‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 135 sur 498 · LE P. ALBERT CONTRO VERSJSTE · texte numérisé non relu

LE P. ALBERT CONTRO VERSJSTE

lés sous la Terreur. 11 rappelle l'héroïsme des carmélites de Compiègne conduites à l'échafaud, et le cantique composé cà ce sujet par la mère Henriette de Jésus, chanté sur l'air de la Marseillaise, et qui montre avec quelle sérénité ces saintes filles marchèrent au supplice. Enfin l'émotion s'accroît quand, aux dernières pages, le père Albert raconte les souffrances indicibles de plus de huit cents prêtres entassés, le 15 juin 1795, à bord des Deux-Associés et du Washington, en rade de Rochefort.

XVII. — Ce n'est pas tout. De récentes querelles domestiques ont mis en pleine lumière les remarquables qualités de controversiste dont le père Albert est doué. Il s'élevait dernièrement des chicanes entre les érudits, au sujet des œuvres et des éditions différentes des oeuvres de sainte Thérèse. Pourquoi telle édition était-elle plus complète? Pourquoi des morceaux, des passages divers, manquent-ils dans l'édition de telle année? N'est-ce pas la faute des carmes? Ainsi l'on fait la guerre aux carmes déchaussés depuis leur restauration en France. Les carmes et les carmélites sont les fils et les filles de sainte Thérèse, et, si l'on s'en rapportait à des préventions ou à de mauvaises humeurs, on tournerait les uns contre les autres les membres de la même famille. C'est à ce sujet que le père Albert du Saint-Sauveur est entré en lice avec le brillant traducteur des œuvres de la sainte réformatrice du Carmel, le père Bouix, de la compagnie de Jésus. Il prend corps à corps toutes les attaques, il discute toutes les allégations, il éclaircit l'histoire, il reprend une à une les insinuations de son adversaire, il accumule les faits qui démontrent la parfaite loyauté des carmes, et il mène ainsi avec entrain, avec éloquence, avec une lucidité qui semble triomphante, la discussion des griefs à' arbitraire et de fraude dont on voulait

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incriminer sa congrégation. Il est appuyé fortement par un des meilleurs savants de Madrid, M. de la Fuente, très versé dans l'histoire de la littérature espagnole.

On n'est pas plus courtois que le père Albert à l'égard d'un membre de la compagnie de Jésus. Si Pascal s'est emporté dans ses Provinciales, que nous n'avons pas à caractériser, le polémiste saint-gironnais démontre; dans les soixante pages d'une brochure savante, qu'on peut tout à la fois garder une tenue irréprochable de ton ainsi que de politesse, et tenir cependant à la main une arme dialectique des plus fines et des plus aiguisées, avec laquelle on finit par avoir raison des malentendus.

Félicitons le père Albert de se montrer, par solidarité, si sensible à tout ce qui touche l'honorabilité de ce qu'il aime, patrie* ou famille religieuse. Pour nous, nous faisons des vœux pour que ces riches facultés d'argumentation, cette puissance de pénétration philosophique, ces vastes notions théologiques et historiques qui distinguent le père Albert, servent plus tard, après de petites querelles intérieures, aux grands débats que soulève l'inquiétude inassouvie

1. Le 23 juillet 1885, le P. Albert adressait aux journaux une lettre courageuse, dans laquelle il signalait les envahissements — en Orient, — de la colonie allemande de Caïffa, sur le couvent du Mont-Carmel. Dès 1871, une colonie allemande, installée non loin de ce mont, commença à laisser paraître ses sentiments, et les procédés auxquels elle ne répugnerait pas à recourir. Le chef de cette colonie, dit le P. Albert, ne craignit pas de monter au Carmel, et de dire en face au supérieur que, dans peu de temps, les colons allemands auraient chassé les religieux, et pris possession du Mont-Carmel à leur place. Le P. Albert rapporte qu'en 1881, le frère du vice-consul allemand alla jusqu'à frapper au visage le père procureur du couvent. En janvier 1885, les colons allemands de Caïffa ayant à leur tète le vice-consul allemand, M. Fritz Relier, en personne, 86 sont jetés sur la propriété, armés de revolvers. Les laits de violence el de dévastation se sont renouvelés, bien qu'il) eûl eu intervention du consul général français, à Beyrouth. M. Patrimonio. Après la violence, les colons allemands auraient recours (on l'a cru possible) à la fourberie, en alléguant que la propriété *\r> religieux serait douteuse. Le P. Alberl signale cette tactique, eel attristant système de dépouillement.

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