‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 113 sur 498 · VICTOR-PHILIPPE DE SAINT-ANDRÉ · texte numérisé non relu

VICTOR-PHILIPPE DE SAINT-ANDRÉ

tout dans les chapitres sur Y Education, l'auteur semblait écrire pour les temps actuels. Il ramenait tout à une ou deux préoccupations : « Que doivent fondamentalement connaître les hommes? que convient-il d'enseigner aux enfants? Ne trouve-t-on partout l'art de bien dire cultivé au préjudice de l'art de bien faire? L'enseignement n'est-il pas trop exclusivement littéraire, trop exclusivement scientifique, trop exclusivement professionnel? » François Maurel discute certains préceptes de la morale des anciens1 qui ne s'appuyaient point sur l'idée de Dieu : « Abstineas damnandis » (Juvénal, satire XIV) ; abstenez-vous des actes condamnables. Le moraliste de Bélesta demandait à ce sujet aux anciens : a Mais qu'est-ce qui est condamnable? au nom de qui est-ce condamnable ? » Et il ne trouvait d'autre réponse que celle de Juvénal, fondement très fragile de la morale, « ne crimina nostra sequantur ex nobis geniti, » de peur que nos enfants ne viennent à imiter nos vices et nos penchants. Mais où est la laideur intrinsèque du mal? Comment, pourquoi, envers quel être supérieur un acte est-il criminel?

X. — Il est une autre personnalité que nous ne laisserons pas dans l'ombre, bien que nous l'ayons passée sous silence en parlant des viguiers d'Andorre. Nous devons nommer Victor -Philippe de Saint- André1, issu d'une famille de robe du Languedoc qui vint s'établir, vers le commencement du dix-huitième siècle, à Tarascon, dans FAriège. On pense que ses ancêtres étaient alliés à la famille du célèbre maréchal de Saint-André, qui joua un certain rôle dans les intrigues de la cour, au temps de la Fronde. Avant la révolution de 1789, son père possédait

]. Ne en 1801.

128 L'aRIEGE, IV PARTIE (suite ri /in), CHAF. II.

déjà dans le pays des terres et des forges qu'il faisait exploiter lui-même. Le jeune Victor-Philippe de Saint-André, après avoir étudié le droit, était rentré dans sa famille pour s'occuper de l'industrie des forges et faire valoir ses propriétés. Mais il ne tarda pas à se mêler activement aux intérêts publics, et, comme les aptitudes conduisent à l'utilité, il put intervenir dans les questions morales, sociales, administratives et politiques. Les qualités qu'on tient de la nature et que l'on cultive, la considération qu'attirent à un citoyen la consistance de la vie, la courtoisie de ses mœurs et certaines compétences qui se font jour à la longue, conduisirent M. de Saint-André à occuper deux postes, celui de membre du conseil général du département et celui de viguier d'Andorre.

M. de Saint-André nous paraît avoir eu la préoccupation du sort des masses, parce qu'il sentait la nécessité de créer du travail et d'encourager partout l'effort de l'homme. Il était de cette école d'économistes selon lesquels il faut attendre notre richesse, l'amélioration de notre situation, surtout de nous-mêmes ; ainsi, il faisait tout découler de la morale. Mais il n'entendait pas qu'on négligeât le concours de l'association et des ressources publiques. En 1836, quelques années après la révolution de Juillet, il fut nommé membre du conseil général pour le canton de Tarascon. Or, on le vit déployer, dans ce mandat qui lui fut renouvelé à chaque élection jusqu'à sa mort, le zèle le plus ardent et le plus patriotique. La viabilité était très négligée à cette époque dans le département de l'Ariège; Saint-André s'appliqua, au conseil général, et dans des rapports qu'il fut chargé de rédiger, à faire comprendre :à l'administration la nécessité d'ouvrir des routes et de tracer des chemins sur des points importants du département, où des débouchés pour le commerce et l'industrie étaient d'une

Page 1