I. LE CARÛI.NAfi GRANVELLE. I2b
Nous avons vu dans l'Introduction (au n° V) que la bulle Ex injuncto de Pie IV (mars 1560), qui marque la délimitation de Tarchevêché récemment érigé par Paul IV, ne fut pas immédiatement mise à exécution. Ce ne fut qu'en septembre 1568 que Morillon, vicairegénéral , put annoncer aux anciens ordinaires , les évoques de Cambrai et de Liège, que leur juridiction spirituelle sur le territoire diocésain était définitivement supprimée. Ce fut un conseiller du conseil de Brabant, Pierre Asseliers , agissant au nom du gouvernement, qui notifia la chose à Tofflcial de Liège résidant à Louvain (16 septembre), et, deux jours après, à l'official de Cambrai résidant à Bruxelles.
Après le décès de Charles de Croy, évêque de Tournai et prélat d'Afflighem, les religieux élurent Arnould Motmans, qui fut bénit et installé au mois de mai 1565. Quatre ans plus tard, il dut céder la place au cardinal Granvelle qui prit possession de la stalle abbatiale par messireMax. Morillon (1569). Motmans dut résigner la prélature et se retira dans un autre couvent bénédictin. Il mourut prieur de Wavre et de Frasnes, le 14 juin 1597.
Néanmoins la prise de possession neut pas lieu sans quelque opposition. Jean Molinaeus (i), docteur ès-droit de Louvain et doyen de Saint-Pierre, se rendit à Rome en 1573 avec le docteur Jean Latomus, prieur du
(l) Vanderinoelen ou Vandermeulen, natif de Gand.
126 PREMIÈBE PÉRIODE.
Trône près d'Hérenthals, pour y plaider devant le Pape et les cardinaux contre la création des évôchés et surtout contre l'incorporation des abbayes. Le 26 mai, il envoya au prieur et aux religieux de l'abbaye d'Afflighem une missive des plus injurieuses pour Tépiscopat et le Saint-Siège ; il y décrit les efforts qu'il fait à Rome pour défendre la cause des moines et faire chasser au loin des loups qui ont été introduits par la puissance dHun petit nombre cC hommes ou plutôt par leur cupidité, contrairement à la saine raison, aux lois et aux canovks. «J'ai résolu, dit-il, de ne pas abandonner la cause de la vérité ; je veux plutôt marcher avec plus d'audace dans la voie où je suis. J'exagère autant que je puis près du Pape et du Sacré-CoUége les inconvénients de vos incorporations. Si la chose vous tient à cœur, comme elle doit faire, j'espère que je parviendrai à faire abolir ces annexions pestilentielles (àbolita incorporationum immani ac saeva lue) et obtenir que tous nos monastères soient rendus à eux-mêmes (i). »
Le 15 novembre 1573, Granvelle écrivit à Morillon :
Vous avez jà entendu ce que je vous ay escript louchant Molineus et le prieur du Throne ; ayez bon courage ; car j'espère que den ne se changera des nouvelles eveschez, ny des unions, étant cestela ung article d'une lettre que m'escript notre ambassadeur à Rome du XI de ce mois, par où vous verrez ce qu'il me dict du dit Molineus ; le dit ambassadeur vouldroit qu'il allast en Espaigne, pour ce qu'il tient qu'il feroit là moins de mal que ailleurs, et il a raison : mais le dit Molineus est si vain et si legier, qu'il ne se fault arrester sur nulle délibération, qu'il face, et a si peu d'argent en bourse, que je me doutte, qu'il est mal en point pour
(1) Le texte latin de la lettre passionnée de Molinssus à ceux d'Afflighem est dans le Syn, Belg. 1, 182, et dans Paquot, Mémoirett XVII, 408.