‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 142 sur 181 · V. ANDRÉ CaUESEX · texte numérisé non relu

V. ANDRÉ CaUESEX

Un demi-siècle plus tard, les misérables disputes sur le placet se renouvelèrent, avec plus d'acrimonie que jamais, à l'occasion de la constitution dogmatique Unigenitus. Nous verrons que tous les évèques belges la mirent en exécution sans aucune lettre de placet : ils savaient assez que celte formalité était contraire aux droits divins et imprescriptibles de TEglise de Jésus - Christ, à l'ancien droit public de nos provinces et à la volonté itérativement exprimée de nos souverains.

Notons ici, pour l'intelligence de ce qui doit suivre, qu'Alexandre VII signa le 15 février 1665 la c^onstitution Regiminis Jpostolid (i). Il y prescrit de nouveau la soumission complète et sincère au décret In eminenti d'Innocent X, donné le 81 mai 1653, ainsi qu au décret Ad sacram Beati Pétri Sedem^ publié par lui-môme, le 16 octobre 1656, contre les cinq propositions de Jansénius.

La constitution Regiminis Apostolici renferme une formule, Formidarium^ que tous devaient souscrire endéans les trois mois et qui embrassait la double question de droit et de fait : « Moi, N., je me soumets à « la constitution apostolique du pape Innocent X , » datée du 31 mai 1653, et à celle du pape Alexan- 1 dre VU, en date du 16 octobre 1656 ; je condamne et « repousse avec sincérité de cœur les cinq propositions « extraites de VAugustinus de Corneille Jansénius, de « la même manière que le Siège apostolique les a con- « damnées par les dites constitutions (2) ; je les cou-

(1) BqU. Roman, t. VI, pars 6*, p. 52.

(.2) Prout illas per dictât eoHsUiulionet Sedes aposiolica damnavii, o'e$t»à«dire avec toutes les qualifications ou notes dont elles avaient

u damne aa sens de cet auteur, et je jure en con- 4 séquence. Ainsi Dieu me soit en aide et le saint * Évangile de Dieu. «

Un document postérieur nous apprend que le Formulaire de 1665 était devenu une nécessité non-seulement en France, mais aussi en Belgique. " Dans les diocèses de la province de Malines, quelques évèques s'étaient montrés préoccupés en faveur des opinions janséniennes; la puissance laïque et plusieurs ecclésiastiques, suivant le triste exemple que donnaient quelques personnages de l'Université de Louvain, résistaient à la voix de l'Eglise ; à la fin il a fallu prescrire une formule de serment, par laquelle on proteste qu'on rejette les cinq articles anathématisés par Innocent X et Alexandre Vil, et qu'on se soumet religieusement aux constitutions de ces Papes. » Ainsi parlaient l'archevêque Précipiano et ses suffragants, en écrivant au pape Innocent XII (i). Dans la suite nous aurons à reparler plus d'une fois du Formulaire alexandrin.

Le 28 novembre 1659, André Cruesen fit à rassemblée générale des États de Brabant la proposition de faire la promesse de défendre l'Immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge et d'empêcher autant qu'il serait possible que cette antique croyance fût attaquée.

Les États ayant adopté cette propiosition à l'unanimité

été flétries par les deux constitailons pontificalee, qui sont un vni jugement mt eaihedra.

(1) Bruxelles, mars 1698. Syn. Belg. I, 681.

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des Yoix, le pieux archevêque prononça solennellement cette promesse, le S décembre, dans l'église des Domicains à Bruxelles, en présence des délégués des Etats, du gouverneur-général, des ministres et d'une immense multitude de fidèles.

Dans le cours du mois de mai 1663, il fut nommé membre du conseil d'Etat de Sa Majesté Catholique.

Le 10 mai de la môme année, il posa la première pierre de Notre-Dame d'Hanswyckà Malines. Cette belle église, érigée par les chanoines-réguliers du Val des Écoliers sur les dessins de Faydherbe, ne fut achevée et bénite que quinze ans plus tard ; l'archiprôtre Jean- François Vanden Driessche y célébra la première messe, le lundi de la Pentecôte en 1678. Ajoutons que la consécration solennelle du nouveau sanctuaire de Marie fut faite, en 1787, par le cardinal Thomas-Philippe d*Âlsace.

Le 25 et le 26 septembre 1663, Cruesen présida une réunion des archiprêtres ou doyens du diocèse. Cette assemblée, la première depuis 1654, fut la plus impor* tante de toutes les réunions décanales qui aient eu lieu à Malines. En lisant les soixante-seize ordonnances qui y furent promulguées (i), on est tenté de regarder cette assemblée comme un vrai synode diocésain.

La onzième congrégation des évêques comprovindaux fut tenue au palais archiépiscopal de Bruxelles, le 4 janvier 1665. Il y fut résolu que toute cause criminelle du clergé devait se commettre uniquement aux officiaux, et non à des juges délégués quelconques, et

(1) Syn. B$lff. II, 307-321.

846 PREMlÈtie PËKICDB.

qu'un curé ne serait pas admis à en appeler d'un décret de son évèque, en matière de correction, à un juge d'un rang inférieur à celui d'évèque (i).

Notre prélat se trouvait à la tête d'une brillante fortune, mais dont il savait faire noble usage. Les jésuites, établis à Malines depuis un demi-siècle, lui devaient le magnifique collège qu'ils ont occupé jusqu'à la suppression de la Société. L'archevêque fut aussi leur bienfaiteur pour la bâtisse de l'élégante église de St-François-Xavier qui est aujourd'hui l'église paroissiale de St-Pierre.

La munificence du prélat n'éclata pas moins dans deux somptueux monuments qu'on admire encore au* jourd'hui dans l'église métropolitaine : le mausolée en marbre qui s'élève à côté du dais archiépiscopal, et le superbe maître-autel en marbre noir et blanc qui porte la châsse de saint Rombaut. Le mausolée^ œuvre de Luc Faydherbe, représente notre archevêque en chape, agenouillé, se détournant du Temps armé de la faolx, et fixant pieusement ses regards sur le Christ qui est la Résurrection et la Vie. Le mattre-autel , exécuté par Faydherbe sur le plan dessiné par le P. Guillaume Hesius, jésuite natif d'Anvers (2), est

(1) I6id„ l, 559.

(2) Le P. Hesias qui avait Yéoa dans l'intîmité de P. P. Rubeos, fat aasai l'architecte de l'église de Notre-Dame (actuellement Saint* Michel) à Loavain. Co temple, Tan des plus beaux de ceux que les jésuites aient éleyés en Belgique, fut bâti entre 1650 et 1666, et consacré le IS octobre 1671 par Mgr Alphonse de Berghes, septième archevêque. Sur le P. Hesius et Téglise de Saint- Michel, voir Van Even, Louvain monumental, p. 2l3 et 313, et la Revue de Bruxeliet, livraison de mars 1840, p. S6-9i.

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