II. Il
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empêchements da troisième oa quatrième degré de consangiiiiiité on d'affinité, de la cognation spirituelle, de rhonoéteté publique et de la parenté provenant d*un commerce illicite. Je ne pourrais pas non plus, par le même principe ci- dessus mentionné, autoriser les curés à'j assister (l)...
Cette représentation fut envoyée au cabinet de Vienne au début de Tan 1785.
28 avril 1784. Défense absolue de faire toucher aux reliques des Saints les images, les chapelets, les médailles et les croix. Cette pratique religieuse était simplement de la superstition aux jeux de Kaunitz et des ^ grands politiques y> de sa trempe.
26 juin. Edit qui défend les inhumations dans les églises, chapelles, oratoires ou autres édifices couverts, ainsi que dans les lieux découverts à Tintérieur des villes et des bourgs. — Cette mesure d'hygiène parut sage ; aussi a-t-elle été reçue sans réclamation sérieuse.
29 août. On interdit la fulmination de l'excommunication et l'application de toute peine ecclésiastique extérieure sans l'avis préalable du gouvernement. — Encore un précepte fébronien despotiquement changé en loi civile, un anneau ajouté à la chaîne.
(1) Syn. Btlg. Il, 523. Reprès. Bêlçiques, Recueil II, 5e partie, p. 318. — Nous trouvons dans let Lettres d^un chanoine pénitencier de la métropole de ^** à nn chanoine théologal de la cathédrale de ^^*, ces propositions qui sont toutes de foi : io il j a dans TÉgUse une puissance spirituelle, immédiatement émanée de Dieu, souveraine, distincte et indépendante de la puissance des princes ; 2o l'administration des sacrements est de la compétence de la puissance spirituelle ; 3o la connaissances des causes qui concernent le mariage appartient aux juges ecclésiastiques ; 40 l'Église a le droit de créer des empêchements de mariage ; l'Égliae a toujours exercé ce droit et ce pouvoir exclusivement à toute autre poîa* sance ; jamais le prince n'a pu ni ne peut casser un mariage valide et approuvé par l'Église.
22 janvier 1785. Lettres patentes de Tempereur donnant plein pouvoir aux gouverneurs-généraux des Pays-Bas, d'aliéner les biens des couvents supprimés oa à supprimer, dont la conservation serait onéreuse à la caisse de religion,
Joseph II n'entendait point s'arrêter en chemin ni faire les choses à demi. Chaque année voyait éclore quelque nouveauté; mais l'année 1786 fut remarquable entre toutes les autres. On eût dit que le monarque était désormais possédé d'une fièvre de remaniement qui allait jusqu'à la rage (i).
9 janvier 1786. Il est permis aux francs-maçons d'ouvrir une loge dans le chef-lieu de chaque province.
29 janvier. Les sermons qu'on imprime aux Pays- Bas sont assujettis aux règles ordinaires de la censure.
11 février. Les kermesses traditionnelles ou fêtes particulières de la dédicace de l'église dans les paroisses rurales et urbaines sont supprimées; la fête générale ou dédicace de toutes les églises aura lieu partout le même jour, à savoir, le second dimanche après Pâques. — On le voit, la passion de l'uniformité poussait aussi l'empereur à des mesures vexatoires pour le peuple, habitué à trouver dans la kermesse flamande un délassement à ses travaux.
15 mars. Une dépêche impériale annonce aux évoques l'établissement prochain d'un séminaire- général
(1) Voir Ja Lisie chronologique des édits et ordonnances den Pays-Bas autrichiens, à^ 1700-1794, 3 vol. in-8o. (Bruxelles chez Devroje, 1 853-58.)
lôé* JEAN-HENRI DE FRAfTKENBERG
et leur enjoint d'envoyer la liste exacte des élèves de leurs séminaristes respectifs qui n*ont pas achevé cinq ans de théologie. — Jean-Henri fut le premier qui, tout en envoyant la liste voulue, éleva la voix contre la mesure annoncée (i); ses sufFragants d'Anvers et de Gand suivirent bientôt son exemple (2).
8 avril. Les confréries établies dans les chapelles publiques et les églises quelconques sont abolies; elles Seront remplacées par une nouvelle confrérie générale 8OUS la dénomination philanthropique d'Amour actif du prochain, ayant pour patron titulaire le Sauveur Jésus-Christ, à l'exclusion du patronage de la Vierge Marie et de tous les Saints. — « La perte des confréries était pour l'humanité, le profit pour la caissede religion, qui n'a pas laissé de s'emparer sans litre d'un numéraire très-considérable, trouvé dans les dépôts des confréries (3). «
6 mai. Certains encensements durant le service divin sont interdits; les droits des évoques sur l'élection et la confirmation des prélats, doyens curaux, etc. sont réglés. Les doyens qui font les funérailles des curés ne peuvent emporter le chapeau, la canne ou le bréviaire du défunt, ni aucun autre objet lui ayant appartenu. — Le descendant de Rodophe de Habsbourg ne craignait pas de compromettre sa dignité de législateur et de
(1) Représ, du 29 mars et du 11 novembre 1786, dans le Recueil 11, 5e partie, p. 148-164; Synod. Be^g, II, 526-535.
(2) Représ, de Mgr de Nelis, du 31 mars et da 16 novembre, dans le Synod. Belg. lîl, 561 et 571. et de Mgr de Lobkowitz, ibid. IV, 463.
(3) Représentation des États du Pays et Educbé de Brabant, 22 juin 1787, dans leRecueil I, 3e pactie, p. 170.
chef de TEmpire germanique en descendant à de pareilles minuties.
10 mai. Toutes les processions publiques sont supprimées, excepté celles des Rogations, de la Fête-Dieu et une autre à tenir au jour que les chefs de chaque diocèse pourront fixer. A aucune procession on ne pourra porter des images quelconques. — Le prince tenait à cette double mesure, qui froissait de nouveau les plus intimes affections de ses sujets catholiques.
13 mai. Les é vaques sont obligés de transmettre au gouvernement la liste exacte de tous leurs prêtres, diacres et sous-diacres, tant réguliers que séculiers, avec l'indication de Tàge, du lieu de naissance, de la demeure, des fonctions, etc. — Obligation rigoureuse de mander tous les six mois les changements qui seraîer.t survenus.
13 mai. Il est ordonné aux curés d'assister, sans faire aucune difficulté, et de donne;* la bénédiction nuptiale aux mariages pour lesquels il n'existe pas un empêchement légal en vertu de l'édit du 28 septembre 1784. Ce décret fut communiqué par le gouvernement à tous les conseils de justice.
15 mai. On fait connaître aux évoques et aux chapitres des églises cathédrales que les canonicats et prébendes de ces églises ne pourront à l'avenir être conférés qu'à des ecclésiastiques qui auront servi pendant dix ans au moins dans la cure d'âmes.
22 mai. I/empereur prescrit un dénombrement général des biens du clergé tant séculier que régulier.
27 mai. Ordonnance de l'empereur prescrivant un dénombrement de tous les bénéfices et offices ecclésias-
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tiques simples , non chargés de cure d'âmes et n'exigeaut par la résidence personnelle.
29 mai. Ordonnance impériale pour préparer une nouvelle division générale des paroisses du plat pays. — C'était encore une usurpation criante du pouvoir épiscopal. /
14 juin, Ëdit impérial touchant l'incompatibilité de certains bénéfices.
16 juin. L'empereur établit la nécessité et la forme du concours pour tous les bénéfices-cures sans exception.
1 juillet. Décret de l'empereur portant interprétation des ordonnances du 22 et du 27 mai précédents touchant le dénombrement des biens et revenus ecclésiastiques.
16 octobre. Edit qui crée un séminaire-ffénéral à Louvain et un séminaire dit filial à Luxembourg, à fréquenter par les élèves en théologie du clergé séculier et du clergé régulier des provinces belgiques (i). Ces établissements devaient s'ouvrir dès le mois de novembre. « On ne pourra, dit l'empereur, dorénavant n admettre aux ordres majeurs aucun de nos sujets, " à moins qu'il n'ait achevé son cours de cinq années ^ auxdits séminaires. En conséquence, les séminaires y» épiscopaux seront supprimés et convertis en pres- » bytères. » Par le même décret les cours théologiques et canoniques de l'antique Université de Louvain
(1) Depuis 178i il existait neuf séminaires soit généraux soit filiaux, établis àVienne, Prague, Pre&bourg, Olmutz, Lemberg, Grat», J&nspnick, Fribourg en Brisgau et Pavie. Les archevêques de Vienne et de Qran (Migaui et Batihiany)se montrèrent les courageux défenseurs de rÉglise; ailleurs l'épiscopat se montra pusillamine et indifférent ou même trahit ouvertement ses devoirs .Canes muti non valenies Utirare.
étaient supprimés. Une dépôche du 21 janvier 1787 interdit aux évoques de conférer les ordres ou d'accorder aucune faveur aux élèves en théologie qui quitteraient l'institut de Louvain ou celui de Luxembourg avant le terme de cinq années.
Dans les considérants du décret du 16 octobre 1786, l'empereur lançait une grave injure à l'épiscopat belge en disant qu'il voulait remédier à la dépravation des mœurs, en formant un clergé préservé de toute corruption et auquel une instruction éclairée donnerait les mêmes principes, les mômes maximes, la même méthode et la même ardeur pour ramener le peuple à Tamour de notre sainte religion(i). Mais les vrais motifs de Joseph 11 sont mieux expliqués dans un écrit sémiofficiel, publié sous le voile de l'anonyme et avec le titre : Plan de VinstitiU des séminaireS'générauœ. <* Le but de S. M., disait Fauteur, c'est de former le clergé belge, jusqu'ici trop imbu de maximes étrangères, aux vrais principes ^du système social; de ramener les prêtres au christianisme primitif; de substituer le vrai culte de Dieu à la bigoterie, la tolérance chrétienne au fanatisme , l'enthousiasme de la patrie à l'égoïsme des couvents ; de former les prêtres selon les vrais principes de Socrate et de leur donner une éducation non monacale mais conforme
(1) Danii une dépêche du 15 novembre 1786 adressée à Jean-Henri, il était parlé «d'une réforme salutaire dont le clergé en général a an besoin si reconnu tant du côté des mœurs que du côté de Tinstruction ! • Les trois ordres de Brabant répondirent à cette inculpation : «Si jamais an ' clergé a pa se glorifier d'avoir une saine morale et des mœurs pares,
• c'est bien ici qu'il peut s'en glorifier. La nation entière proteste contre
• ce débordement de mœurs qu'on lui attribue gratuitement dans Tédit
• sur le séminaire-général. « Recueil II, 5« part., p. 246.
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aux lumières du siècle ; de couper la tête à l'hydre ultramontaine, etc., etc. (i). « On sent ici le souffle impie de jansénites, des fébroniens et de Voltaire (2). Le traducteur du Plan était un certain abbé Dufour; on récompensa sa courtisanerie par une chaire au séminairegénéral de Louvain. Comme ce factura trop grossièrement schismatique soulevait une indignation générale, Tempereur voulut bien consentir à lui substituer le Plan de Pavie^ plus voilé dans la forme, mais qui au fond ne valait guère mieux.
Un diplôme impérial du P"" janvier 1787 supprimait tous les conseils, tribunaux, cours et corps de justice seigneuriaux et autres, les tribunaïui ecclésiastiques ou qfficialitéSy ainsi que l'ancienne judicature de l'Université de Louvain. Les seules justices militaires étaient exceptées. de cette abolition générale.
11 serait fastidieux à coup sûr d'énumérer toutes les ordonnances par lesquelles Joseph II réglementa le culte divin comme un objet de sa compétence; car, d'après lui, le pouvoir du chef de l'Eglise se bornait au dogme et aux choses de pure spiritualité, et encore avec
(1) Le Plan, publié en allemand à Vienne, en 1784, sons les armes de S. M., parut en français à Bruxelles en 1787 chez Ëouman. Flon. Voir la critique dans le Recueil II, le partie, p. 71, et 2e partie, p. 195.
(2) • Toutes ces attaques contre TËglise, inspirées par le fanatisme de la nouvelle philosophie, toute cette persécution dont aucun prince encore n'avait donné l'exemple et qui contrastait si fort avec les maximes tant vantées de la tolérance, étaient le fruit de l'influence des encyclopédistes français et de l'ordre des illuminés, qui, quatre ans seulement avant sa naissance, avait déjà asservi à son pouvoir le possesseur du premier trône de l'Europe. • Ualler, Restauration de la science politiqne, chap. VII, tom. I, p. 229.
PEEMIÈRE PÉRIODE. 169
certaines réserves (i). Son incurable manie de légiférer allait jusqu'à vouloir régler le costume des religieuses, les heures de leurs prières et de leur travail ; il prétendait avoir son mot à dire sur la quantité des cierges à allumer aux offices, sur le nombre et l'ornementation des autels où se disait la messe.. Mon frère le sacristain^ comme le qualifiait ironiquement Frédéric II, roi de Prusse, n'oubliait rien. Il ne permettait pas de faire connaître aucune indulgence dont l'eflFet s'étendît aux âmes du purgatoire, ni de faire des collectes pendant la messe ou le sermon. Les morts de tout rang devaient être portés au cimetière sans cortège religieux; la >
prière à haute voix pendant l'inhumation était interdite, de même que tout éloge funèbre, parce que tout est de niveau dans la tombe. Mais il est aisé de voir que le résultat final de cette réglementation universelle ne pouvait être que l'esclavage de l'Eglise et la ruine de la religion dans un pays traditionnellement religieux. « Joseph II, ce type du libéral anticatholique de notre temps, confondant, comme ce dernier, le principe de l'autorité politique avec la toute-puissance de l'Etat, et la liberté avec la haine de la liberté des catholiques, fut le collaborateur le plus sérieux de Frédéric II dans l'œuvre de la décadence de l'empire germanique. Il n'était quelque chose en Allemagne que par le principe catholique, et il en fut le contempteur et l'oppresseur; que dis-je, il essaya d'en être le corrupteur (2). » Ce que ce prince malavisé et té-
(1) Ce faux principe était déjà introduit 80U8 Marie-Thérèse. Voir le règne de Marie- Thérèse par M. Piot, pag. 111, note 3.
(3) Bon de Haalleville, Le% inêtituiione représmtativee en Autriche, page 129. Bruxelles chez Decq, 1863.
170 JEAX'HEMU DE FRAMLBN'BCRG.
méraire voulait, « c était asservir les cultes, non les émanciper. 11 chercha la liberté religieuse dans l'as* sujettissement du culte catholique, non dans la liberté générale de toutes les communions... Il dit aux prêtres : Vous enseignerez ce que je vous apprendrai, et vous ferez ce que je vous ordonnerai. Il dit aux ordres religieux : Il n j a de vœux religieux que ceux que la loi civile reconnaît, et la discipline des couvents est soumise à mes bureaux. Ainsi, Joseph II ne faisait que substituer ses règlements aux lois canoniques et il convertissait les prêtres en agents ministériels ()). »
Ne voulant exposer que l'histoire religieuse, nous n'avons pas à rappeler les diplômes hardis qui changèrent tout l'ordre administratif et judiciaire, ni la violation manifeste de la Joyeuse-Entrée de Brabant et des autres constitutions provinciales. « Ce prince, dirons-nous avec un éminent historien belge, s'était fait une étrange idée des droits de la souveraineté : il fallait que tout pliât sous sa volonté suprême, que
(1) Nothomb, Estai kisiorique ei politique sur la réoolution belçe, t. I, pag. 86, ée édition, Bruxelles, chez Muquardt, 1876. — Je ne pais n'empêcher de transcrire ici quelques lignes de 6os»uet, parlant du tjrannique Henri II dans le panégyrique de saintThomas de Cantorbérj : «Le roi d'Angleterre se déclare Tennemi de l'Église ; il l'attaque au spirituel et au temporel, en ce qu'elle tient de Dieu et en ce qu'elle tient des hommes ; il usurpe ouvertement sa puissance... Prince téméraire et malavisé, que ne peut-il découvrir de loin les renversements étranges que fera un jour dans son État le mépris de l'autorité ecclésiastique, et les excès inouïs où les peuples seront emportés, quand ils auront secoué ce joug nécessaire ! mais rien ne peut arrêter ses emportements. Les mauvais conseils ont prévalu, et c'est en vain que l'on s'y oppose. • Le grand évêque de Meaux eût-il parlé autrement de Joseph II P
PfiEMlÈKB PÉRIODE. 171
toutes les opinions s'abaissassent devant celle qu'il avait adoptée. Les Etats des provinces belgiques lui adressèrent des remonstrances respectueuses contre des réformes qui choquaient les intérêts tout autant que l'esprit de la nation ; il les rejeta avec dédain : il prétendit astreindre à la soumission la plus absolue, à une obéissance passive, un pays jusque-là Tun des plus libres de l'Europe, et dont il avait lui-même sanctionné les privilèges par son serment... Jamais, aux plus mauvais jours de son histoire, la Belgique n'avait été témoin de violations aussi monstrueuses de ses droits... Faut-il s'étonner si cette série de mesures inopportunes, inutiles pour la plupart et presque toutes oppressives, lui aliénèrent toutes les classes de la nation? Et est-il permis de se demander encore si des motifs légitimes donnèrent naissance à cette révolution . brabançonne qui fut si fatale à sa gloire et qui abrégea ses jours (i) ? » ,
(1) M. Gachard, dans la Revue de Brtxelles, livraison de mars 1839. Il faut sartoat lire V Histoire du royaume des Pays-Bas (t. I) par le Bon de Gerlache. Le portrait qae ce grand écrivain a tracé de Joseph II est le seul peut-être, an dire de M. Gachard, que la vérité puisse avouer. Nous y ajouterons ces lignes de M. Borgnet : • Le but que poursuivait ce malheureux empereur fut la centralisation du pouvoir. Mais la centralislition ne suffit pas à la prospérité d'un État, il lui faut aussi des libertés locales ; sans l'une pas d'unité ni de force, sans les antres pas de vie politique ni de patriotisme. Joseph II ne voulut pas de cette combinaison ; il ne chercha que l'accroissement démesuré du pouvoir central. Ses efforts échouèrent en Belgique ; mais le système a porté ses fruits ailleurs, et si l'Autriche gémit aujourd'hui soue le joug d'une bureaucratie qui paralyse l'administration paternelle de ses souverains, c'est à Joseph II qu'elle en est redevable. A voir ce résultat, on peut dire que nos pères, en résistant, ont agi dans l'intérôt des générations futures. • Hist, des Belges à la fin du zvnie siècle, tom. I, pag. 79. Bruielles, 1861.
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L'édit de tolérance, la création du séminaire-général, la réorganisation des tribunaux, les changements introduits dans l'administration civile, furent les motifs qui ébranlèrent le plus fortement les esprits. Les différents corps de l'Etat se trouvaient menacés en môme temps ; rien d'étonnant que la consternation , l'alarme et l'indignation se répandissent partout.
On comprend combien cette longue série d'empiétements sacrilèges dût affliger les gardiens des droits inaliénables de la religion. Non content de gémir en secret, l'èpiscopat réclama ce qui appartient à Dieu. L'archevêque de Malines et tous les autres évêques, les chapitres de nos cathédrales (i), les chefs des abbayes, etc., firent parvenir au pied du trône des mémoires motivés, implorant tantôt la justice et tantôt la clémence du prince. Leurs représentations échouèrent contre la raideur systématique de Joseph. Tout l'ancien ordre tant civil qu'ecclésiastique se trouvait renversé de fond en comble.
Cette esquisse dépasserait le cadre d'une biographie, si nous voulions développer ici les motifs que le corps épiscopal, soit collectivement soit individuellement, fit valoir à l'encontre de chacune des mesures désastreuses qui furent prises, et notamment au sujet du séminaire-général de Louvain. Le fameux édit du 16 octobre 1786 dépouillait l'èpiscopat de sa plus haute prérogative, ou, pour mieux parler, du moyen d'accomplir son plus indispensable devoir, celui de recruter par
(1) Voir dans le Recueil II, 3e partie, p. 9-33, la remontrance du chapitre de la métropole de Malines à LL. AA. RR. les Qouyerneors généraux des Pays-Bas (23 juin 1787), avec les annexes.
lui-même la milice sainte, en enseignant et en formant la jeunesse destinée au service des autels.
Les vicissitudes du séminaire-général et les réclamations motivées qu'il souleva forment toute une histoire pleine d'instruction ; mais les bornes prescrites à notre travail demandent que nous n'en touchions que les hauts sommets. Le lecteur curieux de détails doit lire les divers Recueils de 'é-^clamations belgiques publiés par l'abbé De Feller et l'ouvrage assez connu du P. Augustin Theiner (i).
XVT.
Malgré le cri de réprobation qui partait des Etats de provinces comme du palais des évéques et du fonds des monastères, le séminaire-général s'ouvrit, le V^ décembre 1786, et Franckenberg vint, bien qu'à contre-cœur, assister à l'installation. L'évêque de Tournai, imitant celui de Liège, et rassuré peut-être par des promesses réitérées d'orthodoxie, avait envoyé ses séminaristes à Louvain. Le cardinal, de son côté, crut qu'il était prudent de donner quelque preuve de bonne volonté, et, faisant taire un moment sa légitime répugnance, il envoya, lui aussi, ses jeunes théologiens, mais sous la surveillance d'un prêtre distingué (2). Soa exemple fut suivi par les évêques d'Anvers, de
(1) Jean Henri de Franckenberg et sa lutte pour la liberté de l'Église et pour les séminaires épiscopaux. Louvain, chez Fontejn.
(3) • Eo taudem usque, pacis in Ëcclesia servandae gratia, obâervantiam erga Caesaris ptacita proluieram, ut reipsa seminarienscs Lovaniam ad seminarium générale sub vigilantia probatissimi è clero Tiri emiserim. • Dernier rapport quadriennal envoyé à Rome.
Gand, de Bruges, d'Ypres et de Ruremonde. L'évêque de Namur, Albert-Louis de Lichtervelde, persista noblement dans la résistance.
Il ne faut nullement se dissimuler que la condescendance de notre métropolitain et de ses suffragants fat une mesure regrettable. Il est toujours dangereux de faire une première concession à un pouvoir oppresseur. Outre que les professeurs impériaux, M. Marant« s'appelant doyen de la Sacrée Faculté, MM. de Mazière, Dillen, Wouters et Sentelet ne méritaient aucune confiance, les évéques (ils le reconnurent humblement peu après) n'avaient pas le pouvoir de consentir à la fermeture de leurs séminaires diocésains nide renoncer à renseignement des sciences ecclésiastiques qui leur compétait de droit divin. Peut-être le séminaire-général serait-il tombé dès son érection, s*ils avaient écrit au gouvernement l'énergique Non de Tévéque de Namur. Le pouvoir, il est vrai, fit mine de vouloir châtier ce rebelle par l'expulsion ; mais il se borna à la menace (i), et le courageux prélat lança, le 1"' mai 1787, une protestation nouvelle dans une touchante lettre pastorale (2).
Les professeurs du séminaire-général ne surent pas comprimer leurs sentiments hostiles à l'Église. A peine établis dans leurs chaires, ils se mirent à enseigner, d'une manière insidieuse, des doctrines qui avaient déjà été introduites au séminaire-général de Pavie, et
(1) Sur l'opposition de Mgr de Lichterrelde il faut lire la Notice la cathédrale de Namur (par le chan. de Hauregard), p. 75. ]Namar 1861
(2) Recueil II, 3e partie, p. 114-136.
que l'empereur voulait à tout prix mettre à la mode dans toutes les hautes écoles de ses domaines.
De sérieux désordres ne tardèrent pas à éclater dans l'institut de Louvain. Les séminaristes, qui étaient déjà, pour la plupart, initiés à une saine théologie, chacun dans son diocèse ou dans son couvent, se récrièrent contre les principes inouïs qu'on leur inculquait. D'ailleurs la grossièreté de leurs directeurs, nommément de l'abbé Stôeger, et la vie peu édifiante de leurs nouveaux maîtres les révoltaient au plus haut point. Cette jeunesse ardente, échauffée d'ailleurs par le mécontentement de tout le pays, en vint, le 7 décembre, à des invectives, des menaces, des voies de fait (i). On arrêta quelques instigateurs ; mais au bout de peu de jours les poursuites judiciaires furent abandonnées et les jeunes prisonniers mis en liberté, mais avec la peine d'exclusion à perpétuité. Une grande partie de leurs condisciples quittèrent avec eux ce prétendu séminaire qui leur semblait une caserne. Le 11 décembre, le cardinal-archevêque adressa aux séminaristes une lettre très-forte, et le 18, tout paraissait rentré dans Tordre (2).
Cependant le séminaire-général ne survécut pas
(1) « Plusieurs professeurs étaient signalés, les uns par leurs doctrines hasardées, les autres par la licence de leur conduite ou la brutalité de leurs mœurs. Leur position était difficile ; ils la tendirent plus difficile encore par l'abus qu'ils firent de leur autorité, au risque de compromettre toujours davantage le prince qui leur avait accordé sa confiance. • Borgnet, Histoire précitée, 1, 72.
(3) Voir dans les Râprés. Btlgiques, RecneilII, In partie, p. 171-207 la Relation fidèle des troubles arrivés au séminaire de Louvain en 1786 et 1787.
beaucoup à cette première débâcle. Les professseurs reprirent leurs leçons sans se départir du plan qui leur était prescrit. Cette fois, les étudiants ne troublèrent plus la tranquillité; mais ils se retirèrent spontanément, les uns après les autres, au point que sur trois cents il n'en resta plus qu'une trentaine. Les séminaires diocésains commencèrent dès lors à se repeupler peu à peu. L'empereur fut piqué au vif de ce qui se passait à Louvain, et son courroux s'appesantit sur les plus hautes sommités du clergé. Le nonce apostolique, Son Excellence Antoine Félix Zondadari, coupable d'avoir fait imprimer, sans placet, cent, peut-être deux cents exemplaires du bref Super solidilate pour les Missions d'Angleterre et de Hollande, reçut son congé dans les termes suivants : « Sa Majesté, sur le rapport qu elle a 5> eu de votre conduite dans l'aflfaire de la bulle [lisez : » du bref) qui porte condamnation de louvrage d'Eyj» bel, veut que dans le terme de huit jours vous vous « retiriez avec votre auditeur hors de Bruxelles, et y* dans quinze jours hors des provinces belgiques de r> sa domination. Bruxelles, le 14 février 1787. Crum- » pipen (i). » Le cardinal-archevêque fut fiscalement examiné et interrogé par le procureur-général de Brabant, si le nonce ne lui avait pas remis des exemplaires de ce bref (2). Bien plus, il fut mandé à la cour de Vienne, pour y rendre en personne compte des événements, mais surtout de ce qui s'était passé à Louvain.
(J) Recueil If, 2e partie, pag. 114. Voir le Recaeil 11, !« partie, pag. 203. Zondadari se retira d'abord à Saint-Trond, pais à Liège, continuant à gérer les affaires de la nonciatare belge. Depuis lors, Joseph U ne voulut plus admettre de nonce apostolique à Bruxelles.
(2) Voir sa réponse dans le Recaeil II, 2e partie, pag. 116.