Voyez plus haut, p. 229. J
ans du montant des taxes. Après une telle conduite Sélim ne pouvait se montrer cruel à leur égard. S’il ne les récompensa point , du moins il n’aggrava pas leur sort. Elles eurent un nouveau souverain , qui résidant plus loin , fut moins exigeant. Du reste, la Porte ottomane se serait facilement assuré l’affection des fellahs , d’origine arabe pour la plupart, par quelques sages règlements d’administration. Tandis que dans les provinces turques les propriétaires payaient eux-mêmes au trésor impérial une contribution sur leurs revenus, en Égypte, par une mauvaise organisation des fermes et des impôts, le fellah seul était imposable ; il fallait que sur son travail il satisfit à ses propres besoins et aux exigences du propriétaire aussi bien qu’à celles du fisc. Tel était le système économique des mamlouks. Il eût été d’une bonne politique de le modifier; mais parmi les chefs ottomans chargés du gouvernement, les uns se laissèrent effrayer par l’influence encore redoutable des anciens mamlouks, les autres furent gagnés par des présents, et cette utile réforme n’eut pas lieu.
A l’avénement du grand Soliman (1520) des tribus arabes essayèrent de soutenir le soulèvement de l’Égypte et de la Syrie, dans l’espérance qu’au milieu des luttes dont ces deux provinces étaient le théâtre , elles recouvreraient une certaine indépendance. Leur espoir fut déçu par la prompte répression des rebelles A
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Soumission de l'Yémen.
Un des derniers sultans mamlouks, Kansouh-al-Gauri . avait envoyé en 1517 des troupes dans l’Yémen, moins pour s’assurer la possession de cette province , que pour y combattre l’influence des Portugais. Les Ottomans, maîtres de l’Égypte, devaient suivre naturellement la même ligne de conduite ; toutefois Sélim, qui avait reçu le serment d’obéissance des troupes de Gauri installées à Zébid, les avait rappelées au Caire. Soliman agit autrement ; dès 1526, leca-
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i . Histoire de l’Egypte depuis la conquête des Arabes, etc., par Marcel, 1 834 ; ei la dissertation insérée par M. Terrier dans le t. XXI des Mémoiresde l’Académie
LES ARABES D’ORIENT
pitan Selman-Reis reçut l’ordre de débarquer dans l’Yémen, où il traita sévèrement quelques chefs mal disposés pour son souverain. Plus tard, en 1538, Suleyman-Pacha chargé d’une mission dans l’Hindostan, auprès du sultan deGuzzarate, débarqua dans le pays, vainquit les princes d’Aden et de Zebid et transforma leur territoire en Sandjak.il se dirigea ensuite vers le golfe Persique et déploya fièrement son escadre devant les établissements des Portugais; il reprochait à ces derniers d’avoir appris aux Persans l’usage des armes à feu et l’art de fondre les canons. Après cet acte de pure forfanterie, et quelques courses heureuses, il revint à Djedda et de là envoya à la Mecque une partie de son riche butin. Depuis cette expédition un capitan-pacha fut maintenu dans le port de Suez pour soutenir dans la mer des Indes l’influence ottomane, y faire respecter par les Portugais le pavillon du sultan, et imposer sa souveraineté à tous les Arabes du littoral. Piri-Reis détruisit., en 1551, la ville de Mascate, dont les Portugais s’étaient emparés pour dominer l'Oman. Il entreprit ensuite le siège d’Ormuz, mais, au lieu de le poursuivre avec vigueur, comme c’était son devoir, il ne tarda pas à se retirer, gagné par des sommes considérables. Un autre capitan , Mourad (1553), éprouva devant Ormuz un échec d’autant plus regrettable qu’il était déjà maître de la navigation du golfe Persique, où il avait longtemps stationné, qu’il avait aidé avec succès les Arabes à détruire , dans l’Haça et le Bahrein , les forteresses portugaises, et qu’il avait assuré aux Turcs une incontestable supériorité dans la partie orientale de la Péninsule arabique. Sidi-Ali essaya deux ans après (1555) de réparer le désastre de Mourad : il remporta d’abord des avantages assez marqués, mais son escadre fut dispersée par la tempête, et lui-même se vit obligé de descendre dans un port de l’Hindostan, d’où il revint par terre à Constantinople.
Pendant ce temps, les pachas du Caire avaient dirigé plusieurs expéditions dans l’Yémen, qu’enrichissait la culture du café. L’usage de cette plante commençait à s’étendre sur tout le littoral de l’Afrique, dans l’Asie occidentale, et même en Europe; on sait que le premier café fut ouvert à
Constantinople sous le règne de Soliman , et que le nombre de ces maisons devint en quelques années considérable. Ce n’était pas seulement par mer que les pachas envoyaient des troupes envahir l’Yémen ; çl’autres suivaient la route de terre tracée par les caravanes et suffisamment garnie de caravansérails, de puits ou de citernes. La résistance des Arabes fut plus grande qu’on ne s’y attendait. Ils étaient soutenus et par leur amour de l’indépendance et par le fanatisme religieux. Tandis que les soldats du sultan étaient Sonnites, les Hémyarites appartenaient presque tous à la secte des Zeidites. Cette secte se rapprochait des Schiites, parce qu’elle croyait avec eux qu’Ali avait été frustré du khalifat par Abou-Bekre, Omar et Othman, mais au lieu d’admettre douze imams, elle n’en reconnaissait que quatre; le dernier de ces quatre imams, fondateur de leur secte , était Zeid , fils de Mohammed Albaker fils d’flossein fils d’Ali. Les Ottomans1 avaient trouvé dans les habitants de la Mecque, des musulmans fidèles à la Sonnah quoique partagés entre les quatre sectes orthodoxes de Shafei, Hanbal, Malek, et Abou-Hanifah ; dans l’Yémen ils rencontrèrent les sentiments de haine que leur avaient voués les Persans Schiites. La guerre fut longue et sanglante (1539-1568). Les principales villes, Sanaa, Aden, Moka, Taaz, Zebid, furent plusieurs fois prises et reprises. Les pachas du Caire commirent la faute de partager l’Yémen en deux gouvernements ; le défaut d’unité en paralysant les mouvements des troupes turques donna aux Arabes un avantage marqué. Ils étaient maîtres de toutes les villes de l’Yémen à l’exception de Zebid, et venaient de proclamer khalife l’imam Moutahher, lorsque Sinan-Pacha fut chargé, en 1568, par Selim II, de frapper un coup décisif. Sinan réussit à semer la discorde entre les Zeidites et la secte des Ismaélis; puis, s’attachant à la poursuite de Moutahher, il le força à signer la paix aux conditions suivantes : que les droits régaliens de l’islamisme
I. U. Can ternir, Histoire de l’empire ottoman , t. II et suiv. — De Hammer, Histoire de l’empire ottoman . 3e édit, franç., 1835. — H istory of the ottoman empire, etc., by lîpham, Edinhurgli, 1829. — Historiæ lemame , Kdid. Jobannsen, lionnæ, 1838.
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LES ARABES D’ORIENT
iraient exercés par le sultan dans tout l’Yémen, que la >orte, maîtresse de toute l’extrémité sud-ouest de la Péninsule, maintiendrait libre la route de communication entre ’Hedjaz et l’Yémen , et que Moutahher se contenterait de a petite principauté de Kaukeban (1568).
La situation de l’Arabie s'améliore dans la première moitié «lu xvne siècle.
L’empire turc était parvenu à l’apogée de sa puissance; ce fut aussi l’époque du plus grand abaissement des irabes. Jamais ils ne s’étaient trouvés, vis-à-vis des étrangers dans une aussi étroite dépendance. Pressés par les Otomans maîtres de l’Yémen , par les Portugais établis dans ’Oman , et par les Persans dont l’influence se faisait sentir lans le golfe Persique , ils ne pouvaient plus attendre leur lélivrance que de la faiblesse de leurs vainqueurs; ils ne 'attendirent pas en vain ; ni les Portugais , ni les Ottomans l’eurent la force de persévérer dans leurs entreprises. Ataqués sur d’autres points, minés par la corruption, ces leux peuples eurent trop d’embarras intérieurs à combattre >our s’occuper de l’Arabie. Loin d’augmenter les ressources le leurs établissements maritimes par l’envoi de nouvelles garnisons, ils laissèrent les soldats s’user dans la mollesse ;t l’inaction. Les Arabes reprirent courage, et avec le :vue siècle s’ouvrit pour eux une ère plus favorable; différentes tribus, voisines des comptoirs de commerce, les î ssaillirent successivement et les détruisirent ; bientôt il n’y ■ut plus d’étrangers sur le sol de l’Arabie méridionale. Soixante ans (1568-1628) s’étaient à peine écoulées depuis lue Sinan-Pacha avait pris possession de l’Yémen, lorsqu’un les parents de l’ancien khalife Moutahher, nommé Cassem, rbora l’étendard de la révolte et fit battre monnaie en son îom à Kaukeban. Les Turcs avaient cru anéantir cette fanille qui offrait un point de ralliement aux Hémyarites en t ’emparant par ruse des deux fils de Moutahher qui avaient . ité conduits à Constantinople et enfermés dans le sérail. Le courage et le mérite de Cassem, qui mérita le surnom d’Al- Cébir (le grand), renversèrent toutes leurs prévisions. Les
Hémyarites lui donnèrent le titre d’émir Al-Moumenin (commandeur des croyants) ; les Zèidites vinrent en foule se ranger sous ses drapeaux. La ville de Sanaa tomba au pouvoir des rebelles, et Aidin-Pacha, ancien gouverneur d’Éthiopie, chargé par Amurath IV de les soumettre, fut réduit à se fortifier dans Moka. Le schérif de la Mecque, avec lequel ils entretenaient de secrètes relations , leur fut d’un grand secours en interceptant plusieurs convois partis du Caire. Kaussoun-Pacba, successeur d’Aidin, venu à la tête de nouvelles troupes et confiant dans ses forces obligea l’ennemi d'engager une bataille rangée dans la vallée de Djann et fut complètement défait. La fortune ne lui fut pas cependant toujours contraire, il reprit Taaz et Zebid. Mais les Arabes ayant rompu les communications de l’Yémen et de l’Hedjaz, en comblant les puits et couvrant la route d’obstacles de toute espèce, le pacha désespéra de dompter la révolte, et abandonna l’Yémen à l’imam Zeidite.
Pendant cette même période les Portugais étaient chassés de l’Oman. En 1658 les Arabes s’emparèrent de Mascate qui avait été reconstruite après le départ de Piri-Reis (1551), et occupèrent tout le pays. La famille des Arrabi , qui se disait issue des Coréischites de la Mecque, prit en main l’autorité, étendit sa domination jusqu’à Ormuz, à Bahrein, dans THaça, et posséda même sur la côte d’Afrique Quiloa et Zanzibar.
Vers le nord la situation était également changée. Il avait été convenu entre la cour de Constantinople et les Arabes des déserts de Syrie, que pour le passage des caravanes l’émir Al-Haddj (ou chef du pèlerinage) recevrait annuellement une somme de vingt-trois mille piastres à distribuer aux tribus des Beni-Mahmour, Wahidan, Ghaza, etc. Le sultan avait plusieurs fois manqué à ses engagements ; les caravanes furent pillées , et les Arabes mécontents, s’unissant au fameux Fakreddin , l’aidèrent à se maintenir vingt ans dans un état de rébellion ouverte (1623-1643).
A la Mecque la puissance ottomane n’était pas plus respectée ; le schérif avait soutenu les Hémyarites dans leur soulèvement contre les Turcs , et pourlant la Porte faisait
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LES ARABES D’ORIENT. 453
es plus grands efforts pour se concilier l’affection des habiants de l’Hedjaz. En 1624 elle avait augmenté ses dons mnuels de deux mille piastres que le bey d’Alger payait auparavant au bey de Tunis. En 1630 la Kaaba, renversée par me inondation , avait été réédifiée de fond en comble , sur es ordres d’Amurath IV avec la capitation des Coptes l’Égypte ; en 1651 les désastres causés par des pluies tori ’entielles avaient été réparés aux frais du sultan. Néanmoins es commissaires envoyés à la Mecque et à Médine étaient nal vus. Le schérif nommé par les sultans de Constantinople ;onvenait rarement aux Arabes de l’Hedjaz , qui lui refuiaient l’obéissance et prenaient un autre chef. Le souverain ■ le Constantinople était forcé de ratifier leur choix. Aussi i es schérifs jouissaient-ils d’une certaine indépendance ; touours en lutte avec les émirs-al-haddj de la Syrie et de 'Égypte et avec les gouverneurs deDjedda, ils causaient souvent de graves embarras à la Sublime-Porte. Les Otto-
I nans attachaient surtout de l’importance à la possession de Ojedda , entrepôt d’un vaste commerce ; tous les ans quarante mille sacs de café étaient transportés de l’Yémen : juinze mille étaient destinés à l’Égypte et à l’Arabie, et
i vingt-cinq mille aux autres provinces de l’empire. Médine ae recevait qu’une garnison turque de cinquante soldats, font l’unique mission était de garder le tombeau du prophète, et les troupes de Djedda et de Médine ne suffisaient point à balancer l’influence du schérif, qui pouvait facilement mettre dix mille hommes sur pied et se retirer au fond des déserts lorsqu’il était menacé d’un danger imminent.
II fallait donc composer. En 1695 le sultan Moustapha IV fut contraint de reconnaître un schérif qu’il était impossible de vaincre.
Du côté de l’Irak les Arabes n’étaient pas moins redoutables aux Turcs ; ils se vengèrent plusieurs fois par de violentes révoltes, d’injustes entreprises que tentèrent sur leurs biens les gouverneurs de Bassorah et de Bagdad. Voisins des Persans, ils pouvaient s’allier à eux et favoriser leurs agressions contre les Ottomans. Les années 1650, 1667, 1695 furent marquées par des soulèvements qui exi-
gèrent l’envoi d’armées considérables. En 1695 les Arabes de l’Euphrate, sous la conduite du scheik Mani, livrèrent Bassorah au souverain d’Ispahan , et , lorsque celui-ci eut signé la paix avec le sultan de Constantinople, ils continuèrent de tenir la campagne jusqu’en 1701. La rébellion de la tribu des Mentefik en 1706 fut moins longue, mais très-sanglante. Enfin, quelques Arabes de la tribu de Lamm s’étant mis en 1716 sous la protection du gouverneur persan de Houweiré, les tribus arabes du Nedjed et de Bassorah arborèrent le drapeau noir et, toutes réunies, repoussèrent trente mille Persans , qui avaient envahi leur territoire K Dès lors le désert tout entier leur appartint.
Soulèvement des n aliabis.
L’Arabie au commencement du xvnr siècle avait donc recouvré presque entièrement son indépendance par son énergie et par la faiblesse de ses adversaires ; il ne lui manquait, pour consolider sa victoire, qu’un centre autour duquel tous les esprits vinssent se rallier. Vers 1749 une tribu sortie du Nedjed entreprit de le lui donner ; c’étaient les Wahabis , dont le nom exerce encore aujourd’hui un certain prestige, et qui auront sans aucun doute une influence durable sur les destinées de la Péninsule2.
Le fondateur de cette nouvelle puissance fut un certain Abd-el-Wahab, qui appartenait à la grande tribu des Temim. Dès sa jeunesse il avait été initié aux lettres et aux sciences des Arabes ; il s’était surtout occupé d’études juridiques, et s’était mis au courant des opinions soutenues par les divers chefs d’école. Des voyages à Bagdad, à Bassorah, dans
1; Delacroix, Abrégé chronologique de l’histoire ottomane; Description de l'Arabie , par Niébuhr — Crichion, Hisiory of arabia ancient and modem, etc,, Kdinburgh, 1838 ; et les récents voyages de MM. Lottin de Laval, de Laborde, Saltley, etc. jr
‘2. Mémoire Sur les tVois plus fameuses sectes du musulmanisme, les wahabis , les nosairis et les ismaélis. par Itousseau. i S i 8 ; Description du pachalik de Bogdad, suivi d'une notice historique sur les wahabis, etc., par le même, 1809 — Histoire des wahabis depuis leur origine jusqu’à la fin de 1 8< >9, par Corancez. in-8, 1810. — Hisiory of seid said sultan of Muscat icith an account of the countnes and p eople on the shores of the Persian Gulf, particularly of the Wahabysby Shask Mansur, etc., in-8, 1819. — Notes on the bédouins and wallabys , etc., by J. L. Burckhardt, Londres, 1830.
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LES ARABES D’ORIENT
la Perse développèrent de bonne heure son intelligence, et, après avoir longtemps médité sur la situation de ses compatriotes, leurs penchants, leurs instincts, la nature de leurs forces, il crut qu’en ramenant les musulmans à une stricte observation du Coran il leur rendrait l’enthousiasme dont ils avaient besoin pour reconquérir leur gran-. deur passée. La réforme dont il se fît le chef n’avait d’autre objet que de rétablir dans sa pureté originale la loi du prophète.
Abd-el-Wahab combattait la vénération excessive des croyants pour Mahomet, vénération contre laquelle le fils d’Abdallah avait essayé lui-même de les prémunir dans plusieurs de ses versets sacrés. 11 s’élevait contre le culte des saints, dont il faisait détruire les tombeaux par ses partisans, contre la corruption des mœurs, si justement reprochée aux Turcs, entin contre l’usage des liqueurs enivrantes. 11 rappelait que la loi religieuse ordonnait à chacun de convertir en aumônes le cinquième de ses biens, qu’elle défendait le luxe et imposait aux cadis l’intégrité la plus scrupuleuse. Il s’attachait surtout à réveiller chez ses compatriotes l’esprit guerrier qui avait produit quelques siècles mparavani de si merveilleux triomphes. Ses discours, qui (l’étaient en général que la reproduction des sourates du Coran, ne pouvaient être taxés d’hérésie; toujours d’accordavec es vrais principes de l’islam, ils produisaient une profonde mpression. Dans toutes les tribus du Nedjed les hommes es plus énergiques vinrent se ranger sous son étendard et brmèrent une petite armée commandée par Mohammedlen-So’oud, de la tribu Mésalih. So’oud avait embrassé à derreyéh la nouvelle doctrine, et, comme Abd-el-Wahab ivait reconnu en lui les qualités militaires dont il était privé,
1 lui avait donné sa fille en mariage et confié le gouvernenent politique de la tribu des Wahahis.
So’oud fit publier dans la suite à la Mecque un petit caéchisme pour expliquer la pensée du maître. Voici, d’après 'e document, quelle était laj nature de ses idées religieuses.
La science divine consiste en trois points : 1° connais-
sance de Dieu; 2° connaissance des principes religieux; 3° connaissance du prophète.
Pour le premier point, la connaissance de Dieu se résume dans cette proposition : Il n’y a qu’un Dieu et Mahomet est son prophète.
Les principes religieux touchent soit à l’islamisme (soumission à la volonté de Dieu), soit à la foi , soit aux bonnes œuvres. Dans l’islamisme il faut séparer les cinq points suivants : 1° répéter ces paroles : Il n’y a qu’un Dieu, et Mahomet est son prophète ; 2° faire sa prière cinq fois par jour; 3° donner en aumône le cinquième de son bien; 4° jeûner pendant le mois de ramadhan ; 5° faire au moins une fois dans sa vie le pèlerinage de la Mecque. — La profession de foi embrasse six articles: 1° croyance à Dieu ; 2° croyance aux anges ; 3° croyance aux saintes écritures ; 4° croyance au prophète ; 5° croyance en ses qualités ; 6° croyance au jugement dernier. Les bonnes œuvres consistent toutes dans l’exécution de ce commandement de Dieu : « Adore Dieu comme si tu le voyais ; car si tu ne « peux le voir, sache bien qu’il te voit. »
La connaissance du prophète se résume ainsi: Mahomet est un prophète envoyé par Dieu à tous les peuples; il n’y a que sa religion de vraie ; il n’y aura plus de prophète après lui.
Par ses paroles ardentes Abd-el-Wahab forçait les Arabes à sortir de leur indifférence ; il imprimait un nouveau lustre à la religion de Mahomet , détruisait les superstitions qui s’étaient multipliées par la suite des temps, et dégageait la morale du Coran de toutes les imperfections qu’on lui avait imputées. Les esprits , délivrés des longs et obscurs commentaires des docteurs musulmans , ramenés à la lettre simple et claire de quelques propositions générales, accueillirent avec empressement les projets de réforme d’Abd-el- Wahab. Les Wahabis faisaient appel à la vertu au lieu d’invoquer, comme les Karmates, les mauvais penchants et de chercher la satisfaction de leur intérêt; peut-être auraientils renouvelé l’œuvre de Mahomet, s’ils n’avaient point eu le pacha d’Égypte pour adversaire de 1811 à 1815.
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LES ARABES D’ORIENT
l’Arabie orientale était exposée à de formidables invasions; déjà le célèbre Nadir-Schah, vainqueur des Turcs, contre lesquels il s’était aidé des tribus voisines de Bassorah et de Bagdad , avait tenté d’établir sa domination dans le golfe Persique. Dès 1730 il avait tenté une attaque sur l’Oman sans pouvoir surmonter la résistance des indigènes. Après avoir rassemblé une flotte de vingt-cinq gros vaisseaux, dont une partie avait été construite à Bender Rigk, Abuschahr et Bombay, et l’autre partie achetée à grands frais de marchands occidentaux, il n’avait pu réunir un nombre de matelots suffisant , ceux qui appartenaient à la secte sonnite refusant de servir contre leurs coreligionaires ; obligé d’abandonner l’exécution de ses desseins , il avait résolu de transporteries habitants du golfe Persique sur les bords de la mer Caspienne et de les remplacer par de nouvelles colonies lorsque la mort vint le surprendre. En 1740 un chef arabe introduisit les Persans à Mascate, et de là ils se répandirent dans toute la province ; mais, abandonnés à leurs propres forces, ils ne purent repousser longtemps les attaques incessantes des Arabes, et évacuèrent définitivement le pays. Après eux de nouveaux ennemis apparurent ; c’étaient les Hollandais , les Français et les Anglais , appelés par le commerce vers ces parages. Les Européens ne cherchaient qu’une occasion pour s’établir sur les côtes de la Péninsule. Mascate surtout attirait leurs regards par sa position avantageuse ; elle résista à toutes les entreprises des étrangers. En 1755 seulement, les Hollandais s’emparèrent de l’iîe de Karek et la conservèrent près de onze ans ; cette petite île leur fut alors enlevée par un des principaux pirates arabes, Mir-Mahenna, qui fut longtemps maître de la navigation du golfe Persique.
Pendant ce temps le reste de la Péninsule semblait jouir d’une grande tranquillité. Au Nord, les tribus , après avoir pris une part tout à fait secondaire à la lutte des Persans et des Turcs, étaien t rentrés dans leurs déserts. L’Hedjaz demeurait soumis à l’autorité des schérifs, et, en dehors de Djedda, les Ottomans n’avaient d’autre influence que celle de chefs de caravane, soutenus d’un petit nombre de troupes. L’Yé-
458 LIVRE VII, CHAPITRE i.
rnen continuait de s’enrichir des produits de son sol et de son industrie, mais il avait eu à souffrir, en 1738, du bombardement de Moka par les Français1. La politique du gouvernement anglais, qui jetait déjà les yeux sur les villes du littoral, se manifestait par une habile immixtion dans les querelles des Scheiks. Enfin les Arabes de l’Égypte et de la Syrie, manquant de but, ne songeaient nullement à se soustraire à la suprématie ottomane.
On apprit tout à coup que les tribus du Nedjed, jusqu’alors divisées , étaient réunies sous un même commandement ; qu’elles avaient adopté une religion d’une morale plus austère que celle des musulmans sonnites ; qu’un législateur dirigeait lui-même l’application des réformes , tandis qu’un vaillant guerrier, Mohammed-ben-Sooud , les imposait par la force des armes à quiconque en méconnaissait la justice. Une partie du Nedjed avait embrassé avec ardeur la nouvelle doctrine; les Scheiks du district d’El- Aroud et ceux de l’Haça avaient succombé dans leurs tentatives de résistance, et déjà les cavaliers wahabis venaient sur les confins de l’Hedjaz et dans les déserts de Syrie annoncer aux Bédouins le réveil de l’Arabie. Les sultans de Constantinople ordonnèrent aussitôt aux gouverneurs de Bassorah, de Bagdad et de Djedda, aux pachas d’Égypte et de Syrie et au schérif de la Mecque de mettre tout en œuvre pour extirper ce qu’ils appelaient une dangereuse hérésie, et pour s’assurer des villes saintes, dont la possession aurait donné une influence incalculable aux novateurs. Mahmoud 1er et Mustapha III envoyèrent au schérif des* présents magnifiques. Malgré ces précautions, Mohammed ben So’oud continua d’avancer; les villages d’El-Ayeyneh , de Horeymla, d’El-Ammaryeh et de Manfoudah embrassèrent sa cause, et il reçut la soumission des provinces voisines. Il mourut en 1765, laissant un pouvoir affermi à son fils Abd-el-Aziz, qui déjà s’était signalé dans plusieurs expéditions et qui subjugua entièrement le Nedjed (de 1763 à 1803). Son fils
1. Relation de l’expédition de Moka en 1737 sous les ordres de M. Dclagarde Jazier, Paris, 1739.
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LES ARABES D’OCCIDENT
So’oud commandait les détachements envoyés au loin, et, après avoir établi son autorité dans l’Hedjaz, envahit le pays d’Asyr. Les Béni-Chehr, Belcarn et Chomran , Ghâmed et Zahran reconnurent ses lois; il en fut de même de Taïef, de la Mecque, de Médine et de Djedda; et, tandis que, d’un côté, Bagdad même était menacée, la ville d’ Abou-Arisch , dans l’Yémen, se rendait, à la suite d’une guerre longue et périlleuse. Parmi les contrées qui avaient adopté la doctrine des Wahabis, et sur lesquelles So’oud avait imposé sa domination, on comptait le pays d’El-Haça, Bassorah, Rasel-Kheymeh, Bahreïn, O’neyzeh , Alrassa, Boureydeh, El- Ryad, la montagne de Choumer et Aneyzeb. Le chef militaire des Wahabis régnait jusque dans le Hauran, entre la Mecque et Damas, ainsi que dans le Nedjed et l’Yémen jusqu’à Sanaa.
I/expédition des Français en Egypte favorise le parti wahabite.
Nous n’avons pas de détails bien précis sur les expéditions des Wahabis qui présentent toutes d’ailleurs le même caractère ; les succès de ces sectaires s’expliquent facilement par la faiblesse des Turcs qui avaient à la fin du xvnr et au commencement du xixe siècle, à combattre l’invasion de Napoléon en Égypte, et à arracher de ses mains la Syrie, si miraculeusement sauvée par la résistance imprévue de Saint-Jean-d’Acre. Occupée à raffermir son autorité dans ces deux provinces où les tribus Arabes pouvaient encore la lui disputer, attentive aux combats de géants dont l’Europe était le théâtre, la Porte restait indifférente au sort de l’Arabie. Quelques documents nous apprennent néanmoins que la diplomatie britannique pénétra jusqu’à Derreyeh, la capitale de So’oud. Devenus maîtres de l’île de Karek dans le golfe Persique, ayant de nombreux agents à Moka, Suez, Djedda, Bahrein, convoitant Mascate et Aden, les Anglais, on le conçoit, suivaient avec une vive sollicitude les événements de la Péninsule.
Un fait plus curieux encore, c’est que Napoléon lui-
même entra en rapport avec le chef des Wahabis. Il nous a laissé dans son Mémorial la trace des plans conçus par son génie après la conquête de l’Égypte; on sait qu’il voulait se rendre aux Indes pour y détruire la formidable puissance de la Grande-Bretagne. Empereur, il envoya en Arabie un agent spécial, M. de Lascaris, chargé de réunir en une confédération les tribus des déserts de la Syrie, de l’Irak et de la Perse, qui s’engageraient à faciliter la marche de son armée jusqu’à l’Indus, et lui ouvriraient le chemin autrefois frayé par Alexandre. M. de Lascaris accomplit sa mission avec un dévouement admirable; parti d’Alep sans autre suite qu’un secrétaire de qui l’on tient le récit de ses aventures, il s’enfonça sans crainte par les ruines de Palmyre dans les sables de l’Arabie. La première tribu qu’il rencontra lui apprit que les Bédouins se partageaient en quatre grands partis; l’un, ami des Turcs, était formé des diverses branches de la tribu des Anazès et campait sur la frontière de la Syrie; l’autre, plus considérable, composé des véritables représentants de la race Arabe, et animé d’une haine profonde pour tout ce qui appartenait à un autre sang, séjournait plutôt dans les déserts de l’Irak; le troisième comprenait les Bédouins de la Perse; le quatrième les Wahabis. C’est vers le second parti que M. de Lascaris se tourna de préférence. Mais il fallait y rattacher les Wahabis, et il n’en eut pas alors la pensée. La nécessité de résister aux Turcs avait déjà forcé les nouveaux alliés de la France de concentrer l’autorité entre les mains d’un seul chef, le Drayhy, homme d’une haute intelligence et d’une grande capacité guerrière. Le Drayhy devint l’homme de Napoléon dans les déserts de l’Arabie. Un grand nombre de scheiks signèrent en 1811 un traité par lequel ils s’engageaient : 1° à vivre en état d’hostilité perpétuelle avec les Osmanlis; 2° à faire une guerre à outrance aux Wahabis; 3° à ne point mêler la religion aux questions politiques ; 4° à combattre les tribus qui refuseraient de se joindre à eux; 5° à punir de mort ceux qui trahiraient la cause com-, mune; 6° à obéir au Drayhy. Ayant eu connaissance de ces faits, les Anglais, par l’entremise de lady Stanhope, cher-
LES ARABES D’OCCIDENT
chèrent à réunir les Bédouins de Syrie avec les Ottomans, et soldèrent les Wahabis pour dissoudre la confédération qui comptait déjà près de sept mille six cents tentes. 11 y eut une grande bataille près de Hamah entre quatre-vingt mille Arabes de la ligue et cent mille Wahabis; ce fut le Drayhy qui l’emporta ; il força ses adversaires à la fuite, et les poursuivit avec succès jusqu’aux confins du Nedjed. Éclairé par ce désastre, So’oud voulut connaître à fond la nature et l’objet de la confédération. M. de Lascaris se rendit avec le Drayhy dans sa capitale Derreyeh pour le lui expliquer, et le sentiment national qui séparait les deux chefs arabes des ottomans les eut bientôt réunis ; plus difficile sur d’autres points à cause de ses relations avec les Anglais, So’oud finit par céder quand il sut que c’était le Père du feu , nom donné par les Arabes à Napoléon durant son expédition d’Égypte, qui réclamait son intervention ipour aller renverser les puissances de l’Inde ; l’enthousiasme fil taire chez lui l’intérêt politique.
M. de Lascaris, en 1802, avait donc réussi dans sa mission au delà de ses désirs ; mais à son retour, la fortune de Napoléon avait bien changé. C’était le moment où la grande armée, toujours victorieuse, opérait sa retraite de Moscou, et cherchait à regagner le sol de la patrie où bientôt un destin impitoyable allait la poursuivre. M. de Lascaris vit s’évanouir les rêves brillants qu’il avait formés et mourut de douleur. Ses papiers, pour comble de malheur, tombèrent aux mains de l’ennemi; c’est à peine si le récit de Jatella Sayeyhir, rapporté par M. de Lamartine, peut compenser pour nous cette perte irréparable.
æs ©diosnans recouvrent en 1315 toute leur prépondérance ; politique «le Mohammed- A II pacha d’ffigypte.
La catastrophe qui renversa Napoléon rendit leur liberté d’action aux troupes ottomanes jusqu’alors retenues par la crainte des événements. Mohammed Ali, pacha du Caire, qui devait profiter des éléments de civilisation répandus sur les bords du Nil parles compagnons de Bonaparte, Kléber, Desaix et Menou , et faire de grands efforts pour restituer à
l’Égypte une partie de son ancienne splendeur, entreprit de combattre les Wahabis et de renverser leur domination *.
Une première expédition avait eu lieu en 1811 sous le commandement de son second fils, Toussoun-Pacha. Toussoun s’empara d’Janbo et de Soueyg , puis , vainqueur près de Bedr, il se porta en avant de Safra; mais les Wahabis occupant les défilés et le haut des montagnes, et profitant habilement des avantages de leur position, mirent l’armée égyptienne en pleine déroute. Toussoun-Pacha, retiré à-Yanbo, reçut bientôt des renforts de son père, et, saisissant l’offensive, il se rendit maître , en 1812 , de Médine et de Djedda , de Bessel, de Taïef et de la Mecque que les Wahabis abandonnèrent en emportant ses innombrables richesses. So’oud jusqu’alors n’avait pris que des mesures de défense; au commencement de l’année 1813 il déploya une activité qui fit promptement changer les affaires de face. L’armée égyptienne fut de nouveau défaite devant Tarabeh; Médine fut assiégée par So’oud en personne , et la garnison d’El-Henakyeh passée au fil de l’épée ; les Arabes de l’Yémen, secrètement excités par le chef des Wahabis, se répandirent dans les environs de la Mecque et de Djedda et coupèrent toutes les communications; les Égyptiens se trouvaient dans une position presque désespérée lorsque Mohammed- Àli passa lui-même en Arabie.
Jusqu’à la mort de So’oud, le vice-roi eut peu de succès; vaincu près de Tarabeh, chassé de Gonfodah, dont il s’était d’abordemparé, il laissa bloquer par les Wahabis l’importante place de Taïef. Mais So’oud succomba , et parmi ses douze fils aucun n’était capable de le remplacer. Mohammed prit tout à fait l’avantage. Il délivra Taïef, vainquit les Wahabis le 10 janvier 1815, près de Koulakh, reprit Gonfodah et força à la soumission les tribus de l’Asyr pendant que Toussoun-Pacha dictait au pusillanime Abdallah, fils de So’oud, un traité de paix humiliant.
En 1816, comme Abdallah n’exécutait pas fidèlement les
i. Voy. les fitudes historiques et géographiques sur l’Arabie de Hf. Jomard: la notice que nous avons donnée de cet ouvrage ( Journal asiatique, 1840), et le Voyage en Orient de M. de Lamartine, t. 11.
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LES ARABES D’ORIENT
conditions du traité, Mobam'med-AIi prépara une troisième expédition dont le commandement fut confié à Ibrahim-Pacha. Ce prince, en moins de dix-huit mois soumit la plus grande partie du Nedjed. Il s’empara d’abord d’Henakyeh et d’El-Naouyeh ; puis après avoir assiégé inutilement El- Rass, il occupa successivement El-Khabra, Aneyzeh, Boureydeh, Chacra, Dorama, et le 22 mars 1818 il campait >ous les murs de Derreyeh. Abdallah se rendit au mois l’octobre suivant, et reçut de son vainqueur un accueil favorable. 11 partit bientôt après pour Constantinople; le vice-roi avait demandé sa grâce; la politique du divan fut implacable, et le fils de So’oud, après avoir été promené pendant trois jours dans toute la ville, fut décapité sur la place de Sainte-Sophie.
Ainsi fut domptée cette puissance qui semblait destinée à renouveler les grands jours de l’islamisme; elle fut resserrée dans les déserts d’où elle était sortie si glorieuse. Cependant elle ne fut pas anéantie, et les Égyptiens eurent souvent à compter avec elle. Vers l’année 1827, il leur fallut ipaiscr la révolte des tribus du Harb; en 1832, pendant leur rupture avec la Porte, un Turc, Turchke-Bilmès, essaya sans succès de soulever les tribus arabes; chassé de l’Hedjaz, il fut réduit à s’enfuir au fond de l’Yémen et chercha un asile dans la ville de Moka.
Enfin, en 1836 et 1837, la guerre éclata de nouveau et enveloppa toute l’Arabie. Mohammed-Ali eut à combattre à lafois dans l’Asyr, l’Yémen, l’Hedjaz et le Nedjed; quatre armées envahirent la Péninsule; l’une, sous Kourchid-Pacha s’élança dans le Nedjed à la poursuite d’un descendant de So’oud nommé Faysal, qui commençait à se rendre redoutable; elle l'atteignit dans les plaines de Dalam, le battit complètement et pénétra jusqu’aux bords du golfe Persique aux environs d’El-Haça et d’Él-Katif. Kulschuk Ibrahim , à la tête de la seconde, obligea l’iman de Sanaa à abdiquer en faveur de son maître. Les deux dernières, commandées par Ahmed-Pacha et Sélim-Pacha , réduisirent enfin à l’obéissance les populations mécontentes de l’Asyr et de l’Hedjaz.
Il semblait que Mohammed-Ali dût être désormais le
véritable souverain de l’Arabie. Cependant il n’en fut rien ; les Anglais avaient un grand intérêt à empêcher que le pacha ne s’emparât des voies de communication et du monopole du commerce de l’Inde. Après la victoire de Kourchid à Dalam, le général égyptien ayant voulu prendre possession des îles Bahrein , ils protestèrent avec tant d’énergie contre cette occupation qu’il fallut l'ajourner. Ils menaçaient de débarquer des troupes à Bassorah et de se jeter sur la Syrie. Un peu plus tard, Mohammed-Ali étant entré en relations avec l’iman de Mascate, vit tous ses projets contrecarrés par la politique des Anglais dont l’attitude dans l’Yémen , où ils se sont emparés d’Aden , éveille aujourd’hui l’attention des gouvernements de l’Europe.
Désespérant de réaliser le rêve de toute sa vie , la fusion des Arabes de l’Égypte et de l’Arabie, Mohammed- Ali a rendu à la Porte le gouvernement des villes saintes de l’Hedjaz qui lui coûtait par an près de dix-huit millions de francs. Sa mort et celle d’ibrahim Pacha, 1848, en diminuant la force des Égyptiens, permettra peut-être un jour aux Wahabis de relever le drapeau de la nationalité Arabe.