‹ Histoire des Ariégeois (comté de Foix, vicomté de Couserans, etc.) De l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'Ariège et les Pyrénées centrales. Avec eaux-fortes de ChauvetChapitre 136 sur 498 · LE P. ALBERT ET LES DISPUTES NOUVELLES. 1Ô · texte numérisé non relu

LE P. ALBERT ET LES DISPUTES NOUVELLES. 1Ô

de la pensée moderne. Soit! qu'on prouve que telle traduction des Lettres de saiate Thérèse est intégrale et fidèle ; mais il nous reste nos disputes nouvelles, tout autrement graves que celles de l'érudition bibliographique. Nous aimerions, pour notre compte, à voir le père Albert prendre parti, à son heure, dans les questions que suscite la suggestion hypnotique considérée dans ses rapports avec la personnalité humaine, et par suite s'expliquer, à côté de l'école de Nancy, de celle de Paris et même de l'école anglaise1, sur ce qu'on appelle « les altérations de la personnalité, » enfin apporter sa part de raison déductive et de virile interprétation dans cette nouvelle enquête psychologique sur ces différents états anormaux et supernormaux de l'entendement, rêve, somnambulisme, hystérie, automatisme, suspension de la conscience, nareotisme, alcoolisme, somnambulisme hynoptique. Le rôle d'un historien n'est pas de tracer des programmes pour les vivants ; mais à côté des vivisections psychologiques sur les mystères intimes de l'intelligence, ne semble-t-il pas opportun d'emboîter le pas à côté des discussions ouvertes par le transformisme sur les origines de l'homme? Ne faut-il point, à côté des Georges Mivart, des Muphy, des Clarke, des spiritualistes anglais et américains'2, bien équilibrer notre sentiment et nos opinions sur la formation médiate ou immédiate de l'homme par Dieu ? Nous sommes en droit d'attendre que le polémiste saint-gironnais, le théologien catholique prenne un bon rang dans la science française et se joigne aux autres apologistes qui étudient les rapports de la doctrine de l'évolution avec la Genèse.

1. M. Rtyers, jeune philosophe anglais, essaye, dans la Fornightly Review, de reprendre les études de Charcot, Richer, Liégeois, Bernheim, etc., etc.

2. Voir la Revue philosophique, 17mA ecclesiastical record, le Tablet.

160 L'aRIEGE, IVe PARTIE {suite et fin), CHAP. II.

XVIII. — Mais laissons le père Albert du Saint-Sauveur donner la main à un autre écrivain des bords de FAriège, qui vient à ses côtés grossir le nombre des écrivains de morale et de questions sociales.

Aux environs de Tarascon-sur-Ariège, lorsqu'on s'engage sur la route qui mène au Col de Port, ou si l'on veut, aux vallées de Rabat et de Saurat, on gravit une côte raide, à l'extrémité de laquelle apparaît Surba. Continuant la marche, on suit la branche du chemin départemental qui a été taillé dans le roc, on délaisse les cimes abruptes de Calâmes et de Montorgueil, qu'on croit être deux anneaux d'une chaîne de télégraphie ignée qui s'étendait de Toulouse à Montlouis ; on descend enfin au fond de la vallée, où se déroule la jolie ville de Saurat, avec sa rue de plus d'un kilomètre de long, bien percée et continuellement arrosée par deux petits cours d'eau vive et limpide. Entrez dans cette originale cité, d'un séjour plein de fraîcheur, aux places ombragées de tilleuls et de platanes, et dont on dit la population d'une grâce hospitalière justement vantée.

Sur cette place, que domine l'église paroissiale, s'élève le presbytère. C'est là que réside, pense et agit l'auteur d'une trilogie qui nous semble rompre une lance avec cette morale indépendante de nos théoriciens modernes, basée sans doute sur un malentendu. Là écrit quelquefois un ecclésiastique instruit, tour à tour pasteur d'âmes et pasteur d'intelligences, M. J. Doumenjou, membre de la Société archéologique de France.

Rien de plus correct que cette trilogie : Dieu, la famille, la patrie, ou religion, foyer, nation. Dans l'œuvre de M. J. Doumenjou, cette trilogie porte trois noms avec trois

livres : 1° Notre-Dame de Celles ; 2° /' Education virile et la régénération sociale; Patriotisme, questions et réponses à

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l'usage de tous les Français1. Il suffît d'énoncer les sujets généraux dont l'écrivain de Saurat s'est préoccupé, pour remarquer qu'il nous met en plein au milieu des grands intérêts de la morale et de la société. Si Notre-Dame de Lourdes a eu son historiographe dans M. Lasserre, pourquoi Notre-Dame de Celles, qu'on honore à deux lieues de Foix, sur la route qui parcourt les Pyrénées, sous le n°117, de Bayonne à Perpignan, ne trouverait-elle pas son historien dans M. Doumenjou? Raconter les origines du pèlerinage à Notre-Dame de Celles, né au dix-septième siècle ; faire l'historique des bienfaits et des' grâces qu'obtiennent les pèlerins qui s'y rendent chaque année au nombre de plus de 20,000 ; expliquer, d'après des documents authentiques, les commencements d'une dévotion à laquelle on reste fidèle en notre temps, sans connaître les événements primitifs et tout merveilleux qui l'ont fait naître ; rendre à la lumière des manuscrits oubliés dans la poussière des vieilles archives; redire les naïves traditions qui se rattachent au pèlerinage de Celles ; divulguer pour les malades de l'âme et les malades du corps tout ce qui s'est opéré, depuis deux cents ans, de guérisons et de transformations dans cette modeste chapelle, que l'affluence des pèlerins fait changer, de nos jours, en une église grandiose sur la cime de la montagne, tel est l'objet du petit livre de M. Doumenjou. Si un pareil sujet, nécessairement populaire, ne pouvait comporter les grands développements de l'architecture littéraire, l'auteur en a dit assez pour raviver dans les âmes la foi et la confiance, pour exciter les sentiments pieux et reporter les idées vers ce monde de choses

1. Ces ouvrages ont été honorés de témoignages flatteurs de la part de plusieurs prélats, Mgr Mathieu, cardinal - archevêque de Besançon, le cardinal Desprez, Mgr Alouvry, Mgr Bélaval. Plusieurs journaux de Paris et de la province en ont fait l'éloge.

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