M. SÉRÉ JUGÉ DANS LE NORD
... Une particularité curieuse. Devant les ruines du Printemps, comme la semaine dernière au concours hippique, comme avant-hier aux Français, savez- vous quelle était la reine du jour... une reine qu'on croyait tombée de son trône depuis huit jours au moins, — une éternité pour la grande ville — et qui remontait au pinacle tout naturellement, sans effort, sans réclame, par son seul charme?
C'était la violette l
Aux premières éclosions si charmantes d'avril, qui mettent un bouquet à tous les corsages, avaient succédé des jours sombres, une soudaine froidure mortelle pour les pauvres jolies fleurs.
On les regrettait bien un peu; mais Paris oublie si vite!... Quand tout à coup, sous je ne sais quel rapide et chaud sourire du soleil, toute une floraison nouvelle est revenue embaumer la ville, qui a mérité de voir un livre à succès s'appeler Les Odeurs de Paris.
On a fait fête à ce retour, si bien que grandes dames, bourgeoises et ouvrières, ont toutes à la ceinture, depuis deux jours, les dernières violettes plus suaves que leurs aînées, et toutes mélancoliques dans leurs robes un peu pales, comme si leur adieu prochain, et cette fois définitif, les attristait déjà.
Or, tandis que je constate l'indéniable passion de la vraie Parisienne pour la plus répandue et peut-être la plus charmante des fleurs, voici qu'un cœur chrétien, plume alerte, intelligence fantaisiste, m'envoie l'éloge poétique que lui inspire la fleurette aimée.
Ici, madame Claire de Chandeneux insère l'article qu'on vient de lire et termine en ces termes :
Kl ces jolies choses, finement dites, sont modestement signées Une Abeille ariégeoisr.
Ne trouvez-vous pas avec moi, maintenant que je vous les ai fait respirer, qu'à fréquenter les violettes pour mieux en étudier les vertus, l'écrivain de TAriège est un peu devenu « violette » lui-môme ?
XV. — Après s'être essayé dans ces différents sujets, qui ont l'élasticité du sentiment et de l'imagination, M. Martial Séré a voulu consigner des motifs de moralisation populaire dans le cadre précis et inflexible du genre historique. On lui doit une Vie de mademoiselle Françoise- Charlotte- Victor ine de Galard-Terraube , récit qui tient 70 pages in-8°. M. Séré, en résumant dans cette vie un travail étendu, attribué à M. Desgenettes, curé de Notre-Dame-des- Victoires, ne s'est pas interdit de mêler au récit quelques réflexions personnelles '.
1. M. Séré a fait suivre la Vie de mademoiselle de Galard de plusieurs vi. 10
146 L'ARIEGE, IVe PARTIE [suite et fin), CHAP. II.
C'est un haut exemple que celui de cette jeune personne, sachant vivre dans le monde simplement, et inébranlablement fidèle aux humbles et quotidiens devoirs d'une femme chrétienne. M. Séré la suit depuis son enfance jusqu'à sa mort, en 1 836 * . Partout Victorine de Galard concilie les obligations de la vie présente avec la pensée unique de plaire à Dieu seul.
Qu'ajouter à la silhouette du moraliste de Loubières, figure pleine d'originalité. On a fait honneur à Jean- Jacques Rousseau d'avoir importé dans la littérature française la rêverie, le sentiment de la nature, le goût des promenades, les tableaux de voyages pédestres avec leurs impressions de chaque instant. M. Martial Séré est, à cet égard, un disciple de Jean-Jacques : pour lui aussi, « la marche a quelque chose qui amène et avive les idées. » « La vue de la campagne, dit Rousseau, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, tout cela dégage mon âme. » A une époque, Rousseau passe à la belle étoile une nuit au bord du Rhône ou de la Saône, dans un chemin creux, près de Lyon ; son ciel de lit était formé par les têtes des arbres ; il s'endort au chant d'un rossignol. Puis il parle de son réveil : « Je me levai, je me secouai ; la faim me prit ; je m'acheminai gaiement vers la ville, résolu de mettre à un bon déjeuner deux pièces de six blancs qui me restaient encore. »
Nous ignorons si M. Martial Séré s'endort, comme Rousseau, dans le creux des chemins et s'il trouve ensuite de
pièces inédites, sur la famille du marquis de Terraube, sur les seigneuries d'Arignac et de Crampagna, sur le cure de Gfampagna, etc., provenant des archives de M. de Terraube.
1. Elle mourut à 37 ans. La famille de Galard-Terrâube possédait, avant la Révolution, le château de Crampagna, canton de Varilhes (Ariège), construction du treizième siècle.