IV. JACi^UES BOONEN
Lorsque les Etats-Généraux eurent décidé d'entamer des négociations de paix avec les Provinces-Unies, ils chargèrent trois de leurs membres d'aller faire aux Etats-Généraux des Provinces-Unies des propositions de la paix définitive ou d'une longue trêve. Il leur fut répondu qu'on attendrait les députés de l'assemblée belge dans la ville de Maestricht, le 10 octobre 1632. L'assemblée désigna alors dix plénipotentiaires, sous la présidence de l'archevêque de Malines. Celui-ci, accompagné de Philippe d'Arenberg, duc d'Arschot, et de l'abbé de Saint-Vaast d'Arras, précéda ses collègues à Maestricht où il fut honorablement reçu par Frédéric-Henri, prince d'Orange. Cependant les commissaires des Provinces-Unies décidèrent que les conférences seraient transportées à la Haye. Dans cette ville, la négociation s'ouvrit le 7 décembre 1632 et fut continuée dans les premiers mois de l'année suivante. Mais » leurs Hautes et Puissantes Seigneuries, » fières de leurs succès, posèrent aux délégués belges des conditions qui tendaient évidemment à enlever la souveraineté des Pays-Bas catholiques au roi d'Espagne et à préparer leur union avec les provinces hollandaises. Ces conditions exorbitantes furent naturellement rejetées. Sur les entrefaites, le cardinal Richelieu, premier ministre du roi de France, avait proposé aux Hollandais le partage de la Belgique entre eux et la France; d'après ce partage, les Provinces-Unies aurtiient eu le Brabant, la Flandre, la Gueldre, Malines et Maestricht; le roi très-chrétien aurait pris et gardé le reste. (>'est surtout par les intrigues de Richelieu, que les ambassadeurs belges échouèrent dans leur mission et qu'ils
reçurent leur audience de congé le 26 décembre 1633, vingt-six jours après la mort d'Isabelle (i). L'archevêque revint, triste» dans son diocèse et reprit l'administration spirituelle avec le zèle qu'il avait déployé auparavant. Il avait eu pour secrétaire, dans sa mission en Hollande, le chanoine Amé Coriache, plus tard archidiacre de Malines (2).
Bien qu'il fût encore dans la fleur de Tâge, il s'agit un moment de lui donner un suffragant-auxiliaire dans la personne du P. Jérôme Domyn, carme, docteur en théologie, commissaire-général de Tordre du Carmel dans la Haute et la Basse Germanie. L'empereur Ferdinand II avait chargé ce religieux de traiter de plusieurs affaires d'importance avec l'infante Isabelle. Celle-ci, dans le but sans doute de garder le P. Domyn en Bel* gique, obtint,en 1633,de l'archevêque de Malines qu'il le demandât pour auxiliaire ; mais la mort d'Isabelle empêcha que suite fût donnée à cette nomination.. X^s P. Domyn, retourné en Espagne d'où il était originaire, et promu par Philippe IV au siège de Gaëte, dans le royaume de Nàples, reçut le caractère épiscopal à Rome en 1637 et trépassa en 1650 à Gaëte. Son éloge se lit dans la Bibliotheca Hispana Nova et dans la Novissima Bibliotheca Carmelitana.
Nous arrivons à un affligeant épisode de l'histoire du jansénisme : nous voulons dire les rapports de l'ar* chevéque Boonen avec le fameux évêque d'Ipres et sou
(1) La prinoesse fat enlevée d»n& 1^ nuit du 30 novembre 1033, à l'âge de 67 ans. Le corps ne fut déposé dans Samte-Quduie qu'en 1650.
(2) Voir r^tude historique de M. Théodore Juste, Conspiration de la noblê89$ bêlg^ eomire FSêpâçne^ 1632. (Bruxellee 186 1« p. v-89.)
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parti. Nous donnons sine ira et studio quelques détails drcoDstanciés ; la vérité historique nous y oblige.
CSorneille Jans-soon ou Jansen {fils de Jean Otto) si connu sous le nom latin de Jansénius^ naquit le S8 octobre 1585 d'une humble famille d'agriculteurs qui habitaient le petit village d'Acquoy près Léerdam (Hollande méridionale). Ayant achevé les études latines à Utrecht, il vint à Louvain, fut immatriculé au collège du Faucon et remporta le laurier du vainqueur au concours général de 1604. Admis ensuite au collège d*Adrien VI, il s'y lia d étroite amitié avec un jeune théologien français.né à Bayonne en 1581 et portant le nom de Du Vergier de Hauranne. Tous deux suivirent les leçons du docteur Jacques Jansonius, formé lui-même à recelé de Baius et honorant la mémoire de wn ancien uraltre d'une espèce de culte. Hcvin^nne, ayant été pourvu d'un canonicat à Bayonne, engagea Jansénins à venir en France et le fit nommer précepteur à Paiis. Peu de temps après, Jansénius rejoignit son ami à Gampiprat, maison de campagne voisine de Bayonne. Ce fut là qu'ils se mirent i étudier en commun les Pères, les conciles et Thistoire ecclésiastique; faisant peu de cas de saint Thomas d'Aquin, ils voulurent surtout Gosnaitre la pure et authentique doctrine de sairft Augustin sur la grâce, mais dans la vue de défendre le ^stème baianiste, notamment contre renseignement de la scolastique et des jésuites. Jansénius retourna à Louvain, emmenant Martin de Barcos, neveu de son
ami, qu'il fit entrer au Collège hollandais ou Collège Sainte-Pulchérie, dont la présidence lui fut confiée par le fondateur, Rovenius, vicaire-apostolique des Provinces-Unies (i). Quant à Hauranne, il se rendit à Poitiers où Tévéque de Poitiers le nomma son vicairegénéral (1616) et résigna (1620) en sa faveur la commende de Tabbaye de Saint-Cyran en Brenne (Loiret).
Jansénius, ayant pris les insignes du doctorat en 1619 après trois jours de thèses publiques sans président^ fut nommé professeur d'Ecriture sainte et chanoine de Saint-Pierre. Ses mœurs irréprochables et ses' talents lui acquirent une immense influence sur la jeunesse académique de VAlma Mater, En dehors des heures d'enseignement, il se plongeait dans la lecture de . saint Augustin qui lui semblait trop peu connu.
En 1621, il fit un moment trêve à ses études augustiniennes pour faire un voyage à Madrid, et, en 1635, pour écrire et publier un pamphlet violent contre la France alors en guerre avec l'Espagne : le Mars Gallicus lui concilia naturellement la faveur de la cour de Madrid et ne contribua pas peu à le faire appeler au siège épiscopal d'Ipres, vacant par la mort de Chamberlayne. L'archevêque de Malines, patron de lelu, lui imposa les mains, le 28 octobre 1636, dans l'église paroissiale du Sablon à Bruxelles . Jansénius avait alors juste cinquante-un ans. Déjà auparavant il s'était agi de lui donner l'évêché d'Anvers, puis celui de Bruges.
L'évêque dlpres ne siégea que dix-huit mois : il mourut presque soudainement, le 6 mai 1638, emporté
(1) Il gouverna ce collège depais 1617 jasqu'en 1684.