II. JEAN HAUCHIN
colonel écossais Stuwart et les deux bourgmestres^ soutenus par les serments et par un grand nombre de bourgeois, ne les avaient arrêtés. Ils allèrent alors décharger leur fureur sur la maison du pléban, Pierre Fabri, sur celles de ses vicaires et de quelques chanoines. Le couvent de Sainte-Gertrude et celui des Sœurs-Grises furent entièrement dépouillés. Tous les établissements religieux étaient menacés des mêmes ravages, lorsque les bourgeois, aidés par quelques troupes restées fidèles à leur devoir, parvinrent & dissiper ces brigands. L'absence de Vandentympel était probablement -calculée, pour faciliter cette émeute, épouvantail dont l'usage était devenu habituel (i). En janvier 1580, le fougueux officier parvint à exclure les catholiques de toute charge publique et à faire établir une régence de son parti. Le 23 février, le nouveau magistrat cita Jean Hauchin devant sa barre et lui enjoignit de publier un mandement portant abolition des fêtes des saints et permettant la célébration du dimanche. Le doyen-official se refusa à un acte aussi contraire à ses devoirs qu'à son caractère ; mais ce refus ne pouvait arrêter les calvinistes. Quelque temps après, il lui fut demandé un mandement pour la suppression du troisième jour de Pâques, et sur son nouveau refus, ils se promirent d'arriver à leurs fins par une voie plus directe (2). Provoqué par des prédicants de la réforme à répondre, si possible, à leurs dissertations contre le dogme de la présence réelle, Hauchin releva le gant. Il n'eut pas grand'peine à
(l) Détails empruntés à Henné et Wauters, ibid, 528 et 529. (3) Henné et Wanters, iùid. 539 et 540, d'après Foppens.
fermer la bouche à ses adversaires; mais comme il devait s'y attendre, la victoire lui coûta cher (i). Le 25 avril de Tannée susdite, il fut arraché de son domicile et mis aux arrêts dans la Vroendé. Le pléban, les curés de la ville et quatorze notables catholiques furent également incarcérés. Cette violence remplit de » douleur et d'indignation Tâ'^ne des catholiques de la capitale (2). Relâché trois mois plus tard, en échange du fils du bourgmestre Henri De Bloyere qui était entre les mains des Espagnols, Hauchin fut forcé de prendre le chemin de l'exil et se rendit droit à Tournai. Pendant qu' Hauchin était encore incarcéré à Bruxelles, il eut la douleur d'apprendre qu'un décret du 1 mai, porté au nom de la régence et du conseil de guerre, défendait tout exercice public de la religion catholique et ordonnait de tenir fermées toutes les églises, sauf celles qui servaient aux réformés, et d'en ôter les images, les tableaux et les autres ornements et de les vendre. Ce décret contenait une répétition de toutes les calomnies, invectives et blasphèmes que les sectaires de ce temps étaient accoutumés de vomir contre l'Église. En conséquence de cet édit, le calvinisme devint la religion dominante à Bruxelles et y fut professé pendant quatre ans, comme au milieu des provinces septentrionales (a).
(L) Yan Helmont d'après Havensiua et Foppens.
(*3) • Le moment est venu, s'écriaient les pins exaltés, de combattre pour notre religion ! Nous sommes sept contre un ; chassons ces hérétiques qui nous font la loi. » Henné et Wauters, I, 542. -^ On le voit, à Bruxelles comme à Anvers et ailleurs, la force primait le droit; c'est toute l'histoire de la réforme aux Pays-Bas.
(3) Mann, 1, 139.