IV. JACqUBS BOONBN
une voie périlleuse Ce qui est plus déplorable, elle fut le signal d*une longue controverse théologiqu;e en France et aux Pays-Bas j elle donna même naissance à trois Eglises particulières,séparées de Tunité catholique, tout en protestant de leur filiale soumission à l'église Mère et Maltresse : ce furent rarchevêché d*Utrecht çt les évèchés de Harlem et de De venter.
UAugv^tmus avait paru, avons-nous dit, en 1640. Du premier moment, il rencontra des adversaires décidés, mais aussi des admirateurs enthousiastes, depuis longtemps préparés. Réguliers et séculiers, tous rivalisaient d'ardeur pour le défendre ou l'attaquer. En France, les savants solitaires de Port-Royal des Champs (i), en Belgique plusieurs membres de l'Uni'» veraité de Louvain (2) proclamèrent qu'enfin la vraie théologie était née et la scolastique des jésuites mise au tombeau. Le pape Urbain YIII voulut mettre ^n h la polémique en prohibant non^seulement V AugustiniLs^ mais aussi divers écrits apologétiques de JansôniuSi par la constitution In eminenti (3), signée le 6 mars 1642 (style ancien 1641) promulguée à Rome le 19 juin 1643. Le motif de la double condamnation
(1) Port -Royal des Champs, nou loin de Paris, était une abbaye de Bernardines, que l'abbé de SaintOyran avait lemplie de son esprit fanatique. Ces religienses vinrent habiter Port-Royal de Paris en 1625. Depuis 1636»Port.Royal des Champs fat habité par plusieurs savants laïques et prêtres qui faisaient profession d'aimer les études profondes et de s'adonner à la piété et au travail des mains. Veut-on oonnaitre les wti- Mtm de Port-Royal, qu'on lise le comte De Maistre,/)^ VÉgHHff^Uetmet Uv.I.
(9) A Louvain, l'étincelle baianîste couvait encore sous la cendre. On ne s'explique pas autrement que les idées de Jansénius aient pu y trouver des défenseurs.
(3) Bull. Rom. tom. YI, p. II, p. 970.
était double : en premier lieu, l'ouvrage avait été imprimé et mis au jour sans l'autorisation préalable du Saint-Siège, contrairement aux décrets de Paul V (décembre 161 l)et d'Urbain VIII (mai 1625 et août 1641), qui défendent de publier, sans permission expresse de Rome, des écrits relatifs aux matières du libre arbitre et in materia de auœiliis divinis ; secondement, l'ouvrage renfermait plusieurs propositions antérieurement condamnées par Pie V et Grégoire XIII, et défendait eœ professa ces mêmes propositions au grand scandale des catholiques et au mépris de l'autorité du Saint- Siège.
Par ordre de Sa Sainteté, l'internonce Bichi communiqua la bulle In eminenti à la faculté de théologie de Louvain et à l'épiscopat belge,pour la faire publier avec les formalités voulues par les saints canons. Gaspar Nemius, évêque d'Anvers, fut le premier à la promulguer du haut de la chaire de Notre-Dame. Au mois de juillet 1643, les docteurs de VAlma Mater déclarèrent que la Sacrée Faculté tenait la bulle pour intimée et qu'elle était prête à la recevoir et exécuter, si la pièce n'était entachée d'aucun vice, si nullo vitio làboret. Cette restriction trahissait une soumission énigmatique; la Faculté commençait à faire fausse route.
A ce moment donc il se manifesta une certaine opposition dont notre pays n'avait jamais donné l'exemple dans les âges précédents. On donna aux partisans de VAugustinus le nom de jansénistes^ et ceux-ci donnèrent à leurs adversaires le nom de molinistes, voulant ainsi les faire passer pour les sectateurs du jésuite espagnol Molina dont le livre w sur la concorde de la li-