà épuisé par de longues marches, avait encore à lutter contre la faim et la soif.

Les Arabes ne se montrent pas seulement dans la guerre des Romains et des Parthes; si nous avions une connaissance approfondie de l’histoire des Arsacides, il est probable que nous les retrouverions mêlés à leurs révolutions et à leurs luttes intérieures, comme ils le furent aux discordes civiles de Rome, malgré leur éloignement de cette capitale. On sait que Pescennius Niger, élu césar en Orient (193),

s’appuyait principalement sur eux, et qu’un Arabe saisit la pourpre impériale en 246; c’était Philippe, qui devenu maître du trône, oublia sa patrie et ne fit rien pour elle. — Ils paraissent aussi sur la scène à la suite de Zénobie, et menaçaient l’Asie Mineure, quand l’arrivée d’Aurélien et la destruction de Palmyre leur portèrent un coup terrible dont ils ne se relevèrent pas (271 ).

Au nombre des phylarques qui possédèrent la Syrie orientale et une partie de la Mésopotamie, il faut placer les Odhevna (Odenat), contemporains des premiers princes de Hira et d’Anbar. Les Odheyna commandaient, selon toute apparence, aux débris de ces anciennes tribus amalica, qui avaient encore une fois abandonné leurs demeures. On suppose que le dernier de ces chefs n’était autre que Septimius Odenat, époux de Zénobie, mort assassiné en 267. — Les Arabes le font périr dans un combat livré à Djodhaima, roi Tonoukhite de Hira, qui est victime, à son tour, d’une ruse de la reine Zebba (Zénobie)1. Ils racontent ensuite la vengeance que le successeur de Djodhaima, Amr fils d’Adi, de la dynastie des Lakhmites ou Nasrites, tire de cette princesse; Zebba, trompée par un nouveau Zopyre (Cossayr fils de Sad), et surprise dans son palais, est frappée par son vainqueur, au moment où elle cherche à s’échapper, en traversant un souterrain pratiqué sous le lit de l’Euphrate. Ces récits ont tout à fait le caractère de légendes composées à plaisir, et nous ne nous y arrêterons pas. Il suffit de dire qu’après la chute de Zénobie, vers 272 de J. C., le gouvernement des Arabes de Syrie fut confié, par les Romains, à des chefs Tonoukhites, puis aux Salihites, qui furent renversés, en 292, par la tribu de Ghassan.

L’avénement des Sassanides, et la translation du siège de l’empire romain dans la ville de Constantinople, ne devaient point suspendre la fureur des peuples qui se disputaient l’Euphrate; les Perses et les Grecs continuèrent la rivalité

1. Caussin de Perceval, t. II, p. 197; Flavii Vopisci Divus Aurelianus in Script, historiæ Augusti: II. Wood, The ruins of Palmyra and, Baalbec , Londres. 1753 et 1757. I.es articles Odenath et Zénobie clans la Biographie universelle de Michaud, etc.

LES ARABES AYANT MAHOMET

des Parthes et des Romains avec une obstination qui servit merveilleusement les intérêts des Arabes.

Les rois de Hira, dont les possessions s’étendaient sur les deux rives du fleuve, devinrent les éclaireurs de l’armée des Perses , tandis que les chefs gbassanides, revêtus de la dignité de phylarques, se rangèrent du côté des Romains et s’enrichirent à leurs dépens. Hira avait été fondée à trois milles du lieu où fut bâtie plus tard la ville de Koufah par les tribus qui, sous le nom de Tonoukhites, avaient envahi l’Irak en 192 de J. C. et s’étaient emparées d’Ànbar. LesTonoukhites appartenaient à la grande famiile des Codhaites, originaire de l’Yémen, dont la branche principale s’était fixée successivement dans leTéhamah et le Bahreïn ; en 228, leur chef Djodhaïmah se reconnaissait vassal d’Ardchir , fils de Sassan , et après lui, Amr, fils d’Adi, commençait la dynastie lakhmite ou nasrite, qui devait se prolonger jusqu’en l’année 605 de J. C.

Amr ou Amrou, fils d’Adi, ne fit aucun effort pour soutenir les Arabes de Hadhr ou d’Atra, ville située entre le Tigre et l’Euphrate dans le désert de Sindjar, qui avait résisté à Trajan (116) et à Sévère (201), aux Sassanides (231) et dont Sapor Ier s’empara en 240 ; mais après la ruine de Palmyre, par Aurélien (272) , les rois de Hira dominèrent sans contestation sur les tribus de la Mésopotamie ; ils étendirent peu à peu leurs frontières et pénétrèrent plusieurs fois jusqu’à Antioche. Ils avaient le génie de la guerre, et non celui de l’administration et du gouvernement; il leur fut impossible de garder leurs conquêtes , et ils s’en tinrent alors à leur véritable rôle en combattant seulement pour le pillage. Opérant devant l’ennemi des retraites que la mollesse des Grecs rendait presque toujours heureuses, ils laissaient ensuite aux Perses le soin de continuer la guerre. Ces expéditions accumulèrent dans leur capitale tous les trésors de l’Asie Mineure , et permirent aux souverains de Hira de rivaliser de luxe avec les monarques de Ctésiphon et de Constantinople. En même temps elles excitèrent au plus haut degré la haine des Romains qui cherchèrent plus d’une fois à se venger. Dioclétien , en 289, Constance en 353 combattirent les Sarrasins; c’était le nom que lesRomains donnaient aux Arabes septentrionaux. Julien

prit et détruisit Anbar (363). Yalens en 373, Théodose le jeune en 411 , ordonnèrent de nouvelles attaques; le roi Moundhir Ier ou Mondar, qui avait contribué à replacer Bahram- Goursur le trône de Perse, essuya un sanglant échec (421); l’historien Socrate prétend que cent mille Sarrasins périrent dans les flots de l’Euphrate en 448. Anastase fut moins heureux (498) : en renouvelant les hostilités contre les Perses, il faillit perdre la Mésopotamie tout entière (502). NomanlII, qui prit une part active à cette guerre, eut à repousser l’année suivante une invasion des tribus de l’Arabie centrale que J. Stylitès appelle Thalabites ou Bacrites; leur chef Harith (Arethas), fils d’Amr-el-Macsour , fut maître un instant du royaume de Hira ; il s’était montré favorable aux doctrines du manichéen Mazdac, protégé par Kobad ou Cabadès et il chassa du trône MoundhirlII en 518; mais cinq ans plus tard Mazdac était mis à mort par ordre de Khosrou ou Chosroës , et Moundhir III était rétabli dans tous ses droits. « Ce prince, ditProcope, fut pendant quarante-neuf ans (513-562) l’adversaire le plus redoutable qu’aient eu les Grecs. Exerçant une autorité souveraine sur les Sarrasins vassaux de la Perse , il faisait irruption de tous côtés sur nos terres , et personne ne pouvait lui résister , soit parmi nos généraux grecs, soit parmi ceux qui commandaient à nos Arabes. » Ce fut l’époque la plus brillante du royaume de Hira ; après Moundhir, il tomba complètement sous la domination des Sassanides qui ne se contentèrent plus d’un tribut ou de quelques signes de vassalité. Noman Y fut le dernier prince de la dynastie lakhmite (583-605) \ La tribu des Bacrites * victorieuse des Perses à la bataille de Dzou-Car en 61 1 , maintint son indépendance dans le Bahreïn ; mais Hira devint une satrapie persane administrée par des vice-rois. Mahomet paraissait alors sur la scène.

Les Arabes de l’Irak et de la Mésopotamie avaient reconnu dès l’année 272 l’autorité des roisdeHiraetd’Anbar; ceux de Syrie se soumettaient vers le même temps aux Ghassanides. La peuplade des Azdites, originaire de l’Yémen, était

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