I. LE CARDINAL GRANVELLE
denrées et fit régner l'abondance. Tous ses règlements étaient faits pour assurer la fidélité et le bonheur du peuple ; les historiens s'accordent à donner cet éloge au vice-roi. Le haineux Giannone lui-même avoue que le royaume de Naples se ressentit longtemps de son administration habile et ferme en même temps (i).
Au mois d'août 1571, Granvelle eut l'honneur, en qualité de légat apostolique, de recevoir don Juan d'Autriche à Naples, et de lui transmettre solennellement l'étendard pontifical et le bâton de commandement envoyés par le saint pape Pie V, qui était l'âme delà ligue chrétienne contre les infidèles. Le 7 du mois d'octobre suivant, don Juan d'Autriche défit complètement la flotte de Sélim II dans le golfe de Lépante, entre les petites îles Cursolaires et la côte. Liévin Torrentius, depuis évoque d'Anvers, chanta cette mémorable défaite du Croissant dans une ode qu'il dédia à Granvelle (2).
Pie V étant trépassé le 1 mai 1572, le cardinal Granvelle dut s'absenter de Naples pour assister au conclave et en hâter la décision. Ce fut lui en particulier qui fit réunir les voix du Sacré-CoUége sur le cardinal Hugues Buoncompagno (13 mai 1572), qui s'illustra sous le nom de Grégoire XIII. Le nouveau pape voulut l'attacher à la cour de Rome, en lui offrant la dignité de grand-pénitencier, mais Granvelle préféra reprendre son poste et revint à Naples le 19 mai.
(1) Voir Giannone, Histoire civile du royaume de Naples, liv. XXXIV. (î) Le poëte dit au vice-roi de Naples dans la dédicace da poëme : Te sine, nil magnum mens inchoat alla Philippi; Ta siM, nec Turcas vicerii Ausiriades!
Granvelle quitta la vice-royauté de Naples en 1575 et demeura ensuite plus de trois ans dans la capitale du monde chrétien. Rappelé à la cour de Madrid au mois d'août 1579, il y fut chargé de l'examen des affaires d'Italie, de France, d'Allemagne et des Pays- Bas. Sans avoir le titre de premier ministre du roi, il en eut Tinfluence et les honneurs. L*immense crédit dont il jouissait, souleva, là aussi, les ombrages des fonctionnaires nationaux. Néanmoins, il sut, par son inaltérable fidélité, conserver jusqu'à sa mort la faveur du monarque qu'il servait, sans en avoir jamais été le courtisan. Les paroles de l'historien Strada sont trop significatives pour ne pas être rapportées textuellement : Absqve adulationis tormento, quadraginta cir^ citer annos incorrupta fide arcem obtinuit principalis aidœ,,.j quippe nactus principem apud quem libertatem et gratiam, rara felicitate^ ad eœtremum usque tenere licuerit (i).
Granvelle devint régent des Espagnes en 1580, lorsque Philippe II alla prendre possession du trône de Portugal, dont il était le légitime héritier après la mort du cardinal Henri. Le roi, en revenant de Lisbonne, fit une entrée triomphale à Madrid et en laissa rejaillir l'éclat sur Granvelle, en le faisant, seul, chevaucher à sa gauche et voulant, pour ainsi dire, lui faire par là partager les acclamations du peuple.
Revenons directement à l'histoire de l'archevêché de Malines.
(1) De bello belg, liv. IV, sous Tan 1564.