I. LE CARDINAL GRANVBLLE
A cette époqae , les deux principaux ministres de l'empereur furent le secrétaire Oovos et le garde-sceau Nicolas seigneur de Qranvelle. Il n'expédiait rien sans la signature du premier et sans l'avis du second. Au rapport de Tambassadeur vénitien Navagero, il appelait Granvelle son conseiller et discutait avec lui pendant des
heures entières avant de prendre une résolution défini* tive(i). •
Dans une instruction secrète que Charles - Quint donna, le 6 mai 1540, au prince, son futur successeur : < Personne, dit-il, n'entend mieux les affaires de mes États que (Nicolas) Granvelle, particulièrement celles qui concernent l'Allemagne, la Flandre, les deux Bourgognes, et les négociations à faire avec les rois de France et d'Angleterre; il m'y a servi, et il m'y sert encore actuellement avec utilité. . . Il a quelques passions, entre autres beaucoup d'envie d'élever sa famille et de l'enrichir ; je lui ai témoigné que je l'avais remarqué ; mais il faut dire que ce défaut, qui est commun à plusieurs grands hommes, est compensé d'un autre côté par de grandes qualités et par des talents rares. C'est pourquoi je juge que vous devez le garder auprès de vous, le placer au conseil de Flandre et prendre ses avis sur les affaires étrangères (2). »
Nicolas de Granvelle étant décédé à Augsbourg le 27 août 1550, à l'âge de soixante-quatre ans, Charles* Quint, qui se connaissait en hommes de mérite, reporta sur le fils l'affection et la confiance qu'il avait montrées au père ; il lui remit les sceaux de l'empire, assuré qu'ils
(1) Mignet, Charles-Quini, etc. chap. 1, pag. 16.
(2) Denaiii de Courchetet, Hisioire du cardinal dû OranvelUy t. 1, p. 8 et 9. D. Prosper Léyéqae, Mémoiret, I, 178.
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«e troof aient en bonnet mains. cH avait, dit Mignet, an oonieil composé de docteon et de légistes pris parmi les Siciliens, les Lombards, les Francs-Comtois, les Flamands, les Aragonais , les Castillans , et présidé par Tévéque d'Arras, destiné à être un des plus habiles hommes d'État de ce temps (i). »
On sait que Chaiies-Quint, qui semblait destiné à régner encore longtemps, se décida à déposer toutes ses couronnes pour terminer sa vie au fond d'un monastère d'Estrémadure. Lorsque, le 35 octobre 1555, il transmit solennellement, en présence des États-Généraux dei dixsept provinces réunis à Bruxelles, la souveraineté des Pays-Bas à son fils Philippe II, monsieur d*Arras fut ehargé de parler au nom du nouveau souverain, t Je voudrais, dit Philippe, parler assez bien le français pour vous exprimer de ma propre bouche la sincère affection que je porte aux provinces et aux peuples de la Belgique. Mais ne pouvant le faire ni en français ni en flamand, Tévèque d'Atras, à qui j'ai ouvert mon cœur et qui connaît mes pensées, le fera à ma plaoâ. Écoutez-le donc, je vous prie, comme si vous m'entendiez moi-même. » Dans un diteouts adk'oit et confiait, Granvelle se rendit l'interprète habile des sentiments de l'héritier de Charles-Quint, en affirmant qu'Us étaient en tout conformes aux recotnmandations dt son père (t). Le don de la couronne que l'empeireur venait de faire à Philippe, ne paraissait complet que parce qu*il donnait, en même temps avec Granvelle, un in* etrument capable de le seconder.
(1) Mignet, ChërUtQmimt, etc. p. 17.
(9) Le discours de Granvelle se trouve dans les AnaUeies Belgifweê Ât Gaohard» p. 97-99.