I. LE CARDINAL 6RANVBLLE
tropolilaine se vit menacée par les iconoclastes qui Tenaient de commettre d'horribles ravages dans d'autres villes. Dans la matinée du 21 août 1566, la population apprit avec terreur les sacrilèges commis à Anvers la veille et Tavant-veille. Au dire des personnes bien informées, les gueux étaient prêts à se ruer sur Malines pour y répéter les mômes scènes. Le président du grand-conseil, Jean de Glymes, marquis ds Berghes, et le courageux écoutête, Charles de Clerck, seigneur de Boevekerke, eurent hâte, avant tout, de mettre en sûreté la châsse de Saint-Rombaut, le plus précieux joyau de la cité. Bientôt, en effet, une bande forcenée de calvinistes et de brigands se dirigea sur Malines ; mais trouvant les portes fermées et vaillamment défendues, elle ne put exercer sa fureur que sur les villages des environs, où elle pilla les églises. Néanmoins, au sein même de la ville il y avait des gens mal intentionnés, entre autres les pensionnaires Pierre Wasteel et Vandercammen, ainsi que deux avocats dévoués au parti des sectaires ; ils parvinrent à séduire une partie de la populace. Les émeutiers parcouraient les rues, poussant leurs vociférations ordinaires : der paepen bloedt en der coopmans goedt (le sang des papistes et les biens des riches), menaçant de mettre le feu au palais de Granvelle, de piller les maisons et les églises. Grâce aux mesures prises par les autorités communales, aux postes militaires et notamment à la vigilance des ghildes et des corporations des métiers qui étaient sous les armes, les efforts des séditieux furent déjoués. Néanmoins, malgré toutes ces précautions, une troupe d*iconoclastes avait pénétré dans l'enceinte et s*était
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mise à piller les couvents des frères -mineurs et des carmes chaussés (O.-Z.-F. Broeders). Expulsés en petites bandes par la bourgeoisie fidèle, ils prirent leur revanche sur le couvent d'Hanswyck, situé sur la route de Louvain (23 août).
Dans l'après-midi du 24 août, arriva Antoine de Lalaing, comte d*Hoogstraeten (i), que la duchessegouvernante Marguerite de Parme avait envoyé en qualité de gouverneur de la ville, afin d'y rétablir Tordre momentanément troublé et déjouer les manœuvres ultérieures des iconoclastes. Reçu à la maison de ville par l'écoutéte et le magistrat, le comte fit convoquer le peuple au grand-marché et lui donna connaissance des intentions bienveillantes de Sa Majesté. Il sut si bien calmer les esprits que la tranquilité se rétablit, et, dès le dimanche 25 août, on put recommencer dans Saint-Rombaut et dans les autres églises le service divin qui avait été interrompu dans les derniers jours. Non content de renforcer la garnison qui était puissamment soutenue par les bourgeois de toutes les classes, il invita des prédicateurs distingués à monter en chaire, afin de raffermir l'esprit religieiix des habitants et d'attacher plus fortement la population à la cause de Dieu et du roi. La régence et le grandconseil prêtèrent main forte aux efforts du gouverneur; au bout de quelques jours, on parvint à déloger la
(1) En 153^, Charles de Lalaing bâtit le magnifique hôtel d*Hoog straetcn près de la porte du Neckerspoel. Ce bâtiment, fort endommagé par Texplosion de la poudrière voisine de \d^SaHtpoort{\h^^)y fut re&tauré par Antoine de LaUing en 154S. L'hôtel d'Hoogstraeten est reuferiDé dans Teuceinte actuelle du Petit- Séminaire.