II. JEAN HAUCHIN
Granvelle avait spontanément résigné Tarchevêché le 24 janvier 1583. Presque en même temps le roi Philippe II désigna le courageux doyen de Sainte- Gudule pour lui succéder. Le pape Grégoire XIII confirma peu après la nomination royale par l'envoi Jes bulles d'institution canonique.
Hauchin se trouvait à Tournai, lorsqu'il reçut inopinément la nouvelle de son élévation. Malgré lui, il accepta le fardeau de l'épiscopat, toujours si redoutable, mais surtout à cette époque d'hérésie et de sédition. C'est dans la cathédrale de cette ville qu'il reçut la mitre et l'onction sainte des mains de l'évêque Maximilien Morillon qui l'avait probablement désigné au choix du roi. Rémi Driutius, évoque de Bruges, et François Wallon-Cappelle, évêque de Namur, étaient assistants à la cérémonie de la consécration (30 octobre 1583).
Gomme Malines se trouvait alors au pouvoir des calvinistes, le nouvel archevêque s'était mis en possession du siège (33 octobre) dans la collégiale de Saint-Pierre à Louvain par procuration donnée au docteur Henri Cuyckius, professeur de théologie, plus tard deuxième évéque de Ruremonde (i).
Durant l'espace de plus d'un an et demi, 1583-1584, Jean Hauchin erra de ville en ville, comme un proscrit, jetant d'au-loin des regards attristés vers la cité métropolitaine et vers la capitale de Brabant, gémissant
(1) Voir la yie de Qranyelle oi-dessus, XVI, pag. 166.
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Tune et l'autre sous le joug des hérétiques (i). On le trouve successivement à Tournai, à Mons, à Gand, à Termonde, à Beveren, à Grammont, à Vilvorde, ailleurs encore, rétablissant ranclen culte partout où c'était nécessaire et possible, consacrant les autels, ranimant par sa présence et sa parole la foi des populations. Les circonstances exceptionnellement critiques où se trouvait Tarchevêché ne lui permettaient pas de faire davantage. Toutefois le jour approchait où il pourrait faire son entrée à Bruxelles et à Malines, afin d'y présider à la restauration du culte.
C'était à l'époque où les armées victorieuses d'Alexandre Farnèse, envoyées contre les rebelles, faisaient rentrer nos villes, l'une après Tautre, sous l'obéissance du souverain légitime. Bruxelles, épuisée par la misère et la famine, courba la tète et envoya au général espagnol une députation de dix-sept membres ; la capitulation fut signée au camp de Beveren (pays de Waes) le 10 mars 1585, publiée le lendemain et accueillie avec transport. Une amnistie générale était accordée à tous les bourgeois et habitants ; le prince devait s'entendre avec le magistrat pour faire rétablir, avec le moins de frais possibles, les églises et .les autres lieux sacrés qui avaient été démolis ou ruinés pendant les derniers troubles (2).
Les troupes de la garnison ayant évacué la ville pour être conduites à Berg-op-Zoom par une escorte
(1) • Sicque bonus paslor per sesquiannum oberravit, afflicto oculo aspiciens à longe sedetn suam arciiiepiscopalem ab haereticisoccupataiii> nti et urbem principem Bruxellam.» Mss.de Van Helmont, à rarchevéché.
(^) Le texte de la capitulation est dans Miraeus, II, 1307.