‹ Histoire des ArabesChapitre 44 sur 88 · DE LA JURISPRUDENCE CHEZ LES ARABES · texte numérisé non relu

DE LA JURISPRUDENCE CHEZ LES ARABES

le rite malékite qui doit attirer particulièrement notre at- :ention; le gouvernement a chargé M. le docteur Perron le traduire en français le Moukhtasar , ou précis de jurisprulence de Khalil-ben-lshak-ben-Iakoub, qui est, sans contrelit, le meilleur code des jurisconsultes malékites; Khalil nourut en 1422 de J.-C. ; il avait pu profiter, par conséquent, des nombreux traités dont le rite de Malek avait été e sujet; les principaux sont le Moud’ aoucmeli et le Moukhtaleha (propositions enregistrées et propositions mêées), attribués à Sehnoun ; le Meouazieh de Mohammed- )en-al-Méouaz, mort en 894; YOtbieh de Mohammed-ben- Uimed-ben-Abdelaziz-al-Otbi, de Cordoue, mort en 867; le )uadiha (les propositions évidentes) d’Abou-Merouan-abdil-Melik-ben-Habib-al-Selemi, de Cordoue, mort en 852 ; le ! lebsouth , X étalé, d’Abou-Ishak-Ismail-ben-Ishak-bensmail, cadi de Bagdad, mort en 895, et le Medjmoua (les impositions rassemblées) d’Abou-Abdallah-Mohammed- )en-Ibrahim-ben- Abdou, jurisconsulte de Cairowan, mort :n 873.

Jusqu’au temps de Khalil, d’autres jurisconsultes maléites acquirent une grande réputation. Nous citerons parmi ux Ebn-el-Hadjeb, mort au Caire en 1248, Abou-Mohamaed-Abdallah-ben-Abi-Zeid , de Cairowan, mort en 970, ibn-Farhoun, de Médine, mort en 1377; mais les juristes ont Khalil invoque surtout l’autorité sont : Ellakhmi (Aboulfassan-Ali-ben-Mohammed al-Rabihi), mort en 1085, Ebnounis (Abou-Bekre-Mohammed-ben-Abdallah, le Sicilien), îorten 1059, Ebn-Roschd (Mohammed-ben-Ahmed-Aboul- Valid), mort en 1126 et El-Mazeri (Abou-Abdallah-Moammed-ben-Ali -ben-Omar, le tamimide), né à Mazara en icile et mort en 1141.

Le rite hanbalite est tout à fait abandonné. — Les doc- ■ines d’Abou-Hanifah ont donné lieu à d’importantes comilations; le Hedaia fil forou ou Guide dans les branches ela loi, composé vers 1180 par Borhan-eddin, et le Mischatl-Masabih ou Collection des traditions les plus authentifies, rédigée en 1336 par Abou-Abdallah-Mahmoud, d’après imam Houssain qui florissait à Bagdad vers 1220, ont

été traduits en anglais et ont été mis à contribution par; M. Mills dans son Histoire du mahométisme. On ne saurait imaginer combien les Arabes ont attaché d’importance à ces recueils de jurisprudence, que des commentateurs habiles développaient sans cesse; deux-cents ans après la mort de Mahomet, Abou-Abdallah-Mohammed al-Bokhari avait déjà fait choix de sept mille deüx cent soixante-quinze traditions vraies, sur cent mille douteuses et plus de deüx cent mille fausses; son livre (le Sahih) fut approuvé par les quatre sectes orthodoxes des sonnites ; on sait que les points sur lesquels s’accordent lès quatre imams sont regardés comme lois fondamentales ; on distingue ces lois par le nom cVIdchma (concordance); elles sont, après le Coran et ia Sonnah , la troisième source de la théologie et de la jurisprudence musulmanes. La quatrième source de ces sciences, c’est y analogie, qui ne s’emploie que pour lès cas où il n’existe point encore de règles fixes; dans les causes extraordinaires, on a recours aux décisions des princes (fetwa) dont on a fait une quantité de recueils. La connaissance des, fetwas forme une branche séparée de la jurisprudence1.

littérature des Arabes: le Coran lise et maintient l'unité de langage.

Après avoir ainsi passé en revue ce qui se rapporte à la1 philosophie et à la jurisprudence chez les Arabes, nous nous trouvons encore une fois ramenés au Coran, qui constitue la base première de leur littérature. Mahomet devait fixer en effet la langue de son pays, que les poètes avaient déjà perfectionnée et que tous les peuples soumis au joug' de l’islamisme s’empressèrent d’adopter; le Coran servit de modèle pour les règles de la grammaire et du style. Comme il était écrit sans voyelles, il pouvait être lu et expli- j

i. Hedayah or guide, a commentary on lhe moossolman laws, translated by Hamilton, London. 1791. On a imprimé en 1831. une édition du Hedaiah à Calcutta, | avec les commentaires intitulés : Inaynh et Kifayah. W. Jones, en 1792, publiait i le Sirajiah , or the mohammedau lato of inheritauce, etc.; voy. aussi Kosenmuller, I

lustituliones juris moharvmedani. etc , I ipsiæ. 1 825. C’est Matthews qui a donné.

Icuita, la traduction du Miscliat-oul-Masabih. >1. Perron fait irnpri-

en 1809, à Calcutta, . ..

mer en ce moment le Préris de jurisprudence musulmane de Khalil-ben-lsliak. Ou I a lu avec intérêt, dans le Journal asiatique, les mémoires de MM. Worms et Ducaurois sur la même matière.

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que de différentes manières; Aboul-Aswad (mort en 688) en inventant la vocalisation du livre par excellence , ouvrit un vaste champ aux explications grammaticales; la lexicographie prit naissance; la syntaxe indiqua la composition du discours, la disposition des périodes, le choix des ornements et des figures de rhétorique. L’art de lire et d’interpréter le Coran forma plus de cent branches diverses, cjui donnèrent lieu à une infinité d’écrits de tout genre. Bien oin de se corrompre au contact des autres idiomes, l’arabe s’enrichit d’une foule d’expressions nouvelles, se développa le plus en plus avec l’étude des auteurs grecs, et devint la angue savante de l’Orient. La littérature persane ne fut ju’une division de la littérature arabe. De même qu’en Allemagne au moyen âge les ouvrages scientifiques étaient écrits ■n latin, tandis que les Minnesingers créaient la poésie naionale, de même chez les Persans et les Turcs les livres de cience ont conservé la nomenclature arabe, et l’on ne peut ncore aujourd’hui les étudier à fond sans avoir acquis la onnaissance préalable de la langue de Mahomet.

C’est là un fait remarquable qu’au milieu des nombreux lialectes que parlent les nations musulmanes, en Asie jusque idns l’Inde, ën Afrique jusqu’au Soudan, et qui offrent des ifférences si tranchées, le Coran est compris de tous; il àaintient au milieu de ces populations, si opposées par eurs mœurs et leurs usages, une sorte d’unité de langage et lè sentiments. Dans les écoles ou Mekteb , on donne aux rifants comme exercices des Inschallah et Maschàllah{ ce ue Dieu veut) , des Allah Akbar et Allah Kérim (Dieu est rand), puis un fatiha (la première sourate du Coran). Dans ;s académies ou medreseh, ils apprennent Y Adjaroumia e Mohammed-ben-Daoud-Alsanadji, leTesrif àii seheikelnan ; l’alfiya ou la quintessence de la grammaire arabe de ' jemal-Eddin-Mohammed-ben-Malek , le Flambeau de Moirrézi; la syntaxe des désinences d’Ebn-Hescham. Nous • ossédons un cours complet de grammaire arabe, etc., qiii Dntient le Mirah-el-Anvah d’Ahmed-ben-Ali-ben-Masoud ;

> fssi du scheick Isseddin -Aboul-Fodhail-Abdel-Wahabmadeddin-ben-Ibrahim-el-Sendjani ; le Mahsoud, ou doc

trine de l’intlexion des noms et des verbes de l’imam Yousef-Hanifi; le Bina, ou doctrine des parties indéclinables du discours; les Emsile, ou tableaux de conjugaison.

Nous ferions connaître plus en détail les travaux des scoliastes et des grammairiens arabes, si M. de Sacy n’avait pas donné dans son immortel ouvrage, tout ce qu’il est possible de savoir à ce sujet; l’illustre savant a jeté la plus vive lumière sur la nomenclature grammaticale des Arabes, en remontant aux principes généraux du langage et en comparant terme par terme les diverses parties de deux systèmes aussi étrangers l’un à l’autre, que celui des Orientaux et celui des Européens h

Qi'ammairieiis, scoliastes et rhéteurs arabes.

On a fait observer avec raison que la langue arabe avait été étudiée avec plus de zèle par les peuples soumis, que par les conquérants eux-mêmes; les plus anciens grammairiens, Sibavaihi, Faresi, Zedjadj, ainsi que les principaux théologiens, étaient Persans. Au premier rang des lexicographes les plus célèbres, paraît Ismaïl-ben-Hammad-Djewheri, né à Farab, dans la Transoxiane, vers le milieu du ive siècle de l’hégire, et Firouzabadi, né en 1328 de J. C., à Cazerin, dans les environs de Schiraz. Djewheri parcourut la Perse, la Mésopotamie, la Syrie, l’Égypte, revint en Khorasan et fixa sa résidence à Nischabour. Ce fut là qu’il publia en 999, sous le titre de Sihah-al-Loghat , la pureté du langage, le dictionnaire le plus parfait qu’aient eu les Arabes ; lui-même reçut le surnom d’Imam-Alloghat , le maître suprême de la langue ; son ouvrage a servi de matière à un grand nombre de commentaires, et il a été misa contribution par Goliuset Meninski qui en faisaient le plus grand cas. Firouzabadi ( Medjid-Eddin-Abou-Thaher-Mohammed-ben-Iacoub ) vint

l. \?Adjaroumi(ih a eu de nombreuses éditions, Rome, 1592 et 1 631 : Lugd. Ba-

tav., I6i7; Amsterdam, 1755-1756. Paris, 1834, etc. Parmi les auteurs européens

qui ont traité de la grammaire arabe, S. de Sacy occupe le premier rang. Voy. la notice de .). J. Sedillot, insérée dans le Moniteur du 2 septembre l8io. — « -le ne sais ce que j’aimerais le mieux avoir lait, écrivait alors M. de Sacy, notre excellent maître, rie la grammaire arabe ou de l’extrait de M. Sédillot : c’est un morceau parfait dont je le remercie beaucoup; il y règne une justesse d'esprit, une nrecision d’expressions qu’on ne saurait surpasser; il eiït été bien plus facile de le faire plus long. »

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. une époque de décadence , mais il avait entre les mains de >récieux matériaux et il résolut de composer un livre qui ontînt toutes les richesses de la langue arabe. Il existait leux dictionnaires d’une grande étendue : le Mokaddem d’Atoul -Hassan- Ali -ben- Ismaïl, surnommé Ebn-Seïd (mort :n 1065), et le Obab, en vingt volumes, de l’iman Hassan- »en-Mohammed de Saana (mort en 1252). Firouzabadi enreprit de les refondre dans un vaste recueil qui devait avoir oixante volumes aussi forts que le dictionnaire de Djewleri. Son Camous {al-Camous-al-Mohit , l’Océan environnant), lue nous possédons, est le résumé de ce travail dont il forme peine la trentième partie. Après avoir longtemps voyagé :t s’être instruit à l’école des scheiks- les plus estimés des ieux qu’il visitait, il finit par s’établir à Zébid où il mourut n 1415, âgé de quatre-vingts ans. Le souverain de l’Yémen, smail-ben-Abbas, surnommé Alascraf, ne cessa de leproéger, et on prétend mêmeque Bajazet etïamerlan, frappés le la haute considération dont il jouissait, lui envoyèrent les présents. H composa plus de quarante ouvrages qui, nalheureusement, ne nous sont pas parvenus.

Nous n’abandonnerons pas cette branche importante de a littérature arabe, sans dire quelques mots d’Aboul-Casem- Æahmoud-Zamakschari , grammairien, lexicographe et inerprète du Coran (mort en 1143), qui acquit aussi par ses écrits une grande renommée; il partageait les opinions des notazélites et s’en faisait honneur. On cite de cet auteur un îommentaire sur le Coran intitulé : Casschaf , un traité de la yntaxe arabe, une introduction à l’étude de la grammaire t un lexique arabe persan qui a été publié dans ces derliers temps.

La rhétorique et l’éloquence tiennent aussi une place imlortante dans la littérature orientale; on peut consulter à cet igard les gloses et commentaire et Djordjani sur le Telkhisi-Mifiah de l’imam Djelaleddin -Mahmoud -ben -Abder- , •ahman-el-Cazwini, par Saad-Eddin-el-Teftasani, 1 e Ha- I iaik-el-Bélaghat de Mir Schems-Eddin,. qui contient un raité complet de la rhétorique et de la prosodie persane, ît l’ Adab-el-Khatib , ou traité du style et des divers genres

d’éloquence d’Ebn-Cotaibah, mort en 890. Ce fut Khalilben-Ahmad qui le premier rédigea , d’après les anciens poètes, les règles de la métrique adoptées par toutes les nations musulmanes. Le Persan Ebn-al-Sekaki, rhéteur célèbre, a été comparé à Quintilien pour la clarté et la justesse des préceptes; à Cicéron pour la beauté et la richesse du style. Dans sa Méthode universelle, Àlgazéri expose les différentes espèces de connaissances qu’il juge nécessaires a l’Orateur; enfin, dans un livre sur le même sujet, Alsoïouthi traite de la pureté, de l’élégance, de l’énergie de la langue arabe, et joignant l’exemple au précepte, il cite des passages des auteurs les plus estimés avec leurs témoignages à l’appui de ses doctrines *.

Philologie, contas, fables et nouvelles.

A côté des rhéteurs que nous venons de nommer, nous devons placer les philologues : Hariri paraît en première ligne; ses mêcamât, ou séances, au nombre de cinquante, dont M. de Sacy a donné une si belle édition, sont célèbres dans tout l’Orient ; elles se composent de nouvelles racontées par un personnage supposé, et sont entremêlées de prose et de vers ; l’auteur affecte d’employer des expressions figurées ou énigmatiques peu usitées; les allusions et les proverbes dont son ouvrage est semé en rendent la lecture difficile; aussi est-il peu de livres qui ait eu autant de commen tateurs.

Ebn-Khallican nous apprend, dansson Dictionnaire biographique, qu’Hariri était né en 1054 et qu’il mourut à Bassorah en 1 12 1 ; c’était difril, un des premiers docteurs de son siècle ;

. ses mêcamât renferment une grande partie des richesses de la langue arabe et de ses dialectes; quiconque les connaît à fond et comme elles méritent de l’être, peut se faire une idée du talent de cet écrivain, de l’abondance de ses lectures et des ressources de son érudition ; la séance appelée Haramîiah

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