IV. JACqUES BOONEN
crut de son devoir de prohiber les écrits du docteur Jean Caramuel Lobkowitz qui étaient de nature à favoriser et à étendre la morale relâchée. Ce décret prohibitif est du 18 février 1655. D'autres évoques belges portèrent des décrets analogues, afin de sauver les vrais principes à suivre dans l'administration du sacrement de pénitence (i).
Nous croyons être dans le vrai en disant que le laxisme, du moins le laxisme poussé jusqu'à l'extrême par quelques moralistes de cette époque, était une réaction exagérée contre l'aride et sombre rigorisme des jansénistes. Pascal, Arnauld et Nicole, les triumvirs de la secte, consumèrent leurs forces et leurs talents dans une polémique passionnée contre la Compagnie de Jésus (2), dont quelques membres ont pu avancer certaines opinions trop accommodantes et vraiment repréhensibles, mais qui, prise dans son ensemble, n'a jamais cessé de garder ce juste-milieu que l'Eglise catholique a toujours recommandé et même prescrit aux directeurs des consciences. Les Pères de la Compagnie de Jésus avaient été au premier rang des adversaires de la fausse dogmatique de Baius, de Saint- Qrran, de Jansénius,d' Arnauld, et de toute leur séquelle; les novateurs s'en vengèrent, en décriant impitoyablement l'enseignement moral des jésuites, et un grand génie ouvrit, contre la morale relâchée^ ce concert de
(1) Voir Ibid, 316, note.
(2) Le plus grand coupable est à conp sûr Biaise Pascal dont les Provineialet sont une attaque en règle contre ce que Port-Royal affectait d'appeler la morale reldcfUe et accommodante des éj suites. Voir plus loin rhistoire de l'arche vêque Cnwen.
moDSonges et de railleries qui, après plus de deux siècles de durée, fait encore la joie des méchants (i). La secte nouvelle oubliait trop que » la véritable morale relâchée dans l'Église catholique c'est la. désobéissance à r£glise catholique (2). n
Dans les derniers mois de sa vie, Jacques Boonen fut constamment en proie à de vives souffrances physiques qui n'altérèrent en rien sa résignation à la volonté de Dieu. La gravelle se joignit à un asthme violent qui semblait parfois l'étouffer. Ne pouvant plus, comme autrefois, célébrer tous les jours la sainte messe, il se consola de cette privation par la fréquente communion, la prière presque continuelle et la méditation de la passion de Jésus-Christ.
L*archevôque avait toujours eu horreur de tout ce qui avait quelque apparence de luxe. Simple, dans ses habitudes privées, comme un curé de campagne, il ne voulut jamais se vêtir de batiste ou de soie et réforma même l'organisation intérieure, trop dispendieuse d'après lui, du palais archiépiscopal à Bruxelles et à Malines. Pour pouvoir secourir les nécessiteux, il avait vendu une pierre précieuse de son anneau pastoral, une magnifique aiguière en vermeil, don de l'infante Isabelle, et toute son argenterie, sauf quelques services
(1) Paiaque roccasion s'en présente, disons-le hautement : la Société de Jésus est de?enne la victime de tant de persécutions pour avoir sans cesse combattu le dogme abrutissant et désespérant du fatalisme, introduit par Luther et Calvin et ressuscité par Jansénius et ses partisans.
(2) Expression du comte De Maistre dans V^lùê Oallicane, t. I, chap. XI.