ÉTAT ACTUEL DE LA RACE ARABE
qu’ils appartiennent; depuis la prise de Bagdad, parle khan des Mongols Houlagou, les sultans mamîouks leur ont accordé leur protection. Dans l’Yémen (1258), les princes ayoubites sont chassés du pays que Saladin a su réunir à ses États, et des chefs indigènes ont fondé de nouvelles principautés. Aden, fortifiée reste un des plus riches entrepôts du commerce de l’Orient. L’Hadramaut , l’Oman et le Bahrein jouissent dans une paix profonde du fruit de leurs transactions avec les peuples de l’Inde et de la pêche du corail sur les bords du golfe persique. L’est de l’Afrique, les îles de la mer des Indes, les côtes du Malabar et des contrées qui s’étendent jusqu’à Malaca et même jusqu’à la Chine, sont visitées par les voyageurs et les négociants arabes, qui y répan- I dent encore leurs idées, leurs usages et leur religion.
Tandis que Bagdad succombe , le royaume de Grenade , jette en Espagne un vif éclat et prolonge son existence I jusqu’en 1492. Ce n’est qu’en 1609 que les Arabes aban- ( donnent définitivement la Péninsule et se dirigent vers les États barbaresques. Mais les populations du littoral, loin de les accueillir avec empressement, ne leur permettent de I s’établir parmi elles qu’au prix des plus grands sacrifices, tl Dépouillés de leurs richesses , ils sont presque traités en ennemis. Qu’on était loin des temps des Tarik et des Mousa, où les Berbères et les Arabes marchaient unis sous | les mêmes drapeaux et confondaient leurs intérêts ! A me- » sure que l’ardeur du prosélytisme religieux s’était éteinte dans les cœurs, les familles qui, sous son influence, s’étaient ralliées à la grande pensée de l’unité musulmane, étaient rentrées dans leur sphère primitive. En 1609 les diverses tribus de l’intérieuu des terres restaient divisées entre elles sous la domination vigoureuse des Turcs, toujours maîtres 1 de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Tlemcen depuis les bril- ■ lantes expéditions de Barberousse ; des renégats de tous les pays, des juifs, des chrétiens, des colouglis, nés du mariage I des Turcs avec des femmes arabes ou berbères, s’étaient établis de tous côtés et n’avaient entre eux aucun lien de fraternité. Les Arabes formaient à peine le quart ou le tiers de la population des États barbaresques ; un petit nombre
préférait le séjour des villes et principalement au Maroc, sous l’autorité des schérifs, conservaitleshabitudesstudieuses et comme un reflet des beaux jours du khalifat ; la plupart, toutefois voués à la vie nomade , recherchaient l’indépendance et l’obscurité du désert1.
On comprend que dans une telle situation la race arabe n’offre à l’histoire qu’un champ fort aride; nous allons cependant indiquer les faits qui révèlent çàet là son existence et qui peuvent répandre quelque lumière sur son avenir.