IV. JACQUBS BOONKN
saigrissaient de jour en jour en Belgique. Aussi le Saint-Siège crut-il à bon droit devoir aller plus loin pour ramener enfin la paix. En conséquence, le pape Innocent X ordonna, le 18 novembre 1651, à l'archevêque de Malines et à l'évâque de Gand, sous peine d'interdit et de suspense en cas de refus, de venir en personne et en déans les six mois s'expliquer à Rome (i). Tous deux s'en excusèrent en invoquant non-seulement leur grand âge et leur santé affaiblie, mais aussi les lois du pays de non evocando qui ne leur permettaient pas, disaient-ils, de comparaître en personne devant un tribunal étranger. Sa Sainteté, tenant compte de leur vieillesse, leur accorda de comparaître devant elle par procureurs à leur choix. L'internonce Mangelli reçut ordre de leur signifier cette décision bienveillante (27 juillet 1652). Cette fois, ils éludèrent la citation en obtenant du conseil de Brabant un arrêt (29 août) qui leur défendait de plaider leur cause à l'étranger, fût-ce par fondé de pouvoir, à peine de Imdignation du conseil, du saisissement de leur ten^porel et dautros démonstrations rigoureuses selon rimportance de la matière (2).
A cette époque parurent deux in-quarto clandestins, sans date ni nom d'auteur : Jus Bélgamm circa bîdlarum pontificiarum rece/jtionem, et De/ensio Bel-
(1) «... Aliaa dicto termiiio elupso, ex nunc proùt ex tuoc, eadem
SanctitasSua prseratuin Jacobuoi archiepiscopum Mechliniensetn et Anto-
mamepiâcopum Qaada?eti:icai, accorum quemUbet, ab ingresbu ecclesiae,
exercitio poiitificalium ac officio suspendit ac iuterdicit- • Copie autben*
tique dans le recueil des archives aroh. De Bajanitmo et Janseniemo Met, eriff, et autk, no 51.
(2) Recueil cité : !)e Bajauiêmo, etc. no 59.
294 PREMIÈRE PÉRIODK.
garum contra evocationes et peregrina judicia. L'opinion publique, ou du moins la voix des jansénistes, les attribuait, peut-être à tort, à Pierre Stockmans, ancien professeur de Louvain, conseiller au grand conseil de Brabant. La science du l'illustre jurisconsulte (s'il est le véritable auteur de ces deux écrits) s'était mise ici au service d'une détestable cause. Dans la Defensio Belgarum, l'auteur voulait démontrer que les habitants de la Belgique ne pouvaient être cités devant un tribunal étranger, à moins qu'ils n'eussent été d'abord jugés par les tribunaux du pays. Cette doctrine, appliquée à la cour de Rome, était subversive de la discipline ecclésiastique et ne tendait à rien moins qu'à la prédominance de l'Etat sur l'Eglise, à la négation du pouvoir judiciaire de l'Eglise sur ses sujets. Le Jus Belgarum avait pour but de faire entendre que les bulles même purement dogmatiques avaient besoin du placet royal pour avoir force de loi en Belgique. L'archiduc Léopold donna ordre (novembre 1653 et janvier 1654) aux fiscaux du grand conseil de Brabant et de Flandre de chercher l'auteur, l'imprimeur et les vendeurs des deux méchants écrits in-quarto qui finirent par être proscrits par l'Inquisition d'Espagne avec ragréatîon du roi, le 14 janvier 1654, et par un décret d'Innocent X sous la date du 23 avril suivant (i).
Avant cette époque, le même pape avait écrit à l'archiduc Léopold, le II novembre 1651 : « Nous n'avons
(1) 8ar ces deux écrits on peut voir : Haresis Janseniana praelmsa ûffugia^ par Ântonin de Luca (pseudouyme du F. Hujrleubroucq), oa U petite dissertation qui termine les Acia Z, B, Van Espen de Backhusios (Malines chez Hanicq 1827).