I. L£ CAKDINAL GRANVELLE
de l'y faire agréer par la faculté. Tolet eut la joie de voir tous les docteurs, licenciés, bacheliers et étudiants se soumettre respectueusement aux décisions de l'Église. Baius lui-même, qui avait jusqu'alors louvoyé entre l'abjuration et le maintien de ses erreurs, rétracta de nouveau, tant de vive voix que par écrit avec une humilité qui fit, dit-on, prononcer au mandataire pontifical ces paroles remarquables : Fateor et fcUebor, nihilme vidisseBaiodociius^ nihilBaiohumiliiis. Voici du reste la traduction de la protestation de Baius :
Moi Michel De Bay, chancelier de TUniversité de Loavaia et professeur de théologie, je reconnais et professe qu'ayant en plusieurs entretiens a?ec le R. P. François Tolet, prédicateur de Sa. Sainteté et à oe spécialement envoyé, sur diverses maximes et propositions, ao<.refois condamnées par N. S. P. Pie V d'heureuse mémoire sous la date du 1er octobre 1667, et itérativement par Grégoire XLII, aujourd'hui régnant, sous la date du 29 janvier 1579, j'ai été amené à cette pleine conviction, que la proscription de toutes ces maximes a été décrétée et faite à bon droit, après un mûr examen et une sévère discussion. Je reconnais en outre qu'an grand nombre d'entre elles sont contenues et défendues dans certains traités que j'ai écrits et publiés avant la censure prononcée, par le Saint-Siège, et qu'elles s'y présentent dans le sens dans lequel elles sont réprouvées. Je déclare enfin qu'à présent je renonce à ces maximes, que je me soumets à la condamnation prononcée par le Saint- Siège, et que je n'entends plus désormais enseigner ou défendre aucune d'elles. Fait à Louvain, le 24 mars 1580. — Michel De Bay (1).
D'après le cardinal de Lugo, le docteur Van de Velde et Mgr de Ram {2), Baius persévéra jusqu'à la fin de ses jours dans sa soumission à l'Église. Quatre ans
(1) Voir Baianismi Uist. brevit, p. 34-4é.
(2) Lugo dit de Baius : • Qui semper catholicus fuit et Ecclesiae obediens. • De virl^fidei, disp. 20, } 3. — Van de Velde, Synopsis Monum, 1, 114. — Annuaire de PUniv, Catholique, année 1840, pag. 199.
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ayant sa mort, à savoir en 1585, la faculté de théologie dressa, à la demande du nonce J . F. Bonhomo, évoque de Verceil(i), une déclaration nette et précise des vrais principes sur la prédestination et la justification de rhomme. Cette importante pièce, rédigée par le docteur Jean Lensœus, de Bailleul, a servi, depuis, de règle d enseignement à tous les théologiens belges dévoués à la saine doctrine (2).
Baius, disparaissant de la scène après son ami Hesselius, laissa derrière lui ce ferment de schisme, subtil, pointilleux, insaisissable, sans cesse condamné . et sans cesse renaissant, qui devait longtemps encore contristerle Saint-Siège. Quand il cessa de vivre (16 septembre 1589), Du Vergier de Hauranne et Corneille Jansenius étaient nés, le premier en 1581, le second en 1585. L'intimité qui avait uni Baius et Hesselius allait unir sur leur tombe deux de leurs adeptes (3).
Baius avait non-seulement restauré, à Louvain, le collège d'Adrien VI, dont l'existence avaitété gravement compromise par l'occupation de la garnison espagnole, mais encore fondé de ses propres deniers (1578) et
(1) Ce prélat, honoré de l'amitié de saint Charles Borromée, vint à Liège en novembre 1585 et 7 conToqaa un synode dans l'absence d'Ernest de Bavière. Secondé par l'archidiacre Torrentios, il introduisit dans le diocèse de Liège une réforme salutaire en rapport avec les lois édictées au concile de Trente.
(2) Elle se trouve dans les opuscules latins de Steyaert, tom. I, et dans le livre d'Havelange : EccUsiae in/allibiliiai in factit docirinalibu' demntiraia ( Liège 1 79 1 ) , pag . 30-6 1 .
(3) Jansenius et Du Vergier de Hauranne apprirent à se connaître à Loavain où ils suivaient le cours du docteur Jansonius, disciple de Baius. Noos aurons à les faire connaître dans l'histoire de l'archevêque Boonen.