I. LE CARDINAL GRANVELLE
L'université de Padoue jouissait en ce temps du renom de savante. Le jeune Antoine y fut envoyé en 1530 ; il y gagna ramitié de Pierre Bembo, de Sadolet et d'autres humanistes fameux. De retour d'Italie, il se rendit dans la vieille capitale du Brabanl et alla s'asseoir sur les bancs de la faculté des arts et ensuite de la théologie. Il termina les deux cours par des disputes publiques, qu'il soutint avec un éclat peu ordinaire. En prenant la licence en l'un et l'autre droit, il donna des preuves brillantes de l'étendue de son savoir et de la pénétration de son esprit.
L'université de Louvain, le boulevard de la foi dans les provinces belges, avait alors atteint l'apogée de sa splendeur. Le jeune Perrenot y connut l'éminent théologien Ruard Tappems, chancelier de ce grand établissement sciencifique ; le docteur Pierre Curtius^ qui devint le premier évèque de Bruges, sa ville natale ; le docteur Jacques Latomtis (Masson), contre versiste d'un grand talent. Il peut y avoir été lié d'amitié avec des jeunes gens dont les noms sont devenus fameux à divers titres : Gabriel Mudée, le rénovateur de 1 étude du droit en Belgique; Josse Ravesteyn, dit Thiletanua, une sommité théologique ; François Sonnius, le lauréat de la faculté des arts en 1527 et qui devait négocier à Rome l'érection des nouveaux évêchés, premier évêque de Bois-le-Duc, puis d'Anvers ; Corneille Gemma, fils de Renier, dit Frisitcs, médecin, mathématicien et astronome ; Corneille Jansenius, de Huist, qui commença sa philosophie en 1527 et occupa, le premier, le siège épiscopal de Gand ; le futur annaliste de la Flandre, Pierre Ovdegherst, en 1530 ; le premier évêque d'Ipres, Martin
Rythovius^ en 1531 ; le docte licencié Nicolas de Leuse, connu par ces traveanx scripturistiques, en 1532 ; Wilbelm Damasi Lindanus, qui illustra, le premier, la chaire épiscopale de Rureinonde et dont la plume combattit vigoureusement l'hérésie de l'époque ; Michel de BeLy^ Bains ^ eu 1533; les deux Morillon, Maximilien et Antoine, dont le premier était destiné à devenir son confident et son vicaire -général à Malines, et le second, son protégé dans le culte des lettres anciennes.
Tout en cultivant, avec l'ardeur de son caractère, les hautes sciences, il apprit avec une facilité qui tenait du prodige plusieurs langues de l'Europe. Le fonds de ses étufies étaient, selon l'esprit du temps, la langue de Démosthène et celle de Cicéron (i), mais les idiomes vivants n'étaient nullement négligés. Antoine parlait et écrivait le français, qui était sa langue maternelle, avec autant d'élégance et de clarté qu'on le pouvait alors. Par surérogation, il apprit le brabanchon (flamand), l'espagnol, l'italien et l'allemand. Lorsque, dans la suite, il se trouva au timon des affaires, il eut, comme Mithridate, le talent de discourir et de dicter des lettres à ses secrétaires en ces diverses langues.
Fort jeune, il reçut la tonsure cléricale. Il n'avait que douze ans et trois mois lorsqu'il entra dans la prélature romaine. Le pape Clément VII lui conféra, par lettres datées de Bologne le 13 décembre 1529, les titres de camérier et de notaire apostolique de
(1) Parmi ses professeurs de littérature ancienae on cite Adrien Amour j (Anicrotlus), de Soissoiis, le ptimui in artibus en 15 If) et Tune des iiiaatrations du Collège des Trois Langues ouvert eu 1518 par la générosité de Bu^leiden.