‹ Histoire des ArabesChapitre 49 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES ARABES D'ORIENT

LES SULTANS MAMLOUKS RÉTABLISSENT LE KHALIFAT ; LEUR INFLUENCE. — PROGRÈS DES OTTOMANS; LES PORTUGAIS S’EMPARENT DU COMMERCE DE L’ORIENT; SITUATION DE L’ARABIE MÉRIDIONALE. — LES OTTOMAMS REN- VERSENT LES SULTANS MAMLOUKS; LE NORD DE L’ARABIE NE PEUT CON- SERVER SON INDÉPENDANCE. — SOUMISSION DE L’YÉMEN. — LA SITUA- TION DE L’ARABIE S’AMÉLIORE DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVII SIÈCLE. — SOULÈVEMENT DES WAHABIS. — L’EXPÉDITION DES FRANÇAIS EN ÉGYPTE FAVORISE LE PARTI WAHABITE. — LES OTTOMANS RECOUVRENT EN 1815 TOUTE LEUR PRÉPONDÉRANCE; POLITIQUE DE MOHAMMED-ALI, PACHA ü’É- GYPTE.

I.os sultans mamlouks rétablissent le kliaïifat 2: leur influence*

Lorsque les Mongols envahirent la Syrie dans la seconde moitié du xme siècle, ils trouvèrent dans la résistance et le courage des mamlouks un obstacle infranchissable ; de nom-

1. De la domination turque dans Vaurienne régence d'Alger, par M. Walsin Esterhazy, Paris, 1840. — Les Bédouins ou Arabes du désert, etc., par Mayeux, I8i6, I8i8. — La Description de l'Egypte, etc.

2. L’histoire des derniers khalifes a été écrite par Piarbecri, et insérée dans sa chronique, intitulée : Alkhamisi. — En voici la liste chronologique : Mostanser- Billah -Ahmed, i26i; Hakcm, 1261 1302. Mostakfi, i302-i34o: Waiek, 1340-1 341 : Hakem, 1 34 1 - 1 352 ; Mothaded . 1352-1362; Motawakkel, 1362 , 1377, 1383 et 1389-1406: Mostazem, 1377 ; Watek , 1383-1385 : Molassem, 1385-1389 : MosLain, 1406-1415; Mothaded, i 41 5-1 45 1 ; Zaim, 1451-1454 ; Mostandged . 1454-1479 ; Motawakke), i4?9-i496; Mostamspk et Mntawakkel, dernier khalife, 1 496-1 538.

LES ARABES D’ORIENT

breuses tribus d’Arabes venaient se mêler aux armées égyptiennes et contribuaient à leur succès. Bibars, le plus célèbre des sultans Baharites, n’avait pas hésité à se poser comme le défenseur de l’islamisme , au moment où nul souverain de l’Asie ne pouvait songer à remplir ce rôle. Aussi habile politique que soldat valeureux , il appela auprès de lui un descendant de la famille d’Abbas, qui avait échappé au sac de Bagdad , et dans une cérémonie solennelle le proclama khalife. Il est vrai que le personnage revêtu de ce titre demeura sans aucune autorité ; qu’il dut investir Bibars d’une souveraineté absolue sur l’Égypte et la Syrie, et s’engager en même temps, lui et ses successeurs, à consacrer , au nom de la religion , toutes les usurpations I des mamiouks. Néanmoins , cette résurrection du khalifat impressionna vivement les esprits et entraîna , sans aucun doute , les habitants de l’Arabie au parti de Biibars; ce prince se conciliait d’un autre côté leur amitié par les présents, qu’à l’époque du pèlerinage, il envoyait dans les villes saintes , ain$i que par les édifices qu’il y fit construire, comme témoignage de sa piété. Les autres sultans, fidèles au plan de conduite qu’il leur avait tracé, ménageaient avec soin les tribus arabes qui constituaient leur principale force et pouvaient mettre au premier appel soixante-dix mille hommes sur pied. Plusieurs fois cependant il leur fallut imposer une obéissance qui leur était contestée : ainsi, en 1301, les Arabes des déserts de Suez tentèrent de couper les communications de l’Égypte et de la > Syrie, et le prince régnant ne les dompta qu’après de puissants efforts et d’affreux massacres.

L’Yémen, toujours en proie aux discordes civiles, faillit,

( en 1325 , tomber au pouvoir des mamiouks ; ils y furent appelés par l’un des chefs les plus considérables, et cherchèrent, en s’aidant des haines et des rivalités, à devenir les maîtres du pays. Les Hémyarites soupçonnèrent leurs desseins, s’unirent contre l’ennemi commun , et l’expédition 1 des mamiouks n’eut d’autre résultat que le pillage de quelques villes importantes, Zebid, Ana, îladitha. Ils firent une autre tentative en 1350, mais sans succès : ils réussi-

rent à peine à assurer la prépondérance du chef qui avait invoqué leur appui.

Les Arabes souffrirent des luttes qui précédèrent et qui suivirent le remplacement définitif des mamlouks baharites par lesBordjites ou Circassiens (1375-1384). Ils furent plus

cruellement éprouvés encore en Syrie , à l’arrivée de Ta-

merlan dans l'Irak- A rabi et le Djezireb , 1400. Ce conquérant ne songea point à renverser l’empire des mamlouks , mais il attaqua la Syrie pour venger une injure faite à ses ambassadeurs par le sultan du Caire ; et plus d’une tête arabe, après la prise de Bagdad, Hamah, Hems, Baalbec et Damas, servit à la construction des pyramides humaines que le barbare laissait sur son passage comme un trophée de sa victoire. Les mamlouks virent avec joie ce torrent dévastateur envahir l’Asie Mineure et briser les Ottomans, dont ils commençaient à craindre les rapides accroissements. La bataille d’Angora, où périrent inutilement tant de milliers d'hommes, la captivité de Bajazet, et, plus tard, la mort de Tamerlan , consolidaient leur puissance; ils restaient seuls avec leurs forces presque intactes au milieu de la ruine générale, et des députés de Schah-Rokh, fils deTimour, étant venus demander que la prière publique fût faite au nom de leur maître au Caire , à la Mecque et à Médine , le monarque mamlouk les chassa honteusement de sa capitale (1425).

Progrès «les Ottomans: les Portugais s'emparent du eomnierce de l'Orient : situation «le l'Arabie méridionale.

Les souverains de l'Égypte s’étaient exagéré leur propre grandeur ; dès le quinzième siècle ils commencèrent à perdre de leur influence en' Arabie. D’abord un des fils de Bajazet, Mahomet Ier, avait su faire oublier le désastre de son père; les présents qu’il adressa aux villes saintes de l’Hedjaz lui firent de nombreux partisans. Le nom

l. Histoire des sultans mamlouks de Makrizi, trad. par M. Quatremère et les diverses notices que nous avons données de cet ouvrage ( Journal asiatique , 1839, 1840 et 1 846).

ep de Jceti

fer.

mi

p ton

JlSljft

jlodo'

ksd

fed’o

hole.

LES ARABES D’ORIENT

des sultans de Brousse se propagea dans la Péninsule; on y suivit avec intérêt leurs progrès sur les chrétiens , et bien des musulmans rendirent à Dieu des actions de grâce à la nouvelle de la prise de Constantinople (1453). Le voyage du prince Zizim , en 1481 , et les subsides fournis par Baï jazet , pour la restauration des forteresses et des citernes qui bordent la route des caravanes , quelques rapports di- ! rects avec la famille Kitada à laquelle appartenaient les schérifs de la Mecque, habituèrent les esprits à l’intervention ] des Ottomans dans les affaires intérieures du pays.

Plus tard , une puissance nouvelle enleva aux mamlouks le commerce de l’Orient. Depuis la prise de Bagdad i par les Mongols, l’Égypte était devenue l’entrepôt des den- I rées de l’Inde et de l’Arabie , qui se répandaient ensuite , | par la Méditerranée, dans l’Europe entière. Les musulmans, | maîtres de la navigation de l’Océan indien, du golfe Persique et de la mer Bouge, apportaient à Suez les toiles de coton , [les étoffes de soie, le poivre, la cannelle , l’écaille, l’ivoire, ila gomme, les diamants et les perles de l’Hindostan, l’encens, la myrrhe et le baume de l’Arabie, et rapportaient en échange i les étoffes de laine, sla verrerie, le fer, le plomb et le cuivre de l’occident. De Suez les marchandises étaient transférées à Damas et à Alexandrie, où les Pisans , les Florentins , les Catalans et les Génois, et surtout les Vénitiens, entretenaient I des comptoirs florissants. Ce commerce était une des principales causes de la richesse des sultans du Caire. Ils ne virent pas sans inquiétude apparaître dans la mer des Indes les vaisseaux de Vasco de Gama qui venait de doubler le cap de Bonne-Espérance. Sentant combien la découverte de cette route nouvelle allait leur porter de préjudice, ils s’allièrent étroitement avec les Vénitiens, menacés également dans leurs plus chers intérêts, et résolurent d’entraver par tous les moyens possibles le. triomphe des Portugais.

| Des négociations furent entamées avec différents princes de l’Hindostan ; on avait des intermédiaires sûrs dans les négo-

• ciants de la Mecque et de l’Yémen, qu’irritait aussi le par-

• tage d’un commerce dont ils avaient eu si longtemps le monopole. Enfin, par de sourdes menées, on souleva contre les

Européens le peuple de Calicut, particulièrement dévoué à la foi musulmane. Les Portugais canonnèrent la ville coupable, brûlèrent tous les vaisseaux arabes qui se trouvaient dans le port, et s’imposèrent par la terreur à leurs ennemis. Les batiments qui servaient au transport des marchandises ne pouvaient être opposés aux vaisseaux portugais. Venise procura au sultan du bois et les matériaux nécessaires pour construire une flotte, et, en 1508, douze gros navires sortirent de Suez, et réunis aux forces du roi de Cambaye, obtinrent d’abord quelques avantages dans leurs premières rencontres avec les Portugais ; mais la face des choses changea à l’arrivée d’Aibuquerque. Ce grand homme détruisit l’escadre musulmane, établit dans l’ile de Socotora un poste fortifié pour commander le détroit de Bab-el-Mandeb et surveiller la navigation de la mer Rouge , et comprima ainsi pour toujours l’essor maritime des sultans mamlouks (1510-1515).

Maître de quelques citadelles sur les rivages de l’Yémen et de l’Hadramaut, Albuquerque intercepta le commerce de cabotage qui se faisait entre ces deux provinces , et força les habitants de se réduire aux communications par terre. 11 prit ensuite dans l’Oman la ville de Mascate, l’entrepôt des marchandises de la Perse , de l’Arabie et des Indes. Puis , non content de ces succès, il s’arrogea une domination exclusive sur le golfe Persique , par la conquête de l’île d’Ormuz et la construction de plusieurs citadelles sur la côte orientale du golfe Persique, où vivaient des tribus arabes indépendantes de la Perse. Une de ces citadelles devait garantir le port de Lundsje, une autre Bender Rischahr, une troisième l’ile de Qas (selon Niebuhr), Keish (selon d’Anville). Ses successeurs assurèrent aux Portugais la pêche des îles Bahrein, en élevant de petites forteresses dont on aperçoit encore aujourd’hui les ruines dans la principale de ces îles et non loin d’Elkatif sur la côte de l’IIaça ; mais Aden, la clef de la mer Rouge , leur manquait, et tous leurs efforts pour s’emparer de ce poste si important restèrent infructueux. Les Arabes se voyaient fermer néanmoins par des chrétiens la mer sur laquelle ils

iiîicfll

par

ipérif

bus,

user

ji’tlle

Les (1

liant plus ei pis

m pot liuter fchari ictoir Halle fi»

! iband lamli acte r fe r Bint taire

lu an

!tSÀ]

laite,

tepa

lit su bel'

LES ARABES D’ORIENT. U7

vaient toujours pu s’élancer en toute liberté, et dans l’imuissance de lutter contre un ennemi qui leur était aussi upérieur , ils se fortifièrent sur les côtes tandis que leurs ribus, divisées entre elles, étaient uniquement occupées de onserver leur indépendance sous la direction des scheiks u’elles s’étaient choisis1.

les Ottomans renversent les sultans mamlouks ; le nos1 fit «le l'Arabie ne peut conserver son indépendance.

Tandis que le sud et l’est de la Péninsule s’effaçaient de lus en plus, il se passait au nord et à l’ouest des événelents qui allaient donner de nouveaux maîtres à l’Arabie.

,’Égypte et la Syrie, des mains des mamlouks, tombaient u pouvoir des Ottomans (1516-1518). Sélim Ier annonça autement qu’il ne changerait rien à la politique des sultans îaharites et Bordjites envers les Arabes. Après sa première ictoire il prit le titre de protecteur des deux villes saintes a Mecque et Médine) ; plus tard au Caire, il accueillit avec ienveillance l’ambassadeur du schérif de la Mecque qui, bandonnant la cause des khalifes Abbassides et des sultans ïamiouks, était venu lui offrir les clefs de la Kaaba et faire cte de vassalité. Il se chargea de l’entretien des pauvres e l’Hedjaz, combla les scheiks de riches dons, et maintint la belle cérémonie qui avait lieu tous les ans au Kaire pour le départ de la caravane portant à la Mecque le , ùhmel. Le dernier des khalifes Abbassides , Motawakkel 2, ai avait cédé les droits de l’Imamat en lui remettant Téteni ard du Prophète et les princes ottomans se trouvaient insi placés au-dessus de tous les Musulmans (1517). Parmi 3S Arabes d’Égypte et de Syrie, quelques-uns, avant la utte, mécontents de n’avoir aucune part au gouvernement iu pays s’étaient joints aux Ottomans ; à peine Touman-bey mt-il obtenir le secours de la tribu de Haram ; les autres t surtout celle des Gazéli , refusèrent de le servir , malré l’engagement qu’il prenait de les affranchir pour trois

t. I,afkau, Hist. des découvertes et des conquêtes des Portugais dans le Nouveaufonde, Paris, 1733.

Page 1