I. LE CARDINAL GRANYELLE
gîeux y perdirent la vie ; les membres du chapitre et les autres ecclésiastiques durent se cacher ou quittèrent secrètement la ville pour se sauver à Liège ou ailleurs ; l'église métropolitaine fut horriblement profanée par les sectaires : les vénérables ossements du Patron de la ville furent dispersés sur le pavement, mais aussitôt recueillis par quelques fidèles courageux. Ces journées néfastes, connues dans l'histoire sous le nom de fureur anglaise, sont Thorrible pendant delà fureur espagnole. L'historien Van Meteren, calviniste forcené, atteste lui-même que les malheurs d'aucune autre ville des Pays-Bas, pendant tout un siècle, ne peuvent se comparer avec ce que Malines eut alors à souffrir de la part des calvinistes.
Nous sortirions de notre cadre, si nous voulions exposer ici au long le pitoyable état que présenta Malines depuis ce moment jusqu'à sa délivrance. Nous verrons dans la vie de l'archevêque Hauchin qu'elle rentra sous l'obéissance du roi le 17 juillet 1585. Durant plus de cinq ans, elle avait été sous le joug des religionnaires, et l'exercice du culte catholique y avait été complètement supprimé, au nom de la liberté de conscience.
Le vicaire-général Morillon publia une lettre par laquelle le cardinal lui-même convoquait à un synode diocésain les chapitres collégiaux du diocèse, les archiprêtres ou doyens ruraux, les chefs des abbayes et des prieurés de l'un et l'autre sexe, etc. La lettre de con-
vocation, signée le 10 mars 1574/ annonçait que le synode s'assemblerait à Malines le dimanche de Quasimodo, 18 avril, et serait présidé par Morillon, au nom et avec les pouvoirs délégués de Tarchevêque.
Au jour indiqué, le synode s'ouvrit avec solennité au chœur de la basilique métropolitaine. La messe fut célébrée par Ghislain Vroedius, évéque de Salubria, assisté de Tabbé de Vlierbeeck, diacre, et de Tabbé d'Eename, sousdiacre. Le saint sacrifice terminé, les prélats, les chanoines et tous les membres du synode se dirigèrent vers le palais archiépiscopal, situé près de l'église paroissiale de Saint-Pierre.
Après avoir déclaré qu'il approuve et admet tout ce qui a été décrété au saint concile de Trente et au concile provincial de Malines, le synode publie les statuts diocésains. Les Sacrements, la vie des ecclésiastiques^ les ministres de t Église et leur résidence^ les curés ^ Yofflce divin, les testaments et les fêtes, forment le sujet de sept titres, divisés chacun en petits chapitres. Le synode fut terminé le 21 avril par une messe pontificale et le chant du Te Deum dans Saint-Rombaut (i).
Le second concile de la province était fixé de droit à l'an 1573 ; mais les événements publics, qui avaient fait retarder le synode diocésain, firent reculer le concile provincial jusqu'en 1574. Si la convocation ne plaisait guère à Granvelle, c'est qu'il craignait que le pouvoir séculier ne voulût de nouveau se mêler des délibérations du corps épiscopal. Il écrivit donc, le 16 novembre 1573, à Morillon :
(1> Syn. Belg, II, 187-208.