I. LE CARDINAL GRANV£LLE
tribuèrent pas peu à raviver laversion des Belges contre le régime espagnol. Wilhelm Lindanus, évêque de Raremonde, osa s'en plaindre au duc lui-même. En rappelant les profanations commises à Malines et à Zutphen, il ajoutait que les soldats de Son Excellence méritaient ou avaient déjà encouru l'excommunication comminée par le concile de Trente contre ceux qui violent la justice de la sorte (i). Rythovius, évêque dlpres, Jansenius, évoque de Gand et Rémi Driutius, évoque de'Bruges firent les mêmes plaintes au roi (2). Le duc d'Albe fut rappelé à la fin de décembre 1573, laissant un nom détesté dans un pays que révolte toujours l'abus du pouvoir (3).
Malines, frappée en outre d'une maladie épidémique en 1573, n'était pas au bout de ses malheurs. Au temps de l'archiduc Mathias, les États, devenus maîtres de la ville en février 1578, firent raser ce qui restait du grand-béguinage^ l'église paroissiale de Neckerspoel, les chapelles et tous les couvents situés hors de l'enceinte. M. Ponthus de Noyelles, seigneur de Bours,
(1) 'ÂdeoDon defendantur (looa sacra) ut opprimantur graviter, imo euapolientur, atque in pnedam cédant Vestr» Eicell. militibas. Istud horrendo cam exemple liqnet omnium maxime in miserrima Mechliniensi Republica, naper omnium florentissima, sicut et Zutphaniensi, ubi nec Dd domas, nec monasteria. née sacrosancta Christi sacramenta ipsa tan* tam habuerunt immunitatis aut defensionia juat»i qu<intum christiania TÎris fuitdignum... « Voir Havensius, Commeni, de erecHone novoram in Biifio Epiieopattntm, 1. II. chap. IX.
(3) Voyez Gachard, Correspondance de Philippe II, t. II, p. 236 et 358.
(3) En 1575 était Vannée sainte ou l'année du çrand jubilé. On pot célébrer le jubilé à Malines jusqn'à la fête de Saint-Jean de 1576 * cette faveur avait été accordée par le pape Grégoire XIII à la demande dueardiual Granvelle. Voir DeMunck, GedenckSekri/ien, page 118.
gouverneur et capitaine de la ville, envoya ordre au magistrat de remettre sans retard à la chambre de fortifications les cloches et l'argenterie des églises rurales et urbaines ; il mit aussi la main sur la châsse de Saint-Rombaut, en vermeil, réputé le plus riche et le plus artistique reliquaire de tout le pays. Les ossements du Patron de la ville furent depuis lors gardés provisoirement dans un simple reliquaire en bois de chêne (i).
Le 1®' août 1579, la ville de Malines se rendit avec joie au duc de Parme, tandis que trois villes voisines, Anvers, Bruxelles et Lierre suivaient encore le drapeau des États. Mais, le 9 avril de Tannée suivante, elle retomba au pouvoir du parti orangiste et se vît de nouveau livrée à la dévastation commandée par Olivier Van den Tempel et le colonel anglais John Norrits. Cette fois, rien n'échappa à la fureur des soldats hérétiques. Plusieurs bourgeois, des prêtres et des reli-
(1) M. de Fromont, chef des finances/ exprima son mécontentement au seigneur de Bours dans une lettre du 6 novembre 1576. »... Il m'esbahis que vous avez ponrsuivy si diligemment l'establissement de la nouvelle religion en la ville de Malines ; aussi qu'avez voulu et osé faire fondre tant de relicquaires et mesmes la fierie de St-Rombault tant ancienne et de si grand renom : ce que toutes-fois moj ny aultres bons catholiques ne vouldroient faire, comme aussi n'a faiot le prince d'Orange» lorsqu'il estoit à Malines, ny depuis les Espagnolz tant affectez à la pecane, ne les ont touchez, ainsi inviolablement conservé. Je ne vous rémemoreray combien vous en avez tiré, puisque le commun en va à la moustarde...' — Voyez la Vraye narration de ce gui s* est iraicté aotC^ ceux de Malines de la part de Varehidue Mathias, Anvers 1580. — En 1631, sous l'épiscopat de Jacques Boonen, on déposa les reliques de saint Rombaut dans une nouvelle châsse précieuse ; celle ci devint la proie des Français en 1794. Voir notre opuscule : La vie de Saint-Romàami, Malines chez Van Velsen 1876.