‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 110 sur 498 · FRANÇOIS MAUREL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS MAUREL

VIII. — Après ce loyal Victor-Moïse La Beaumelle â, nous nous rapprocherons de l'époque actuelle et de nos moralistes vivants. Sans doute, la Nogarède avait été un centre où se transmettaient des souvenirs vivants sur Louis XV, sur madame de Maintenon, sur Voltaire, dont La Beaumelle avait été le contemporain. Le groupe des Gleyses et des La Beaumelle, sorti de ce milieu, avait grandi et vécu à côté des portraits de madame de Staël, de Bernardin de Saint-Pierre, de Charlotte Corday, etc., qui ornaient le salon de la Nogarède. Néanmoins la région de Mazères ne prétendait point être le seul foyer ariégeois où devaient se former des penseurs et des lettrés. Bélesta, Lavelanet et d'autres cités devaient produire d'autres hommes appelés à montrer les doctrines régénératrices qui conviennent aux applications dans l'ordre social, empêchent de séparer la philosophie spéculative de la philosophie pratique, et préparent le jeune homme au jugement et au discernement des faits dans le maniement des affaires. Ainsi François Maurel, un franc moraliste dans toute la force du mot, sut bien, malgré ses occupations déjuge de paix à Lavelanet, concevoir un livre grave, sérieusement

4. Parmi mes autographes se trouve une lettre du colonel La Beaumelle datée du Havre, le 20 août 1823, et qui témoigne de sa loyauté en toutes choses. Il dit à « son cher Hilaire » qu'il a pris son appartement à bord — il allait s'embarquer — il en décrit la petitesse. « Nous avons à bord deux dames, l'une passagère, l'autre femme du second, qui ont de plus, à elles deux, une antichambre de quinze pouces de large sur cinq pieds et demi de long et de haut. Cet avantage du beau sexe ne laissera pas, sans doute, de tenter madame Simons. »

Il recommande ensuite de lui bien garder ses livres, qu'on lui enverra, quand il sera à Rio-Janeiro, et il continue :

« Parmi mes livres — fais attention — il y a trois petits in-quarto des œuvres de Lope de Vega, qui appartiennent à la bibliothèque du roi. Comme ce serait une espèce de sacrilège de les voler, je voulais les remettre avant mon départ. Mais la bibliothèque a été fermée quand je m'en suis aperçu. Je te prie de vouloir bien, à la rentrée, qui est, je crois, le 1er octobre, les rapporter à M. Van-Praët, c'est-à-dire à la bibliothèque du roi. rue de Richelieu. C'est un dépôt dont je charge ta conscience... »

f22 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. II.

pensé, intitulé Le malaise social, ses causes et ses remèdes1, qui parut en 1839. Le penseur de Délesta s'était-il donné le mot avec un juge de paix de Bordeaux, devenu célèbre , qui préparait [à cette époque , ses Études philosophiques sur le christianisme , M. x\uguste Nicolas, ce robuste et profond apologiste des croyances chrétiennes?

François Maurel2 révèle dans son livre une personnalité marquée. Il a des vues et presque le regard profond comme M. de Bonald ; il tient l'épée de chevalier comme un Donoso Cortès. Son Malaise social a dû se lire beaucoup de 1840 à 1850, parce qu'il est incisif. Malheureusement, le livre ayant été édité à Foix , il aura semblé que ce manifeste ne regardait que la province. Quoi qu'il en soit, il dut secouer la torpeur des Méridionaux endormis sur des tendances générales que François Maurel jugeait funestes, et qu'il trouverait singulièrement accusées en 1885 3.

On peut résumer son livre comme un coup d'œil perçant jeté sur l'état de la société française, telle qu'elle s'était manifestée de 1815 à 1840; et celui qui porte ce regard est un homme animé tout à la fois de l'esprit libéral et, nous allions dire, de l'esprit théocratique. Ce n'était pas un légitimiste à la façon de M. de Labouïsse-Rochefort, moraliste dont il sera question plus loin. Ce ne sera pas un démocrate à la manière de Lakanal ou du général Laffîtte. La philosophie sociale de F. Maurel avait une base biblique4.

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