‹ Histoire des archevêques de Malines [microform]Chapitre 72 sur 181 · I. LE CARDINAL GRANVELLE · texte numérisé non relu

I. LE CARDINAL GRANVELLE

que je suis ny ambitieux ny vindicatif, ou tel que ces malheureux me veuillent peindre.... Par ce que j'ay escrit à Pedro Lopez, vous aurez pu voir comme je chemine franc et rond, et quelle a tousjours esté mon opinion, tendant, à douceur et a ce que les affaires se traictent par ceux du paya, et si je y prétends rien pour moi, quoyque die Tescrit ; vous jurant que qui me donneroit le gouvernement, je ne l'accepte roys pour rien, et il y a long temps que vous Tavez ainsy entendu de moy (i). »

Selon M. Gachard, il ne travailla pas à faire intro* duire parmi nous l'Inquisition d'Espagne ; il conseilla la clémence à Philippe II ; il plaida la cause de l'infortuné d'Egmont, qui s'était aveuglément posé comme son ennemi personnel ; il réclama une amnistie en faveur des rebelles ; il osa blâmer ce qu'il appelait le maudit conseil des troubles et les moyens de rigueur que le duc d'Albe avait mis eu pratique depuis son arrivée aux Pays-Bas ; il conseilla au roi de donner satisfaction aux pays d'en deçà et de se réconcilier avec ses sujets du nord. • Tout considéré, dit M. Gachard, " on doit reconnaître, ce me semble, que Granvelle fut un '• des hommes d'État les plus éminents de son siècle ; « qu'il voulait le bien, le repos et la splendeur des Pays- « Bas; que son départ de Bruxelles eut en définitive » des conséquences désastreuses, et que, s'il y était resté « à la tête des affaires, nos provinces n'eussent vraisem- " blablement pas enduré cette longue suite de cala- « mités qui remplirent de désolation et de misère une

(1) Jrehitfâs, IV, «58.

n contrée jusqu'alors la plus heureuse et la plus florisn santé de l'Europe. " Ainsi parle l'illustre savant belge dans la Correspondance de Philippe JT (i). Dans un rapport adressé à M. de Gerlache et écrit à Dijon, le 29 octobre 1838, M. Gachard félicite le président de l'Académie sur le noble sentiment d'indépendance qui le porta à proclamer la vérité, obscurcie par les exagérations intéressées de V antagonisme religieux et politique. Puis il ajoute ; « La mission de l'historien M n'est pas de flatter les préjugés ou les passions popu- « laires ; son devoir est de faire entendre ce que, dans il sa conscience, il croit être le langage de la jus- « tice. S'il ne m'avait pas été interdit de prendre à w B esançon des extraits des manuscrits de Granvelle, N je serais en état d établir, par une foule de preuves, " que vous auriez pu être beaucoup plus explicite dans " la justification du cardinal. " A défaut de ces documents, il fait connaître Tappréciation de deux savants, dont l'un, M. Belaing, appelle Granvelle le ministre irréprochable^ dont le noble caractère ne se démentit dans aucune des circonstances difficiles de sa vie, serti-

(1) Tom. I, pag. CLXXXII. Ajoutons le jogement de D. Prosper Lévêqae : « Au fonds, il était le seul en état d'arrêter le torrent des factions qui rompit dans les Pays-Bas toutes les digues de l*obéissance et de la fidélité, si l'on n'eût pas souffert sa retraite par un ménagement déplacé, et si l'on eût plutôt éloigné ceux qui travaillaient à enhardir l'indépendance, que celui qui voulait maintenir la soumission. Les exemples de sévérité qu'on fut contraint d'y faire, furent trop tardifs pour n'être pas dangereux. • Mémoires^ t. II, p. 129.Qrotius, tout protestant qu'il était, avait dit, avant Lévêque et Gachard, que, depuis la retraite de Granvelle, la Religion et l'État se sont trouvés ébranlés jusque dans leurs fondements : Omitia Religionit et Imperii sut deque vena iunt.

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