I. L£ CARDINAL ORANVELLB
et ils n^avâient que du dédain pour celui qu'ils appelaient un homme noureau^ un parvenu. Mais lorsqu'ils virent son autorité aller grandissant de jour en jour et même quelques nobles passer à son parti , ils reconnurent en lui un redoutable rival ; et comme il paraissait aussi haut placé qu'eux-mêmes, ils commencèrent à regimber, quoique d'abord avec des formes polies. Ensuite, soupçonnant qu'il était le favori du roi, qui lui avait obtenu, disait-on, les honneurs de la pourpre romaine, ils se mirent en opposition ouverte avec lui. Car ils s'imaginaient que, par des missives clandestines, il entretenait et augmentait dans l'esprit du souverain les doutes que celui-ci avait déjà sur la fidélité de la noblesse. Leur haine, d'abord cachée, éclata et devint plus acerbe de jour en jour. Réunis devant la duchesse de Parme, ils passaient le temps à disputer plutôt qu'à délibérer; le plus souvent ils n'avaient d'autre motif de combattre un avis que parce que Granvelle le raetlait en avaot ou l'approuvait (i).
L'aversion contre Gran velle, sourdement excitée par les intrigues du Taciturne, fut publiquement entretenue parPhilippo de Montmorency, comte de Hornes, ainsi que par le comte d'Egmont, que la franchise de son caractère rendait plus imprudent que ses deux collègues (2). Désertant le conseil d'État, où Granvelle,
(1) Sfcrada, De bello belg, livre II, sous Tan 1550.
(2) Je ne puis m'empêcher de transorire ici quelques lignes écrites au roi par le duc d'Albe : • L*audace des trois seigneurs va croissant. Je crois qu'ils commenceront par le cardinal, si jamais ils réalisent leurs projets, parce que la marche ordinaire dans tous les soulèvements qui ont eu lieu contre les princes, c'est de s'attaquer dès le début à quelqu'un de leurs ministres... Je tiens pour certain que la présence du
à raison de sa dignité de prince de l'Église, avait le pas sur eux , ils tenaient des conciliabules où sa vie publique, sa vie privée et sa religion môme étaient horriblement noircies. La haine devint bientôt presque universelle. Des pamphlets, des caricatures triviales, des pasquinades sanglantes, presque toujours l'œuvre du conseiller d'État Simon Renard, qui devait cependant toute sa fortune aux deux Granvelle, parlaient éloquemment aux yeux des bourgeois et menaient peu à peu les choses au point que la vie même du ministre n'était plus er sûreté. On lui fit savoir officieusement qu'il avait à prendre garde à lui, parce qu'un Bourguignon avait juré de l'assassiner.
Persécuté par les nos, abandonné des autres, ruiné dans l'esprit de la gouvernante elle-même , Granvelle demanda son rappel et l'obtint. Il quitta Bruxelles le 13 mars 1564, pour ne plus jamais revoir son diocèse ni môme le territoire des Pays-Bas. Il se rendit, à travers le Luxembourg et la Lorraine, en Franche- Comté, son pays natal, et alla directement, à Besançon, rendre visite à Madame de Granvelle, sa mère^ qu'il n'avait plus vue depuis treize ans (i).
cardinal n'est qu'an prétexte mis en avant pour déguiser le but réel vers lequel tendent ces seigneurs, et que le départ du prélat ne remédiera absolument à rien ; tout au contraire... « Lettre du 22 décembre 1563, dans les Fap%er$ d'Éiai, Vil, 288 et S89. — ' Le motif principal, le motif véritable de leur inimitié contre le cardinal n'est autre que son opposition à la convocation des États -Généraux, qui est le but de toutes leurs menées... Après avoir éloiiçné le cardinal de l'administration, il' exigeront la convocation de tous les États, mesure qui, dans les circonstances actuelles, ne saurait être opportune. ' Lettre du 21 octobre 1563, dans les Papiert d'État, VII, 232.
(1) Lettre de Granvelle au baron Bonwiller, Bruxelles 12 mars 1564, dans les Papiers d'État, VU, 402.