‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 119 sur 181 · IV. JACQUES BOONEN · texte numérisé non relu

IV. JACQUES BOONEN

« de la dite bulle. D'ailleurs, ajoute-t-il, c'est une

• doctrine très-reçue parmi tous les théologiens et les » jurisconsultes que les ordres des pontifes et des « princes ne doivent pas être exécutés, dès qu'il est " vraisemblable que ces ordres ont été obtenus par » des suggestions méchantes, ou encore lorsque leur « exécution ne peut se faire sans scandale, injustice

* manifeste ou quelque autre grave inconvénient public. « Cette ligne de conduite peut être suivie jusqu'à ce " qu'il conste que Sa Sainteté est pleinement informée » de ces inconvénients et des fausses suggestions ; or " pour cela il est nécessaire que la cause soit légitime- ' ment et exactement connue. » Tel est le langage de Tarchevôque qui, cette fois, ne fait preuve ni de théologie, ni de science juridique, ni de délicatesse à l'égard du Saint-Siège qu'il suppose mal informé.

L'évêque de Gand composa à son tour un écrit d'opposition qui fut livré à la publicité, quoiqu'à son insu (i) : Raisons pour lesquelles on na trouvé convenir de publier au diocèse de Gand avec les solemnités accoustumées certaine Bulle contre le livre du défunct Etesque d'Ipre JanseniuSy représentées par Mgr le Reverendissime Evesque de Gand au Conseil Privé de sa Majesté catholique^ en Brusselles le 20 de Mars 1649. L'évêque de Gand , à qui s'adjoignirent encore les vicaires capitulaires du diocèse d'Ipres, n'eurent pas d'autres motifs à alléguer que le métropolitain.

(1) L'évêque se plaignit vivement au Conseil privé de la publication de son mémoire et demanda même (septembre 1662) qu'il fût informé contre celui qui l'avait publié à son insu. (Archives de l'archevêché, J)ê Baianitmo, ... no 31.)

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Parmi ces motifs on remarque celui-ci : La balle Jnemm^n^zD 'a pas été placetée. C'était bien la première fois qu on invoquait la nécessité du placet royal pour la promulgation d'une bulle purement doctrinale.

L'internonce Stravius ne pouvait laisser sans réplique Tassertion téméraire des placétistes. Connaissant parfaitement la jurisprudence reçue en cette matière, il écrivit, le 3 octobre 1651, au conseil d*Etat : « Depuis /' huit ans en ça que j'exerce la nonciature, j'ai fait '/ publier par les évesques de ce Pays diverses bulles, " décrets et ordonnances du Saint-Siège, en matière « de foi, correction de mœurs et livres prohibés, ainsi " que les Nonces, mes prédécesseurs, en ont toujours " librement usé, sans que jamais ni à eux ni à moi ait f été donné aucun empêchement, au contraire, n'y « ayant ordonnance ou coutume qui le défende (i). »

En effet, nous l'avons déjà dit dans l'Introduction, le principe admis était que les bulles doctrinales et disciplinaires pouvaient se publier aux Pays-Bas sans aucune intervention du gouvernement, et ce principe avait été constamment mis en pratique. Boonen et Triest s'aperçurent trop tard que cette arme du placetum regium était astucieusement produite par les prétendus Augustiniens pour les besoins de la cause.

L'appui des deux prélats était une grande force pour les opposants. Ceux de Louvain avaient déjà envoyé des représentants au Souverain-Pontife et au Roi. Les docteurs Jean Sinnich, irlandais de naissance,

(1) G. L. De Decker, Animadversionâs, p. 9.

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et Corneille De Pape, tous deux prêtres de l'Oratoire, étaient partis pour Rome, sur la fin de septembre 1643, mais en passant par Paris où ils eurent plusieurs conférences avec Saint-Cyran, son neveu Barcos et les plus fameux théologiens qu'ils savaient attachés aux doctrines de saint Augustin (i). Ils étaient munis de lettres de recommandation de l'Université de Louvain et des Etats de Brabant. Le docteur Jean Recht, président du collège de Baius, et le licencié Ignace Gillemans, secrétaire de Tévêque de Gand, avaient été dirigés sur Madrid. Sinnich et De Pape semblaient n'envoyés que pourles privilèges de l'Université; mais ils avaient pour mission secrète declairer Sa Sainteté et de lui exposer les motifs qui avaient engagé la Faculté à ne recevoir ni publier la Bulle (2) ; ils adressèrent des mémoires en ce sens à Urbain VIII (24 janvier 1644) et à son successeur Innocent X (4 novembre suivant). Quant à Recht et Gillemans, ils devaient amener le roi Philippe IV à interdire la promulgation de la bulle de 1642, vu que le plaçât de Sa Majesté était requis pour qu'une pièce quelconque de la cour romaine pût avoir force de loi dans les provinces de Belgique.

Mais toutes les tentatives échouèrent et à Rome et à Madrid. Le Saint-Siège fit bien voir aux députés

(1) Chronieon Congieg, Oraiorii, p. 65.

(î) Le Saint-Office écrivit le 6 décembre 1644 A rinternonce Bichi : «Prscipuum negotium quod îpsi (Sinaich et De Pape) agunt, est ut cooserventur privilégia Universitatis... Postmodum doctor Sinnich quasi per transennam egit de balla publicata contra doctrinam Jansenii... Veram intellexit ex SSmo Dno Nostro, eum velle ut btiîo acouratc pareatnr. •

académiques que la bulle de 1642 n*était ni obreptioe ni subreptice et qu'il avait parfaitement saisi le sens et l'hétérodoxie du livre condamné. En conséquence, la Congrégation du Saint-Office fit remettre à Sinnich et à De Pape une copie de la bulle d'Urbain VIII, exactement collationnée sur l'original, en leur signifiant expressément que l'intention de S. S. était que tous les fidèles ajoutassent foi à cette copie authentique et s'y soumissent sous les peines et censures qu'elle contient. En outre, pour mettre un terme aux plaintes qu'il y avait eu et à celles qui pourraient se produire à Tavenir, elle déclara officiellement, le 26 juin 1644, que la bulle devait sortir son plein efiet, et que Sa Sainteté imposait éternel silence sur toutes les difficultés et les doutes soulevés relativement au véritable sens de la constitution (i).

Le gouverneur-général, de son côté, exigea la publication et écrivit à l'archevêque :

Comme la balle émanée de feu N. S. P. le pape Urbain VIII, le 8 de mars 16é2 et publiée à Rome le 10 de juin 1643,... avec confirmation d'antres bulles antérieures sur pareil ou même sujet,... eut dès longtemps été envoyée par deçà pour pareillement y être publiée et notifiée, ce qni n'auroit jusques ores été fait uniformément dans tous les diocèses, à raison que ceni de l'Université de Louvain, ou du moins plusieurs d'entre enx, s'y seroient opposez sous divers prétextes, requerans tems et dilay pour alléguer leur raison audit S. Père le pape Urbain VIII. Ce qu'ayant été fait et les députes de ladite Université au long ouis, tant de bouche que par écrit en la Congrégation de l'Inquisition Générale à Rome, Sa Sainteté, en ayant eu rapport, auroit derechef ordonné par son décret du 16 de Juin 1644 que les bulles précédentes sortiroient leur

(I) Le décret peut se lire dans les opuscules de L. C. Do Decker, ohan. de Malines, Jantenitmi kisioria àr$vis^ p. 26. (bouvain 1700.)

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