EXPOSE DES IDEES DE GLEIZES
Ces douze discours sont complétés par des notes très instructives.
Le troisième volume a pour titre Preuves morales. Elles sont analogues au sujet et se complètent également par des notes doublement explicatives empruntées à l'histoire, à la religion et à la philosophie. Nous allons en donner quelques extraits, parce qu'ils font mieux connaître l'esprit de l'auteur, et parce que Thahjsie est un ouvrage très rare, presque introuvable. Nous les prenons aux pages 9 et suivantes du troisième tome, à l'endroit des Preuves,
« Si tout ce qui vit de proie est féroce, si tout ce qui n'en vit pas est doux, ainsi que je l'ai dit plus haut, à quoi bon entasser les arguments? Il est si facile de s'assurer de la vérité, quand il ne faut qu'un peu d'élévation dans l'âme et quelque sensibilité dans le cœur !
« Les animaux sanguinaires, depuis le plus dégoûtant des insectes jusqu'au plus cruel des quadrupèdes, n'ont d'autre intelligence que celle qui est relative à leurs actes barbares; leur voracité est leur unique excitation, tandis que, dans les autres espèces, l'intelligence paraît être indépendante d'un tel besoin, et offre quelque chose de moral qui se rapproche de l'intelligence humaine. Que serait la vie si elle n'avait d'autre objet que son entretien?
« J'ai fait voir que tous les animaux de proie étaient dans un état perpétuel de souffrance ; par une raison inverse, tous les frugivores sont dans un état permanent de bonheur et de joie que l'on a d'autant plus tort de troubler...
« Il n'est personne qui, en cueillant des fruits sur un arbre, ne sente que c'est la Providence qui les lui donne, que c'est sa main qui s'étend sur les branches de l'arbre. Ces choses, pour être frappantes dans les déserts, ne laissent pas que d'être senties dans tous les climats. Je doute que
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la chair d'un animal fasse dans aucun cas éprouver une sensation de cette nature. Lors môme qu'elle sauverait la vie, elle laisserait après elle une pointe de regret.
« L'homme, en mettant à mort les herbivores, se rend coupable d'un double attentat ; car c'est à eux qu'on doit la terre telle qu'elle est, soit avec son luxe, soit avec ses productions nécessaires à la vie. Ils sont, en effet, les grands semeurs de la divinité. C'est le pigeon, par exemple, qui a couvert tout l'Orient de melons et de pastèques, c'est-àdire de fontaines végétales remplaçant avec avantage celles qui lui manquent; un autre oiseau, lui, sème l'opuntia, le figuier, le sycomore, etc.
« Les végétaux remplissent l'homme du pur esprit qui les anime et qu'ils semblent avoir puisé dans les cieux. Une douce chaleur coule dans ses veines qu'elle dilate ; les joues se colorent, les yeux s'animent; c'est comme le printemps, c'est la vie. Avec la nourriture charnelle, les yeux se creusent, le teint pâlit, les traits s'allongent comme pour aller au-devant d'une proie...
« Mettez, d'un côté, tous les animaux de proie : quelles formes hideuses! quelles voix lamentables! quelle horrible puanteur! Enfants des ténèbres, la lumière 1rs effraye... Il ne sera pas inutile de remarquer que les animaux qui occupent le second rang pour la bénignité et la mansuétude, sont tous de la classe des frugivores. Il n'en existe point, il n'en peut exister dans l'autre. Parmi les oiseaux, dont le plus grand ne répugne point de se nourrir de vers ou d'insectes, il est digne d'observation que ceux qui y répugnent sont précisément les plus doux, et offrent, par cette raison, des mœurs plus approchantes de l'homme non dégénéré ; tels sont le pigeon, l'oiseau des Canaries et le verdier, qui est le serin de nos contrées, etc.
« Deux voyageurs prennent leurs repas dans deux gîtes