II. JEAN HAUCHIN
de troupes royales, un régiment d'infanterie espagnole et wallonne vint aussitôt les remplacer sous les ordres du seigneur de Vendegies, nommé gouverneur. Jean Richardot^ président du conseil d'Artois, et Flaminius Garnier, secrétaire du conseil privé, qui avaient été commissaires royaux pour la capitulation, furent chargés par Farnèse à la nouvelle élection du magistrat ainsi que de l'administration civile.
Quant à ce qui regardait le rétablissement de l'ancien culte, le vainquejur s'en remit aux soins de l'archevêque de Malines (i). Celui-ci fut ramené en triomphe de Louvain (23 mars), reçu à Bruxelles aux vives acclamations de ceux qui avaient admiré sa fermeté et plaint son infortune; dès le surlendemain, il commença les cérémonies expiatoires. D'abord, accompagné d'un nombreux clergé, il alla visiter le saint Sacrement de Miracle, caché depuis 1579 dans une maison de la rue des Fripiers, et en constata l'authenticité après une enquête très-minutieuse (2). Le 28 mars, il bénit la collégiale ainsi que son cimetière, et y consacra les autels; il y chanta la messe au milieu d'un concours inouï de monde, et, le lendemain, il y administra le sacrement de confirmation à une multitude de fidèles. Les jours suivants, il réconcilia celles des églises dont Tétat de délabrement n'exigeait pas la reconstruction ou du moins une complète restauration. On vit alors
(1) • Demum Archiepiscopo Mechlinieasi , cujus ditionis Bruxell» erant, impense commendata est sacrorum cura. • Strada, De bello belg, 1. VI, sous l'an 1586, p. 671.
(2) Mann, Abfégé de VhUtoire de Bruxelles, t. I, p. 133-157. Navez, IHntrtation historique sur les Hosties miraculeuses (Brux. 1790), p. 129.
rentrer en foule les religieux et les religieuses qui avaient été chassés de leurs couvents, dont la plupart n'offraient plus que ruines et débris. Tout ce que les calvinistes avaient approprié à leur culte ou à leur usage, fut rendu aux catholiques. Grand nombre de ceux qui, par faiblesse ou par crainte, avaient fréquenté les prêches calvinistes ou s'étaient montrés^ partisans de la révolution, vinrent implorer leur absolution et leur pardon. En un mot, on prenait toutes les mesures propres au rétablissement de la religion catholique-romaine (i).
Par lettres patentes, datées de Bruxelles, 2 avril 1585 et signées du nom de son secrétaire Goossens, Hauchin institua un vicariat avec pleine juridiction ordinaire pour le district de Louvain. Il était composé du docteur Henri Cuyckius, professeur de théologie, vicaire-gêné» rai, du docteur Jean Verhaegen , professeur royal de droit, officiai^ du licencié David T' Sestich, garde du sceau^ et du licencié Servais Alun, de Brielle, secrétaire.
Bruxelles avait été réduite par la famine . La commune de Maliues» qui, à son tour, ne pouvait se ravitailler, se rendit sans coup férir, aimant mieux
(1) « Délivrés d'un joag insapportable, les catholiques laissèrent éclater toute leur allégresse ; ce qui leur fait surtout le plus grand honneur, ils n'usèrent point, envers leurs ennemis, de ces sanglantes représailles qui, aux différentes phases de la fortune des partis, époa* vantent souvent l'humanité. « Nous empruntons ces lignes, ainsi que les détails donnés ci-dessus dans le texte^ à MM. Henné et Wauters, Ouor. ciié, t. II, p. 1 et 2.
IL JEAN HAUCHIN. 187
d'accepter l'amnistie générale qu'on lui offrait généreusement, que de périr de faim. D'ailleurs, la garnison, voyant qu'une plus longue résistance ne pouvait sauver les Etats, était d'accord avec la bourgeoisie pour se soumettre. L'acte de capitulation fut signé le 17 juillet 1585 au camp de Beveren. Nous en faisons suivre un extrait :
Comme estant présentement, à Tajde de Dieu le Createar, la ville de Maliues remue soubz l'obéissance de Sa Majesté, Son Altese ait trové convenir, avant tout œuvre, donner ordre à ce qu'est requis, pour le bien et repoz d'icelle et des bourgeois présentement y re!»idens, usant envers eulx de toute grâce, doulceur et bénignité,... ores que lesdicts de Malines, par les excès et désordres qui y sont commis, auroient bien mérité ch^stoy ; mesme pour avoir esté ladicte ville reduicte plustost par force d'armes que aultrement... Yeuillant sadicte Atleze pourveoir au bien et soulagement desdicts de Malines, et en leur endroict préférer graee et miséricorde à rigeur de justice, ùynament prins esgard que kdkie ville tturoié ^tié dernier emwt dit (raids de robeistance de S. M* far invasion et tnrprinte des rebelles, ensemble qu'ilz se sont humblement sabmis à la miséricorde de S. M. et discrétion de Son Alteze. Icellc at an nom et de la part de S. M. accordé et accorde ausdicts ville et bourgeois obliance, remission et pardon gênerai... Et au regard de la leparation des églises, se donnera par apiez l'ordre qui sera trouvé raisonnablement convenir, comme aussi endroict les (à regard des) privilèges de ladicte ville, eadicte Altère les fera veoir au Conseil et ordonnera favorablement ce qae sera pour le bienet prospérité d'icelle (1).
«Le duc de Parme, dit Strada, considérant que presque toute la population était catholique, accorda donc à des conditions très-mitigées, amnistie générale au nom du roi : fier de pouvoir placer un archevêque, longtemps exilé, sur le siège primatial de Belgique et de rendre à son souverain, sans perte de soldats, la fleur des villes belgiques, et avec elle la seigneurie de Malines, l'une des dix-sept provinces (2). »
(1) Miraeus, II, 1309. David, Oesehiedenis van Meeheien, 64S. (8) De bello belg. liv. VU, soos l'an 1685, pag. 600 et 601.
188 8B00KDE PÉRIODE.
Haochin ne tarda pas à faire son entrée dans Malines, le vendredi 2 août, et y reçut an accneil distingué de la part du magistrat et de la population. Le dimanche suivant, il adressa, sous le portail extérieur de Saint-Rombaut, un discours pathétique aux habitants. Puis il réconcilia leglise et le cimetière contigu qui avaient été profanés par les sectaires. Immédiatement après cette cérémonie, il fut personnellement intronisé, en renouvelant le serment de fidélité qu'il avait déjà prêté à sa prise de possession à Louvain (i). Quant à Tarchirliacre Hovius et aux autres chanoines, ils rentrèrent aussi dans la ville et reprirent l'office choral, après avoir installé Jean Leclercq comme doyen. Les autres églises et les cimetières de Malines et des environs furent successivement réconciliés par l'infatigable prélat.
L'un des premiers soins d'Hauchin après son arrivée à Malines, ce fut de faire recueillir les vénérables ossements de saint Rombaut qui avaient été violemment extraits de la châsse et dispersés sur le pavement, en avril 1580. Après en avoir constaté la parfaite authenticité, avec des formalités d'usage et un soin scrupuleux, il les renferma provisoirement dans un coffret en bois de chône et les transporta avec pompe dans l'église qui porte le nom du saint martyr. La cérémonie eut lieu le 3 novembre 1585. En mémoire de cet acte religieux, il institua la fête delà recollection à célébrer annuellement à la date marquée. Aujourd'hui on la célèbre le dimanche pendant l'octave de saint Rombaut.
La ville d'Anvers s'étant à son tour rendue au prince
(1) De Munck, Gedencksehri/ien, p. 119 et 120.
TI. JEAN HAUCHIN. 189
de Parme après une résistance prodigieuse(l7 août 1585), le nouveau magistrat s'adressa à notre archevêque pour l'administration de la confirmation et des ordres et pour la réconciliation des lieux saints (i). Pendant les huit semaines qu'il passa à Anvers (26 août- 17 octobre), Hauchin ne cessa d'adresser des paroles de consolation et d'encouragement aux bons catholiques et d'accueillir avec une paternelle indulgence ceux qui revenaient au giron de TÉglise qu'ils avaient momentanément abandonnée (2). Ce dut être pour lui une immense consolation de voir cette grande cité, qui avait été trop longtemps le repaire des novateurs, restée fidèle aux saintes croyances de l'JËglise catholique romaine .
On se figure à peine le lamentable état où se trouvait alors le diocèse de Malines. L'archevêché ne faisait encore que naître, et la bulle des limites n'avait été mise en exécution que depuis 1568. D'ailleurs, les sectaires avaient ravagé maintes églises et expulsé un grand nombre de religieux et de religieuses. Tout était à faire et à organiser.
Afin de pourvoir aux premiers besoins, l'archevêque
(1) Le siège épiscopal d' Au vers, vacant par la mort de François Sonnius, 1576, ne fat rempli que Tan 1586 par Tavénement de Liévin Torrentiua.
(2) • In hoc autem totus incumbebat mitis Prœsul, ut ubicumque devcniret, afflictos catholicos consolaretur, cunctosque ab hiereticia incautc deceptos et ad fidem romanam catholicam revertentes bénigne BQsciperet.' Mss.de Van Helmont, è rarchevêcbé.
établît, dans diverses villes, des cours ecclésiastiques composées des membres les plus distingués du clergé.
En vue de l'uniformité du culte, il fit préparer un rituel sous le nom de Pastorale Mechliniense . Ce livre dont la composition avait été confiée aux docteurs en théologie de Louvaiii, fut imprimé à Anvers dans les ateliers de Christophe Plantin et publié le 1 décembre 1588. Le Pastoral de Malines fut bientôt étendu au diocèse de Cologne par le nonce Octave Frangipani et a mérité les éloges de Benoît XIV qui lui attribuait une grande autorité (i). Au 17* siècle, il fut réédité et augmenté par les archevêques Mathias Hovius (1607) et Jacques Boonen (1624) ; la dernière édition est celle du cardinal -archevêque Engelbert Sterckx (2).
Le 16 septembre 1587, Hauchin conféra, à Vilvorde, l'ordre épiscopal à Liévin Torrentius, installé évêque le 15 décembre de Tannée précédente (3). Huit jours après, Torrentius écrivit une lettre de remerciement à son métropolitain, en ajoutant ces paroles : " Je résisterai aux contrariétés tant et aussi longtemps qu*il me sera possible. Mais, hélas, je crains que nous ne succombions ici tous ensemble. Plaise au Ciel que notre religion, la religion catholique, soit sauvée, la foi pour la quelle nous devons sacrifier notre vie (4). «
(1) De Syn. diacet, 1. VIII, c. III. no IV.
(2) Au synode diocésain de 1S72, Mgr Dechampa introduisit dans le diocèse de Mulines le RitttaU Romanum,
(3) Liévin Van der Bekeu, dit Torrentius, né à Gand en 1525. Il était archidiacre de la Campine, dans le diocèse de Liège, et vicairegénéral du prince- évêque, lorsque le roi Philippe II le promut an siège épiscopal d'Anvers, vacant par la mort de Sonnius.
(4) Lettre de Torrentius à Hauchin, 18 septembre 15S7.