‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 133 sur 498 · LE P. ALBERT DU SAINT-SAUVEUR · texte numérisé non relu

LE P. ALBERT DU SAINT-SAUVEUR

Au nord-ouest de la Palestine, à quelques milles de Saint-.] ean-d' Acre, on découvre, faisant partie d'une chaîne de montagnes, un promontoire hardi donnant sur la mer de Phénicie. Ce promontoire, c'est le CarmeL Les pères du Carme 1, les carmes déchaussés, qui ont là une antique résidence, la virent saccagée par Abdallah en 1821; elle fut reconstruite, grâce aux générosités françaises. Qu'arriva-t-il une trentaine d'années après? Une puissance catholique, qui supporta toujours mal l'influence française dans le Levant et le protectorat dont la France y couvre les établissements catholiques, crut l'occasion bonne de mettre les pères du Carmel en demeure d'y substituer son drapeau à celui de la France, ou tout au moins de l'y faire flotter aussi. Les instances les plus pressantes échouèrent devant l'attitude résolue et la fermeté digne de la communauté. La communauté refusa d'infliger cet affront à notre drapeau. Elle se sentit blessée au vif d'avoir été jugée capable de trahir les saints devoirs de gratitude et de justice par lesquels le Carmel se sent lié envers la France. Quelques mois après, l'amiral Bouet-Willaumez et son état-major de la frégate à vapeur la Pomone montaient au Carmel, envoyés par notre gouvernement pour y féliciter la communauté de sa noble attitude.

Parmi ces religieux du Carmel qui reçurent l'amiral et ses officiers, était un Saint- Gironnais, l'écrivain moraliste dont nous voulons inscrire ici le nom, malgré son amour de l'obscurité : c'est le père Albert du Saint- Sauveur, né à Saint-Girons, carme déchaussé, et que les suffrages de ses confrères avaient élu dans ces dernières années supérieur du couvent de Paris. C'est très tard, sur les bords de la Seine,

l'état manuscrit, ou bien parues discrètement dans quelque journal de la localité. Nous avons le regret de ne pas les connaître et de n'en pouvoir rien dire.

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que nous avons pu entrevoir ce robuste enfant des montagnes, cette intelligence plus robuste encore, cette âme exquise d'humble et vaillant religieux de l'ordre du Carmel, ayant pris rang parmi ces carmes que l'université de Cambridge proclamait, en 1374, « les successeurs et les disciples des saints prophètes Kiie et Elisée. » Notre enfant du Couserans a fait preuve d'un goût assez sûr, quand il a choisi pour solitude terrestre une compagnie qui a l'honneur d'appeler sainte Thérèse l'une de ses mères '.

Il nous eût été impossible, à part les prédications qui se dérobent à l'analyse, de saisir l'humble personnalité du père Albert du Saint-Sauveur qui, par vocation, n'a guère souci de la critique littéraire et ne rend compte de son dévouement qu'à Dieu, pour qui il se dépense. Mais l'agitation accidentelle de notre époque, à l'endroit des religieux, lui a mis la plume à la main. De là un livre d'érudition et d'émotion, par lequel on a une idée approximative du moraliste ariégeois.

Cet écrit de circonstance, aux lignes substantielles et pressées 2, a pour titre Y Ordre du Mont- Carmel, Carmes et Carmélites. En lisant l'exposé savant et chaleureux rédigé par le père Albert du Saint-Sauveur, en 1880, on se reporte instinctivement aux grandes luttes de 1844 et de 1845, alors que la cause plaidée aujourd'hui par notre moraliste polémiste du Couserans avait pour avocats Berryer, à la Chambre des députés, et Montalembert, à la Chambre des pairs. Sans entrer dans ce qui fait le fond du débat entre le père Albert et ses contradicteurs, il est équitable de

1. Au treizième siècle, un ancien évêque d'Italie, le bienheureux A Ibert, né dans le duché de Parme, devint patriarche latin de Jérusalem. Comme

il résidait près du Alont-Carmel. et qu'il était renommé pour la sainte austérité de sa vie, on lui demanda des règles de vie pour les carmes.

2. Cet écrit de 85 pages (Paris, 1880; Poussielgue, libr.), petit in-4°, équivaut à un fort volume in-12 de 300 pages.

L'ORDRE DU MONT-CARMEL. i^B

dire qu'on ne peut feuilleter ces pages graves, savantes, droites et vives comme les torrents des vallées d'Aulus et de Couflens, sans regretter que l'entente ne puisse pas mieux se faire entre les uns et les autres.

Du temps de Berryer et de Montalembert, lorsque les contradicteurs se nommaient Thiers, Dupin, Cousin, Guizot, il s'agissait de se placer au point de vue purement intime et personnel, et de chercher si la législation de 1790 avait pu enlever à un citoyen français la liberté de penser en commun avec quelques-uns de ses semblables, la liberté de sentir, de se repentir, de se reposer. « Comment empêcher l'homme, disait Berryer, de contracter des engagements qui ne sont connus que de la conscience et dont la conscience seule est juge1? »

Montalembert allait plus loin, et, défendant les ordres religieux enseignants , il faisait servir à l'apologie du présent les témoignages rendus par les hommes les plus graves et les plus compétents du dix-septième et du dixhuitième siècle. Il y joignait la conduite des hommes d'État contemporains. « Eh quoi ! s'écriait le noble comte dans la séance du 8 mai 1844, à la Chambre des pairs, c'est au moment où, dans toute l'Europe, on abolit ces vieilles lois, ces vieux usages qui violaient l'asile de la conscience pour y puiser des motifs de proscription et d'exclusion ; où l'Angleterre a renoncé depuis longtemps à cette loi du test que citait l'autre jour M. Bossi; c'est ce moment-là que vous choisiriez pour souiller vos codes par une disposition

de cette nature!... »

Le père Albert du Saint-Sauveur, prenant une autre méthode, s'est attaché à retracer à grands traits l'histoire des des carmes et des carmélites, et il se trouve qu'en remuant

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