I. LE CABDINAL 6UAKVELLB
Granvelle conserva près du nouveau monarque l'immense crédit dont il avait joui sous le règne précédent. II fat l'âme des négociations de la trêve conclue en 1556 à l'abbaye de Vaucellës. Dans le célèbre traité signé à Câteau-Cambrésis, le 3 avril 1559, ce fut encore lui qui dicta les conditions à la France humiliée et vaincue (i). La même année, le roi Philippe II quitta les provinces qu'il ne revit plus. En partant pour l'Espagne, il laissa Tévèque d'Arras comme conseiller et ministre à Son Altesse Marguerite, duchesse de Parme, qui était gouvernante générale des Pays-Bas (2). c Le pouvoir suprême, dit fort bien l'annaliste protestant Grotius, se trouvait de nom aux mains de Marguerite, mais en réalité le maître était Granvelle (Belgicae mo^ deramen vocabulo pênes Margaaitam^ vi pênes Granvellanum fuit), et celui-ci ne trouva pas plus de ressources dans sa propre habileté, son activité et sa prudence, que dans la nonchalance (içnama) des grands qui, languissant dans la profusion et la mollesse, laissèrent passer les occasions heureuses de modérer le pouvoir. » S'il est vrai que le premier ministre exerçait dans le conseil de la cour une influence prépondérante, il coQste néanmoins aujourd'hui quil ne fut pas le prin*
(1) Yoir dans les Papiers cTÉiai de Granvelle, publiés sous la direction de li. Weiss, les lettres relatives à la paix de C&teau-Cambréaii.
(3) • Hanc Margarîtae Parmensi praeoipaum regiminis instrumentum Requit, addiditqae, e re proyinoiaram fore, si huno, quam œteros in eonsîHam erebrins adhiberet, et adhibitos ab illa est. • Siroéa, sons i'in 1659.
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cipal promoteur de la réorganisation des diocèses, comme on disait alors. Les nouveaux évêchés dont ia création, bien qu'indispensable, excita les plus vifs murmures en Belgique, furent érigés même à son insu. « Il en eut seulement connaissance, dit Gachard, lors^ que l'affaire était bien avancée, et il ne consentit pas sans difficulté à accepter l'arche vêché de Malines (i). > Lui-même écrivit plus tard à Fonck, secrétaire d'État à Madrid : « Les nouvelles éveschés ne se firent de » mon advis, car on se cachoit de moy, jugeant que » j'aymerois mieulx estre l'un des quatre qu'un des dix- » sept ; mais m'ayant dit Sa Majesté son intention » seulement après les bulles despêchées par Sonnius, 1 j'y ai aidé pour obéyr (2). 1
Il n'est pas moins certain que Granvelle fut toujours très-opposé à l'établissement de l'inquisition espagnole dans nos provinces, persuadé que ce redoutable tribunal aurait consommé la rébellion des protestants et Tcncontré la plus vive opposition de la part même des meilleurs catholiques. Il conduisit le roi à affirmer en public que jamais il n'avait eu Tintention d'introduire rinquisition en Flandre.
Les Papiers cCÉtat de Granvelle renferment une curieuse lettre écrite par l'évêque d'Arras au roi, lorsque celui-ci se préparait à quitter les Pays-Bas (1559). Le prélat y expose le triste état de sa fortune personnelle et les dettes considérables (27,000 écus) qu'il avait contractées au service de l'Espagne.
(1) Corretpondanee de Philippe II, tom. I, pag. GLXX du Rapport.
(2) Lettre do 12 janyier 1588, dans les Papiere tTSfai de GranvelU, YI, 538, note.