M. SÉRÉ ET L'IDIOME LANGUEDOCIEN. 4SI
vain de Loubières, passant des théories à l'exemple, s'efforce d'écrire pour les feuilles publiques des articles en dialecte languedocien de Pamiers ; il veut fixer les derniers débris de ce patois, de cet ancien langage populaire romain ; il franchit la distance entre les dissertations théoriques et l'application littéraire. Le Messager de Toulouse insérait plusieurs des articles patojs que M. Martial Séré a composés sur le théâtre de son enfance, sur les communes environnantes, adjacentes à son pays1. Ce dialecte de Varilhes et Pamiers apparaît, dans les lignes de M. Martial Séré, sonore et abondant. L'auteur y raconte certains épisodes de son ministère si actif. Il avait déjà publié des fantaisies topographiques de ce genre sur Lapenne, Dalou, Villeneuve, Arabaux et Vernajoul. Tout cela est limpide à lire et reposant. Ce n'est pas de M. Martial Séré qu'on dira : C'est un homme qui a eu quelque chose de tué sous lui dans sa vie, une illusion, un rêve. Quelles que soient la méchanceté et la bêtise humaine, il ne vise dans sa prose française ou patoise ni à la moralité forte, ni aux emportements de ces révoltés, de ces critiques violents, de ces romanciers âpres, à qui la vie a été dure, et qui s'intitulent pourtant « la génération des hommes pour qui le monde visible existe. » Confiné dans les béatitudes locales, M. Martial Séré se plaît à contempler et à décrire son vallon natal de Loubières. Suivons-le dans son idiome languedocien, très combiné de français.
A Loubieros, tout un coustat dé coullino boisado es, en qualqué sorto, festounado ou coupado, à distenços égalas, per dé goutios qu'appelon goutto dé ci, goutto dé là, et que formon aoutant dé pétiti riouets que canton, que risén, que saoulon, que plouron ou répoutègon, suibant las épocos et lay circousténços, se répéndén, al printéns, pey grandi prats et démets les flous et loumbon, réunits en un, dins l'Arièjo, al dijous del pount dé Sént-Jean.
1. Voyez le Réveil de VAriège du 18 décembre 1884 et le Messager de Toulouse des 18 février et 3 avril 1885.
lB2 L'ARIEGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. II.
Loubièros es un pais merbeillousoment fournil dé boues, dé peyro, dé gré, rousso coumo l'or, et dé peyro duro, bélo, griso coumo lé marbré... coumo l'argent.
Loubièros es tabé ricbé en fruto. Soun sol n° 1, cullibat coum'un jardi, porto, sensé countat la bigno, toute sorlo d'aybrés : castagnes, nouyés, abélagnés, prugnés, poumiés, périés, mescliés, cériés, tiguiés et persigués.
Lé baloun dé Loubièros semblo un baycbel cargat de toutos aquéloy richessos, enguirlandât de berduro, oun canton les aousels, et couronnât dé las pu bèloy flous.
Tabé, lé couscrit que s'en ba dits à pu près coumo lé poèlo dé la Proubenço :
Baléo crumouzo, Fresqueto pelouso, Aygueto jouyouso, Que rizes pel prat; Campagno flourido ; Horto tant poulido.
Paradis sariat, Adiou ! cal que parti; Mais en may m'escarti, Douma coumo anéy, Senti que direy :
Gouro y 'tournarey?...
JlCANOUNET DEL CrABIÉ.
Nous sommes forcé par l'espace de nous arrêter ici, quant au docte écrivain de Loubières, quant à cet esprit intrépide et laborieux qui certainement continuera sa marche à travers le monde historique et littéraire. Lorsque le goût, la science et le zèle possèdent une âme, et qu'on est utile à ses concitoyens, lorsqu'on a en soi, comme M. l'abbé Martial Séré, du bollandiste, du théologien et du poète *, il n'est pas permis de dire : Je planterai là ma tente, je n'irai pas plus loin.
XYI. — Cette section des écrivains qui ont traité les questions de morale et les questions sociales, demande de nous un regard sur trois autres Ariégeois, l'un qui vient des rives du Salât, le deuxième vivant aux bords de l'Ariège2, un autre près de l'Arize.
1. Voir une appréciation du Mois de Marie de M. Séré, en tant qu'ouvrage historique et littéraire, dans le Messager de Toulouse du 28 avril 1885.
2. 11 doit y avoir dans l'Ariège bien d'autres écrivains qui donnent communication, à des cercles de lettrés ou d'intimes, de diverses études, à