‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 48 sur 181 · I. LE CARDINAL GRANVELLB · texte numérisé non relu

I. LE CARDINAL GRANVELLB

Il 7 a longtemps qa'on est après pour donner à entendre aux villes et aaltres ce qae voua dictes, et à plusieurs de la noblesse aussi : que je tasche de les soubmettre aux Espaignols, qu'est faulx, et n'y pensay onoques, ny eusse choisy ma retraicte par delà, sy je peusoye que cela eost dehu advenir» comme souvent je leurs ay dict en plein Conseil, et qa'iln'y aquy que ce soit d'eulx qui plus hardienient et resoluement que moy voulust employer sa personne et sa vie pour le soustenenient de la liberté et privilèges du pays, mais non pas pour extendre la Joyeuse Entrée contre raison, au préjudice de l'auctorité du maistre, pour corrompre et perdre la justice et consentir à ce que Brabant et soubz Brabant et les aoltres pays soient tyrannisez d'aulcuns qu'ont leurs fins et desseings, pcat-estre bien différents de ce que les 8eigueurs entendent ; car je veulx croyre d'eulx qu'ilz ne se pourteroient en ce, comme ils font, car ce seroit contre lear debvoir ; et je diray bien quand besoing sera, ce que j'en attendz, et que j'aimeroye mieulx que mon Prince me tyrannisa ung petit que non, (se perdant son auctorité); plusieurs nous tyranissassent et les pays, qui seroit bien avoir perdu les privilèges et la liberté, pour laquelle je perdroye la vie, et ester la justice, sans laquelle les moindres seront proye des grandz, et ceulx qui ont rentes et biens en proye de ceolx qni pourroient plus (1).

«Dans ses lettres au roi, le cardinal insistait particulièrement sur la nécessité du voyage de Sa Majesté aux Pays-Bas. Écrivant de Besançon, le 20 août 1565, à Alonso del Canto, il dit qu'il s'est décidé de n'en parler plus au roi, de crainte que S. M. ne le soupçonne de céder au désir de retourner lui-môme dans ces contrées, «quoique je ne pourrais l'effectuer en son absence, ajoute-t-il, sans danger pour ma personne ; quant à ce désir en lui-même, si je l'éprouve quelquefois, il m est exclusivement inspiré, je le jure, par les nécessités de mon Église, les obligations de ma charge pastorale et le service de Sa Majesté. Pour tout le reste, je me trouve parfaitement bien ici, et je lève souvent les mains au ciel, remerciant Dieu de

(1) Papiers d'É/ai, VU, 506.

lis FREMièaB PÉRIODE.

m avoir tiré de Flandre à une époque où j'en voyais plusieurs commencer à ronger leur frein, supportant la moindre opposition à ce qu'ils avaient en vue et qui conduisait en ligne directe à la route que Ion suit présentement (i). »

Dans la continuelle absence du cardinal-archevêque, notre diocèse fut administré sagement par deux vicaires-généraux in iemporalibus et spiritualibus : Maximilien Morillon, prévôt d'Aire, et Rombaut Vergheest, doyen de Saint- Rombaut, mais de telle sorte que la principale part de l'administration incombait au premier. Quant aux fonctions de l'ordre épiscopal, elles furent successivement exercées par deux suffragants ou vicaires in pontificalibtis : Pépin Rosa et Ghislain Vroedius, tous deux évéques de Salubria in partibus infidelium (2). Dans Tappendice à la vie de Granvelle, nous leur consacrons quelques lignes, à titre de respectueuse reconnaissance j)0ur les services qu'ils ont rendus au diocèse de Malines dans des conjonctures fort critiques.

Le prince d'Orange avait annoncé avec joie qu'on verrait bientôt en Belgique le commencement d'une belle tragédie. Les sectaires se chargèrent déjouer le premier acte de ce terrible drame.

Deux ans après le départ de Granvelle, la ville mé-

(1) Papiers d'Èlat, VII. 477.

(2) Dans la liste des é?êchc3 dont on se servait à Rome au xvie siècle, ae trouvaient des noms que les copistes avaient défigurés. Au lieu de Salubria il faut lire Selymbfia, aujourd'hui ^a/t0rt,dans la Turquie d'Europe.

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