‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 126 sur 498 · FANTAISIES RELIGIEUSES ET CHAMPETRES · texte numérisé non relu

FANTAISIES RELIGIEUSES ET CHAMPETRES

un peu le vicomte Walsh, et notre parisien, l'abbé Dumax, premier vicaire de Notre-Dame-des- Victoires, dont les écrits ont le cachet d'une grande simplicité enfantine et facile.

En 1882, M. Séré publiait un second opuscule formant 30 pages in-8°. Cette fois c'étaient des fantaisies littéraires, des boutades de penseur champêtre. Elles trahissent un contemplatif, qui a écrit au jour le jour ses impressions dans la solitude des campagnes. Une idée naît dans son esprit, un doigt se pose sur son clavier; aussitôt l'instrument résonne, les sentiments pieux, naïfs et tendres se font une prompte issue. Cela devient un article que les journaux s'empressent d'insérer. L'auteur intitule ces improvisations Lettres et Fantaisies religieuses et champêtres, parce qu'il est impossible de ne point penser à Dieu, quand on est en contemplation devant ses œuvres. Le seul énoncé des divers sujets de ces Fantaisies indique à quel esprit et à quelle âme on a affaire. Le voici :

L'Amitié; — Bonnes ménagères et bons almanachs ; — les Armes de févèque de Pamiers; — le Petit Jeanounet ; — la Petite Marie; — Travail et Paresse; — la Rose; — la Violette; — le Lis.

En tout neuf morceaux, d'un accent tel que le désir de faire le bien y est visible à chaque ligne t.

L'ermite de Loubières, dans les portraits, comme celui du paresseux, rencontre des touches vigoureuses. Esprit imaginatif, il a des pensées sur tous les sujets, sur des armoiries, comme celles de l'évêque de Pamiers, qu'il a

1. Les organes de la publicité dans le département ont applaudi à ces diverses publications. « L'auteur, a-t-on dit, a fait passer sous sa plume féconde, dans ses allures fantaisistes et franches, une partie de lui-même. » (Semaine religieuse de Pamiers, 18 février 1882.— L'Étoile de Pamiers, etc.)

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délicatement déchiffrées, sur la rose, sur le lis. Nous citerons sa petite perle, qui est la Violette.

Je voudrais vous entretenir aujourd'hui de la vulgaire et délicate violette, niais je redoute d'aborder ce sujet, car plus les choses de la nature sont simples, plus elles sont grandes.

Kien de plus commun que la pâle petite fleur, objet de cette lettre. On la rencontre partout. — Est-ce parce que le monde, pétri d'orgueil et de vanité a besoin de ses leçons et de ses exemples?

Oui, sans doute, je le crois sans effort. — Son langage incompris est une protestai ion publique contre les fausses interprétations de la sagesse éternelle, qui attribuent vainement le mérite et la gloire à l'éclat trompeur d'une réputation mal assise, tandis que Dieu distingue et récompense plus particulièrement les humbles.

Voyez..., le frais et odorant lilas emprunte se» couleurs à notre chère violette ; mais sa tige s'élève trop au-dessus des autres arbustes de ce genre ; on l'admire pendant quelques jours; vile il s'effeuille, on le dédaigne et on le foule aux pieds. La violette, au contraire, rampe sur la terre, sans la toucher, se cache parmi les feuilles qui l'enveloppent et le délicieux parfum qu'elle exhale la fait rechercher de tous.

C'est la fleur la plus petite, la plus modeste, la plus mignonne. On dirait la dernière des plantes, et la création a voulu qu'elle fût la première. Klle est, en effet, l'avant-coureur du printemps : elle le personnifie, elle le représente. Honneur à elle ! Elle ouvre le femple de Flore. Sa naissance presque mystérieurc est, en quelque sorte, le talisman du bonheur.

La jeune fille en pare les boucles dorées de sa chevelure et le jeune homme en orne avec fierté sa robuste poitrine.

Les âmes pieuses la déposent, comme un symbole et comme un hommage aux pieds de la Vierge sans tache.

Et, quand le prêtre a quitté le saint lieu, son odeur se confond agréablement avec l'encens. L'or, l'argent, les pierreries, les décorations, les peintures et les lumières scintillent comme des étoiles : mais nulle dorure, nulle décoration, nul diadème ne répand dans l'enceinte sacrée les divines suavités de la violette.

La violette pourtant est là, informe et sans beauté, presque incolore, portant les livrées de la pénitence et du deuil, et chacun, roi, prince, artisan ou laboureur, la chérit et la préfère aux brillantes prétentieuses qui font parade de leurs futiles atours. — Honneur donc, mille fois honneur à la violette !

La critique ne peut contester qu'il y ait ici, dans le pinceau du jeune moraliste ariégeois, une heureuse manière de tout dire en effleurant. Aussi, ce n'est que justice si un de mes confrères de la Société des gens de lettres, madame Claire de Chandeneux, s'exprimait de la façon suivante dans une de ses chroniques parisiennes au Propagateur de Lille :

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