XVII
Obligé de partir, malgré la rigueur de la saison (c'était au milieu de février 1787), et sans qu'on lui laissât le temps d'expédier les araires les plus pressantes du diocèse, il se rendit à la capitale. Arrivé là (3 mars), il présenta deux mémoires explicatifs (i). L'empereur avait fait un accueil assez poli à sa personne ; mais quant aux mémoires, il les apostilla par cette phrase brutale : V archevêque doit changer : plier ou casser. « Il est fermement décidé, ajoutait-il, qu'il » ne partira pas d'ici qu'il n'ait pris Tun ou l'autre de » ces deux partis, étant fort égal à la religion et à » l'État qu'un Franckenberg soit archevêque de Ma- » Unes ; mais il importe beaucoup que le chef de TÉ- 9» glise Belgique soit imbu de bons principes, aussi « docile que zélé à les suivre et à les faire adopter par » tout son clergé (2). »
Pendant son séjour dans la capitale d'Autriche, Jean-Henri donna souvent de ses nouvelles à son confesseur, M. Abremez, résidant à Bruxelles. En lui écrivant à la fin de juin 1787 qu'il ne pouvait encore, rien dire de certain sur le temps où il verrait la fin de son exil (3), il ajoutait :
Ce qa'il j a de sûr, c'est que je n'aurai point la satisfaction de revenir avec le rameau de la paix, cette importante affaire devant être décidée
(1) Dans l'ouvrage de M. Gérard : Ferdinand RapéJius de Berg^ Mémoires et Documents^ t. II, pag. 21 (Bruxelles 1843), on trouve les demandes principales du cardinal.
(2) Borgnet, ouvrage précité, page 73.
(3) Il devait attendre le retour de l'empereur qui était piirti pour Cherson, en Grimée, afin de s'y aboucher avec la tsarine Catherine II .
bien plus tôt. Monsieur Streing, courrier arrivé ici du Pays-Bas, attend le retour d*un courrier envoyé à Lemberg qui portera ia décision. Ce sera donc lui qui, comme je Tespère, sera la colombe, sort que je lui envie sans doute. £n attendant, redoublons nos prières, afin que le Seignear daigne rétablir la tranquillité dans notre pays, et qu'il me fasse retrouver mon troupeau consolé et heareux. Je continae toujours, grâce à Dieu, de jouir d'une parfaite santé.
L'absence prolongée de Jean-Henri donna des inquiétudes à ses ouailles. Le chapitre métropolitain, en envoyant aux gouverneurs-généraux des remontrances sur les infractions multiples faites aux droits du clergé, réclama avec force le retour de son premier Pasteur. « Fuissions-nous, disaient les plaignants, avoir le bonheur de le revoir bientôt! On nous le fait espérer, il est vrai ; mais que d'inquiétudes ces délais continuels ne causent-ils pas à ses fldèles diocésains! Aussi longtemps que nous ne le verrons pas rendu à son troupeau, nous avons raison de craindre que ceux qui par leurs rapports sont parvenus à le faire appeler à Vienne, ne réussissent encore à ly faire retenir (i). »
On eut môme recours à des influences étrangères pour obtenir le retour du vénéré cardinal. Son confesseur, M. d'Abremez, écrivit une touchante lettre à S. A. R. Madame Louis-Marie, prieure des carmélites de Saint-Denis, pour implorer sa haute protection et
(1) Malines 22 juin 1787, dans le Recueil II, 3« partie, pages 926. Les États de Flandre joignirent leurs supplications à celles du chapitre pour le retour du cardinal, Recueil H, 4« partie, p. 25. La (yhàtellenie d*Audenarde écrivit, à son tour, aux gouverneurs généraux : « Nous I voyons nos évéques, nos chefs d'ordres, nos curés, alarmés, abattus, consternés ; l'archevêque appelé à trois cents lieues de son diocèse, lui en qui les Pays-Bas révèrent un prélat aussi distingué par ses mœurs que par sa piété. • Recueil I, 3e partie, p. 71.
premiêhe période. 179
son crédit auprès du roi de France, « afin, dit-îl, qu'il plaise à S. M. de nous obtenir de l'empereur le prompc retour de cet éminent Pontife, qui doit subir à Vienne un rude martyre (i) . »
Par un billet du 8 juillet 1787, le cardinal écrivit à M. Abremez que S. M. de retour à Vienne venait de l'autoriser à reprendre le chemin de son diocèse. Le 15 suivant, il arriva à Bruxelles. Il n'avait rien obtenu de la cour, mais aussi il n'avait rien cédé. Son peuple le reçut de nouveau avec des témoignages magnifiques d'allégresse et de vénération .
Les cours du séminaire-général, interrompus par la résistance des élèves, se rouvrirent le P"" novembre, et leurs maîtres se mirent à développer les témérités fébroniennes dans toute leur crudité. Les évêques comprirent qu'ils avaient eu tort de compter sur la loyauté du princeet surlespromes ses de ses agents . Alarmés pour la foi et les âmes, ils durent revenir sur leur décision et résolurent à l'unanimité de ne plus envoyer leurs sujets à Louvain. A partir de cette décision, le séminaire fut dépeuplé et les professeurs essuyèrent le dépit de parler dans une salle à peu près vide d'auditeurs.
Jean-Henri demeura ferme dans son refus à envoyer
(1) Cette lettre est reproduite dans les Précis hishriquês de 1873, p. 113. Les Précii (1873, 1874 et 1875) peignent le Cardinal d'après sa oorrespondance intime. Le savant P. Victor De Buck, de vénérée mémoire, qui est l'auteur de la Notice qu'on y trouve, m'a fait connaitre plusieurs choses qui m'ont i$etvi pour rédiger la présente Étude.
180 JEAN-HBNRl DE FRANCKENBERG.
encore ses sujets à Louvain. Ayant reçu de la part du comte Ferdinand de Trauttmansdorff (i) une dépêche impériale (17 janvier 1788) qui l'accusait de désobéissance formelle au souverain, il répondit, le lendemain, à cette incrimination avec science et dignité. Après avoir rappelé à l'empereur le précepte positif qui oblige tous les évéques à enseigner la science de la religion, précepte appuyé de toute la puissance du Fils de Dieu, il ajoute : « Je ne me persuaderai donc jamais que » V. M. veuille regarder l'impossibilité de mon con- 9) cours au séminaire-général comme une opposition à » ses ordres, croyant avoir, par toutes mes démarches, » rendu à César ce qui est à César, et me trouvant main- » tenant dans l'indispensable obligation de rendre à » Dieu ce qui est à Dieu (2). » Dans le cours du môme mois, il se vit condamné par le grand-conseil de Malines à une amende de mille écus pour avoir permis d'enseigner la théologie dans son séminaire diocésain (3); mais il protesta devant cette cour jusqu'à trois reprises contre ce décret illégal et inique, repoussant d'avance toute interprétation sinistre de sa conduite. «Au reste, » ajoute-t-il, je n'ai que cette alternative, d'obéir à
(1) Arrivé à Braxelles le 25 octobre 1787 en qualité de miiii9tre plénipotentaire de S. M. I. et R. auprès de LL. AA. RR. et de président da conseil royal da gouvernement. II mourut en 1827. ,
(2) Recueil XI, Supplément, pag. 84.
(3) «... Rapport fait, la Cour défend an cardinal -archevêque de ICalines de faire enseigner la théologie au séminaire archiépiscopal, à peine de 1000 écus d'amende, et à tous professeurs ou auteurs d'y donner dea leçons publiques ou particulières en cette science, à peine d'une amende de 50 écus... Fait à Malines le 12 janvier 1780. « SigiJ £. Richterich (greffier du Grand-Conseil de S. M. I. et R.) Voir Mapédiut de Berç, 1. 1, p. 32é.
9» Dieu OU aux hommes, dans la cause de Dieu, et je 1 marcherai à pieds fermes, assuré (fun sauf-con'
y> duit (l). »
Joseph II avait juré d'aller jusqu'au bout. Son ministre plénipotentiaire, s'imaginant à tort que le seul motif de l'opposition des évéques était le danger des nouvelles doctrines, lui suggéra l'idée d'ordonner au cardinal de se rendre à Louvain pour y être le témoin auriculaire de l'enseignement qui s'y donnait. Sur les représentations du prélat qu'il semblait assez peu convenable de se mettre sur les bancs de l'école, on daigna user de condescendance, en lui permettant de proposer par écrit les questions sur lesquelles il voudrait être rassuré. C'était un piège qu'on lui tendait. S'il refusait d'accepter la mission, on le taxerait d'opposition aveugle et déraisonnable ; s'il acceptait, les professeurs lui soumettraient des réponses orthodoxes; puis la cour solliciterait une approbation authentique de tout l'enseignement impérial.
Une pressante dépêche des gouverneurs-généraux aux États de Brabant (17 juillet 1788) insistait sur la nécessité que les évéques se prononçassent sur l'orthodoxie de l'enseignement de Louvain et les taxait d'opiniâtreté et d'entêtement {2). Son Eminence y répondit par une nouvelle représentation, dans laquelle elle exprimait en abrégé les motifs qui empêchaient les évéques de concourir, soit directement soit indirectement, à l'établissement de l'institut de Louvain. On y lisait :
(1) Recueil XI, Sapplémenti pag. 88-90.
(9) Recaeil XII, p. 238 et sqq.
Le point capital de toutes les réclamations des évèqaes ne porte point nniquement sur la pureté de la doctrine, mais bien plus encore sur la vérité et la solidité des principes suivants :
1^ Que J.-C. n'a donné sa mission pour tout ce qui concerne la religion qu'à saint Pierre, aux Apôires et à leurs successeurs, et noM pas aux Prince» de la terre, et que par conséquent il ne peut appartenir à l'autorité souveraine d'ériger, d'organiser et d'administrer une école où soit enseignée la science de U religion, puisqu'alors une telle . école, ,^»/e ée miiêion légitime, ne dériveroit plus de cette soures divine et unique d'où doit sortir tout enseignement des vérités de la reLgion.
2^ Que bien moins encore cette même autorité, pour favoriser cette nouvelle institution, pourroit abolir ^es écoles de théologie dans les se minaires épiscopanx, institués et administrés en tout temps par l'auto nté de l'Eglise et dont l'usage constant, qui date de la plus haute antiquité, a été renouvelé et confirmé par le sacré Concile de Trente : ce qui forme pour le droit des évêques une possession légitime» incontestable et immémoriale.
3o Que le Plan du iéminàire-génfral viee à renverser tous le* droits du Sacerdoce et de VEpiicopat, en réduisant tout le ministère dea évêques, quant à renseignement , d'actif qu'il est essentiellement, à une influence purement passive, inopérante et inefficace, et en faisant des j uges de la doctrine de simples surveillants et des délateurs de l'erreur de la puissance séculière, dont il ne leur est pas permis de reconnaître le tribunal comme compétent sur ce point,
4o Qae ce plan confondroit l'ordre hiérarchique établi dans l'Église, autorisant les évêques à surveiller la doctrine dans le diocèse de Matines où le séminaire-général se trouveroit, et d'y redresser par eux-mêmes les professeurs qui s'écarteraieot de U vérité, tandis qu'un tel droit ne peut appartenir qu'à l'Ordjnaire seul, les autres évêques ne pouvant exercer aucun acte de juridiction hors des limites de leurs diocèses, excepté dans le cas d'un Concile canoniquement convoqué. D'un autre côté, en conservant à l'Archevêque de Malines son droit, on blesseroit la juridictitn des autres évêques, qui, obligés d'envoyer leurs étudiants en théologie à Louvain, hors de leurs diocèses, ne pourroient plus juger par euxmêmes de la doctrine qu'on leur enseigneroit.
6o Qu'enfin les évêques ne peuvent concourir à un établissement qui les priveroit du droit radical et inséparable de Tépiscopat d'enseigner la science de la religiozl dans toute l'étendue de leurs diocèses, et qui détruiroit en même temps leurs séminaires, fondés pour la plupart par la
générosité de lears prédécessears, pour l'avantage de leurs diocéaaias ; sur lesquels les chapitres de leurs cathédrales, aussi bien que les boursiers, qui j étaient entretenus dans leur propre pays, à portée de leurs parents, ont des droits incontestables, que les évêques, à leur sacre et en prenant possession do leurs sièges, ont promis de conserver et de soutenir sott8 serment.
Après avoir exprimé les principaux obstacles qui empêchent les évêques de prêter leur concours au séminaire-général, le cardinal s'explique ingénument sur la conduite qu'ils ont tenue en 1786, en envoyant à Louvain les jeunes théologiens :
Cette conduite est d'abord une preuve de leur empressement à aller au-devant des intentions de S. M. dont on pressoit alors vivement l'exécution, ce qui produisit en eux une espèce de perplexité, qui les empêcha de faire au même instant toutes les réflexions dont la matière est susceptible, et ils se bornèrent uniquement peur lors à la recherche des moyens d'assurer la pureté de doctrine... Maïs l'expérience ne tarda pas' -à leur montrer que la puissance civile ne l'entendoit pas ainsi; 'qu'au contraire les droits inaliénables du sacerdoce y étoient compromis... (En outre) on commença bientôt à débiter des définitions nouvelles et inusitées, et des propositions équivoques, qui firent craindre qu'on ne voulût renouveler la doctrine d'une secte qui avoit causé autrefois tant de troubles dans ce pays. De là résulta une aversion générale du clergé et du peuple pour cet établissement, qui occasionna une multitude de réclamations et de représentations de tous les ordres de l'État... Il n'est donc pas surprenant que les évêques des Pays-Bas, après avoir donné des preuves de leur déférence aux volontés de S. M., n'aient pas pu dans la suite prêter leur concours à cet établissement, qui étoit devenu visibUnMnt firéjudieiable à leurs droite, et un objet d^ aversion pour toute ta nation (1).
Quant à moi, je n'ai aucune difficulté d'avouer que les différentes représentations dos évêques, des États et des chapitres de ces provinces
(1) Mgr Nelis, évêque d'Anvirs, parlant incidemment de la condescendance qu'il avait montrée en 1786, écrivit le 12 mars 1789 à l'empereur qu'il ne voulait pas discuter * si et jusqu'à quel point il avait satis- '• fait en ce temps là aux devoirs qu'il avait à remplir. • (Syn, Belg^ III, 603. Voir aussi la lettre du 18 octobre 1787, ibid, 67é).
m'ont fait faire plosienrs réflexions essentielles qui m'avoient d'abofd échappé, en me mettant sons les jeux des devoirs indispensables de moi ministère à remplir et des droits inaliénables à soutenir : d'où j'ai tiré une entière conviction et la plus intime persuasion de ma oonscienoe, que, malgré mon désir sincère de témoigner en toute occasion à S. M. Is plus parfaite soumission à tous ses ordres, je ne pourrois pas, sans manquer à ce que je dois à Dieu, à TÉglise et à mon siège, concourir à l'établissement du séminaire-général, dans lequel, comme je crois l'avoir prouvé, je trouve évidemment des dangers réels pour la doctrine, des préjudices considérables aux droits des évêqqea et une opposition manifeste aux serments que j'ai prêtés (1).
Néanmoins la chancellerie du cabinet de Bruxelles insistait toujours pour faire examiner la doctrine des professeurs de Louvain. De nouvelles dépêches furent envoyées aux évoques, et le souverain n'y cachait pas sa colère. Rappelons celle du 24 février 1789 : « Nous vous passons la présente pour vous dire que c'est notre intention absolue que tous les théologiens de votre diocèse, qui n'ont pas encore achevé leur cours d'étude, se rendent avant le 15 du mois de mars prochain au séminaire-général de Louvain, vous chargeant en conséquence de leur signifier nos présents ordres... à peine de désobéissance et de saisie de votre temporel que nous ferons exécuter immédiatement (2). » Par une autre dépêche du même jour, adressée au cardinal, l'empereur lui ordonnait de se trouver sans faute à Louvain, le b mars, le prévenant qu'en cas de désobéissance ultérieure, le temporel de l'archevêché serait immédiatement saisi (3).
Le cardinal répondit à l'empereur qu'il se garderait
(1) Eeprés. Belffiques, recueil XII, pag. S59-266. (3) Recueil XIII, pag. 130.
(8) Ibid. p. 129.
bien de se prononcer seul sur la doctrine, puisque les autres évoques du pays étaient également les premiers juges de la foi dans leurs diocèses. « Il seroit môme » à désirer, ajoutait-il, que sur un point aqssi essentiel » il pût y avoir un synode provincial ou une assemblée » générale des évéques des Pays-Bas, assemblée dont » je ne saurois assez vivement supplier V. M. de me » permettre la convocation (i). y> Il dit aussi qu'il lui est tout-à-fait impossible d'intimer aux théologiens de son diocèse Tordre de se rendre au séminaire-général; car ce serait leur insinuer à tort qu'il a tous ses apaisements sur cet établissement. « Je ne saurois en aucun » temps, ajouta-t-il, démentir mes principes, ni m'em- » pêcher de les développer à V. M. avec cette can- » deur d'âme et toute la franchise que je lui dois, per- » suadé d'ailleurs qu'elle ne pourra jamais envisager » comme une désobéissance l'impossibilité d'agir contre » la conviction intime de ma conscience, et qu'elle me » rendra la justice de me croire aussi peu capable de » faire servir ma conscience de prétexte que de la tra- » hir par la crainte de perdre mon temporel (2). » Ce langage était digne d'un homme bien élevé et d'un évoque. Trauttmansdorff répliqua par ce billet de caserne:
.(1) Ibid. p. 134. Déjà vers la fin de 178Ô, le cardinal avait demandé l'autorisation de tenir un concile provincial ou national. Voir Syn. Belg> II, 532.
(2) Lettre do 4 mars 1789. Reprit. Belgique», Recueil XIII, pages 132.135. — Les évéques d'Ypres et de Bruges répondirent qu'ils avaient fait connaître à leurs séminaristes la dépêche du 4 février, mais en ajoutant une nouvelle protestation contre le séminaire général ; les évoques d'Anvers et de Namur répondirent comme le cardinal, qu'ils ne pouvaient exécuter Tordre intimé par ladite dépêche. Recueil XIII, p. 147-155.
Comme la conscience que V. Em. allègue sans cesse depuis 17S7, lui donne assez de courage pour désobéir de la façon la plus soutenue et la plus marquée a son souverain, elle lui en donnera également assez sacs doute pour résigner entre les mains de S. M. des dignités qui la mettent dans la cruelle alternative d'être infidèle à son souverain ou à cette conscience qu'elle laisse si • aveuglément diriger. C'est cette démarche qui prouvera à l'empereur et à tout le pays qu'on instruira légalement de ce que vous ferez on ne ferez pas à cet égard, en combien votre conduite ne TOUS sert que de prétexte.
C'est cette démarche aussi qui est l'unique moyen d'éviter le scandale que V. £m. va donner, si elle m'oblige, en ne se rendant pas de bonne grâce etau jour marqué à Louvain, d'exécuter d'abord les ordres de S. M., ordres terribles, qui effectueront la même chose avec pins d'éclat, el dont les circonstances sont sans exemple, ainsi que l'est aussi la désobéissance, par laquelle V. Enn, se dérobe elle-même comme yictimequi doit être Immolée à la juste vengeance de l'empereur... (2).
Jean-Henri répondit sur-le-champ qu'il se trouverait à Louvain le lendemain soir, 8 mars, jour âxé, et reçut en réponse une nouvelle missive où Trauttmansdorff lui faisait encore la leçon avec l'urbanité habituelle aux troupiers (3).
La résolution du cardinal réjouit les partisans de la cour et effraya les bons catholiques. Trauttmansdorff crut qu'il avait remporté une victoire complète; d'autre part, les catholiques soupçonnèrent que le cardinal était de connivence avec le gouvernement (4). On va voir que la joie des uns et la crainte des autres n'étaient pas fondées.
(2) Ibid., p. 135.
(3) Ibid., pp. 136 et 137.
(é) Le cardinal l'atteste dans son dernier rapport quadriennal : « £cce subito exoritur apud vulgus damor, abire me in Caesaris sententiaoïf suffragari errori, communicare cum scbismatiois, et id genus alia. «
PKEMIÈEE PÉRIODE. 187
Le cardinal, arrivant à Louvain, fut complimenté par les cinq professeurs de la nouvelle faculté de théologie, et prit sa résidence à l'abbaye de -Sainte-Gertfude, prêt à commencer l'enquête doctrinale. Dans ce travail délicat il était assisté de trois savants ecclésiastiques dont la mémoire mérite d'être conservée : M. Duvivier, de Mons, licencié en droit canon, protonotaire apostolique et secrétaire de l'archevêque; le chanoine Van Ry menant, de Malines, officiai et archiprôtre de l'église métropolitaine, et le P. Vincent Herffs, de Millen (Juliers), de l'ordre des Frères-Prêcheurs, docteur-régent de la. faculté de théologie (i).
Il s'agissait de savoir, en premier lieu, quels étaient les sentiments des professeurs de Louvain relativement à certains points capitaux de la doctrine catholique, en particulier ceux qui avaient fait naître les inquiétudes du public; secondement, quelles étaient les doctrines enseignées dans les livres dont les professeurs et les élèves se servaient pour l'étude de la théologie, du droit canon et de l'histoire ecclésiastique. Sur ces deux points devait rouler tout l'examen.
Suivant le conseil de son secrétaire Du vivier. Son Ëminence commença par proposer aux professeurs deux questions capitales et qui devaient en quelque sorte trancher le nœud gordien de cette cause : « P les n évoques, ont-il, de droit divin, le pouvoir d'enseigner 9) et d'instruire en tout temps, par eux-mêmes ou par " d'autres, non-seulement en faisant le catéchisme et en
(1) Le P. Herffs mourut en 1801 dans l'abbaye de Parc. >
188 JEAN-HENRI DS FBA5CKENBEKO.
s» prêchant, mais aussi en enseignant la théologie à f> ceux qui aspirent à l'État ecclésiastique? 2^ ce droit 99 peut-il être empêché ou restreint par la puissance n séculière? n
Les professeurs, pris eux-mêmes au piège quils n avaient pas prévu, prétendirent que les deux questions, si embarrassantes pour eux, ne tenaient pas au dogme et recoururent à Trautlmansdorff. Celui-ci envoya, dès le lendemain, 11 mars, au cardinal-archevêque une dépêche concise passablement grossière, et interdit à la Faculté de répondre (i). Le 12 mars, le prélat répondit que ces deux questions tenaient essentiellement au dogme, et déclara que, jusqu'à ce quon y eût répondu, il lui serait impossible d'avouer la pureté de la doctrine enseignée à Louvain. (2) Le ministre notifia au prélat (13 mars) qu'il venait d'autoriser la réponse, « pour faire cesser une bonne fois l'insulte 99 faite à la personne de S. M. en mettant en doute ses » sentiments .et ses principes en matière de religion (s).» Le 30 mars, nouvelle missive écrite par le ministre plénipotentiaire au nom de l'empereur et plus révoltante encore pour la forme ei pour le fond (4).
Sire, répondit le Pontife outragé, si je devoîs attribaer à la personne de V. M. les choses désagréables et flétrissantes pour ma réputation qni se trouvent dans la dépèche du 30 mars, mon unique recoors seroit la patience, le silence et la consolation que j'aurois d'avoir été digne de sou£frir pour Jésus-Christ, dont je crois défendre la caïue. Mais je ne saurois croire que V. M. ait pu me prêter par sa reoonnais-
(1) RecueilXIII, p. 141.
(2) Ibid. pag. 14S.
(3) Ibid. p. 143.
(4) Ibid. p. 164.
FBBHIBRE PÉRIODE. 189
sance partioalière les impatations que contient cette dépêche... An reste, poar convaincre V. M. que la eapUosUé, les tergiversations ^ tl{ aucunes manœuvres de ce genre, moyens toujours indignes d'un homme d'honneur et à la plus forte raison d'un évêque, n'ont eu aucune part à la conduite que j'ai tenue depuis mon arrivée à Louvain, j'ai recommencé l'examen de la doctrine qu'on y enseigne.
Après ce préambule, il fait observer V que les évoques ayant droit de connaître et de juger les doctrines, il est nécessairement de leur compétence de décider avant tout ce qui est point doctrinal et ce qui ne Test pas ; 2° qu'ils doivent regarder comme hétérodoxe toute doctrine que TÊglise a proscrite comme telle ou qui est contraire à sa croyance universelle ; S"" que l'enseignement catholique n'exclut pas seulement tout ce qui serait manifestement contraire à la foi, mais aussi toute proposition malsonnante, téméraire, scandaleuse ou notée de toute autre qualification qui est d'usage au for de l'Église en cette matière. Il conclut que les deux questions qu'il a posées étant véritablement dogmatiques, il ne pourra jamais reconnaître pour orthodoxe une école qui refuserait de les avouerclairement et catégoriquement (i).
L'examen put se continuer ; il se termina, le 16 juin, et le résultat fut tel que le corps épiscopal lavait prévu.
On trouve dans les documents de l'époque que le cardinal fut mandé, le 15 juin 1789, à l'hôtel du ministre plénipotentiaire,' qui lui remit une lettre signée de S. M. I. et « ordonnant au cardinal de donner dans les mngt-quatre heures sa déclaration sur la doctrine de Louvain, pour faire cesser les inquiétudes du peu-
(1) Ibid., p. 165-169.
190 JEAX-HENRI DE FRAXCKKNBERO.
pie. ?» Le lendemain, vers les six heures de relevée.
■ arriva à Malines un courrier du cabinet pour prendre
la déclaration exigée. Elle était conçue comme suit :
Jean-Henri, par la miséricorde de Dieu, etc. Nous trouvant requis et pressé par S. M. l'Empereur et Roi de lui déclarer, dans la journée d'aujonrd^hui, le résultat de Texamen doctrinal que Nous vous fait à Louvain, Nous déclarons qu'après avoir mûrement délibéré tant sur les réponses qui Nous ont été rendues par les professeurs aux questions que Nous leur avons proposées (1), que sur les livres classiques. Nous avons trouvé sur ces deux objets plusieurs chefs de rôpréhensibilité très-notables : de sorte que Nous sommes forcé de regarder l'enseignement de cette école comme non orthodoxe, comme Nous ferons constater par les détails et les preuves que Nous ne cesserons pas d*en donner. Fait à Malines, le 16 juin 1789. — Jean-Henri, cardinal- archevêque de Malines. — Par ordonnance, J.-H. Duvivier, secrétaire (2).
Ce jugement sommaire fut suivi, le 26 suivant, d'un long mémoire, intitulé : Déclaration^ où Mgr de Franckenberg prouvait en détail que l'enseignement de Louvain était répréhensible en plusieurs points et non orthodoxe. La Déclaration doctrinale^ chef-d'œuvre d'exactitude scientifique et de modération, parut clandestinement (3) au mois de juillet ou d'août 1789 (in-4, de 110 pages, sans lieu d'impression;) au mois de juin 1790, le cardinal en donna une édition officielle (in-S»
(1) De Mazières, Marant, Sentelet, Dillen et Wouters, Ces messieurs se firent un bien triste renom. On petit voir leurs notices dans Ferdinand Rapédius de Berg^ t. \ltpa99im\ sur Mazières, cfr. C Annuaire de VUnivertité Catholique^ année 1848, pag. 286.
(2) Recueil XIV, 1.
(3) Une copie de l'original avait été envoyée,- à l'insn de Jean-Henri, à l'imprimeur Michel, par M. Adrien Oomen, secrétaire de Tévéque d'Anvers. 1/édition fut soignée par M. O'Hearn, professeur d'éloquence sacrée à Louvain, et par M. Cjpers, professeur de syntaxe. {Syn, Belg. II, 11).
Malines, chez Hanicq). Ce jugement doctrinal, prononcé par un juge naturel de la foi, fut confirmé par l'adhésion des évêques d'Anvers, dTpres, de Ruremonde, de Bruges, d'Arras, de Tachevêque de Cambrai, des vicaires-généraux de Tournai, de l'ancienne Faculté théologique de l'Université dé Louvain, et enfin de la Faculté théologique de Douai. Le pape Pie VI chargea lo nonce Zondadari, alors résidant à Liège, de faire connaître son approbation de la Déclaration et combla d'éloges la piété, le zèle et la sciencô du cardinal -archevêque (i).
Un décret impérial, daté de Bruxelles 16 septembre 1789, fut envoyé à la faculté joséphiste de théologie de Louvain, ^ enjoignant de continuer l'enseignement sur le pied porté par la direction que l'empereur a décrétée pour la faculté, et interdisant de prendre aucun égard aux déclarations du cardinal, qui, quoique imprimées furtivement, ne peuvent avoir ni produire aucun effet, non plus que toute autre disposition émanée de l'autorité ecclésiastique, sans le visa et l'attache de notre gouvernement-général (2). »
Quelques semaines plus tard, le môme, gouvernement se vit humilié. Trauttmansdorff publia, le 20 novembre, cet édit : « Nous déclarons par la présente » que le séminaire de Louvain doit venir entièrement > à cesser, et que nous suspendons l'enseignement de » la théologie à Louvain, ainsi que du droit ecclésias- » tique à Bruxelles. » Le ministre ajoute que l'empe-
(1) La Déclaration doctrinale et les pièces y relatives se trouvent dans \QSyn. Be\g. 11,78-184.
(2) Recueil XVII, 22.
19£ JEAN-HBNRI DE FBANCKBNBBR6.
reur a appris avec une peine extrême qu'une quantité (f innocents ont été appréhendés et mis en prison comme coupables de complots contre la sûreté publique, et que désormais on n'arrêtera ^plus personne que selon les lois et les règles établies (i). La justice de TËtat vint trop tard, comme nous allons voir.
Tant que Tempereur n avait touché qu'aux institutions ecclésiastiques, on n'avait pas entendu parler de troubles ou d'émeute. Les populations, il est vrai, étaient profondément aigries, et le clergé, par l'organe des évêques et des chapitres, faisait d'énergiques réclamations; mais ce ne fut que lorsque Joseph II mit aussi la main sur l'ordre civil et administratif que l'opposition prit un caractère menaçant. Assurément, les intérêts ecclésiastiques eurent une grande influence sur les événements ; mais affirmer, comme le fait l'auteur de Ferdinand Rapédius de Berg (2) que « ce fut le y» clergé surtout qui contribua à exaspérer les esprits » et à les pousser à la révolution, " c'est émettre une assertion que tous les faits contredisent.
Enfin, du mécontentement on en vint à la résistance ouverte; on courut aux armes pro aris et focis; les
(1) Recueil XV, 33.
(2) Tom. II, p. 158. Voîoi ce que dit un historien non suspect : «Le caractère essentiellement catholique du mouyement a fait eza^rer la part qu'y prit l'élément clérical, part qui fut considérable sans être exclusive. L'opposition ne se montra réellement menaçante que lorsque Joseph II, après avoir bouleversé les institutions religieuses, menaça aussi l'ordre civil. • Borgnet, Hùioin des Belles précitée, I, 73.
Autrichiens furent battus par les patriotes ; les trois ordres de Brabant lancèrent un manifeste (24 octobre 1789) dans lequel ils déclaraient le duc Joseph II parjure et en état de déchéance, La Flandre, la seigneurie de Malines et successivement les autres provinces accédèrent au manifeste. A la fin de 1789, toutes nos provinces, à l'exception du Luxembourg, avaient reconquis la liberté. Les Etats prirent la souveraineté et se fédérèrent peu après sous le nom d'ÉlatS'JBelgiqueS'Unis. L'acte d'union fut signé le 10 janvier 1790 (i).
Ce n'est pas ici le lieu de retracer tous les incidents d'une révolution singulièrement heureuse dans ses débuts, mais très-mal conduite et condamnée à un succès passager.. Bornons-nous à rappeler que dans ces délicates conjonctures, où le clergé se trouvait placé, pour ainsi dire, entre Dieu et César, entre sa conscience et la' patrie, Téminent métropolitain et les autres évoques belges défendirent noblement et courageusement les intérêts de la religion et de la patrie, sanç oublier un instant ce qu'ils devaient à l'État. Trauttmansdorff, ministre plénipotentiaire de S. M. L, lança contre Jean-Henri un mandat d'amener inutile, et écrivit, le 28 octobre, une lettre des "plus grossières :
Toute votre condaite, dit-il, prouve assez que vous oies l'an des principaux chefs de cette insurrection scandaleuse. Dans ces circonstances, et en attendant les poursaites que le ministère public doit intenter
(1) Le manifeste du peuple brabançon est dans le Recueil XIV, pag. 258-292; celui de Flandre, Recueil XV, pag. 159-177; le traité d'union et établissement du Congrès souverain des États-Belgiques unis, ibid. 31-36. Il faut lire les deux premières pièces pour avoir une idée exacte des griefs de la nation.
104 JEAX-HKNUI DE FRAN'CKEXBKRG.
inoesaaiDiDent en jostioe, pour vous faire ponir oomme toos le méritez, je vous signifie de la part de S. M. l'injonction de lai renrojer incessamment les marques de la Grande-Croix de l'Ordre de Saint-Etienne, ainsi que le décret ^ui vous a nommé conseiller d'État intime, honneur dont vous vous êtes rendu m indigne, etc. (I).
Le cardinal, qai s'était retiré à temps dans nn endroit sûr, à la campagne, répliqua au ministre' avec une sainte indignation :
...Vous dites, sana balancer, que je suis un des principaux chefs de l'insurrection qui s'est manifestée sur les frontières des Provinces- Unies. Avez- vous bien réfléchi à l'injure atroce que vous me faites par une telle supposition dépourvue de tout fondement? Je prends le ciel et la terre i témoin que je n'ai jamais eu aucune part ni influence quelconque à l'insurrection; les Pays-Bas entiers attesteront cette vérité et me rendront justice à cet égard ; et je défie qui que ce soit, sans exception, de pouvoir en donner la moindre preuve. Je ne me suis pas absenté un seul instant de mon diocèse, ayant constamment demeuré à Bruxelles, à Malines ou à Louvain, ne m'occupant que des devoirs de mon uiiuistète, et levant sans cesse les mains au ciel, pour conjurer le Dieu de la paix de ramener la tranquilleté publique, et d'empêcher surtout l'efl'uaion du sang humain. D*ailleurs, je n*ai pris la résolution de quitter Thôtel de l'archevêché qu'après qu'il était investi par des solda t<< armés pour m'enlevei conformément a vos menaces. Devais-je donc me livrer entre leurs mains, concourir moi-même à l'outrage qu'on allait me faire dans une des principales villes de mon diocèse, et m'esposer à un éclat qui, dans les circonstances présentes, aurait pu exciter un tumulte dans le peuple, dont on aurait peut-être encore voulu me rendre responsable?... Ma retraite n'était elle pas conforme au droit naturel, et par là pleinement justifiée?... Quant à la Grande-Croix de TOidre de Saint-Étienne et aux patentes de
(1) Reprit, Bâlffiques, tom. XV, pag. 18. Voir t^i^., pag. 265, une lettre injurieuse pour le cardinal écrite, le 14 novembre 1789, par le baron de Slassart à Noirmont à M. Goubau d'Hovorst, conseiller fiscal an grand-conseil de Malines. En 1787, de Stassart, alors conseiller fiscal au grand conseil, ordonna aux baillis de la province de Malines de veiller de près aux sermons, aux discours et aux démarches des ecclésiastiques, parce que ces MM. sont imbus des principes ultramontains qui viennent d'être proscrits dans l'enseignement de théologie. Voir sa lettre dans le Kecueil II, 2e partie, pag. 54.
conseiller d'état intime et actael, ces marques honorables de la bienveillance de l'auguste Marie-Thérèse, qui m'en a décoré, il y a trente ans, me sont bien trop chères et trop précieuses pour vouloir m'en dépouiller moi-même sur une simple injonction de votre part dans une lettre particulière et injurieuse. J'attendrai là-dessus des ordres plus précis et directs de S. M. elle-même, me confiant dans sa justice... (1).
Les autres évoques de la Belgique, à Texemple du primat, s'étîaient retirés soit en Hollande soit dans quelque endroit caché de leur diocèse, afin d'enlever au gouvernement jusqu'au moindre prétexte de les accuser de complicité dans le soulèvement. De son côté, Trauttmansdorff faisait tous ses efforts pour calmer les esprits et annonça môme aux Belges que l'Empereur retirait toutes les innovations tant religieuses que civiles et accordait une amnistie générale (î^). Le pays rejeta dédaigneusement ces propositions fallacieuses ; Texpérience lui avait trçp appris quel cas il devait faire des promesses faites, même sous serment, par le prince et ses agents.
Les 'événements marchèrent d'un pas rapide. A la fin de 1789, les troupes autrichiennes avaient évacué les Pays-Bas, et les Belges étaient rendus à eux-mêmes. En reconquérant l'indépendance politique, ils avaient fait usage d'un droit incontestable. Quand un peuple n'a plus d'autre moyen de défendre ses droits, ses libertés et son existence, il peut renverser un gouver» nement oppresseur et tyrannique; c'est l'enseignement commun des théologiens.
(1) Recueil XV, p. 19. — Rapédius de Berg, t. II, p. 368.
(2) Voir les proclamations du miaistre dans le Recueil XV, p. 23-31.
Le 7 janvier 1790, s'ouvrirent à Bruxelles les États- Généraux afin de délibérer sur la nouvelle forme de gouvernement. Leur installation fut précédée d'une messe solennelle, chantée à Sainte-Gudule par le cardinal-archevêque de Malines,avec l'assistance des abbés mitres de Vlierbeek et de Villers. Après le service pontifical, les députés de la nation se transportèrent en corps à ThAtel de ville et prêtèrent entre les mains du Primat les serments que les anciens ducs avaient coutume de prêter aux églises de Brabant. Dans cette assemblée figurèrent, entre autres, Godefroid H ermans, prélat de Tongerloo, et Corneille-François de Nelis, évêque d^Anvers, tous deux en qualité de membres de Tordre du clergé .
Les yeux de l'empereur étaient enfin ouverts. Humilié et tremblant de perdre à jamais le plus riche joyau de sa couronne, Joseph II s'aperçut qu'il ne lui restait d'autre ressource que la médiation du Saint-Siège, toujours si puissante sur l'esprit des Belges. Il eut donc recours à ce même pape qu'il avait jusqu'alors bravé ouvertement. Le magnanime Pie VI, oubliant les chagrins que le chef du Saint-Empire lui avait causés, écrivit au cardinal de Franckenberg et à l'évêque d'Anvers, ordinaires dans le Brabant, le bref pathétique Fungentes Nos, en date du 23 janvier 1790.
Afin de montrer notre affection envers notre cher fils Joseph..., votre souverain, qui Nous a demandé de faire une démarche auprès de tous, et en même temps l'amour que Nous portons aux illustres Ordres el peuples de ces provinces qui ont si bien mérité de la religion catholique et que le Saint-Siège a toujours tenus pour ses enfants les plus cben. Nous avons cru devoir assumer le rôle de pacificateur et de médiateur, et adresser ces lettres à vous, qui, étant pasteurs dans l'Église de Dieu,
FBEMIEBE PÉRIODE. 197
devez aussi participer à toutes nos sollicitudes. Nou9 n'iffnoront poê çue dans cette révolution vous n*avez eu aucune part quelconque t*., et que les di£férents Ordres de votre nation n*ont demandé autre chose que de mettre un terme aux nouveautés qui ont été introduites contre les droits, lea coutumes et les constitutions de la nation... Et bien, ce que vous, vénérables frères, demandiez à si bon droit et ce que tous les Ordres demandent si instamment, TEmpereur vient vous l'offrir aujourd'hui et de son propre mouvement. Oui, il Nous a fait connaître sa volonté : \\ a déclaré et déclare encore, sans restriction aucune, qu'il veut laisser aux évéques l'exercice plein et entier de tous lears droits tant par rapport anx séminaires épiscopaux qu'à toutes les autres matières ecclésiastiques... Il Nous a également assuré qu'à l'avenir il laissera saufs et intacts les droits, les privilèges el les constitutions des Ordres et des peuples, avec promesse, en faveur de tous et de chacun en particulier, d'oublier tout le passé. C'est dans ce dessein qu'il a envoyé son vice -chancelier de cour et d'État (1), avec les plus amples, pouvoirs, pour achever au plus tôt cette grande affaire de paix et de réconciliation... Vous donc, vénérables frères, mettez tout votre zèle à faire réaliser la pacification désirée ; faites que les Ordres et les peuples se mettent en relation avec le vice chancelier... Que les droits de la souveraineté et ceux des sujets demeurent dans leur intégrité ; que les études reprennent leur éclat dans l'université de Louvain selon les canons ; que l'obéissance, l'amour, l'allégresse, lea richesses, la paix enfin soient rendues aux Provinces (2)... •
Si Joseph II avait su prendre à temps ces précautions et ces solennels engagements, tout eût été sauvé ; c'est sa faute, si à l'issue de 1789 la révolution brabançonne était un fait accompli.
Le cardinal-archevêque de Malines et Tévéque d'Anvers, auxquels le bref pontifical avait été nominativement adressé, envoyèrent à Sa Sainteté une réponse
(1) Le comte de Cobenzl. Celui-ci écrivit de Vienne, le 28 novembre, à Trauttmansdorff qu'il arriverait sous peu en Belgique. Ces lettres ellesmêmes (Recueil XV, p. 104*108) prouvent qu'il n'y avait rien de sérieux dans les nouvelles promesses que l'empereur faisait.
(2) Coll, Brevium PU Vl^ tom. III, in append. pag. 1 et sqq. ; Syn. Belg. II, 539. Recueil XVI, p. 94 103.
respectueuse et franche. Après avoir exprimé leur joie de voir que le Saint-Père est convaincu que les chefs du clergé, tant séculier que régulier, n'ont eu aucune part au changement de la chQ3e publique, ils prouvent par les événements mômes que leur conduite est absolument irréprochable :
Tant que Tau ton' té souveraine n'a menacé que les biens et les personnes ecclésiastiques, aucun citoyen ne s'est armé pour les défendre et on ne s'eat porté à aucune violence. Pour calmer l'agitation et l'effervescence, les évêques n'ont employé d'autres armes que cette patience qu'ils ont puisée à l'école de Jésus-Christ. Mais lorsque, non content d'avoir attaqué la sauvegarde de notre liberté, les privilèges des citoyens, les usages antiques, les pactes et les traités, consacrés par une longue suite de siècles et conservés avec tant de soins et de peines, on eut encore anéanti tous ces droits sacrés et la Joyetue Entrée elle-même, que nous vénérions domme le palladium de la liberté belgique, les cœurs de tons les citoyens se fermèrent au respect, et bientôt on n'entendit plus dans les campagnes et dans les villes que ce cri unanime qu'il fallait ou recouvrer sa liberté, ou fuir sous un ciel étranger, on périr sous le fer meurtrier. Alors, et ce fait n'a point été ignoré de Votre Sainteté, alors menacés de toutes parts, nous nous vimes réduits à la fuite et à l'exil, ou à une retraite impénétrable à nos persécuteurs. Nous n'avions pas encore reparu parmi nos concitoyens, lorsque la nation triomphante, ayant déclaré l'empereur Joseph déchu de la puissance et s'étant donné à elle-même une nouvelle forme de gouvernement, nous appela à un autre serment.
D'après cet exposé, il Vous sera facile, Très-Saint Père, de juger ce qu'on peut attendre, ce qu'on peut exiger des évêques, dans l'état actuel des choses. L'espoir des Belges, toujours trompé, toujours démenti par l'événement, permet-il encore d'ajouter foi aux promesses du prince et à celles qui, conformes aux droits du peuple ou favorables à son attente, ont été tant de fois annoncées, tant de fois offertes à sa crédulité, et dont on le flatte peut-être encore aujourd'hui P Peut-il dépendre des hommes ou du crédit des évêques de ramener à l'obéissance royale une nation fortement affermie dans sa résolution et éprise des charmes de la liberté qu'elle a déjà goûtée ? Nous ne pouvons qu'être persuadés que tout ce qui s'est fait a dû et pu légalement se faire (Nobii ario comUti^
êffici nihil posée ^ nihil debeu aliud quam quod'effsctum eU)^ et Votre Sainteté en serait convaincue, comme nous, si, comme nous. Elle habitait la Belgique, ou ai Elle était témoin du courage, des forces, des dispositions et de la forme que cette nation a déjà imprimée a sa nouvelle repu* blique. Certainement il n*est plus possible à aucun de nous (nemini nosirum hodiô integtum est) d'obéir à d'autres lois et de se soumettre à une autre autorité. Il ne nous reste donc plus, et ce soin appartient surtout aux évéques, qu'à nous unir de cœurs et d'efforts pour maintenir la religion et la foi antique qui ont fait jusqu'ici la gloire de la Belgique (1).
L'empereur Joseph II, ci-devant duc de Brabant, etc., était décédé le 20 février 1790, à l'âge de quaranteneuf ans, laissant la Belgique et la Hongrie en combustion et sa mémoire en problème, inévitable résultat d'essais impolitiques, juste salaire de témérités inouïes. Votre pays m*a tué, dit-il en gémissant au prince de Ligne avant d'expirer ; Gand pris a été mon agonie, Bruxelles évacué est ma mort. Le malheureux ne voyait pas que le seul artisan de ses revers était son césarisme inintelligent. S'il avait appliqué sa puissance à distinguer nettement l'Église de l'État et à prêter son concours au Siège Apostolique pour resserrer l'unité de l'Église qui importait souverainement à TÂutriche, il n'eût perdu ni les provinces belges ni l'affection des Hongrois, si dévoués à sa mère, et qui s'étaient montrés prêts à mourir pour leur roi Marie-T/iérèse (2).
(1) Le texte latin est dans le Syn. Belg, II, p. 642 ; CoU, Breviwu PU PP. FI, tom. III, in append. p. 6, et Recueil XVI. 227-234.
(2) « Joseph II oubliait que si l'ordre social repose sur la double base de Tautorité religieuse et de Tautorité temporelle, Ton ne peut jamais ^ confondre leurs droits et leurs devoirs. En franchissant le seuil sacré des temples, pour les soumettre à ses innovations, il ouvrait au clergé, appelé à défendre ses droits, l'arône des discussions irritantes des intérêts politiques. C'est ainsi que, dans le gouvernement des peuples, chaque faute porte en soi son châtiment. • Bon Kervyn de Lettenhove, La Flandre pendant Us trois derniers siècles, pag. 295. (Bruges 1875).
Aussitôt que le pays fut rendu à lui-même, on vit se rouvrir neuf communautés religieuses, fermées (ïepuis 1783, à savoir : les maisons des capucines,des pauvresclaires et des carmélites à Bruxelles ; les dominicaines d'Auderghem ; l'abbaye de Sainte -Gertrude et les chanoinesses de Saint- Augustin à Louvain; le Val Ste-Barbe à Tirlemont, et la Léproserie de Terbanck lez-Louvain. UAlma Mater, qui, en 1786, avait dû céder la place au séminaire-général, recommença ses cours aux Halles brabançonnes, en mars 1790. Le cardinal de Franckenberg eut la joie de présider à' la réinstallation de l'Université en célébrant dans la collégiale de Saint-Pierre une messe pontificale, à laquelle assistèrent les évéques, la haute magistrature, le corps professoral et un peuple innombrable. Dès ce moment l'Université cicatrisait ses plaies et reprenait sa vigueur. Les louanges du magnanime pontife étaient sur toutes les lèvres ; on le considérait comme le restaurateur des séminaires, le vengeur des saints autels et de la foi» TAtbanase de la Belgique :
Ast Tu, Belgiadum deais, invictissime Praesul, Per te stant Arae, Dogmata^ Jura, Scholae (i).
Jean-Henri profita de la liberté qui venait d'être rendue à la patrie pour ranimer dans ses ouailles le zèle pour la foi. Nous aimons à citer ici le début de cette touchante lettre pastorale, lancée à l'occasion du carême :
(1) Eecaeil XVI, 154.
Renda à notre troupeau, nous saisissons avec empressement les approclies du saint temps du carême pour vous faire entendre noire voix, que des entraves mises à la liberté de notre ministère avaient étouffée pendant quelques années. Forcé même, dans ces derniers temps, par des circonstances qui vous sont connues, à une triste retraite, nous avons éprouvé au milieu de vous toute l'amertume de i'éloignement ; et Dieu sait quelles ont été nos alarmes et nos inquiétudes sur vos dangers et sur votre sort, en réfléchissant surtout que dans la situation fâcheuse où nous nous trouvions, nous ne pouvions vous être d'aucune utilité, de sorte que notre unique ressource était de lever les mains au ciel et de conjurer le Dieu des miséricordes d'avoir pitié de ceux qui mettaient en lui toute leur confiance, et de sauver par la vertu de son bras tout- puissant la Religion et l'Etat. Nos faibles prières, soutenues par celles d'un peuple innombrable que nous avions rassemblé en foule dans toutes les églises de notre diocèse, principalement dans l'auguste temple (SainU-GuduUJ où se conservent depuis des siècle» des Hosties miraculeuses, et dans ceux consacrés à Dieu sous l'invocation de la bienheureuse Mère, ont été exaucées... Que ne devons-nous pas à ua Dieu bienfaisant qui nous a fait ressei^tir une protection si spéciale et d'une manière si éclatante, que les impies mêmes, frappé d'etonnement, n'ont pu s'empé*^ cher de la reconnaître et de l'avouer P Quelle doit être notre recou naissance pour tant de bienfaits? Que ne devons nou*» pas entreprendre pour conserver à la patrie la foi de nos «pères et cette liberté qu'elle vient de recouvrer au prix du sang de tant de courageux citoyens I Ah! N. T. C. F., un zèle ardent pour la foi (et voici l'objet de eette lettre pastorale), un zèle ardent pour la foi, une union parfaite et constante avec nos concitoyens sont les seuls moyens efficaces pour cimenter à jamais la religion catholique, apostolique^et romaine, et cette précieuse liberté qui ▼a faire désormais la splendeur, la gloire et le bonhenr de la patrie... Restons inviolablement attachés à cette Eglise- Mère qui, établie dans la capitale du monde chrétien, est la colonne de la vérité, la maîtresse de toutes les antres et le centre de l'unité qui doit réunir tous les fidèles à leur chef. Rendons au successeur du Prince des Apôtres, à qui J.-C. a confié les clefs du royaume des cieux et le soin de paître les brebis et les agneaux de son bercail, le respect, l'amour filial et l'obéissance qui lui sont dub(l).
Cette lettre était du 31 janvier 1790. La môme année
(1) Recueil XVI, pag. 212-219.
Jean-Henri tint à.Malines une congrégation des archiprêtres de son diocèse. Il y promulgua diverses mesures propres à extirper certains abus que les malheurs du temps avaient insensiblement introduits et à rétablir la discipline dans toute sa force. Les décisions prises dans la réunion du 21 avril furent publiées par le décret du 24 décembre (i).
Dès 1786, Jean-Henri avait demandé à l'empereur de permettre aux évêques qu'ils se réunissent en un concile soit provincial soit national de TÉglise belgique pour concilier autant qu'il serait possible les changements que S. M. désirait avec les principes de la religion .et les lois de l'Église (2). Après l'expulsion des Autrichiens, des catholiques zélés exprimèrent encore le môme désir; mais l'épiscopat crut la mesure inopportune pour lors. L'adhésion de tout le clergé, de l'Université brabançonne et des États belgiques à la Déclaration doctrinale de Jean-Henri, les instructions et les ordonnances des ordinaires sur différents sujets de la sollicitude pastorale, semblaient rendre le concile moins nécessaire. D'ailleurs la tranquillité publique n'était pas encore assez affermie pour donner suite à ce grand projet (3).
(1) Syn. Belff. II, 323-328.
(2) Synod. Beiff. Il, 362, et Recueil II, 2e partie, p. 141. Les carés da diocèse de Malines demandèrent à leur tour que le primat convoquât un concile ; ?oir le Recueil II, 2e partie, 132. — Le prince de Lobkowitz, évéque de Gand, écrivit dans le même sens Jean-Henri en juillet 1786 : • Mais je doute, disait-il, qu'on permette de nous assembler, de peur de reconnaître un corps ecclésiastique, ce qu'ils nous ont déjà refu&é une fois. • Syn. Belg, IV, 447. Jean-Henri renouvela la demande en mars 1789 ; Recueil XIII, 134.
(3) Recueil &VII, 222.
L'empire d'Allemagne et les Etats héréditaires de la maison de Habsbourg-Lorraine passèrent à Léopold II, grand-duc de Toscane. Ce prince avait inauguré en Italie le système fébronien, devenu si fatal, en Belgique, à son frère aîné. Mais il sut profiter des leçons de lexpérience. Moins impétueux et moins versatile que Joseph, il fit spontanément aux Belges des propositions d'accommodement. Â la promesse d'une amnistie générale et complète il ajouta celle de rétablir le régime constitutionnel et Tordre religieux sur le pied de liberté où ils se trouvaient en 1780. Il avait pris ces engagements solennels dans la convention de Reichenbach, en Silésie, conclue, le 5 août 1790, sous la garantie de l'Angleterre, des Provinces-Unies et de la Prusse. Ce ne fut qu'à cette condition que l'Autriche rentra assez paisiblement en possession de nos provinces par le traité de la Haye (10 décembre). L'inhabile diplomatie de nos gouvernants, la déplorable discorde des Vonckistes (démocrates) et des Van der Nootistes (statistes) et le rôle oblique que jouaient les puissances alliées avaient préparé la restauration de l'étranger.
En jurant fidélité à Léopold, l'épiscopat et le peuple belge ne firent autre chose que renouveler le serment d*usage aux antiques constitutions et franchises du pays, comme ils l'avaient fait à l'avènement de Joseph II, de son auguste mère et de leurs prédécesseurs.
Jean-Henri eût été heureux alors, puisque les griefs religieux étaient redressés, s'il n'avait vu d'épais nuages, gros de tempêtes, s'amonceler au midi. Durant les treize à quatorze ans qu'il lui restait à vivre, il allait être condamné à des épreuves plus terribles que celles
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qu'il avait subies jusqu'ici. Il n'avait pas encore vu les autels du vrai Dieu renversés par Tathéisme triomphant, ni goûté les amertumes d'un long exil. Il devait mourir sur la terre étrangère, dans un dépouillement complet, après avoir vu passer sous la houlette d'un autre Pasteur ce troupeau qu'il aimait tant et dont il était tant aimé.
Léôpold II mourut, le 2 mars 1792, laissant le trône à son fils aîné, François IL Le 20 avril suivant, la République française déclara la guerre à l'Autriche.
Les hordes révolutionnaires vomies par la France firent la conquête de la Belgique par la victbire remportée sur les Autrichiens à la bataille de Jemmapes, le 6 novembre 1792. Le 18 février 1793, les revenus que le cardinal tenait de l'abbaye d'Afflighem, furent séquestrés, et le 7 mars suivant fut lancé l'ordre de l'arrêter et de le conduire ^ Lille. Il sut se soustraire à la déportation en se tenant caché jusqu'au 24 mars, jour où les Français, vaincus dans les plaines de Néerwinde (18 mars), évacuèrent la ville de Malines. A cette occasion, Jean-Henri prescrivit des prières publiques pour remercier le Seigneur d'avoir sauvé Tancienne foi et la liberté du pays, et exhorta son peuple à éloigner les causes qui avaient provoqué la colère divine (i).
(1) Lettre da 4 juillet 1794, adressée aux archiprêtres : ■ Qaod
• saperiore anno avita in Belgio aervata sit fides, guod retrosi in Gai* « liam Eoclesi» hostea, qaod vera filiomm Dei libertate, quod for-
• tansB bonis, qaod vita spoliati non faerimos, acoeptum referre par est * » di?inae in nos benignilati, caesareos exercitas eo armanti robori, ut
La délivrance, hélas! devait être de courte durée. Dans Tété de juin 1794, les Français envahirent de nouveau le pays, et le cardinal dut se retirer en Hollande où il demeura jusqu'au mois de septembre de Tannée suivante. La bataille de Fleurus, gagnée par
^ Jourdan le 26 juin, décida du sort des Belges. Nos provinces, changées bientôt en neuf départements français, furent incorporées à « la République une et indivisible » par la loi du 9 vendémiaire an I V (!«' octobre 1 795) et
. soumises à la Constitution de Tan IIL
A la seconde invasion commença pour notre religieuse patrie cette série de maux qui ne finit qu'avec le concordat de 1801. Les Français mirent.de nouveau le séquestre sur les biens de l'abbaye d'Afflighem, qui formaient la mense archiépiscopale, ainsi que sur toutes les autres propriétés de l'archevêché. Le cardinal lui-môme dut chercher un asile à Ruremonde, Utrecht et Amsterdam ; mais il quitta la Hollande à la chute de Robespierre. Revenu à Malines en novembre 1795, il alla occuper un quartier du séminaire, le palais archiépiscopal ayant été déclaré domaine national par les Jacobins. Les envahisseurs s'étaient en-
gagés à lui payer annuelleinent une rente viagère de 6000 livres ; mais cette somme, nécessaire à son entretien, ne lui fut jamais payée.
Le 24 janvier 1796, le cardinal, se conformant à la
• invictae inauditaeqae fortitadinis speoimiaa dédisse omnibus ait
• coin|>ertuin ait. Ut autem ulteriori Dei auxiliori muaiamur, amovendae
• sont causae qiiae divinam ultro in noa iram provocant ; et ad gratia-
• ram actionem pro acceptîa beneficiis piae supplicesqae adjangendae
• obsecrationes. Proînde preoea indicimus pablicaa etc. • {Tnédii),
doctrine des théologiens sur les obligations d'un peuple à l'égard d'un usurpateur, déclara qu'il serait fidèle envers la République et obéissant à l'égard de ses chefs. Nous verrons tantôt que cette déclaration ne suffit pas pour préserver sa liberté.