‹ Histoire des ArabesChapitre 46 sur 88 · II · texte numérisé non relu

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DES LETTRES CHEZ LES ARABES

des docteurs appelés Moudjtehed parce que dans les questions controversées, ils ne suivaient l’opinion d’aucune école et ne consultaient que leur propre autorité. On croit que l’histoire que nous possédons de cet écrivain est l’extrait d’un ouvrage beaucoup plus considérable qu’il avait abrégé lui-même; quoi qu’il en soit, cette histoire telle que nous la possédons, fort estimée des Orientaux qui en ont fait des traductions en turc et en persan, passe pour très-véridique. Elle a été résumée et continuée par George fds d’Amid connu sous le nom d’Elmacin, chrétien d’Égypte né en 1223 de J. C., et mort à Damas en 1273. Une partie de ce travail d’Elmacin a été traduit en latin par Erpenius et en français par Yattier, et malgré les erreurs dont ces versions fourmillent, on y trouve des faits intéressants avec des dates exactes; tant que les grands monuments historiques laissés par les Arabes ne seront pas mis à notre disposition , Elmacin sera consulté avec fruit, et soumis à une critique sévère, fournira d’utiles matériaux aux amis des lettres orientales1.

Nous devons encore mentionner parmi les historiens arabes Ebn-al-Athir , Nowairi, Ebn-Forat etc.; Ebn-al- Athir, surnommé Azzeddin , la gloire de la religion , et Djèzéri du lieu de sa naissance, passa ses premières années i Djézireh-beni-Omar en Mésopotamie, et se fixa ensuite à Mossoul, où sa maison devint le rendez-vous des hommes es plus distingués ; c’est là qu’il composa son Kemal-al nTewarikh (chronique complète) qui commence à la création lu monde et se termine à l’an 1231 de J. C. Abou-Thaleb- Ali la continua jusqu’en 1258, et Moulana-Nedjm-Eddin- Alnedhari en fit une traduction persane sous le règne de Æirza-Miran-Schah, fils de Tamerlan. Ebn-al-Athir écrivit lussi l’histoire des Atabeks de Syrie, celle des compagnons le Mahomet et un abrégé du traité des généalogies d’Ab-

I 1. M. Sprenger à donné, en 1 84 1 , le premier \o\\imeàe Y Encyclopédie historique ■ e Masoudi, et M. Dubeux, en 1836, le premier volume de la Chronique de Tabari ; î oy. aussi le Tabari de Kosegarten, Grvphiswaldiæ, 1 S3l— 1 838. — L’Historia sa raceica d’Elmacin, trad. par Erpenius, Lugd. Hat., 1625. et par Yattier, Taris, 1657, a I té souvent mise à contribution. La .traduction latine offre de singulières méprises, f n y lit, par exemple: Dedirerat ventorum stationes : undè notus est ventus al- >■ xamonis. Il s’agit au lieu de vent d’une table astronomique {zi g au lieu de ri/i): a Veidler et Bailly lui-même ont répété cette étrange erreur.

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doul-Rerim-al-Sàmani qui a remplacé l’original aujourd’hui perdu.

Nowairi compté parmi les historiens originaires de l’Égypte, avait adopté les doctrines de Schafeï; on connaît de lui une encyclopédie historique qui comprend dix Volumes et qui donne sur les antiquités des Arabes des renseignements précieux ; 11 était presque aussi célèbre, comme calligraphe, qu’Ëbn-al-Bawad, si renommé à Bagdad vers latin |it| du xe siècle ; il avait copié huit fois le grand recueil des tra- fs ditions de Bokhari intitulé : Sohih , et vendu, dit-on, chaque exemplaire mille pièces d’argént ; il inOiirut vêts 1331 de J. C. , à l’âge d’environ cinquante ans. Après lui Ebn-al- Eorat, né en 1335, mort en 1405, nous laissait une chronique en vingt-cinq volumes qui Vemonte à l’an 622 de J. G. Enfin Ahmed-ben-Àrabschah écrivait en 1430 la biographie de Timour ou Tarnerlan.

Le xnr siècle vit aussi fleurir Ebh-Wasel (Mohammedben-Salem), auteur présumé de la chronique du faux Tabari, et Ebn-Djouzi, auquel on attribue le Miroir du temps. Ij^ Un autre Ebn-Djouzi, de 1117 à 1201 s’était fait remarquer |( comme jurisconsulte, historien et prédicateur éloquent. Otbi , vers 1050, né probablement dans la Transoxiane, ré-jl^ digeait dans sa chronique la biographie de Mahmoud le Ghazné.vide; enfin Ebn-Kothaibah de Bagdad, mort en 890,1^ avait bien antérieurement recueilli d’importants matériaux jy sur les généalogies arabes et composé une histoire des ; L poètes1. f; nab

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Nous ne nous étendrons pas plus loin sur cet mteres- ^ sant sujet; les noms viendraient en foule se ranger sous ^ notre plume et nous serions obligé de dépasser les limites qui nous sont fixées; nous devons dire néanmoins, que ^ l’Espagne produisit égalenient un grand nombre d’historiens d’un mérite réel. Ebn-al-Couthiah mort en 978 à Cor- '

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i. J. Lassen Uasmussen a publié, en 1821, des extraits de Nowairi ; Silvestre do Saov fions a lait connaître Otbi ( t. IV des notices et extraits des man.). Pour la vio de Timour d’Ahmod-Arubschah, voy. l’édit, de Golius, Lugd. Bat., 1636 et 1a trad.de Muuger, Lesvardine, 1767-1772.

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loue, raconta la conquête de la Péninsule par les Arabes. Le poète Ahmed-ben-Mohammed, écrivit vers la même époque, comme on l’a vu plus haut, ies annales de cette contrée et es entreprises desOmmiades; Ebn-al-Faradhi, mortenl012, m moment de la prise de Cordoue par les berbères, avait composé une chronique des poètes et des savants ; plus tard Ebn-Khattib, né en 1313 à Grenade, mort en 1374, rassem- Dlait les plus curieux documents sur les annales des khaifes et rois d’Afrique et d’Espagne. Almakkari, que M. P. de Grayangos a traduit et publié dans ces dernières années, avait fait un grand usage de l’ouvrage d’Ebn-Khattib.

Né à Tlemcen Achmed-ben-Mohammed- Almakkari appartenait à une très-ancienne famille des environs de cette ville ; il se rendit à Fez vers 1600, et y rechercha la société des hommes les plus éclairés de ce temps; en 1618 il entreprit le pèlerinage de la Mecque et alla s’établir au Caire; dix ans après il complétait à Damas ses dynasties de l’Espagne musulmane, dictait un commentaire sur les prolégomènes d’Ebn-Khaldoun, et préparait une nouvelle biographie de Mahomet. M. de Gayangos,en nous faisant connaître cet estimable écrivain , nous a donné une liste assez considérable d’historiens arabes, qui ont traité diverses parties des annales de la péninsule ibérique. Alkaisi rédigea, vers 1125, un dictionnaire biographique des poètes etdes savantsduxi0 siècle; Ebn Hayian composait une histoire générale des musulmans d’Espagne, dont Àlazdial-Homaïdi de Majorque a fait un abrégé en 1095; Ebn-Sabihi-s-Salat , du xme siècle de notre ère, retraçait l’histoire de l’Espagne sous les Almoravides et les Almohades; Ebn-habib-as-Solami publiait une chronique, qui comprenait le règne des sept premiers khalifes ommiades. Ebn-Harith al-Khoshni résumait l’histoire des cadis de Cordoue jusqu’à là fin du xe siècle; Schehab- Eddin-Ahmed-Alfasi écrivait une histoire universelle, qui devait être abrégée par Sidi-Alhadj-Ash-Ashatili, etc.1.

l. The history of lhe Mohammedan dynasties in Spain by al-Makkari. transi, by P. de Gayangos, London, 1840, et les ouvrages cités dans l’introduction; voy. aussi Casiri.

nécessité d'étudier ïes écrits des historiens persans.

En esquissant le tableau des principaux historiens arabes, nous ne pouvons passer sous silence les noms des historiens persans les plus célèbres ; car il y a entre ces écrivains les mêmes rapports, les mêmes analogies qu’entre les astronomes et les mathématiciens qui ont écrit indifféremment dans l’une et l’autre langue; Mirkhond , Daulet - Schah , Khondemir, Schahrestani, etc., nous ont laissé tous les éléments d’une histoire générale de l’Orient, et l’on ne saurait étudier les annales du khalifat sans consulter leurs œuvres; Mirkhond ( Hamam- Eddin-Mirkhavend- Mohammed) né en 1433, mort en 1498, composa sous les auspices d’Ali-Schir, vizir du sultan Timouride Aboul- Ghazi-Houcein-Behadour une histoire universelle, qui se termine avec le règne de Schah-Rokh; son fils et son abréviateur Khondemir, n’est pas moins estimé; il rédigea le Khelasse - al - Akbar (quintessence de l’histoire, etc.) qui s’arrête en 1499, et Y Habib- al- Seiar, etc. (l’ami des biographies et des hommes distingués) qui comprend les événements de 1525; c’est dans ce dernier ouvrage qu’on voit la preuve de l’usage du papier-monnaie dès la fin du xme siècle. Parlerais-je de l’histoire des poètes de Daulet-Schah, de l’histoire des Mongols de Raschid-Eddin traduite par M. Quatremère, de la chronique de Eerischtah, de la vie de Timourde Scherif-eddin-Ali, etc.1; ce serait un appendice nécessaire de l’école historique des Arabes; mais pour ne point nous écarter des limites de notre sujet, nous nous bornerons à ces indications succinctes; nous devons d’ailleurs entrer dans quelques développements sur une branche de la littérature orientale que nous n’avons encore fait qu’effleurer.

Dirtioimaircs biographiques.

On a vu déjà mentionner çà et là quelques dictionnaires biographiques. On se ferait difficilement une idée du grand nombre d’ouvrages de ce genre que l’on trouve chez les

1. On trouve l’indicalion des extraits publiés jusqu’à ce jour des historiens persans dans la Bibliotheca orientait* de Zenker, Leipsig, 1846; il faut y joindre les notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque impériale.

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Arabes ; Casiri afait beaucoup d’extraits de la bibliothèque des )hilosophes de Zouzéni; Ebn-Osaibah mort en 1269, dans ion histoire des médecins, est demeuré sans rival. Enfin, ïbn-Khallican et Hadji-Khalfa, en résumant les travaux de eurs devanciers ont tracé le tableau le plus parfait et le plus ntéressant de la littérature des Arabes, en donnant la nonenclature et en indiquant les productions d’un nombre nfini d’auteurs. Ebn-Khallican (Schems-Eddin-Aboul-Abbas- Vhmed) né en 1211 de J. C. à Arbel, appartenait à l’illustre Camille des Barmécides; il remplit successivement la charge de grand cadi au Caire et à Damas, et mourut dans cette dernière ville en 1281 ; son dictionnaire historique comprenait huit cent quarante-six articles; mais les manuscrits que nous possédons de ce livre ne sont pas tout à fait complets. La bibliothèque orientale d’Hadji-Khalfa, recueil bien autrement considérable, ne contient pas moins de dix-huit mille cinq cent cinquante indications d’ouvrages orientaux avec le nom des auteurs et une notice biographique sur chacun d’eux. Hadji-Khalfa (Moustafa fils d’Abdallah), appelé quelquefois Katib-Tchelebi, était premier secrétaire et ministre des finances d’Amurat IV ; il mourut à Constantinople, sa ville natale, en 1658 de notre ère; il avait aussi composé un traité de géographie sous le titre de Djihan- ' Numah (miroir du monde), et parmi d’autres ouvrages qui ne nous sont point parvenus, une grande chronique ( Tariki-Kebir) qui s’étendait depuis la création jusqu’en 16541.

Nous ne saurions mieux terminer cet exposé du développement des sciences et des lettres chez les Arabes, que par le nom d’Hadji-Khalfa qui en est l’historien le plus estimé. On a pu apprécier l’influence toute-puissante que l’école de Bagdad avait exercée à la fois sur l’Orient et sur l’Occident ; nous retrouvons chez les Arabes la plupart des idées dont l’Europe moderne se glorifie, et de plus

i. Voy. l’édition de Hadji Khalfa par Flcugel, Leipsig, 1835-1850, l’Ibn Khallican de M. Slane , Paris, 1838 -1842. et celui de F. Wustenfeld, Goitirig. 1835-1840; le Dictionnaire des hommes illustres d’Abou-Zacharia-Yahia-al-Nawa-wi, publié par 1*. Wustenfeld, Gotting. 1841. Voy. aussi Ylfistoire dé la littérature des Arabes , par M. de Hammer.

ils relient deux grandes époques, celle des Grecs et celle de , la renaissance , conservant les travaux de la première et préparant la seconde. On a cherché à rabaisser leur mérite ; mais la vérité se fait jour de toutes parts et on leur rendra tôt ou tard la justice qui leur est due.

Imimlsion donnée pai* le» Arabe» aux art» et à l'industrie.

On prétendait que les Arabes n’avaient jamais fait faire de progrès à l’industrie, par suite d’une erreur malheureusement trop commune qui consiste à les confondre avec les Turcs. Pour démontrer qu’ils excellèrent dans les arts secondaires ou mécaniques « il suffit, dit M. Yiardot, de rappeler quelle renommée ils avaient chez toutes les nations comme tanneurs , fondeurs , ciseleurs , fourbisseurs d’armes et fabricants d’étoffes ; ces cimeterres d’uhe trempe irrésistible, ces cottes de mailles si légères et si impénétrables, ces tapis moelleux , ces fins et brillants tissus de laine; de soie où de lin, dont les cachemires modernes sont une tradition, attestent assez leur incontestable supériorité dans tous les arts industriels. »

La simplicité des premiers khalifes avait bientôt fait place à un luxe et à une magnificence sans égale, sous les Ommiades et les Abbassides; M. OElsner en a tracé le tableau. Les huit cents millions laissés par Almanzor, après toutes les dépenses de son règne annonçaient la splendeur de Mahadi, d’Haroun-Alraschid et d’Almamoun. Cette pluie de perles inondant, au rapport d’Aboulfeda, Buran le jour de ses noces, l’éclat non moins surprenant du mariage deMothaded, et la pompe d’étiquette de Moctader ne pouvaient être effacés que par la profusion des Arabes d’Espagne; la parure des femmes de Grenade, leurs ceintures, leurs écharpes, leurs bonnets lissus d’or et d’argent, l’extrême recherche de leurs vêtements attestaient l’opulence des particuliers, tandis que les khalifes de Cordoue employaient d’immenses trésors à la construction de monuments dont on admire encore aujourd’hui les débris L

I. Gibhon, t X; Viardot, t. II. The hiitory of lhemahometnn empire in Spai»* etc., par J. Gavun .h Murphy, Londres, 1 8 1 6.

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DES ARTS CHEZ LES ARABES

M. Girault de Prangey a étudié avec soir} l’art arabe et comparé les monuments architectoniques de l’Espagne et de l’Orient1. Pour la péninsule, il distingue trois époques ; successives. La première, du vnr au xe siècle, accuse une mitation mal déguisée des édifices chrétiens et romains. La rrosquée de Cordoue était sans doute du même style que ;elle de Damas qu’elle devait surpasser en magnificence, it l’on ne peut douter que les églises décrites par Eusèbe le Césarée dans sa Vie de Constantin , avec des cours, des rortiques, des fontaines et des logements pour les prêtres, l’aient servi de modèle aux mosquées de la Syrie , de laPaestine et de l’Égypte. On trouve dans ces mosquées les nosaïques des artistes Byzantins. Mais déjà en 965 l’ornenentation grecque si somptueuse semble insuffisante; on çcherehe les décorations éclatantes, on multiplie les détails, a forme des arcs se complique de festons et de courbes variées, comme on le voit à Cordoue par la chapelle Villavi iosa construite sous le khalifat de Hakem.

La seconde époque du xe au xne siècle, marque les premiers !éveloppements de l’architecture mauresque encouragée »ar les princes Almoravides et Almohades. Les Arabes ’éloignent de la route suivie jusque-là ; l’arc à ogive, les moaïques en faïence, les broderies les plus capricieuses, les rnements coulés en stuc sont à la mode ; les inscriptions bondent et font partie des décors. C’est surtout à Séville qe se fait sentir cette transformation, dans la Giralda, Alcasar et la mosquée que la cathédrale actuelle a remlacée.

Enfin , la troisième époque , où l’art arabe atteint son pogée, est en même temps celle de la splendeur du . qyaume de Grenade L’Alhambraen est l’expression la plus aute. L’extérieur simple et imposant du palais est confine aux habitudes du Maure qui fuit les regards étrangers ;

i l. Monuments arabes, et mauresques de Cordoue, Séville et Grenade , 1836-1839, ï i-fol. Essai sur l’architecture des Arabes et des Maures en Espagne , en Sicile et . i Barbarie , 1 84 1 . et l’article consacré à ces deux ouvrages par M beinâud iJourn. |'i viatique , avril 1842); Don Pablo I.ozano, Antiquëdades Arabes de Espana, 1804; . deLaborde, Voyage pittoresque et historique en Espagne ; Murpby Arabian itiqwties of Spain, Londres, 1816.

l’entrée n’est qu’un arc immense décoré de quelques emblèmes et d’une inscription qui rappelle le nom du fondateur de l’édifice; les murailles sont construites avec une espèce de mortier mêlé de petites pierres que le soleil colore diversement; à l’intérieur, au contraire, le génie de l’homme déploie toutes ses ressources. De vastes galeries peintes et dorées, ornées d’arcades de toutes formes, sont découpées en festons, en stalactites, et chargées de den- Brq telles en stuc; les appartements percés de fenêtres à ïk claire-voie, la salle des ambassadeurs, celle des deux sœurs,! IÉ le cabinets des infantes, la tour de Comarès , la cour et lai fejei fontaine des Lions, la cour de l’Alberca au-dessous de! tliei laquelle se trouvent des bains imités de l’antique, offrent à' fous la vue d’admirables effets ; ici l’eau jaillit à travers des mil-: t lions de colonnettes élégantes , isolées ou groupées de la Le manière la plus pittoresque; là elle se répand dans des! Ü rigoles de marbre; elle forme tantôt des cascades, tantôt; L des jets élancés et alimentent des bassins dans les patios mm entourés d’arbustes et de Heurs. Partout des inscriptions |’ji habilement combinées avec les sculptures expriment des sentiments nobles, élevés, et ajoutent un nouveau prestige! U aux merveilles de ce palais, que les rois chrétiens ont en! îlédi partie détruit. Les ornements intérieurs des salles princi-i ^ pales de cette ancienne résidence des rois maures sont erj ne;

plâtre ; les mouvements et les dessins en relief représenten des formes géométriques qui , bien que se répétant con stamment, n’en ont pas moins d’élégance et de délicatesse Jj Les peintures, distribuées avec art et protégées par le clima de l’Andalousie, sont encore aujourd’hui ce qu’elles étaien du temps des Abencerrages. Dans quelques-unes des salle ^ qui entourent la cour des Lions, on voit briller les couleur appliquées jadis par les Arabes; elles sont très-simples et n se composent que de rouge, de bleu, de jaune et de vert on en a fait récemment l’analyse 1 ; les matières bleue rouge qui dominent sont formées de bleu d’outremer et d vermillon ou sulfure de mercure.

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i. Moniteur uni verset, 25 mai 1852.

Il est assez difficile d’apprécier comparativement les monuments de Palerme, la Ziza et la Cuba, ceux de Tunis, de Cairowan et d’Alger où l’on retrouve peu d’édifices qui appartiennent à la belle période de l’art mauresque. Au Caire les mosquées semblent révéler une connaissance plus sûre de la mécanique, un choix plus intelligent des matériaux , mais rien dans l’ornementation n’approche de la perfection des dessiné de l’Alhambra. On doit aussi regretter que l’on n’ait pas encore étudié d’une manière générale les édifices que les Arabes ont élevés en Syrie , en Mésopotamie, en Perse et même dans l’Inde, aux différentes époques de leur domination ; ils doivent offrir des caractères particuliers qu’il serait utile de déterminer exactement; nous avons lieu d’espérer que d’habiles artistes combleront bientôt cette lacune.

L’étendue de l’empire des khalifes , les richesses de son sol, la variété des climats, la population, l’état policé des provinces devaient exciter nécessairement des spéculations commerciales; les productions de l’Espagne, de la Barbarie, de l’Égypte, de l’Abyssinie, de l’Arabie, de la Perse et de la Russie ; celles des contrées que baigne la mer Caspienne, les Marchandises de l’Inde et de la Chine affluaient à la Mecque, i Médine, àKoufah, àBassorah, à Damas, à Bagdad, à Mosoul, à Madaïn; l’établissement des colonies avait créé de aouveaux centres d’affaires et ouvert des roules importantes. Les Arabes étaient d’ailleurs portés vers l’industrie par la oi même du Prophète qui fait un devoir du travail , et recommande le commerce et l’agriculture comme méritoires et agréables à Dieu ; aussi respectaient-ils l’état de négociant et la personne de celui qui l’exerçait1; les gouverneurs de provinces, les généraux , les savants ne rougissaient point le s’appeler Cajan le tailleur, Atari le droguiste, Jouaeri e joailler, etc. Le libre passage des marchandises au milieu les armées et la sûreté des grands chemins étaient mainteîus sur tous les points; des puits et des citernes étaient creusés dans le désert, des caravansérails élevés de distance ;n distance, et les voyageurs y trouvaient les secours qui leur étaient nécessaires sans frais considérables.

Des relations s’étaient établies de l’Espagne aux limites de l’Asie orientale; une flotte arabe avait franchi le détroit de Gibraltar, et une tempête, en la rejetant sur la côte , lui avait enlevé l’honneur de découvrir les Açores et peut-être l’Amérique; mais réduits à l’ancien continent, les musulmans avaient imprimé sur tous les points une active impulsion à l’industrie humaine. L’Espagne ^enrichissait des produits de son agriculture et de ses fabriques ; la canne à sucre, le riz, le coton, le safran, le gingembre, la myrrhe, l’ambre gris, le pistachier, le bananier, les mûriers, le hinné pour la teinture, le mohaleb qui favorise l’embonpoint, fournissaient aux échanges de la Péninsule. Les tapisseries en cuir de Cordoue, les lames de Tolède, les draps de Murcie fabriqués avec les belles laines de ses troupeaux, les soieries de Grenade, d’ Alméria et de Séville, le papier de coton de Salibah étaient recherchés dans toutes les parties du monde. Le soufre, le mercure , le cuivre, le fer étaient exploités avec succès ; la trempe de l’acier d’Espagne faisait acheter avec empressement les casques et les cuirasses qui sortaient de ses manufactures. Les environs de Séville, couverts d’oliviers, contenaient cent mille fermes ou moulins à huile ; la province de Valence donnait à l’Europe les fruits des pays méridionaux ; des ports de Malaga, de Carthagène, de Barcelone et de Cadix on faisait des exportations considérables, et les nations chrétiennes empruntaient aux Arabes les règles du droit maritime.

Sous les Maures, comme l’a dit M. Duruy, Tolède avait deux cent mille habitants et Séville trois cent mille. Elles n’en comptent aujourd’hui, l’une que vingt-cinq mille, l’autre que quatre-vingt-seize mille. Cordoue avait huit lieues de circonférence, soixante miile palais et deux cent quatre-vingttrois mille maisons; aujourd’hui elle a à peine cinquantesix mille habitants. Le diocèse de Salamanque renfermait alors cent vingt-cinq villes ou bourgs; ce nombre se trouve réduit à treize. Séville avait six mille métiers pour la soie seulement, et en 1742 on n’en comptait dans toute la Péninsule que dix mille pour la soie et la laine. Le géographe Edrisi , qui visita l’Espagne au milieu du xie siècle, assure

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qu’il y avait dans le seul royaume de Jaen plus de six cents villes et hameaux qui faisaient le commerce de la soie. L’expulsion des Maures eut pour cette contrée un résultat aussi funeste que la révocation de l’édit de Nantes pour l’industrie française , et le cardinal Ximenès voulut faire disparaître jusqu’aux souvenirs des services qu’ils avaient rendus en ordonnant par un décret, digne des temps barbares , que quatre-vingt mille manuscrits arabes seraient brûlés sur les places publiques de Grenade1.

Les côtes de l’Afrique septentrionale avaient également pris un grand développement commercial; il s’y élevait de nombreuses fabriques, et la Mauritanie Tingitane rivalisait avec la Péninsule par son activité manufacturière et rurale; le pays de Sous rappelait l’Andalousie par sa fertilité et l’intelligence de ses habitants. L’Orient était à son tour entraîné par cet élan industriel; à Siraf et Aden, on échangeait des denrées de la Chine, de l’Inde, de la Perse, de l’Éthiopie et de l’Égypte ; les esclaves de Nubie et du Habasch, les peaux de tigre , la soie, le coton, l’ivoire et la poudre d’or du Zanguebar venaient des Éthiopiens; l’Inde et la Chine envoyaient des étoffes, des broderies, de la porcelaine, des armes, des housses, du bois de sandal, des aromates, de l’ébène, du plomb et de l’étain, des perles et des pierres précieuses; d’Aden ces marchandises étaient transportées à Djedda, puis à Suez et se partageaient entre les ports de l’Égypte et les villes maritimes de la Syrie; les pays qui avoisinent la mer Caspienne s’approvisionnaient à la foire de Caboul , et les caravanes de Samarcande à Alep distribuaient les soieries de la Chine, les draperies de Cachemire, le musc et les drogues médicinales du Tokharestan2.

Des relations commerciales des Arabes avec l'Afrique et l’Asie occidentale.

Les musulmans de l’Orient laissant aux Arabes occiden-

1. Abu-Zacharia, t. I; Duruy, Géographie du moyen âge ; Almakkari, trad. de Jayangos, t. 1, introd.

2. OElsner, p. 215-228; Voyage de Chardin; tableau de l’empire ottoman par .’Ohsson ; Anderson on Hist. déduction of the origine of commerce.

I3l> LIVRE VI, CHAPITRE III.

taux le commerce de la Méditerranée, se portaient de préférence du côté de l’océan Indien. Ils parviennent, en suivant les rivages de l’Afrique , d’abord jusqu’au détroit Bab-el- Mandeb et successivement jusqu’au Zanguebar et au pays des Cafres , ils fondent Brava , Mombaza, Quiloa où se retire un frère du souverain de Schiraz , Mozambique , Sofala, Melinde et Magadoxo ; ils occupent les îles voisines des côtes et plusieurs points de Madagascar; ils pénètrent dans l’Inde et à la Chine, et leur nombre se multiplie rapidement par l’achat et la conversion à la foi musulmane des esclaves et des enfants qu’on expose. Dès l’année 850 de notre ère, on compte déjà dans le Coromandel une population maure ou arabe de huit cent mille âmes, et l’on voit un souverain du Malabar aller finir ses jours à la Mecque. Les bâtiments de commerce ne se bornent pas au port de Calicut, ils atteignent Sumatra, les grandes îles de l’Archipel indien , traversent le golfe de Siam et arrivent à Canton. Dès l’année 651 des disciples de Mahomet avaient pénétré dans le Céleste- Empire par le nord en partant de Samarcande; mais il fallait deux mois pour faire ce trajet, et la voie maritime, plus avantageuse pour le transport des marchandises , fut bientôt préférée; les Arabes eurent à Canton un cadi que l’empereur de la Chine leur permettait d’élire, et dès l’année 758 ils étaient assez puissants pour oser piller impunément les magasins de cette ville. Les Malais avaient pour la plupart embrassé l’islamisme, et depuis le golfe Persique jusqu’à l’extrémité orientale de l’Asie, on entendait et on parlait la langue arabe L

L’influence du Coran ne se fit pas sentir avec moins de force dans l’Afrique centrale, qui nous est encore aujourd’hui si peu connue ; les établissements que les Arabes avaient formés sur la côte orientale leur facilitait de ce côté l’accès de l’intérieur de la contrée; le pays des Somaulis, peuple doux et hospitalier, qui forme avec Socotora un entrepôt ôe commerce fort important, l’Abyssinie, le Sennaar

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1. Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l’Inde et à la Chine, et le discours préliminaire de M. lteinaud, p. 1 18 ; Deguignes, Journal do>

et le Kordofan , en rapports continuels avec l’Égypte et véritable clef du Darfour et de l’Ouaday étaient visités par les musulmans; de Tripoli on se rendait aussi dans le Fezzan; les caravanes parties du Magreb ne craignaient pas de s’aventurer au milieu des sables du désert de Sahara qui recouvrent, des bords du Nil à l’Océan, une surface évaluée à deux cent mille lieues carrées, et de se répandre dans le Soudan ou la Nigritie. La race arabe devait marquer son passage au milieu des populations africaines en caractères ineffaçables, et les voyageurs modernes s’accordent tous à signaler les améliorations qui en ont résulté sous le rapport physique, moral et intellectuel1.

Inventions et découvertes ; la boussole; le papier de eoton; la poudre et les armes à feu.

Nous venons d’exposer les causes et les principaux effets du grand mouvement de civilisation qui s’est propagé avec les Arabes, au moyen âge, des colonnes d’Hercule aux confins de l’Asie ; il nous reste, pour compléter ce vaste tableau, à dire un mot de quelques découvertes qui leur sont dues et qui ont changé l’état littéraire, politique et militaire du monde entier , le papier , la boussole et la poudre à canon.

On a vu déjà combien d’inventions utiles et importantes nous ont été transmises par les Arabes ; quand même ils n’en auraient pas été les véritables auteurs , on ne saurait leur refuser la gloire de les avoir mises en lumière et de les avoir propagées d’un bout du monde à l’autre. C’est ce qu’ils ont fait pour le papier, la boussole et la poudre à canon. Parce qu’on s’est imaginé, d’après quelques textes apocryphes, que les Chinois en avaient connu l’usage à une époque ancienne, on a cru qu’on pouvait enlever aux Arabes l’honneur d’en avoir doté l’Europe ; mais c’était une profonde injustice. On a dit aussi que l’imprimerie existait à la Chine dès le vnr siècle, et cependant les noms de Guttenberg, de Faust et de Schœffer n’ont rien perdu de leur éclat. Est-ce que les Arabes, prenant des Chinois le papier de

. MA frique de Ritter, édition française, Paris, 1836.

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soie, ne leur auraient pas en même temps emprunté l’imprimerie s’ils Pavaient connue ? Est-ce que les peuples du Céleste-Empire ont jamais su tirer parti des découvertes que le hasard seul leur a peut-être révélées? Quel usage ont-ils fait de la boussole, eux qui croyaient encore en 1850 que le pôle sud était une fournaise ardente ; et la poudre a-t-elle jamais reçu entre leurs mains ces applications si variées dont on trouve la trace chez les Arabes?

Il faut bien reconnaître qu’au siège de la Mecque, en 690, on employait déjà des espèces de bombes; qu’au xme siècle , en Égypte, on se servait de la poudre de nitre pour lancer des projectiles avec un bruit semblable au tonnerre. Il en est fait également mention à l’occasion d’un combat naval livré par le roi de Tunis à l’émir de Séville au xie siècle; en 1308 au siège de Gibraltar, en 1324 à celui de Baeza , entrepris par Ismaël , roi de Grenade de Tarifa en 1340, d’Algéziras en 1342, et Ferréras dit positivement que les balles étaient lancées au moyen de la poudre. Les Espagnols commencèrent dès lors à s’en servir, et l’on voit peu à peu les armées de l’Europe pourvues de canons sans qu’il soit question de ces essais , de ces tentatives qui auraient nécessairement précédé l’organisation de l’artillerie, si l’invention de la poudre avait eu lieu chez les nations chrétiennes, comme quelques écrivains l’ont affirmé1.

Pour la boussole , rien ne prouve que les Chinois l’aient employée pour la navigation, tandis que nous la trouvons dès le xie siècle chez les Arabes , qui s’en servent non-seulement dans leurs traversées maritimes, mais dans les voyages de caravanes au milieu des déserts, et pour déterminer l’azimut de lakéblah, c’est-à-dire la direction des oratoires musulmans vers la Mecque2.

Il en est de même pour le papier. Vers l’année 650 on fabriquait déjà à Samarcande et à Bokhara du papier avec de

I. Voy. Piobert, Traité d’artillerie, 1 83C ; Beckmann, technologie ; Viardot, Estai sur l’histoire des Arabes d’Espagne , t. Il, p, 147.

‘2. Klaproth , Lettre à M. de Humboldt sur l’invention de la boussole, 1834: Azuni, Dissertation sur l’origine de la boussole, 1805.

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la soie ; en 706 lousef Amrou imaginait à la Mecque de substituer le coton à la soie : de là le papier de Damas dont parlent les historiens grecs. En Espagne , où le lin ! et Je chanvre sont plus communs, s’élèvent des fabriques de papier de linge. « Le papier de Xativa, dit le géographe Edrisi, est excellent et incomparable. « Valence et la Cata- ; fi logne font bientôt à Xativa une concurrence redoutable ; au xme siècle la Castille se sert du papier des Arabes, qui de . là pénètre en France, en Italie , en Angleterre et en Allemagne ; mais les manuscrits arabes l’emportent toujours par la finesse et l’éclat du papier , aussi bien que par le choix des ornements aux couleurs vives et brillantes1.

C’est ainsi que l’influence exercée par les Arabes se manifesta sur toutes les branches de la civilisation moderne. Du ixe au xy® siècle on vit se former une des plus vastes littératures qui existent; des productions multipliées, de précieuses inventions attestent l’activité merveilleuse des esprits à cette époque, et, faisant sentir leur action dans l’Europe chrétienne, justifient l’opinion que les Arabes ont été en tout nos maîtres. D’un côté, des matériaux inestimables pour l’histoire du moyen âge, des relations de ; voyages, l’heureuse idée des dictionnaires biographiques ; de l’autre, une industrie sans égale , des édifices d’une pensée et d’une exécution grandioses, d’importantes découvertes dans les arts , 'voilà ce qui doit relever à nos yeux ce peuple trop longtemps dédaigné.

I i. Mills, Histoire du mahométisme , rappelle, p. 85, que les anciens connais- ■ saient le papier de linge et que les Arabes firent revivre cet art; il cite Tite l.ive, l i v . IV, c. 7. Symmaque, liv. IV, ép. 34 , le Néarqve de Vincent, p. 15. Vov. aussi Andrès, Hist. gén. des sciences, t. 1, p. «05: Montf'aucon, Palæographia gr&ca, p. 18 : Nouveau traité de diplomatique , 1. 1, ch. vu, etc.

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