‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 61 sur 181 · I. LE CARDINAL GRANVELLE · texte numérisé non relu

I. LE CARDINAL GRANVELLE

(Hessels), dit Joannes a Lovanio (i), n'eut pas de peine à augmenter le nombre de ses adeptes. La liaison de Baius et de Jean de Louvain était devenue une absolue communauté de pensées et de travaux. Les deux professeurs rédigèrent ensemble un corps de doctrines, résolus de le propager par tous les moyens en leur pouvoir.

La lutte n'éclata formellement qu'en 1561. Les frères-mineurs, partisans des doctrines de Duns Scot, s occupaient, dans leurs couvents, de la réfutation des opinions qu'ils avaient entendu développer par Baius et les siens ; ils résumèrent sa doctrine en dix-huit articles, dont ils demandèrent la censure à la Sorbonne de Paris. Baius et ses partisans répondirent que les propositions censurées à Paris n'appartiennent pas à eux, mais à saint Augustin. Les frères -mineurs firent une nouvelle collection de propositions, et la soumirent àGranvelle, qui, à son tour, la communiqua à Baius. Celui-ci répliqua cette fois que de ces propositions les unes s'éloignaient en tout ou en partie de sa manière de voir, et que d'autres étaient formulées avec une telle perfidie que leur énoncé seul devait les rendre suspectes, surtout de la part de ceux qui n'étaient pas au courant de ces questions délicates.

Le 18 octobre 1561 , Granvelle écrivait au roi d'Espagne :

Je n'a?ai8 point d'abord Tintention de fatiguer Votre Majesté des détails de cette affaire qui m'oocope depuis sept oa huit mois ; mais je viens d'apprendre qu'on a écrit de Rome à ce sujet, et que le père con-

(1) Il ne faut pas confondre Jean Hestelitts avec le docteur Jean- Léonard Van der Eyoken, dit Hatselius^ mort à Trente en 1552.

fessear (da Pape) l'a sa da général des Franciscains. U y a quelques années que le président Viglius et moi, de concert avec Ruard, défunt, avions fait des observations aux docteurs en théologie sur ce qu'ils commençaient à adopter certaines manières de s'exprimer inusitées dans l'école, les engageant à s'en défaire, parce que, bien que la chose ne fût pas mauvaise en elle-même, d'autres en prenaient texte pour aller plus loin, par exemple ces moines (de saint François) dont les propositions ont été censurées. Ces derniers ayant été contrariés à ce sujet par quelques autres religieux du même ordre, personnages pieux et instruits, voulurent s'appuyer de l'autorité des docteurs dont je viens de parler, ce qui attira à ceux ci quelques attaques assez piquantes dans divers sermons... J'ai sollicité du Souverain Pontife (Pie IV) un bref qui me donnât tout pouvoir d'agir comme il conviendrait. Ayant obtenu cette pièce et avant d'en faire usage, comme ces docteurs de Louvain sont des hommes d'une foi pure, très instruits et de la vie la plus exemplaire, et que, si, à Dieu ne plaise, ils venaient à se séparer de nous, ils pourraient causer de grands maux à l'Église ; considérant en outre que le désespoir pousse quelquefois les hommes à de coupables extrémités,... je crus devoir préalablement chercher à gagner les deux principaux d'entre eux (Baius et He^selias). En conséquence, dans la vue de leur prouver qu'ils n'avaient rien perdu dans l'estime publique et qu'ils n'étaient pas sans appui, je leurs fis proposer de faire partie de mon conseil, sans sortir de Louvain ni quitter leurs chaires, et assignant à chacun d'eux une bonne pension sur mes propres revenus. Ils acceptèrent volontiers l'une et l'autre proposition, et comme il me semblait alors que j'avais plus d'empire sur leur volonté, quelques jours après je les mandai auprès de moi, comme si alors seulement j'eusse reçu le bref, et en présence du président (Viglius) je leur dis ce que je jugeai convenable. Tous deux se soumirent entièrement au jugement de Sa Sainteté et du Concile, se bornant à faire valoir les motifs de leur conduite et ceux qui pouvaient servir à les justifier. Puis, comme le père général de l'ordre se trouvait présent et que nos vœux étaient unanimes, nous arrêtâmes de concert qu'il fallait ensevelir cette affaire dans le plus profond oubli. En conséquence, ce religieux a imposé le silence à tous les siens ; j'en ai fait autant de mon côté à l'égard des docteurs de l'Université, de manière que je n'entends plus murmurer le moindre mot à ce sujet, et j'espère que l'incendie qui pouvait résulter d'un pareil commencement, est désormais éteint en grande partie (1).

(1) Papiers d'État, VI, 390.393.

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