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162 L'ARIÈGE, IVe PARTIE (suite et fin), CHAP. II.
qu'Augustin Cochiu appelait Par delà les frontières '. Les deux autres ouvrages, Education virile et Patriotisme, seront lus avec utilité par les esprits sérieux qui veulent réunir tous les éléments de solution nécessaires dans le problème de l'éducation, de la pédagogie et des bases théoriques et pratiques de la morale chez les modernes. Le point de départ de M. Doumenjou est pris des défaillances qui se sont emparées de la nation au moment de nos récents revers, et il a voulu apporter sa pierre pour l'édifice du relèvement. L'éducation virile de la France nouvelle, la restauration du patriotisme fondé sur l'idée religieuse, voilà quel drapeau de salut signale et indique le moraliste ariégeois. Il nous laisse soupçonner, dans son intervention individuelle, la quantité de penseurs, soit laïques, soit ecclésiastiques de l'Àriège qui ne verraient que désastres pour l'avenir dans une éducation athée. M. J. Doumenjou est de l'école des Ballanche, Blanc-Saint-Bonnet, Silvio Pellico, Manzoni, Dupanloup.
Le polémiste de Saurat ne transporte pas le débat dans la sphère des idées pures, de la philosophie et de la politique théorique. De suite il fait appel aux instincts de la
1. M. Doumenjou, dans une séance du congrès archéologique de France, tenu dans l'Ariège en 1884, a fait communication d'une étude intéressante sur Notre-Dame du Val-ci' Amour de Bélesta. Cette étude comprend huit paragraphes : 1° pèlerinages; 2° le site; 3° la tradition; 4° l'histoire; 5° coutumes religieuses; 6° l'édifice; 7° la fontaine du pèlerinage; 8° la légende.
M. Doumenjou rapporte quelques quatrains patois que les vieillards du pays récitent en forme de cantique, pour toutes les fêtes, à Notre-Dame du Val-d' Amour.
Il est question, dans ces quatrains, d'un malheureux; père de famille dont tous les enfants, au nombre de trois, étaient aveugles.
Amices, pastoureillos, Hergers, mes petits amis.
Paousats boxtro houletto; Déposez votre houlette ;
Préguen la miou Dametto Priez ma honne Dame
De bous rendre es aillous. De vous rendre les yeux.
(Congrès archéologique de France, 51e sesion, p. 110-151.)
ÉCRITS DU POLÉMISTE DE SAURAT. ]fà
conservation, après avoir exposé, sous nos regards Y organisme social, qui meurt et qu'il faut sauver. Notre écrivain ne s'enfonce pas dans d'interminables dissertations sur les divers rouages de la société. 11 a des chapitres d'une étendue moyenne, condensés, où il recueille et classe chaque question dans un compartiment lumineux. Sa méthode, c'est un grand bon sens, et il fortifie son dire par le témoignage de nos plus grands publicistes contemporains. Que de pensées et d'aperçus justes, saisissants sur notre situation, sur quelques courants factices imprimés aux esprits par les ouragans du matérialisme récent ! M. Doumenjou ne nous énerve pas dans des pages mélancoliques et attristées. S'il préconise l'éducation virile, tout est viril aussi dans ses appels ; il relève les fronts anxieux, il tend la main et indique les moyens efficaces de délivrance. Volontiers il crierait avec un fervent républicain, esprit indépendant : « En cette vie, trois destinées sont belles : il faut être soldat, artiste ou prêtre. Il faut vivre par l'héroïsme, par le rêve ou par la charité. » N'est-il pas de saison d'élever ainsi notre niveau? N'est-ce pas dans cet idéal que se réfugient les cœurs qui ont le dégoût des bassesses hnmaines, « en ce temps où l'argent prime tout, où, à côté de ceux qui ne font que haïr, il ne reste plus d'autre énergie que celle de s'amuser ? »
La place de M. l'abbé Doumenjou est bien, dans ses derniers travaux, entre les hommes d'enseignement et de pédagogie, tels que le pèreRouaix et Joseph Lakanal, et, d'autre part, les écrivains de morale et de question sociale, depuis François d'Usson jusqu'à François Maurel, le P. Albert du Saint-Sauveur et M. Martial Sérc. Nous remettrons à d'autres chapitres les Ariégeois qui ont usé du roman ou du théâtre pour nous donner dans leurs études une philosophie du cœur humain. Mais quant à l'auteur de VEduca-
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lion virile et du Patriotisme, n'entraîne-t-il pas à l'effort moral, soit ceux qui luttent au grand jour, soit ceux qui luttent dans l'ombre? A travers les bruits confus du socialiste qui en appelle à la justice imposée par la loi, de l'économiste qui renvoie à l'intérêt poursuivi par l'individu, le moraliste de Saurat place l'idéal évangélique, qui suggère l'amélioration du sort de tous, mais en bannissant la fièvre, l'injustice et la violence de chacune de nos aspirations.
XIX. — La littérature française vient de s'enrichir, dans ces derniers temps (fin de 1883), de deux productions importantes que nous avons comparées à celles de M. Doumenjou; l'une est intitulée Étude sur les forces morales delà société contemporaine' ;1' autre, signalant un des vices de l'éducation actuelle dans les familles honnêtes, a pour titre De l'abus des plaisirs dans l'éducation contemporaine11. Si l'on ne peut nier dans ces deux ouvrages une belle et forte manière d'exposer et d'établir leur sujet, un grand et réel pouvoir de persuasion sur le lecteur, peutêtre l'écrivain de Saurat ne leur est-il inférieur, ni pour l'érudition, ni pour le nerf du style, ni pour le souffle de l'éloquence. La critique, sans doute, pourrait indiquer quelques parties qu'on devrait fortifier davantage. Pour ce qui est d'une certaine contexture du style et la disposition des paragraphes, elle fera aussi une différence entre V Éducation virile et le Patriotisme. Elle reconnaîtra que le livre Patriotisme, qui procède par questions et réponses, implique par cela même des phrases courtes et de très courts paragraphes ; peut-être aussi aurait-elle exigé que,