‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 129 sur 181 · IV. JACQUES BOONKN · texte numérisé non relu

IV. JACQUES BOONKN

pour Tusage de sa maison. Chaque semaine il se faisait remettre une belle somme pour ses aumônes ordinaires. On a compté que vers la fin de sa vie il avait distribué 70,000 florins, sans parler des subsides extraordinaires donnés pour des œuvres de charité. Annuellement il distribuait aux pauvres et à des catholiques exilés d'Irlande tous les revenus des bénéfices ecclésiastiques dont il a joui. Par son testament que nous reproduisons plus loin, il ne laissa à sa famille que son patrimoine. Encore sa fortune personnelle qui avait été considérable, était-elle beaucoup diminuée par les dons qu'il avait faits à des institutions de bienfaisance et même à l'État dans les circonstances critiques.

LoqUebar paCeM De te. Ce chronogramme marque l'année de sa mort. Le 29 juin 1655, à la fête dts saints Apôtres Pierre et Paul, Tarchevôque communia pour la dernière fois dans sa chapelle à Bruxelles. Le lendemain il fut ravi par une mort soudaine, mais non imprévue, dans la quatre-vingt-troisième année de sa vie et la trente-neuvième de son épiscopat (i).

Le chapitre métropolitain de Malines célébra avec pompe les obsèques du défunt, le 3 août, corpore praesente. L'oraison funèbre fut prononcée par Godefroid Wreys, pénitencier, autrefois doyen de la collégiale de N.-D. au-delà de la Dyle (2).

Le corps de Jacques Boonen fut déposé dans le caveau

(1) Antoine Triest, éfêqne de Gand, mourut le 28 mai 1667, dans la 89e année de sa ?ie et la 40» de son épiscopat.

(2; Oratio/nnebrit habita in exeguUs III , et Emi D, Jacobi Boonên,,, cûl^atU Meehlinim in EeeUsia Meirop, 3 Aug. 1656, /iv/Aortf Q, Wreyt^ 8, T. L. Louvain, chez Jérôme Nempe. Pages 22 in-4o.

SIO PREMIÂBS PÉBIODB.

du chœur de Saint-Rombaut, auprès des restes d'Hauchin et d*Hovius. N'est-il pas à regretter qu'aucun monument De nous rappelle, dans la basilique métropolitaine, le souvenir de celui dont la vie a été un tissu de bonnes et nobles actions : Pertransiit benefaciendo.

Les armes de Boonen étaient : d'or au sautoir rempli d* argent à la bordure de gueules ; le canton du chef chargé d'une aigle de sable.

La devise Vincein Bono, empruntée à un passage de Tépitre de saint Paul aux Romains, fait allusion au nom patronymique de Boonen. Au bas de ses portraits on lit ce distique :

JE specuto vultus bonitatis imago relucens^

Re quod agit, monstrat lemmate : Vince bono.

Le diocèse fut d'abord gouverné par Jean Le Roy, de Nivelles, licencié en droit, doyen de Saint- Rombaut, élu vicaire capitulaire le 5 juillet 1655. Le Roy étant décédé le 11 avril 1656, le chapitre conféra les pouvoirs (15 avril) à Tarchidiacre Amé Coriache. Les pouvoirs de Coriache devaient expirer à Tintrônisation d'André Cruesen, cinquième archevêque. Dans l'intervalle, il adressa un décret aux curés et aux prédicateurs, où il les engageait à rétablir parmi les fidèles la pratique de la sanctification du jour de leur baptême et de leur confirmation (i).

(1) Syn. Belg. II, 347.

APPENDICE

Les cinq propositions de TAugustinus et leur base. — Jansénius a-t-il été de bonne foi?

Dans une lettre latine inédite qai se conserve aax archives archiépiscopales de Malines, le docte P. Petavius écrivit le 9 août 1641 au P. BoUandas : '/ Jansénias avait beaucoup lu saint Augustin, mais il l'avait lu avec plus de zèle que de prudence et de science ;••• plus il s'est opiniâtre à le lin*, moins il l'a compris; son ouvrage posthume est mauvais, impie et tout hérétique ; Calvin auprès de Jansénius n'est pas Calvin, Calvinus pra illo Calvinus non est. » De fait, les caU vinistes de Hollande regardaient Jansénius comme un ami et un allié.

Nous avons parlé pins d'une fois des cinq propositions qui font n l'àme de VAugustinuSf » selon l'expression de Bossuet. Il nous semble utile de les consigner ici textuellement, avec la note infligée à chacune d'elles par Innocent X dans la bulle Cum oceasione, du SI mai 1658.

M I. Quelques commandements de Dieu sont impossibles à des justes qui veulent les accomplir, et qui, à cet effet, font des efforts selon les forces présentes qu'ils ont ; et la grftce

812 PREMIÀRR PÉRIODE.

qui les leur rendrait possibles, leur fait défaut. » — Propositioa téméraire , impie , blasphématoire , frappée d'anathème et hérétique (1).

« II. Dans l'état de nature déchue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. » -— Proposition hérétique.

tt III. Dans Fétat de inature déchue , Fhornme n'a pas besoin, pour mériter ou démériter, d'une liberté exempte de nécessité, mais il lui suffit d'avoir une liberté exempte de coaction. » — Proposition hérétique (2).

tt IV. Les sémipélagiens admettaient la nécessité d'une grâce intérieure prévenante pour toutes les actions en particulier, même pour le commencement de la foi; mais ils étaient hérétiques en ce qu'ils prétendaient que cette grâce était telle que la volonté de l'homme pouvait lui obéir ou lui résister. " — - Proposition fausse et hérétique.

u V. C'est une erreur sémipélagîenne de dire que Jésus- Christ est mort et a répandu son sang pour tous les hommes sans exception./' — Proposition fausse, téméraire, scandaleuse, et, si elle est entendue dans le sens que le Christ n'est mort que pour les prédestinés, impie, blasphématoire, injurieuse, dérogeant à la clémence divine, et hérétique.

L'erreur capitale de VAuçusôinus, celle qui servait de baa^ â tout le système, consistait à dire que, depuis la déchéance originelIe7 l'homme a pour principe de toutes ses actions aa double instinct de déhetalion, la délectation eéleate pour le bien et la délectation terrestre pour le mal. Ces deux délectations, indélibérées et antérieures à tout acte de la volonté humaine, dominent l'homme tour à tour, à tel point qu'il lai est impossible d'y résister : ainsi l'homme va irrésistiblement au mal ou au bien, suivant que l'une ou l'autre délectation, ta

(1) Voir le concile de Trente, sess. YI, chap. XI et can. XVIII.

(3) Selon Jansénius, la liberté exempte de coaction ou contrainte constitue à elle seule l'essence du libre arbitre, ce qui signifie qu'il suffit, pour être libre, d'être exempt de tout principe ou violence extrinsèque.

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