III. MATUIAS HOVIUS
réunir chaque année dans la demeure archiépiscopale, le premier lundi du mois d'août pour entendre les résolutions que l'archevêque, après mûr examen et délibération commune , croira devoir prendre pour le bien des âmes. Les archiprêtres étaient chargés de coHimuniquer ces résolutions au clergé de leurs districts respectifs et de veiller à l'exacte exécution.
Au lieu de convoquer encore des synodes diocésains, les archevêques se bornèrent désormais à des congrégations annuelles des doyens, lesquelles du reste étaient déjà en usage dans le diocèse (i). De même, nous l'avons déjà dit, les conciles provinciaux furent remplacés par de simples congrégations d'évêques. Si nos premiers pasteurs s'éloignaient, sous ce rapport, de la discipline établie par le concile de Trente, il faut que de graves motifs les y aient forcés. Au commencement ce fut l'opposition plus ou moins ouverte d'une partie du clergé tant régulier que séculier; plus tard vinrent s'y joindre les entraves mises par le pouvoir civil. Plusieurs chapitres collégiaux alléguaient l'exemption ; les religieuses accusèrent la pauvreté de leur communauté ; les chefs des abbayes et d'autres couvents d'hommes avaient d'autres prétextes ; les curés, à leur tour, se plaignaient des déplacements et de la dépense occasionnés par les synodes (2). Les princes et les magistrats s'ombra-
(1) Mgr Dechamps, 14e archevèqae, rétablit les synodes diocésains de Malines en mars 1872.
(2) On découvre des traces de ces motifs dans les Actes mêmes des assemblées. Voici, da reste, ce qui est exprimé dans le synode diocésain d'Ipres en 1630 : « Quia molestum et sumptuosnm foret singolls annis
geaient d'un concile ou même d'un synode» et prétendaient en soumettre les décisions à leur contrôle. On a vu Tautorité séculière s'opposer non seulement à la convocation de conciles provinciaux ou de synodes diocésains, mais encore parfois à la simple réunion des évéques de la province. Le cardinal-archevêque Thomas-Philippe d'Alsace, l'un des plus zélés observateurs de la discipb'ne de l'Église, exprimait en 17^ le regret qu'il ne fût pas permis aux chefs des diocèses de satisfaire aux lois du concile de Trente relatives aux synodes (i).
En 1569, il y avait eu à Vilvorde une réunion de doyens ruraux, Capitidum rurale^ sous la présidence de Morillon et de Metsius, délégués du cardinalarchevêque Granvelle. Hovius se fit un devoir de les convoquer régulièrement, à Malines, au commencement du mois d'août de chaque année. En 1607 et en
synodam dlœcesanain oelebrare, diverais aliis diœceaibus nos conformantes, et imprimis sedi metropolitanie cni sabsumas, congregationem decanorum loco sjnodi annuatim celebiare decrevimos. •
(l) « Cai salaberrimo deoreto utinam ex faoili satisfaoere atqae obseqaî nobis liceret! • Syn. Belg, II, 476. En 1723, la Congrégation du Concile écrivit à Ferdinand Berio, évéqae de Namur : • Gratissimnoi habuit (S. Gongr. Conc.) ooliigi a te quotannis illostriores dignitate, doctrina, auotoritate sacerdotes, in quoram oonventa soierter agas diœcesis negotîa, qaommqae consUio ad res pro sainte ovium gerendas utaris. Nam etm kab&ri tnoio aynodut a te neqwai , ejus supplends tttilitati hnc omnium idonea maxime ratio videri potest. • En 1719, elle avait insisté auprès du même prélat pour la célébration annuelle du synode diocésain, • cum prsosertim ab eadem sjnodo cogenda nulla impediri possis difficnltate. Nam in Belgio non sjnodomm conyocationem abnnunt magistratus, sed ne synodalia décréta absque suo consensu promolgentnr ; ea vero promulgare non esset opus, cum satis in ipsa synodo pnblioata oenseri debeant. •
m. HATHIAS HOVIUS. ^229
1609, il n'y eut pas de congrégation décanale à cause du concile provincial et du synode diocésain.
Les ordonnances qui se faisaient dans les assemblées décanales, concernaient surtout le régime des paroisses, et les doyens de chrétientés étaient tenus de veiller à l'exécution des résolutions prises après délibération commune.
De même que les doyens s'assemblaient sous la présidence de l'archevêque, ainsi les curés devaient se réunir annuellement sous la présidence de leurs doyens respectifs. Ces Capitula Pastorum^ ordonnés par le concile provincial de 1607 et par le synode diocésain de 1609, avaient un double but ; en premier Heu, ils servaient de préparation au synode diocésain on à la congrégation décanale; en second lieu, ils concouraient à l'exécution des ordonnances portées par les autorités supérieures.
Au mois d'octobre 1617, les évoques de la province s'assemblèrent à Malines sous la présidence du métropolitain. C'est ici la première des congrégations d'évéques qui, dans la suite, ont tenu lieu de conciles provinciaux. Au mois d'août 1619, Ho vins tint sa dernière congrégation des archiprôtres . C'était la vingt-unième réunion, si Ton y comprend le chapitre rural de Bruxelles, qui avait tenu à Vilvorde en 1569.
Sous l'épiscopat d'Hovius, le diocèse vit s'introduire ou renaître plusieurs communautés religieuses. A Malines, les capucins ouvrirent un couvent en 1599. Les Thérésiennes ou carmélites déchaussées, aidées par la royale munificence des archiducs, s'établirent à Louvain et à Bruxelles en 1607, à Malines en 1616 ; les
Brigittines à Bruxelles en 1619. Les Jésuites ouvrirent leur noviciat en 1611 à Malines, et virent bientôt leur maison sanctifiée par un angélique enfant de Diest, le bienheureux Jean Berchmans , qui y entra comme novice le 24 septembre 1616, après avoir été quelque temps au service de Jean Froymont, de Soignies, chanoine-chantre de Saint-Rombaut.
En 1612, Mathias Hovius proscrivit deux ouvrages d'un nommé Paul Van Hoistens, comme renfermant des propositions hérétiques, scandaleuses, etc. Une de ces propositions affirmait que » TÉglise se sert d'un « terme impropre quand elle appelle la sainte Vierge w Mère de Dieu, u hérésie formelle que le concile œcuménique d'Ephèse avait anathématisée dans Nestorius. Heureusement pour lui. Van Hoistens nimita pas l'obstination de l'hérésiarque de Constantinople : il abjura et rétracta tout ce qu'il avait écrit et prêché de contraire à la doctrine de l'Église catholique (i).
Un des plus grands actes d'Hovius, le plus important si Ton en considère les résultats, ce fut la fondation du Séminaire, conformément aux ordonnances formelles du concile de Trente (2). C'est en effet de cette école de science et de vertu que devaient sortir les ministres des autels, les collaborateurs des évéques dans la grande et sainte œuvre du salut des âmes.
(1) Nous troavons ce détail dans la collection de F récit kittoriquei do. P« Broeokaert;, année 1873, p. 238.
(S) Seas. XXIII, c. XVIU. de reform.
TU. HATHIAS HOVIUS. 231
Mais nous devons prendre ce fait un peu plus haut.
Sous Tépiscopat de Granvelle, Tautorité diocésaine essaya d'établir à Bruxelles un séminaire pour l'instruction des jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiastique. Dans ce but, le vicaire-général Morillon jeta les jeux sur la maison de V Annonciation ou de Nazareth qui était occupée, depuis plus d'un siècle, par les Frères de la vie commune ()). Usant du droit que l'Église avait accordé aux ordinaires (2), il destina au séminaire à fonder tout ce que les Frères possédaient de meubles ou d'immeubles, sans préjudicier néanmoins aux besoins de ceux qui habitaient le dit Nazareth. L'acte de mutation, en date du 17 mars 1569 (style de Malines), fut passé du consentement du magistrat de Bruxelles et du chapitre de Sainte-Gudule (3).
En 1580, les calvinistes s'emparèrent de la maison de Nazareth et de ses revenus, pour y établir des maîtres chargés d'instruire les enfants dans les principes du nouveau culte. En mars 1585, Alexandre Farnèse rendit la maison aux catholiques et ceux-ci la rétablirent sur le pied où elle avait été avant les troubles. Néanmoins l'incorporation, projetée par MoriUon, souffrit des di£3cultés dont nous n'avons su découvrir la nature ; mais il est certain que l'érection du séminaire resta provisoirement suspendue (4). A la fin du 16® siècle, 8 juin 1595, le chapitre métropoUtain de Malines céda la maison de Nazareth à une
(1) Le magistrat de Bruxelles les a?ail appelés de l'Overjssel en 1460.
(2) Gonc. Trid. hc, cit.
(3) Mirsas, IV, 443 et 444.
(4) Voir Henae et Waaters, Hittoire de BruarelUs, 111, 169 et sqq.
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corporation d'Urbanistes, plus connue aujourd'hui sous ^ le nom de Riches-Claires (i).
L'archevêque Hauchin, vivant au milieu des troubles, n'eut pas le temps de songer à rétablissement d'un séminaire diocésain. L'honneur de prendre des mesures d'exécution et de réaliser enfin le grand vœu des Pères de Trente était réservé à son successeur immédiat, Mathias Ho vins.
Rappelons qu'il existait à Malines (rue des Vaches) une maison d'instruction pour les enfants, connue sous le nom de fraterkenshuis^ parce que les enfants qui la fréquentaient, étaient désignés sous le nom de fraterkens ou petits frères. En 1500, elle avait reçu de nouveaux revenus dus à la générosité du docteur Jean Standonck, Malinois de naissance (2). Sous Tépiscopat de Granvelle, on y bâtit une nouvelle chapelle sous l'invocation de saint Michel, archange ; Tévêque Ghislain Vroedius, suffragant du cardinal-archevêque, en fit la consécration(7 mai 1577).Hovius,s'appuyant sur les décrets du concile de Trente, convertit ces établissements en séminaire, en y appliquant en même temps les biens et les revenus de la fondation Standonck. Le magistrat de la ville, dont le consentement était requis pour opérer cette incorporation, donna pleins pouvoirs à trois de ses membres pour entrer en négociation avec l'archevêque : ce furent le commune-maître Charles De Clerck, seigneur de Boevenkerke, Téchevin Martin Roelants et le pensionnaire Antoine Sucquet,
(1) L'acte de cession est dans lea Analeete» pour servir à VhUtoire ecclésiaêiique de la Belgique^ II, 463.
(2) Voir l'appendice, sous le no III, pag. 816.