‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 100 sur 498 · Michel Nicolas, Biographie universelle de Didot · texte numérisé non relu

Michel Nicolas, Biographie universelle de Didot

CHEF DES LÉGUMISTES. 403

sensible, devint un moyen de réforme physique, morale, sociale, qu'il développa dans plusieurs brochures qui eurent un grand retentissement. Secondé dans ses œuvres par Ângliviel de La Beaumelle, son parent, qui l'aida de sa plume, ce système ou cette secte ne tarda pas à se répandre. En 1837, un cercle de légumistes s'était fondé sur la place de la Sorbonne ; il se composait de plus de cent membres. Gleyzes y venait souvent exposer sa doctrine et la développer devant de nombreux assistants.

La réputation de notre Ariégeois comme chef des légumistes ne s'étendit pas seulement en France, elle se répandit même en Angleterre. La célèbre Société de tempérance ne se contenta pas de le nommer un de ses membres, elle fit mettre son buste dans la salle de ses séances, où il semble présider aux délibérations.

Rendons à, chacun ce qui lui appartient. L'originalité de J. -Joseph Gleyzes est d'avoir cru qu'un régime végétal ramènerait l'homme à son état normal ; et, cette idée qui n'est pas neuve1, il sut la rajeunir par des considérations

1. Déjà le docteur Durand, de Saint-Girons, avait recommandé, sous l'Empire, le régime végétal. Depuis Çakya-Mouni et Pythagore, il y a Joujours eu des philosophes pour prêcher les bienfaits d'une alimentation purement végétale. Nos végétariens ont exposé d'assez solides arguments pour montrer que le régime de fruits, de légumes, d'œufs et de lait était infiniment moins coûteux que le régime Carnivore, plus sain et plus agréable. On y trouve tous les principes nécessaires à la reconstitution des éléments anatomiques : l'albumine, l'amidon, le sucre, l'huile et le reste. La viande seule serait insuffisante, puisqu'elle ne contient pas d'amiiion.

Les hommes illustres qui ont été plus ou moins végétariens — Pythagore, Empédocle, Platon, Epicure, Sénèque, Plutarque, Gassendi, Milton, Newton, Linné, Pope, Franklin, Bernardin de Saint-Pierre, Byron, Lamartine, Michelet — se sont sans doute révoltés, par humanité élémentaire, à la pensée des spectacles répugnants et des cruautés sans nom dont les abattoirs et les boucheries sont le théâtre. Mais nous pensons qu'ils ont surtout estimé que le régime végétal était plus favorable à la beauté physique, à la dignité des mœurs, à l'élévation de la pensée, à la douceur du caractère.

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profondes sur la nature de l'homme, et en tirer, par une suite d'ingénieuses déductions, un système complet de philosophie religieuse et sociale. C'est que, pour rentrer dans la justice distributive et rendre effectivement à chacun ce qui lui appartient réellement, Ton ne doit oublier ni les dates, ni les initiatives. Ce n'est qu'après Gleyses que s'est fondée, à Manchester, l'Association des végétariens anglais, qui a quarante années d'existence et qui, grâce à la ténacité pratique, à l'esprit de propagande britannique, a recruté de nombreux adhérents, lesquels se comptent par milliers. Cette association possède déjà des fonds considérables, publie un journal prospère, distribue une masse énorme de brochures, d'imprimés, tient des congrès annuels, ouvre des succursales à Londres, à Liverpool, à Birmingham, à Glasgow !.

IY. — Notre Gleyzes, en végétarien convaincu, ne se borna pas à prêcher son système du retour à l'alimentation végétale, il le pratiqua lui-même avec la plus entière fidélité, dans les dernières années de sa vie, de 1826 à 1846, époque de sa mort2, à la Nogarède. C'est dans Thalysie

1. Voir le savant article Plus de viande, par Ph. D., dans le Temps, novembre 1885.

2. On a remarqué que l'auteur de Thalysie, à dater du jour qu'il s'enferma dans sa retraite de la Nogarède, s'abstint de toute nourriture animale. Lui chétif et malingre, dit-on. prit une santé florissante et fut exempt de maladies et d'infirmités.

Madame Gleyzes, sans partager le système de son mari, s'unit toujours aux sentiments d'humanité avec lesquels il secourait les malheureux, qui, pour lui, étaient des frères. La femme de Gleyzes, Aglaé de LaBeaumelle, était la fille du célèbre adversaire de Voltaire. Née à la Nogarède, le (> septembre 1768, cette femme'distinguée d'esprit et de cœur épousa Jean-J. Gleyzes, en 1794 (morte en 1856). Sa mère était une sœur du jeune Lavaysse, impliqué dans le procès de Calas; c'est elle qui possédait un domaine dans le pays de Pamiers, près de .Ma/ères. (Lavaysse n'est-ce pas les Lasbaysses actuels?)

La VegetaHan Society de Londres, nous dit M. Michel Nicolas, a placé le portrait du colonel Gleyzes dans le local de ses séances, el madame

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ou la Nouvelle Existence, ouvrage en trois volumes in-8°, que notre moraliste a exposé l'ensemble de ses vues. Nous allons en donner une idée.

Dans sa préface, l'auteur se propose de démontrer, ditil, en son ouvrage :

\° Que l'homme n'est point animal de proie ; qu'il est, au contraire, par sa nature, la plus douce de toutes les créatures, ainsi que devait l'être la dernière et la plus noble expression d'un Dieu bon, grand et juste;

2° Que le meurtre des animaux est la principale source de ses erreurs et de ses crimes, comme l'usage de se nourrir de leur chair est la cause prochaine de sa laideur, de ses maladies et de la courte durée de son existence ;

3° Que cet état d'égarement est en opposition directe avec sa destinée ultérieure dont il empêche l'avènement : je veux parler de son immortalité dans le sens communément attaché à ce mot, autrement dit, la vie hors de la terre ; tandis que le système contraire, le régime des herbes développe dans l'homme , la beauté, l'intelligence, la vertu, et achève de le rendre immortel.

Au physique et au moral, ajoute-t-il, ce renouvellement de l'homme, cette transformation doit commencer nécessairement par les sens, cette base de l'intelligence.

11 développe son système ou plutôt sa doctrine dans les deux premiers volumes qui comprennent douze discours avec notes (l'ouvrage n'a pas de table des matières), ayant les titres suivants :

1" discours : Considérations générales. Ces considéra-

Gleyzes composa ces vers qu'elle fit mettre au bas de ce portrait :

Dans son regard scintille le génie.

Sincère adorateur d'un Dieu plein de bonté, De tout être sensible il respecta la vie

Et fit rougir l'humanité

Qu'étonna sa phrase hardie!

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fions portent sur l'homme, sur son origine, sur celle des animaux, le rôle que les plantes jouent dans la création, etc., etc.

2e discours : Origine et antiquité du régime des herbes.

3e discours : Des contrées où le régime des herbes a été en honneur, « Tous les hommes, dit-il, en commençant ce discours très curieux, vivaient de fruits; les animaux même n'avaient point de proie , à une époque antérieure au grand cataclysme qui bouleversa la terre et l'environna dune atmosphère nouvelle, » etc., etc..

4e discours : Des individus qui ont été soumis au régime des herbes. Historiquement ce discours remarquable est rempli de science et de recherches intéressantes.

5e discours : Preuves physiques. Ces preuves viennent à l'appui de ce qu'il avance dans les discours précédents. Elles témoignent d'une sérieuse connaissance de l'histoire naturelle.

6e discours : Des principes constituants de l'homme.

7e discours : Les végétaux rendant toutes les positions égales dans les diverses parties de la terre.

8e discours : Des fausses inductions tirées de l'état actuel de la terre. — Du bien et du mal moral, discours qui nous paraît très original.

9e discours : Des influences extérieures. Faits de météorologie bien choisis.

10e discours : Des configurations animales. Question traitée d'une manière savante et neuve.

1 Ie discours : De la sympathie et de V instinct.

12e et dernier discours : De l'état des êtres après la mort. Ce discours, qui est le résumé final de la doctrine de notre moraliste, témoigne en faveur de ses sentiments religieux et pleins de foi à une vie future.

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