LE LIVRET CIVIL
ou républicains, 'enfui l'abolition des malentendus, des tromperies et des fraudes entre les peuples.
En attendant la réalisation de ce rêve que font les humanitaires dans l'intérêt de notre vieil Occident, M. Paul Barrau s'en est tenu à des rêves plus modestes et peut-être d'une application plus aisée ou plus prochaine. Si les théoriciens démocrates appellent le rapprochement des peuples par l'idée du droit plus généralisé, l'écrivain de Foix propose une plus grande tranquillité dans les transactions individuelles, par l'introduction d'une formalité légale à la portée de tous. Voici, d'après un résumé, l'objet et le but de son livret civil.
M. Darrau propose d'obliger chaque personne qui atteindrait sa majorité d'être pourvue d'un livret civil sur lequel seraient inscrits officiellement les principaux actes de la vie civile, comme la naissance, le mariage, la naissance des enfants, etc. Aucun officier ou fonctionnaire public ne pourrait recevoir un acte ou une déclaration sans exiger la représentation du livret civil. Celte mesure aurait pour but d'éviter les confusions nombreuses qui résultent de l'inscription d'une même personne sous des noms et prénoms différents dans les documents publics, et de prévenir les fraudes qui résultent de dissimulations d'identité.
Le service du livret civil serait organisé et centralisé dans chaque département et confié à une administration de l'État sous le nom de conservation du livret civil. Tous les actes intéressant le même individu seraient relevés à la conservation du département de la naissance.
M. Barrau émet l'avis qu'une seconde partie du livret dont la conservation serait facultative, pourrait relater les principaux actes publics faits par le titulaire pour la gestion de sa fortune, afin qu'à son décès, on ait, sans recherche, tous les éléments de la liquidaition de sa succession.
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Plusieurs conseils généraux ' se sont prononcés sur l'utile réforme, sur les éléments moralisateurs que procureraient l'adoption des livrets civils et l'institution de conservation du livret civil. M. Barrau indique lui-même certains avantages du livret civil qui sont incontestables :
1. Le conseil général de l'Ariège, dans sa session d'avril 1880. — Le conseil géûéraî de l'Aude, dans la même session.
VAriégeois &u 20 décembre 1879, lo Bulletin de la Société industrielle d'Amiens, 1" mai 1880, etc., ont signalé l'utilité du projet de M. Barrau.
14(1 L'ARIÈGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. II.
Supposons, dil l'auteur du Livret civil, que tout Français majeur et émancipa est porteur du livret, tel (pie nous l'avons défini; supposons encore (ju'à tout individu se présentant devant un officier de l'état civil, devant un notaire ou tout autre ollicier ministériel, et généralement devant tout agent de l'autorité, il soit permis de dire : Montrez votre livret. On verrait disparaître, d'un seul coup, cette multitude d'erreurs et de fraudes contre lesquelles sont obligés de se défendre sans cesse les citoyens entre eux et particulièrement tous ceux que leur profession met en contact avec le public; le crime de bigamie, notamment, et le plus grand nombre des tromperies qui se commettent à propos de mariage deviendraient pour ainsi dire impossibles.
Nous ne croyons pas à la possibilité de ce que l'auteur du Livret civil demande dans sa seconde partie, bien que son idée ingénieuse, si elle passait dans la pratique, dût être un remède à une foule de difficultés, de contestations et de procès. Il faut attendre du temps et des mœurs des circonstances plus favorables. Déjà on trouve vexatoire, pour la liberté, l'exigence des passeports aux frontières; comment l'esprit français accepterait il de gaieté de cœur cette nécessité d'un passeport à l'intérieur et cette fenêtre ouvrant sur la vie intime? Quoi qu'il en soit, il est d'un esprit cultivé et philanthropique d'avoir porté son investigation dans un domaine pratique et de viser, de la sorte, l'utilité des citoyens et de la société.
XIV. — Après nous être arrêtés à M. Paul Barrau et à son idée ingénieuse, réformatrice, utile, passons à un autre écrivain ariégeois qui semble avoir, lui aussi, beaucoup d'idées : c'est M. Martial Séré, de Loubières, près Foix\ M. Séré
1. Une pièce que possède la famille Séré renferme la nomination d'un Martial de Séré, capitaine des milices provinciales de Vârilhes, faite par François-Armand d'Usson, marquis de Bonnac, comte de Sault. baron de Beaufort, seigneur du pays, souverain de Donnezan, etc., ancien chevalier d'honneur au Parlement de Toulouse, chevalier des ordres de l'impératrice de Russie, ci-devant ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté auprès des États généraux des sept Provinces -Unies, gouverneur de Brouages et du Brouageois, el des châteaux d'Usson et de Quérigut, lieu-
M. MARTIAL SKRK DE LOUBIERES. 141
parait adopter successivement trois méthodes, pour remplir la fonction d'un écrivain de morale : il touche à la peda-
„,,»,„ général des armées du roi, commandant en chef dans h, pro^mee
(1,> Foix' , ,., il Mit sous le bon plaisir de Al. le comte de
. Lavons nommé e - l '^^ te u lui fut rendu de la bonne SéKUP, gouverneur général, et sut le compta q
, • ' ha cunté et exoérience du susdit. »
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'"tfa^ès les documents les plus authentiques, le ohàteau de Loubières, ,, ,»sw «ciion du treizième siècle flanquée de deux grandes tours carrées, a de temps immémorial, la propriété de la famdle Sere ou de Sm- /ouiVre Cette famille avait contracté les pus belles allumées et a eu nlu "uXle ses membres dans le clergé, dans la jud.cature et dans 1 armée. Madeleine de David, de Varill.es, dont le père, capitoul et consedler d'hôum-ur au paument de Toulouse, avait hérité de Joseph Séré, «tort mariée à Jean Séré de Loubières. .
e vino-t-quatrième octobre 1789, mourut, dans la communion de
rp. lise et muni de tous les sacrements, noble Joseph David, avocat en
moment ancien capitoul de Toulouse; il feut enterré le lendemain, dans
SS de la paroisse, en présence du sieur Bernard Remaury, clerc
H uvé et "sieur Jérôme Carol, qui ont signé le présent avec nous. En foi
ce Dumas, vicaire de Varilhes. . (Archives de Varilhes.) Jean-Paul
DivTd dSa sur la paroisse de la Dalbade, à Toulouse, le 30 sep-
,,m le' 29 novembre 1697, décéda mademoiselle Guiloume de Séré, fille d'une grande vertu, des trois ordres de saint Dominique. »
« Le S8 novembre 1720, est décédée Jeannette de Sere des trots ordres de saint Dominique, et a été ensevelie le 29. » (Archives de Varilhes.)
Yôuise de Séré était mariée à noble Martial de Solères; Joseph Séré était marié à Marie de Cassaignard-Montégut, famille noble dont les memnres portaient, la plupart, le nom de Martial et occupaient un rang dts-
11 Marie de" Sentait mariée à noble Joseph ,1e Florac de Longuevergne, seigneur de Miglos, une des plus illustres maisons du comté de Fotx. \; Histoire de Sabart rapporte que Manaud de Loubières était aussi set-
^Xc^prîtendent que la famille Séré de Loubières était également v Zvà dp Rivière m. Ce qu'il y a de certain, cest qu une fille rJÏÏ P^ret Se('L 4«e à Varilhes, le 29 a^l709 On découvrait récemment un autre acte que voici : « Le 27 jum 1713, a eftée baptisée Marie de Carnat, fille de noble Pierre de Lartvtere de Carnal et de dame Elisabeth de Goulhard, maries. Parmi Jean Sere,* marrine Marie de Carol. Par mov, Marlaing, cure de Varilhes. » On fait de nouvelles recherches à ce sujet, comme a propos des deux familles David et de Solères, aïeux par alliance.
Martial de Séré- Loubières était capitaine des milices provinciales. Un
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gogie, il emprunte les fantaisies de l'imagination et du sentiment, ou, enlin, il aborde quelque récit historique, quelque héros, quelque héroïne qui s'impose comme chefd'œuvre de la nature ou de la grâce. Cet écrivain modeste, que nous introduisons dans le Panthéon des illustrations de l'Ariègc, pour ce qu'il a fait et pour ce qu'il promet de faire, est né en 1846.
M. Martial Séré révèle une connaissance pratique des exigences nouvelles du public français. Nous sommes devenus si incapables des -longues lectures qu'aimaient nos pères; la vie moderne, en multipliant les objets qui sollicitent l'attention, coupe notre temps en tant de morceaux, qu'il nous en reste peu pour suivre les travaux de longue haleine, quand ils sont sérieux par le fond des choses ou par la manière dont ils sont traités. C'est ce qu'a compris M. Martial Séré. Aussi son petit opuscule intitulé Esprit et Cœur, et qui traite des deux grandes parties de l'instruction intellectuelle et morale des nouvelles générations, c'est-à-dire de Y instruction et de Y éducation, ne dépasse pas 40 pages environ dans le petit format in-18. Aux estomacs débilités qu'on ménage, on n'offre que de petites doses ; mais quarante petites pages suffisent pour laisser entrevoir dans l'auteur un esprit alerte, ayant beaucoup de lecture, et qui sait mêler des bluettes et des fleurs à l'érudition1. Si nous cherchons des comparaisons, le mélange de sérieux et de laisser-aller en M. Séré nous rappellerait
autre Martial de Séré-Loubières était marié à Jeanne-Marie Carrière de Chaussât, famille du côté d'Auterive.
Paule de Séré était supérieure du couvent de Mirepoix. .Martial Séré- Loubières, sous-officier au 68e p'égiment <lo Beauce, blessé au champ d'honneur, maire de Loubières, fut décoré du Lys en L815.
1. Dans la première partie Fotynons Vesprit, M. Séré montre, par des citations historiques, quelle sollicitude on avait pour les écoles au moyen âge. — La deuxième partie Élevons le cœu>\ contient d'excellents conseils pratiques pour L'éducation des enfants.